Mathieu Van Der Poel: BANG!
Des questions?
1 – Bahrain-Victorious. Y’a pas à dire, cette équipe a trouvé, depuis quelques semaines, la bonne carburation.
Gino Mader et Damiano Caruso remportent chacun une victoire d’étape sur le récent Giro, avec Caruso qui signe une 2e place derrière Bernal.
On ne les avait pas vu venir.
Tu as maintenant Mark Padun, 24 ans, vainqueur « back to back » de deux étapes de montagne sur le Dauphiné.
Jusque cette semaine, Padun, y’avait que sa mère qui le connaissait.
Surprenant.
Je n’ai pas d’explications. Molto forte, tout simplement.
Padun sort au train de sa roue Richie Porte et Sepp Kuss samedi dernier sur les pentes de La Plagne. Ouf.
On peut simplement dire que les talents de grimpeur de Padun ont déjà été notés: chez les amateurs, il a ramené les maillots de meilleur grimpeur des prestigieuses courses Giro Della Friuli Venezia Giulia (2015) et du Tour du Val d’Aoste (2016). Pour le reste, je ne sais pas.
Padun espère en avoir assez fait pour être retenu par son équipe sur le prochain Tour de France. C’est un minimum!!!
2 – Dauphiné. On attendait Geraint Thomas, c’est finalement Richie Porte, 36 ans, qui s’impose, sa première grande victoire depuis le Tour de Suisse 2018.
Porte a également terminé 3e du Tour l’an dernier.
Chez Ineos-Grenadier, on doit se poser des questions: qui, de Geraint Thomas, Richie Porte, Richard Carapaz ou Tao Geoghegan doit être le leader de l’équipe sur le Tour?
Quod abundat non vitiat. Ou « Abondance de biens ne nuit pas », dit-on. Ce qui ne veut strictement rien dire, mais l’effet reste le même…
À mon avis, plusieurs partiront avec un statut de coureur « protégé » et l’équipe s’ajustera en fonction des circonstances de course.
Et à ce petit jeu, parfois le mieux servi c’est celui qui passe le premier à l’offensive…
3 – Arkea-Samsic, le coup de gueule. Celui d’Yvon Ledanois, pas du tout satisfait de la performance de ses coureurs sur ce Dauphiné, en premier lieu très certainement Nairo Quintana et Warren Barguil.
Quintana termine 18e à presque 5 minutes, Barguil est 38e à plus d’une demi-heure!
Encore que, le général n’est pas tout: si on les avait vu tenter quelque chose, être devant, être acteurs. Rien du tout.
Le Tour de France approche vite, pas rassurant!
4 – Tour de Suisse. On est ravi en Suisse, les deux premières places de la première étape hier, un chrono de 11 kilomètres, sont occupées par des coureurs… suisses. Ils ont le même prénom en plus, facile à retenir!
Stefan Kung 1er, Stefan Bissegger 2e.
L’intérêt est ailleurs.
Des favoris, on note la belle perf de Julian Alaphilippe, excellent 5e hier et qui traduit donc une belle condition après une coupure au terme de la saison des Classiques. De bonne augure pour la suite.
Maximilan Schachmann, 11e, signe aussi une perf digne de mention selon moi; c’est un excellent grimpeur.
Carapaz (15e), Dumoulin (16e), Van der Poel (25e), Sivakov (40e), Uran (41e) sont à moins de 50 secondes.
Moins bon pour Fuglsang, Soler, Hirschi ou encore – et surtout – Mike Woods, « seulement » 128e de ce chrono à 1min19 du vainqueur. Aie. Je suis inquiet pour la suite, espérons que Mike nous rassurera plus tard cette semaine.
5 – Suisse, la suite. Ca se jouera certainement vendredi, samedi et dimanche prochain avec trois belles étapes en montagne autour d’Andermatt.
Vendredi, 130 petits kilomètres mais le Gothard en intro, puis dans le final deux belles ascensions.

Samedi, un chrono de 23 bornes autour d’Andermatt, une ascension de l’Oberalpass, 700m de dénivelé quand même, puis sa descente. Molto bene!

Et dimanche, 160 kms avec, dans le final, le Gothard de nouveau, versant Airolo. Ce sera le festival des photographes, toujours une occasion de photos très spectaculaires ce Gothard, une ascension en pavés!

D’ailleurs, je vous recommande fortement, si vous le pouvez, de faire une fois dans votre vie la sortie « Giants of Switzerland »: la Furka, le Nufenen et le Gothard depuis Andermatt. Absolument indescriptible. Dur. Magnifique. Inoubliable. One true game changer.
6 – Hugo Houle. C’est le meilleur des coureurs canadiens hier sur le Tour de Suisse, et c’est très bien.
Houle est en reprise après une coupure suite aux Classiques.
Fait intéressant, plusieurs coureurs canadiens ont pris hier le départ du Tour de Suisse: outre Houle, on note Guillaume Boivin, James Piccoli et Mike Woods chez Israel Start-Up Nation, ainsi que Mateo Dal-Cin, Nickolas Zukowsky et Rob Britton pour Rally Cycling.
On verra ce qu’ils peuvent faire cette semaine, c’est une occasion en or pour les coureurs de Rally Cycling de se mettre en évidence. Zuko en particulier.
7 – Thibault Pinot. Le Vosgien a disparu de la planète vélo. Même sur Strava!
Inquiétant.
Les dernières nouvelles nous viennent de Marc Madiot en mai dernier: pas de Tour de France, pas de JO, pas de Vuelta, la seule priorité est de guérir ce sacrum qui le fait tant souffrir dès qu’il monte en puissance.
Prompt rétablissement à Thibault. Triste cette affaire qui dure.
La FDJ se tourne désormais vers David Gaudu, auteur d’un honnête Dauphiné, pour faire briller les couleurs de l’équipe française en juillet.
8 – Unbound Gravel. Méga-battage publicitaire autour de l’ex- Dirty Kanza ces derniers jours, en particulier sur le site CyclingNews.
Y’a pas à dire, le Gravel Bike séduit en Amérique, peut-être plus qu’en Europe. Il y a peut-être aussi davantage de routes de « gravel » de ce côté-ci de l’Atlantique.
Ma région, l’Outaouais, est bien pourvue en route de gravel.
Au final, Laurens Ten Dam, l’ancien coureur pro chez Rabobank, SunWeb puis CCC, a été battu par un ex-pro également, Ian Boswell, moins connu celui-là mais qui a quand même séjourné chez Sky (2013 à 2017) puis chez Kathusha (2018-2019) avant de ne pas voir son contrat renouvelé.
Aucun coureur canadien dans les 20 premiers.
9 – Tour de Suisse féminin. J’aime le cyclisme féminin, la compétition y est également très féroce.
Fait intéressant, la championne de VTT Yolanda Neff participait à ce Tour de Suisse féminin remporté par Lizzie Deignan.
Ca frotte dans le peloton féminin: ce vidéo est saisissant!
43 degrés.
C’était la température affichée au thermomètre en Alsace durant cette dernière semaine de juin 2019. Pascal en sait quelque chose!
La cyclosportive L’Alsacienne n’a pas eu l’autorisation d’organiser le grand parcours de 160 bornes compte tenu de la canicule extrême; les participants ont tous été rebasculés sur l’épreuve de 125 bornes.
Ce fut quand même une sacré épreuve. Perso j’ai bien préformé, mais j’en ai bavé dans le final!
Cyclisme et canicule, incompatible compte tenu de l’intensité de notre sport?
Non.
On annonce très chaud au Québec au cours des prochains jours.
Vous pouvez rouler quant il fait très chaud. Soyez simplement intelligents, adaptez votre pratique!
Nous avons tous des tolérances variables à la chaleur. Perso, je supporte mieux que la moyenne, probablement en raison d’un degré permanent d’affutage élevé.
Autrement dit, je suis maigre. Pas pour mon bien.
Comme pour le froid, on peut aussi s’acclimater à la chaleur: quelques sorties, et ça va nettement mieux.
Voici quelques trucs pour vous permettre de rouler par temps très chaud, une situation que j’affectionne particulièrement.
Tôt le matin
Pour des longues sorties, pensez à partir plus tôt le matin, lorsque le temps est plus frais: départ à 8h, voire 7h. On peut ainsi engranger deux ou trois heures de temps de selle par temps plus frais avant de commencer à souffrir de la chaleur qui augmente vraiment dès 10h le matin. Un autre avantage de ces départs matinaux est que le vent est souvent quasi-inexistant à ces heures!
Écourtez vos sorties
Si canicule il y a, avez-vous vraiment besoin de prévoir une sortie de 5h ou plus? Écourtez si possible! Il y a une grande différence entre rouler 5h par 27 degrés versus par 32 degrés Celsius… Adaptez vos séances, on laisse beaucoup d’énergie dans les vents du printemps au Québec, mais aussi dans les grosses canicules. Au besoin, rabattez-vous sur des séances plus courtes, mais plus intenses. Vous vous en remettrez plus rapidement, et elles seront plus bénéfiques pour votre condition générale.
Maillot ouvert
Ouvrez votre maillot! Je me surprend de croiser plein de cyclistes avec maillots à fermeture centrale, mais je vois très rarement ces maillots ouverts au complet. Une fermeture centrale, ça sert à ça: ouvrir! Particulièrement utile dans les ascensions, où on respire mieux avec un maillot complètement ouvert par temps très chaud. S’il fait vraiment très chaud, gardez-le ouvert en tout temps, ça fait du bien dans la descente…
Sous-maillots
Un maillot lycra plein de sueur qui vous colle à la peau, pas top pour évacuer la chaleur, ca fait effet « wetsuit ». Je préfère l’option d’un sous-maillot en mesh très léger, qui empêche le maillot de coller à la peau et qui créé une circulation d’air bénéfique pour thermoréguler la température corporelle. Même par temps très chaud, deux couches valent parfois mieux qu’une! Les Touaregs l’ont compris depuis des générations…
De l’ombre
Choisissez vos parcours! Je n’hésite pas à programmer des intervalles par temps caniculaire, mais j’adapte: 1) si je ne me sens pas bien durant le réchauffement, je coupe et 2) je choisis mes endroits à l’ombre. Un exemple? Pour les cyclistes de Gatineau, les chemins Musie et Ojai (mes ascensions de prédilection depuis quelques années), très ombragés et agréables même lorsqu’il fait très chaud, offrent de quoi bien travailler à l’ombre. Et ces deux ascensions sont situées à quelques kilomètres seulement d’un point d’eau facilement accessible, celui du Centre des visiteurs d’Old Chelsea. Le bon plan ! Même si vous sortez d’Ojai détruit et déshydraté après 6 ascensions, votre bonheur n’est qu’à 5 petites minutes de distance… l’agonie n’est jamais longue.
Des points d’eau
Choisissez des parcours avec plusieurs points d’eau en cours de route. Par temps caniculaire, l’arrêt à la source de Wakefield, par exemple, pour les cyclistes de la région de Gatineau, est très indiqué. Une autre source se situe sur le chemin Montée Paiement, une fois complétée l’ascension du Lac Létourneau via le McGregor. Le bon plan de parcours pour ravitailler régulièrement et à peu de frais, pour ainsi ne pas souffrir de déshydratation.
Aspergez vous!
Ne négligez pas les effets de vous asperger à l’eau claire par temps très chaud, ce n’est pas pour rien qu’on voit nombre de coureurs pro s’asperger ainsi dans les longs cols (parfois avec l’aide du public qui leur tend des bouteilles d’eau qu’ils se vident sur la tête). J’ai adopté cette pratique il y a plusieurs années, et ça fait vraiment du bien. Un quart de bidon sur la tête, qui ruisselle ensuite vers le bas, excellente douche rafraichissante, surtout si la descente arrive bientôt.
Limitez la zone 5
Les efforts maximaux peuvent être difficiles par temps caniculaire, les énergies pouvant être moindres, et les nausées plus fréquentes. Adaptez votre entrainement! Vos sensations au départ, durant les 15-20 premières minutes, doivent guider la suite. Si elles sont mauvaises, n’hésitez pas à changer le plan de match. 6x2min en zone 4 peuvent aisément être modifiées pour faire 3 ou 4×5-6min en zone 3. Ca demeurera payant, et votre acclimatation à la canicule sera préservée. La prochaine sortie n’en sera que meilleure.
Hydratez-vous avant l’effort
Mon expérience personnelle m’indique que l’hydratation avant l’effort est fondamentale par temps très chaud. Par temps frais, not so much, vous avez droit à l’erreur. Mais si vous partez pour un gros entrainement par 40 degrés avec un déficit hydrique, ça risque d’être rapidement la galère si ça roule vite. Soignez votre hydratation dans les 24h précédant vos entrainements par temps caniculaire.
Augmentez votre apport énergétique
Par temps très chaud, vos repères traditionnels ne sont plus les bons, à intensité égale bien sûr. Vous consommez un bidon par 40 kms d’ordinaire? Probablement plus le bon ratio par temps très chaud. Vous n’avez besoin que d’une barre énergétique par 80 kms d’ordinaire? Là encore, ce n’est plus valable par temps très chaud. Vos pertes hydriques sont beaucoup plus importantes, il faut modifier vos repères en conséquence. Dans le doute, buvez, buvez, buvez encore. Sur le long terme, le gagnant ce sera vous!
La dérive cardiaque
Pas d’affolement si vos pulsations cardiaques sont un peu différentes par temps très chaud, c’est normal. Celles-ci sont souvent plus élevées, pour un même effort. Le corps travaille en double: pour soutenir l’effort et pour évacuer la chaleur qui s’accumule vite. Encore une fois, la bonne pratique dans ces conditions est de soit réduire l’intensité, soit de réduire la durée de ces intensités.
Le corps s’adaptera
Quoi qu’il en soit, le corps humain est capable de s’adapter aux efforts par chaleur extrême, aucun doute là-dessus. Mes 10 jours en Alsace en 2019 par canicule extrême, à faire de gros efforts dans les cols, a été très concluante sur ce point; après quelques jours, rouler par 40 degrés voire plus n’était plus un problème, malgré que cela rendait quand même les sorties plus difficiles. Évidemment, la prise d’altitude aide souvent en montagne, une situation inexistante dans les autres régions où l’on peut avoir à gérer 35 voire 40 degrés sur toute la sortie.
Soyez à l’écoute de vos sensations! On aura beau dire, nous avons tous une tolérance variable aux froids et aux chaleurs extrêmes.
Les 16 kilomètres du premier test – un chrono – sur le Critérium du Dauphiné Libéré ont été riches en enseignement.
Et surprenant!
D’abord, doublé Astana avec Lutsenko et Izagirre.
Izagirre, 32 ans, connait une bonne saison: 3e de Paris-Nice, il a fini 7e sur le Tour de Romandie et il semble monter en puissance juste au bon moment pour le Tour. Il sait grimper, donc il devrait être un client pour la suite.
Lutsenko, 28 ans, c’est davantage une surprise. Je pense que le circuit hier, avec une 2e partie du chrono assez accidentée où ils ont été nombreux à se casser les dents, a favorisé ce solide coureur kazakh.
Kasper Asgreen 3e, fait plaisir.
Wilco Kelderman, toujours capable du meilleur comme du pire, est 4e pour la Bora-Hansgrohe. Il faudra attendre samedi pour savoir de quoi il sera capable sur ce Dauphiné. Comme souvent, il demeure une énigme.
Richie Porte 6e à 15sec, il est le meilleur des Grenadiers hier. N’oublions pas que Porte a terminé 3e du Tour l’an dernier, et qu’il offre de belles garanties de régularité.
Geraint Thomas « seulement » 10e, c’est la surprise du jour; tout le monde le voyait largement vainqueur. Il a déclaré avoir mal géré ce chrono en partant beaucoup trop vite.
Perso, certains me trouveront durs, je trouve ca non-professionnel. Quand ta seule job dans la vie est de gagner des courses cyclistes, que tu disposes de tout un encadrement exclusivement orienté envers ce seul et unique but, tu fais le métier. Et faire le métier, ça comprend reconnaitre le parcours, analyser, établir un plan de match. Des coureurs Grenadiers l’avaient précédé, ne pouvaient-ils pas le conseiller sur la façon de gérer ce chrono? Ne savait-il pas que la 2e partie était largement plus difficile que la première?
S’était-il contenté d’une simple reconnaissance du parcours via une app comme Google Maps?
Je ne comprends pas.
Et lui l’ancien pistard, qui amène manifestement beaucoup trop gros comme braquet?
Anyway. Il mérite qu’on lui remonte les bretelles!
La belle surprise qui fait plaisir, c’est Aurélien Paret-Peintre, excellent 16e à 15 petites secondes de Thomas sur un chrono de 16 bornes. Le grimpeur d’AG2R-Citroen confirme sa victoire en début de saison sur le GP de la Marseillaise, et je pense qu’il a les moyens de surprendre encore plus tard cette semaine, et sur le Tour.
Paret-Peintre, c’est le Bardet 2.0 si vous voulez mon avis, le chrono en mieux…
D’autres coureurs sauvent la mise: Gaudu, Geoghegan, Valverde, Quintana, Enric Mas. Ils peuvent tenter quelque chose ce week-end. Geoghegan sera probablement plutôt au service de Porte et Thomas.
Pour Fabio Aru, Pierre Rolland et Warren Barguil, c’est moins concluant. À la décharge de Barguil, il a déjà affirmé vouloir faire ce Dauphiné en guise d’entrainement, estimant que dans le passé, un bon Dauphiné signifiait un mauvais Tour de France et l’inverse. Wait and see.
Le grand perdant du jour s’appelle très certainement Chris Froome, à des années lumière de son niveau du passé. C’est même un peu pathétique selon moi. L’équipe Israel Start-Up Nation n’a aucune raison de le sélectionner pour le prochain Tour de France, ses objectifs devraient être revus à plus long terme. Si on veut bien épauler des coureurs comme Mike Woods, il y a chez Israel d’autres choix à faire pour la Grande Boucle.
Sur ce Dauphiné, on attend désormais les étapes de samedi et dimanche en haute montagne pour faire le ménage dans le classement. Ça sera intéressant, car ce chrono a resserré le classement général. Une lutte Astana-Grenadiers se dessine, avec beaucoup d’arbitres entre les deux équipes, et beaucoup d’inconnu.
Les Ineos-Grenadier continuent de marquer le cyclisme professionnel de leur marque sur les grands tours.
Hier, Egan Bernal a remporté « comme prévu » le Giro d’Italia, succédant à Tao Geoghegan l’an dernier, lui-aussi chez Ineos-Grenadier.
Et comme prévu, Filippo Ganna a remporté le chrono dans les rues de Milan, enroulant son plateau de 62 dents afin de respecter une ligne de chaine minimisant la friction, et donc les watts perdus.
Pour Bernal, 24 ans, c’est une consécration, et s’il s’aligne sur la Vuelta en septembre prochain, il pourrait devenir le plus jeune coureur de l’histoire à remporter les trois grands tours. De quoi donner une certaine motivation, et je pense qu’il pourrait très bien se tourner vers cet objectif. Bernal n’est pas prévu pour le Tour de France cette année… mais qui sait, s’il récupère bien, l’équipe pourrait certainement lui faire une petite place… à suivre!
Quoi qu’il en soit, Ineos-Grenadier continuera probablement sa domination sur les grands tours cette semaine avec le Critérium du Dauphiné Libéré.
Le favori s’appelle en effet Geraint Thomas, qui débarque avec une équipe Ineos surpuissante. Voyez un peu: Richie Porte, Tao Geoghegan, Andrei Amador, Michal Kwiatkowski, Dylan Van Baarle… de quoi voir venir.
Thomas et Porte ont terminé 1er et 2e déjà cette année du récent Tour de Romandie.
On dit de Geraint Thomas qu’il est en grande condition, surpuissant. On en saura plus mercredi lors du chrono de 16 bornes du côté de Firminy.
Ce Critérium du Dauphiné se jouera samedi et dimanche prochain, aucun doute là-dessus.
Samedi, ca sera l’ascension du Cormet de Roseland, puis une arrivée au sommet de La Plagne, belle montée très régulière mais où il s’est toujours passé des choses sur le Tour de France.

Dimanche, une très belle étape: les Aravis, la Colombière, Joux Plane, 147 kms de très belle montagne. Joux Plane, ce n’est jamais simple dans le final d’une étape… Un de mes parcours favori pour mettre la touche finale à ma préparation pour la Marmotte, à une certaine époque, depuis Genève.

L’opposition sur ce Dauphiné sera toutefois intéressante.
Les Francais d’abord: on a hâte de voir où en sont les Warren Barguil, David Gaudu, Guillaume Martin et Pierre Rolland, à un mois du départ du Tour.
La Jumbo-Visma aussi. Si Primoz Roglic a fait le choix – risqué selon moi – de ne plus courir d’ici le Tour de France, l’équipe néerlandaise débarque avec Steven Kruijswijk, Robert Gesink, Tony Martin et un certain Sepp Kuss. En rodage.
Chez Movistar, on ne sera pas en reste avec Alejet Valverde, Enric Mas et Miguel Angel Lopez.
Chris Froome est de la partie pour Israel-Start-Up Nation dans le but de maigrir en prévision du Tour. Mike Woods n’est pas au départ, il est plutôt prévu que le coureur d’Ottawa s’aligne avec Alaphilippe sur le prochain Tour de Suisse.
Parmi les autres coureurs à surveiller, Nairo Quintana, Alexey Lutsenko, Tim Wellens, Brendon McNulty ainsi que… Fabio Aru.
Deux Canadiens au départ, soit Alexandre Cataford chez Israel Start-Up Nation ainsi que Benjamin Perry chez Astana. Je pense que Hugo Houle se réserve pour le Tour de Suisse.
Bref, un beau plateau sur ce Dauphiné, à un mois du départ du Tour. Les deux absents de ce mois de juin seront les deux slovènes Roglic et Pogacar. Roglic s’entraine solo sans courir, et Pogacar a prévu de s’aligner sur son tour national, le Tour de Slovénie du 9 au 13 juin prochain.
Plusieurs coureurs présents sur ce Dauphiné s’aligneront probablement aussi sur la Route d’Occitanie, du 10 au 13 juin prochain. Avant une période d’affutage, ceci afin d’optimiser la condition pour les Championnats nationaux le 20 juin prochain, puis une autre récup-affutage avant le départ du Tour prévu le samedi 26 juin prochain en Bretagne.
En principe, Egan Bernal deviendra aujourd’hui le deuxième coureur colombien à remporter le Giro d’Italia après Nairo Quintana (2014).
Il rejoindra également Nairo Quintana à titre d’un vainqueur de deux grands tours cyclistes. Bernal a toutefois gagné le Saint Graal, le Tour de France (2019). Quintana, un Giro et une Vuelta.
Il ne manquera donc que la Vuelta à Bernal pour inscrire son nom au palmarès rarissime des coureurs qui ont gagné les trois grands Tours cyclistes. S’il le fait cette année, il devancera Alberto Contador, auteur du triplé à 25 ans. L’an prochain, Bernal égalerait le record de Contador.
Le Colombien a su hier s’appuyer sur son équipe Ineos, encore très forte. Il peut dire merci aux Narvaez, Moscon, Castroviejo et son compatriote Martinez, auteurs d’un boulot remarquable pour sa pomme.
Seul moment de panique, quand Castroviejo a largué son coéquipier Martinez dans la dernière descente, sous la flotte. Ils se sont vite repris en laissant l’équipier colombien recoller. Grand bien leur en a pris!
Au passage, je n’ai pas remarqué de grandes différences entre l’efficacité des Ineos dans la descente sous la pluie, comparé aux autres équipes. L’équipe Ineos est montée sur freins à mâchoires, les autres freins à disques… De quoi revoir les copies?
Tellement fort, le marketing de nos jours!
Anyway. Ca vous prend des freins à disque. Vous aurez l’air de coureurs pros.
Pour le reste, on n’a pas vu Ganna hier. Free ride, ses directeurs sportifs lui ont certainement dit « Filippo, aujourd’hui tranquillo, tu y vas dimanche pour la victoire d’étape alors repose tes jambes, pas d’efforts, et all out dans les rues de Milan« .
Bref, aujourd’hui, Ganna.
Mention très bien hier pour Romain Bardet. Avec Almeida, ca le faisait. Avec Caruso, not a chance, les Ineos allaient forcément rouler derrière. Des fois, au niveau professionnel, tes chances de succès ne sont pas en fonction des jambes que tu as, mais bien d’avec qui tu roules.
Mention très bien aussi à Caruso, belle performance. Probablement deuxième du général selon le chrono aujourd’hui, une belle victoire d’étape solo en montagne hier, rien à dire d’autre que bravo! À 33 ans, c’est pour lui une véritable consécration.
Yates a montré certaines limites hier. Le Britannique a souvent des jours sans sur les grands tours, une confirmation? Les Yates, je résumerais en disant « capable du meilleur, comme du pire ».
Les alliances d’équipe? Sur la route hier, on a vu les BikeExchange rouler avec les Ineos pour limiter la casse derrière Caruso, qui menaçait les chances de Yates de monter sur la 2e place du podium à Milan. Logique.
Et on a aussi vu une alliance italienne avec un Giovanni Visconti (Bardiani) qui roulait pour Caruso (Bahrain-Victorious) dans l’échappée. Juste une saine revanche italienne face à l’alliance colombienne!
Par contre, pour Louis Vervaeke chez Fenix, faudra m’expliquer pourquoi il a roulé aussi vite au pied de l’avant dernier col en faveur de l’échappée, pour sauter 4 km plus haut.
C’est un consensus: Simon Yates est bien le coureur le plus fort en cette fin de Giro.
Egan Bernal est sur les vapeurs.
Mais il dispose de la meilleure équipe qui soit.
Et manifestement, l’équipe court très intelligemment.
Chez Ineos, on reste groupé jusque très tard dans la course, on ne répond plus aux attaques dans la dernière ascension et on monte au train pour abriter Bernal.
La recette est éprouvée.
Yates a 2min49 de retard sur Bernal. De quoi gérer.
Assurément, Yates vise plutôt la 2e place, avec seulement 20sec d’écart à combler sur Caruso. La lutte sera là aujourd’hui sur la route de Alpe Motta, et dimanche dans le chrono.
Et on ne sait jamais, Bernal peut craquer. Il faut essayer. L’altitude, avec deux cols à franchir en haut de 2000m, réussit toutefois bien à Bernal. La dernière ascension n’est pas très difficile, son équipe devrait pouvoir l’épauler jusque tard dans l’étape.
Chose certaine, ils ne sont plus que trois pour le podium: Bernal, Caruso et Yates. Tous les autres viseront une belle victoire d’étape, et pour cela il faudra lancer dès l’ascension du San Bernardino, en espérant résister au rouleau-compresseur Ineos dans le final.
Bardet, Carthy, Vlasov, Almeida, Bennett, Formolo, Nibali, ils ont tous un va-tout à jouer aujourd’hui. Espérons une course de mouvement!
C’est Almeida qui a probablement le plus faim.
Et les Ineos savent que ce soir, leur Giro est terminé; dans le chrono dimanche, ce sera chacun pour soi. Ils donneront tout ce qu’il leur reste dans l’étape d’aujourd’hui pour protéger l’avance de Bernal. Et ainsi faire un doublé, avec la victoire de Geoghegan l’an dernier.
Le dernier chrono dimanche? Bernal, Yates et Caruso ont fait à peu près jeu égal dans le chrono du premier jour. Ganna remportera l’étape, mais je doute que ce chrono provoque de gros changements pour le podium.
Des alliances d’équipe demain? Pas impossible non plus. On sera vite fixé. Chose certaine, tous les coureurs colombiens de ce Giro roulent pour Bernal. Sinon, comment expliquer hier l’action de Molano chez UAE Team Emirates?
Ténérife. Désormais mythique dans le monde du cyclisme professionnel, le lieu de si nombreux camps d’entrainement au cours des 15 dernières années.
Richard Carapaz, le premier cycliste équatorien à connaitre autant de succès en World Tour. L’histoire d’un homme simple, issu des milieux les plus modestes. Parce que tout le monde ne peut pas devenir un grand cycliste, mais un grand cycliste peut venir de n’importe où au monde.
Joao Almeida, qui finit fort ce Giro d’Italia.
Performance remarquable (3e place) du Québécois Adam Roberge sur le récent Gravel Locos, remporté par Laurens Ten Dam qui se passe de présentation sur ce site. Bravo Adam!
On dirait bien que la montée de Sega di Ala en a surpris plus d’un hier. Pour une première, c’est réussi!
En premier lieu le maillot rose d’Egan Bernal, jusqu’ici sans faille aucune. Hier, sur les pentes abruptes de cette ascension finale, il a montré des signes de défaillance, ne pouvant suivre le rythme de Yates et d’Almeida.
Je pense que Bernal a fait l’erreur de répondre trop violemment à l’attaque de Yates. Il s’est manifestement mis dans le rouge, et a sauté quelques mètres plus loin.
En tout cas, Bernal peut dire merci à son compatriote Daniel Martinez qui l’a épaulé jusqu’au bout, n’hésitant pas d’ailleurs à parfois l’haranguer pour qu’il reste motivé et qu’il appuie plus fort sur les pédales.
Chez Ineos, on était proche de la panique, j’en suis sûr.
Du coup, Yates et Caruso penseront que Bernal est prenable. De quoi donner des idées pour les étapes de vendredi et samedi.
Tous deux n’auront pas de mal à trouver des alliés de circonstances qui voudront faire tomber le rouleau-compresseur Ineos.
Joao Almeida d’abord, qui semble finir très fort ce Giro et qui cherche certainement une belle victoire d’étape. Yates et lui peuvent faire un duo de choc.
Romain Bardet aussi voudra profiter d’une condition en hausse.
Giulio Ciccone devra aussi se rabattre vers cet objectif d’une victoire d’étape après avoir perdu pas mal de temps hier, étant pris dans la chute qui a entrainé Remco Evenepoel aussi, et qui l’a contraint à l’abandon hier soir.
George Bennett, Davide Formolo veulent aussi exister sur ce Giro.
Bref, c’est loin d’être fini! Et on a déjà vu des défaillances sur un dernier chrono. Toujours difficile, un dernier chrono après trois semaines de course intense dans les jambes. Révélateur des facultés de récupération.
Le taulier est de retour…
Alors que le Giro reprend aujourd’hui après le deuxième jour de repos, quelques réflexions sur la course jusqu’ici et sur ce qui reste à prendre d’ici l’arrivée dimanche prochain à Milan.
L’étape d’aujourd’hui d’abord, 193 kms vers Sega di Ala, une arrivée en altitude qu’on connait mal, mais qui s’annonce redoutable: 11km à 9,8% de moyenne, des passages très pentus sur le haut avec notamment deux kilomètres à plus de 12%, et un court passage à 17%.
Juste avant, les coureurs devront franchir le Passo di San Valentino.
La chance des coureurs aujourd’hui? Pas d’altitude. Le San Valentino culmine à 1315m.
Et une météo clémente.
Le reste de la semaine ne sera pas simple pour autant. Sur les cinq étapes restantes, on compte trois arrivées en altitude (incluant aujourd’hui) et un chrono de 30 bornes dimanche prochain à Milan. Belle débauche d’énergie pour les coureurs!
L’étape de jeudi sera l’étape de récup. Vendredi, 176kms et une arrivée à l’Alpe di Mera, 1500m d’altitude.
Samedi, la grosse étape restante, avec 164 kms et deux cols à plus de 2000m d’altitude, le Passo San Bernardino et Passo di Spluga, avant l’arrivée à l’Alpe Motta où la Madonna d’Europa accueillera les coureurs. À partir de la mi-étape, plus de répit pour les coureurs, ca montera et ca descendra jusqu’à la ligne.
Si Egan Bernal est un solide leader au général, épaulé par une équipe Ineos tout aussi solide, tout peut encore arriver sur de telles étapes.
La météo semble vouloir enfin coopérer et les coureurs devraient profiter d’un temps plus sec et plus ensoleillé pour le reste du Giro.
Ce qui reste à prendre
Les deux premières places du général semblent solides, avec Bernal et Caruso.
Surprenant Caruso! 33 ans, pro depuis 2012, pas de grand palmarès, son meilleur résultat en carrière sur un grand tour est une 8e place sur le Giro 2015. Solide cependant, 14 grands tours à son actif, le gus en a jamais abandonné un! Pour lui, une 2e place serait une consécration. Et pour son équipe Bahrain-Victorious aussi.
La troisième place de Hugh Carthy sera probablement la plus disputée, trois coureurs naviguant à quelques 40 secondes du podium, soit Simon Yates, Alexandr Vlasov et Giulio Ciccone.
Bref, tout ce beau monde voudra prendre du temps, et ne diront pas non à une victoire d’étape en cours de route.
Les Romain Bardet, Dan Martin, Vicenzo Nibali, Bauke Mollema, George Bennett et surtout Remco Evenepoel voudront aussi sauver leur Giro 2021 sur les prochaines étapes. On devrait assister à une course de mouvement.
Pour Remco, l’étape de jeudi est probablement celle qui a retenu son attention car le chrono de Milan le dernier jour semble déjà promis à Ganna, 30 kms tout plat en légère descente (le 60 km/h de moyenne est jouable si on a vent de dos!). Avec 231 kms et quatre belles courtes bosses dans les 30 derniers kms, Remco pourrait faire parler sa puissance de train pour tenter un coup dans le final. Il l’a déjà fait plus tôt dans sa carrière, façon Alaphilippe!
Classement meilleur grimpeur
Le Français Geoffroy Bouchard d’AG2R-Citroen est toujours en tête du classement du meilleur grimpeur, 29 petits points devant Bernal. Ca sera très difficile pour lui de rester en tête je pense, il n’aura d’autres choix que de grapiller un maximum de points sur les premiers cols des étapes.
Classement par équipe
Possiblement une belle lutte de ce côté, avec Trek-Segafredo un maigre 6min d’avance sur Ineos.
On saura vite aujourd’hui si ce classement fait l’objet d’une convoitise de l’un ou l’autre des deux équipes. Trek a certainement le plus à gagner d’un succès. Ils ont un coup à jouer, avec Ciccone, Mollema, Nibali.
Le bilan à ce jour
Bernal a manifestement retrouvé la condition qui lui avait permis de gagner le Tour de France 2019. Il explose le temps d’ascension de Gilberto Simoni en 2003 sur le Zoncolan côté Sutrio, par plus d’une minute. Pas de données publiques de puissance pour Bernal (…) mais on sait que pour venir à bout de cette mythique ascension, Caruso a dû développer un peu plus de 400 watts pendant environ 41 minutes. Ouch.
Hasard de la vie, Bernal s’était aussi imposé lors d’une étape écourtée pour cause d’orages de grêle sur son Tour de France victorieux, l’étape vers Tignes en passant par l’Iseran avait à l’époque aussi subit des conditions météo difficiles.
Bernal semble à l’aise sur des routes de gravier, dans la pluie et le froid, et en haute altitude. Des atouts non négligeables, et des conditions qu’on retrouve certainement assez régulièrement chez lui en Colombie, à l’entrainement.
Remco
Le jeune prodige belge a pris une belle claque sur ce Giro, et je pense qu’il s’agit peut-être du premier gros revers de sa carrière. Un sentiment dont parle également son manager général Patrick Lefevere.
Je pense que Remco vient de comprendre ce qu’est réellement le cyclisme professionnel au plus haut niveau, quand tu dois te battre avec des coureurs qui ont déjà remporté des grands tours. Pas simple.
Il va apprendre, pas inquiet là-dessus. Et puis, quand tu as le moteur, ben tu as le moteur. Ça, ça ne se perd pas.
Je suis plus inquiet des limites techniques qu’il a montrées, que ce soit sur les Strade Bianche où il n’était pas à l’aise du tout, ou dans les descentes de cols, surtout sous la pluie.
En clair, Remco descend comme un fer à repasser. Probablement pas étranger à sa violente chute dans la descente de Sormano l’an dernier, et qui lui a valu des mois d’hôpital.
Son équipe Quick Step devra prendre le taureau par les cornes. Lui faire faire du karting peut-être, ou le sens des trajectoires est tout. D’autres coureurs ont pu s’améliorer considérablement dans ce registre par le passé, je pense par exemple à Thibault Pinot.
Les échappées
Je sais pas vous, mais le nombre d’échappées qui sont allés au bout sur ce Giro m’a frappé. On n’avait pas vu ça depuis 20 ans sur les grands tours. Exit le retour du paquet dans les 10 derniers kilomètres, cette année le peloton du Giro laisse filer, avec la bénédiction des Ineos. Ca fait quoi, 7 ou 8 étapes que la victoire se joue parmi les coureurs devant? Intéressant! De quoi en tout cas raviver l’intérêt de se lancer tôt dans pareils raids. On sait jamais, sur un malentendu, ca peut marcher… plus aujourd’hui qu’hier! Espérons notamment qu’un Antoine Duchesne pourra en prendre une belle prochainement…
Lotto-Soudal
Encore cinq étapes et il leur reste… deux coureurs en course! Caleb Ewan a certes remporté deux étapes avant de quitter la course, mais l’équipe belge a depuis été décimée.
Qhubeka-Assos
L’équipe sud-africaine est restée en WorldTour in-extemis à la fin de la saison passée. Elle vient de signer trois succès en cinq étapes sur ce Giro, c’est la fête totale de leur côté: d’abord Mauro Schmid, puis Giacomo Nizzolo et enfin Victor Campenaerts. J’ai l’impression que l’ambiance au sein de cette formation est au beau fixe, et des succès en appellent souvent d’autres!
Photos
Très belles photos de l’étape du Giau avant-hier, vraiment. Merci à thierry pour le lien.
Ambiance bord de la route
Quelle étape hier!!!
Question: suffit-il d’organiser une course cycliste dans la région de la Toscane pour avoir un gros spectacle?!
Pour y avoir été, la Toscane, ben ça monte et ça descend. Et il y a effectivement de belles routes blanches bordées de cyprès.
Terre de cyclisme.
Chaque année, on se régale avec les Strade Bianche. On s’est régalé hier avec la 11e étape du Giro qui a causé de gros dégâts au général.
Bernal et ses Ineos ont tout fait exploser, en commençant le travail par un relais monstrueux de Filippo Ganna sur le premier secteur de gravel. Ganna roulait tellement vite qu’il a failli rater un virage en descente.
Plein de maitrise, Bernal n’a jamais lâché sa roue sur ce premier secteur. Il faut certainement y voir les fruits du passé de Bernal, qui a débuté en MTB (VTT) et qui est sans l’ombre d’un doute à l’aise sur des routes de gravel, bien plus en tout cas que les autres favoris de ce Giro. Rappelez-vous que Bernal a terminé 3e des Strade Bianche cette année.
Remco Evenepoel était, lui, manifestement beaucoup moins à l’aise sur de telles routes. Ses difficultés étaient évidentes à chaque virage, dans chaque descente.
La panne de jambes due à une fringale? Une mauvaise gestion de sa première journée de repos en carrière sur un grand tour ? Je ne pense pas. Sur l’asphalte, Evenepoel semblait bien rouler.
Quoi qu’il en soit, l’équipe Deceuninck a totalement implosé hier, laissant tomber leur leader au plus mauvais moment. C’était indigne de la plus grosse équipe de Classiques d’un jour, voire même indigne d’une équipe cycliste pro tout court. Si quelques équipiers ont bien ramené Remco devant après le premier secteur, ils doivent aussi leur salut à ce moment à la présence dans leur groupe de Vlasov qui a donc fait rouler ses Astana.
Par la suite, bonsoir la Deceuninck, on se revoit aux douches. Almeida était devant avec Remco avec 20 bornes à faire, mais ne s’est jamais occupé du jeune prodige belge qui était dernier du groupe à faire le yo-yo. Une fois lâché, Remco était fou furieux, probablement du manque de soutien de son dernier équipier. C’est clair que le mental de Remco a été défaillant à ce moment de l’étape.
Almeida a certes été ensuite rappelé par son équipe pour revenir épauler Evenepoel, mais c’était beaucoup trop tard. Evenepoel lâche quand même plus de deux minutes sur Bernal au général, ça fait mal.
Si Almeida n’est plus chez Deceuninck l’an prochain, ne vous surprenez pas. Ca a dû causer sévère dans le bus après l’étape, c’est moi qui vous le dit. Patrick Lefevere ne devait pas être content du tout devant son poste télé hier après-midi.
Il manque un lieutenant pour Remco, un solide coureur d’expérience capable de le rassurer dans les phases critiques, ou lorsqu’il vit un moment de moins bien. Beaucoup de leaders ont bénéficié de tels « capitaines de route » étant jeunes, et Remco semble actuellement bien isolé au sein même de sa propre équipe.
L’étape a également été fossoyeur des ambitions de Dan Martin, de Davide Formolo, de Giulio Ciccone, de Marc Soler, de Romain Bardet et de Jai Hindley. Ils joueront désormais les victoires d’étapes.
Bernal se pose aujourd’hui comme l’homme fort du Giro. Son équipe est la plus solide du peloton également. On voit mal comment lui ravir le maillot rose, sauf défaillance, ce qui est toujours possible en cyclisme. Il reste beaucoup de grosses étapes, à commencer par celle d’aujourd’hui qui pourrait aussi créer de gros écarts notamment parce qu’on grimpe pas mal, et que l’étape fait 210 bornes au lendemain d’une grosse journée. Le Zoncolan se profile samedi.

Vlasov est pour moi le plus sérieux rival de Bernal à ce stade-ci. Je ne serais pas surpris de le voir 2e à Milan.
Emanuel Buchmann m’a paru hier très bien, et my good! qu’il est affuté. Pas un pet de graisse… Je pense qu’il peut jouer la 3e place à Milan, notamment parce qu’il est mon client #1 pour l’étape de samedi sur le Zoncolan, avec Bernal.
L’inconnu demeure Simon Yates, qui sauve les meubles hier et qui pointe actuellement à la 5e place du général, à à peine plus de 30 secondes de la 2e place de Vlasov. Yates pourrait être très fort en montagne en 3e semaine. Méfions nous de lui, il joue pour le moment profil bas et semble attendre son heure.
Pour le reste, on peut penser à une réaction d’orgueil prochaine de Remco Evenepoel qui estime probablement, avec raison, qu’il n’a pas été battu sur sa valeur physique hier. Il veut aussi certainement gagner la confiance de toute son équipe Deceuninck sur les grands tours pour les prochaines années, notamment pour demander à ce qu’elle soit renforcée à l’intersaison. Je pense qu’on n’a pas tout vu du jeune belge; il n’en restera pas là.
L’air est doux en cette chaude journée d’été.
Tu roules avec ton ou ta pote, une belle sortie d’entrainement, pour le plaisir. Le vent est de dos, tu avances vite sans effort, ton(ta) partenaire derrière toi près de la ligne blanche, question d’évoluer en sécurité sur des routes ouvertes à la circulation.
Virage à gauche.
Soudainement, le vent vient de côté. Du côté gauche.
Pense à ouvrir la porte!
Trop peu de cyclistes ont ce réflexe qui peut faire une sacré différence dans le plaisir à rouler avec une ou deux autres personnes.
Par ouvrir la porte, j’entends te décaler un peu de la ligne blanche vers le centre de la route, question de permettre au partenaire de profiter de ton aspiration.
Le principe de l’échelon et de la bordure en cyclisme.
Si tu restes collé à la ligne blanche au plus près de la limite de l’asphalte, ton partenaire n’a plus d’abri maintenant que le vent vient de côté. Il est pris dans la bordure, exposé comme toi au vent. Il travaille aussi fort. Il risque de sauter si l’effort est soutenu et qu’il est moins fort que toi.
Si tu te décales de quelques centimètres seulement vers le centre de la route, il peut retrouver ton aspiration, et donc économiser ses efforts. Bientôt, ca sera ton tour de revenir derrière lui, et de profiter du même répit si lui aussi pense à t’ouvrir la porte.
La sécurité routière? Pas besoin de se décaler de beaucoup, quelques centimètres suffisent largement si vous êtes deux ou trois. Avec des groupes plus nombreux, c’est évidemment plus compliqué car l’éventail prend plus de place.
Protéger ses amis(es) du vent lors d’une sortie en leur faisant profiter de ton expérience, c’est ca être un gentleman cycliste.
Après, tu peux jouer à ouvrir ou non la porte.
Un(e) ami(e) ne roule pas bien? Est désagréable? Ferme lui la porte! En roulant au plus près de la limite de l’asphalte par vent de côté, tu le mets dans le vent lui(elle)-aussi. Tu peux ainsi le faire sauter, ou du moins le(la) faire travailler fort pour rester au contact.
À plusieurs, tu peux aussi jouer à ouvrir la porte pour certains, mais pas pour d’autres. À quatre par exemple, davantage d’espace est requis pour protéger tout le monde. Tu peux décider, selon ton emplacement sur la chaussée, de protéger un ou deux amis(es) seulement, dépendemment de qui tu veux mettre dans le vent. Ca peut être utile pour faire comprendre à des « suceurs de roue » professionnels qu’ils doivent eux aussi assumer leur part de travail. En gros, tu leur passes le message « je veux bien travailler pour toi, mais tu dois toi-aussi travailler pour les autres. »
Jouer ainsi peut être amusant. Mes plus belles sorties avec mon frère sont celles-là: nous « ouvrions la porte » chacun notre tour en début de sortie puis, à un certain moment, l’un de nous ne l’ouvrait plus. On savait alors que les choses sérieuses commençaient, et que ça serait bientôt l’explication finale pour établir qui des deux est le plus fort…
En course, rabattre un évantail peut être très payant pour créer une bordure et ainsi provoquer une grosse sélection. Les meilleures équipes ne laissent la place qu’à leurs coureurs, et basta.
Bref, si je roule un jour devant vous 15 cm à gauche de la ligne blanche, ce n’est pas parce que je ne respecte pas les règles de la sécurité routière ; c’est que je vous ouvre la porte pour vous protéger du vent. Si je me rabats au plus près du bord de la route, c’est que je voudrai en finir avec vous!
Vent de dos
En groupe, plus difficile vent de face ou vent de dos?
Vent de dos!
C’est donc le contraire d’une sortie solo. Solo, c’est nettement mieux vent de dos bien sûr.
En groupe par contre, le différentiel de watts entre ceux qui sont devant et ceux qui sont derrière est nettement moins important par vent de dos, rendant la situation potentiellement plus compliquée pour ceux qui sont dans les roues.
Vent de face, la personne qui tire devant est peut-être à un niveau de puissance de 100 watts voire plus supérieure à la vôtre bien planqué dans les roues.
Vent de dos, ce différentiel est largement inférieur. À 50km/h vent de dos, le premier génère peut-être 400 watts, ceux qui sont dans les roues doivent aussi tirer 350 voire 375 watts à cette allure. Largement moins de différence que vent de face.
En groupe, méfiez-vous donc des phases de la sortie qui seront négociées vent de dos; si ca roule vite, vous aurez à travailler presqu’aussi fort pour suivre que les premiers devant!