Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Auteur/autrice : Laurent Page 1 of 327

La belle aventure de Taco

Ca arrive si rarement dans le cyclisme moderne qu’il convient de saluer cette victoire en solitaire de Taco Van Der Hoorn au terme d’une longue échappée (180 bornes!) sur la 3e étape du Giro.

Une victoire qui fait plaisir à tout le monde!

Une victoire impressionnante aussi, car il fallait à la fois de la ressource et du jugement pour décrocher ce succès.

La patte, Taco l’avait hier. Il a su aller au bout de lui-même dans les cinq derniers kilomètres pour résister au retour du peloton. Son faciès en disait long sur l’intensité de l’effort sous la flamme rouge. Chapeau.

Il fallait aussi du jugement pour attaquer son dernier compagnon d’échappée, Simon Pellaud, à neuf kilomètres de l’arrivée. Comme beaucoup, j’ai d’abord cru à une grosse erreur: à deux, tu as plus de chance de rallier l’arrivée sans te faire rattraper que solo.

Ben non. Taco a vu juste, sentant probablement que Pellaud faiblissait.

Taco est allé chercher son destin, seul contre tous. Il a réussi.

Magnifique.

Taco offre aussi une première victoire en World Tour à sa formation belge Intermarché-Wanty-Gobert Matériaux, une équipe qui a franchi le pas vers le plus haut niveau à l’intersaison.

Un grand pied de nez aussi aux équipes de sprinters et aux oreillettes, battues hier. La Bora-Hansgrohe a eu beau rouler pour lâcher d’autres sprinters et préparer le sprint de Sagan, elle n’est pas revenue sur Taco. La la lère…

Souvent, ce genre d’événement peut déclencher un effet très positif pour le coureur, qui prend soudainement confiance. C’est ce que je souhaite à notre ami Taco, son rêve étant d’un jour briller sur Paris-Roubaix. Pourquoi pas?!

Comme j’écris souvent, il faut y croire.

Chose certaine, un cyclisme comme ça, on signe des deux mains.

Ganna, moins tranquille aujourd’hui

Auteur d’un prologue époustouflant (plus de 58,5 km/h de moyenne!!!) sur son 58×11, Filippo Ganna porte le maillot rose depuis le 1er jour. Il sera moins tranquille aujourd’hui, avec un final compliqué puisque comportant plusieurs belles patates qui ne devraient pas manquer de créer une course de mouvement.

Misons un changement d’épaules pour le maillot rose.

Et le premier rendez-vous se profile déjà, jeudi prochain vers Ascoli Piceno, avec une arrivée située après environ 15 bornes d’ascension, dont les cinq derniers kilomètres à près de 8% de moyenne.

Ca sera une première indication des forces en présence pour la course au maillot rose.

Incroyable MVDP

Ce fut également un régal le week-end dernier du côté d’Albstadt, pour la première manche de la Coupe du Monde de vélo de montagne.

Sur l’épreuve de sprint vendredi, victoire de Pauline Ferrand-Prévost chez les femmes et de… Mathieu Van Der Poel chez les hommes. Les attaques de ce dernier durant l’épreuve étaient tout simplement un spectacle hallucinant. Payez-vous les images, c’est sur Red Bull TV.

Dimanche, doublé français avec la victoire de la jeune Loana Lecomte chez les femmes, et de Victor Koretsky chez les hommes, pour ce dernier sa première victoire en Coupe du Monde. Il devance nul autre que le multiple champion du monde Nino Schurter.

Parti comme une fusée dimanche, MVDP n’a pu tenir le rythme et a faibli peu avant la mi-course, une situation inhabituelle mais qu’on a quand même vu à quelques reprises chez le prodige néerlandais. Je pense que MVDP a peut-être un peu de mal à s’acclimater aux grandes chaleurs (il faisait très chaud en Allemagne dimanche) et que pour lui, c’est toujours tout ou rien. C’était tout vendredi, et c’était rien dimanche.

Il sera revanchard le week-end prochain à Nove Mestro pour la 2e manche! Ca sera intéressant.

Victoire canadienne

Extraordinaire performance du jeune coureur canadien de la Colombie-Britannique Carter Woods dans la course U23 de cette manche de la Coupe du Monde le week-end dernier puisque Woods a… remporté la course, excusez du peu!

Avec des performances en hausse de Léandre Bouchard, un Peter Disera qui est présent lui aussi, voilà que la relève masculine en VTT pour le Canada semble être aussi assurée avec Carter Woods.

Vers une nouvelle mode des maillots spéciaux?

La pratique existe depuis longtemps: si la couleur dominante du maillot d’une équipe peut confondre avec le maillot de leader d’une épreuve, l’équipe est invitée à adopter un maillot d’une couleur différente pour la durée de la course.

On veut ainsi toujours s’assurer que le maillot jaune, rose, ou autre couleur qui représente le leader au général de la course, soit toujours bien visible dans le peloton, pour le public sur le bord de la route, et à la télé.

C’est ainsi que l’an dernier sur le Giro, l’équipe EF Education First avait adopté le maillot Palace, cette compagnie branchée de skateboard et vêtements associés. Elle voulait s’assurer que son maillot de couleur dominante rose ne serait pas confondu avec le maillot rose.

EF récidive sur le Giro 2021, et propose un nouveau maillot une fois de plus assez radicalement différent. La bonneterie est de facture Rapha, on peut faire confiance à cette compagnie anglaise pour offrir des produits léchés.

Avant eux, je me souviens de la Mercatone Uno de Marco Pantani qui, en 1999, avait disputé le Tour de France en maillot-cuissard roses, leur bonneterie régulière étant jaune. Deux ans avant, ils avaient changé aussi le jaune pour une combinaison bleue.

D’autres exemples sont survenus au fil du temps.

Par contre, je suis surpris de voir Israel Start-Up Nation arborer un maillot spécial également pour ce Giro, mettant en valeur les couleurs de leur co-sponsor Vini Fantini, une compagnie oeuvrant dans le monde du vin.

Le maillot approuvé de l’équipe est bleu et blanc, aucune chance de le confondre avec le maillot rose de leader du Giro, ou le maillot jaune sur le Tour.

Ca m’apparait être une première, ou presque.

Pourrions-nous voir, dans l’avenir, cette pratique s’étendre? Astana pourrait-elle proposer un maillot différent pour les GP de Québec et Montréal afin de mettre en valeur les couleurs de Premier Tech, le co-sponsor québécois?

Jusqu’où pousser la pratique?

Remarquez, si on a toléré les frasques de Mario Cipollini à une certaine époque, on peut penser que la marge de manoeuvre disponible est très grande!!

Giro: Evenepoel, parce que Merckx

L’intérêt suprême de ce 104e Giro d’Italia, ca se résume à un nom: Remco Evenepoel.

Souvent présenté comme le nouvel Eddy Merckx, le jeune prodige belge a jusqu’ici impressionné la galerie, vainqueur en 2020 de toutes les courses professionnelles à étapes où il a pris le départ.

Jusqu’à ce virage manqué dans la descente de Sormano sur le Giro di Lombardia.

Depuis, convalescence.

Et préparation en vue de son grand objectif 2021, le Giro. Je pense que son équipe Deceuninck l’a volontairement gardé à l’écart de toute compétition jusqu’ici, et à l’abri des médias ; on sait très peu de choses sur sa condition actuelle. Je soupçonne que tout cela soit savamment orchestré, question de frapper un grand coup dès son retour sur la scène.

On sera vite fixé, ce Giro débutant par un chrono de 8,6 kilomètres dans les rues de Turin. Rappelons qu’Evenepoel s’est déjà offert à la fois Ganna et Dennis sur la discipline, pourtant les deux spécialistes actuels.

Merckx a gagné son premier Tour en 1969, mais pas son premier Grand Tour en carrière, puisqu’il a terminé 9e du Giro 1967.

Evenepoel mieux que Merckx? Ca commencerait par une victoire à son premier Grand Tour. S’il réussissait, il ferait même mieux que… Tadej Pogacar, l’autre surdoué du moment, vainqueur de son premier Tour de France l’an dernier à 21 ans et 11 mois, et 3e de la Vuelta 2019, son premier Grand Tour en carrière. Remco, lui, est âgé de 21 ans et 3 mois.

Je suis certain qu’Evenepoel est motivé devant tous les succès des Roglic, Pogacar, VDP, Van Aert et Pidcock cette saison: il veut montrer qu’il est dans une ligue à part. Le Giro lui donne un terrain à la hauteur de ses ambitions.

Et puis, une victoire d’Evenepoel sur ce Giro voudrait dire qu’il aurait battu Egan Bernal, l’autre star de l’épreuve, vainqueur du Tour de France 2019 à l’âge de 22 ans et 6 mois.

De quoi mettre la table pour un grand clash Pogacar-Evenepoel sur le Tour 2022…

104e édition du Giro

Au menu de Messieurs les coureurs, 3 488 kilomètres entre Turin et Milan, répartis en 21 étapes, selon la formule consacrée.

Quatre étapes font plus de 200 kilomètres.

Deux courts chronos, le premier (8,6 kms) et le dernier (30,4 kms) jour.

Six étapes de montagne, huit arrivées en altitude.

Un juge de paix, le redoutable Monte Zoncolan – il mostro! – qu’on abordera au km 192 de la 14 étape. Ca va faire mal. Fait particulier, on monte cette année le mostro via son côté Sutrio, emprunté une seule fois sur le Giro à ce jour, en 2003 (vainqueur d’étape et du Giro cette année-là, Gilberto Simoni).

Une belle grande étape de montagne (210 kms) aussi lors de la 16e étape entre Sacile et Cortina d’Ampezzo, par delà les fameux Fedaia, Pordoi et Giau. 5 500m de dénivelé dans la journée, et paysages magnifiques garantis! Et puis, le Giau n’est pas facile (10 kms à 10% de moyenne), j’en sais quelque chose pour y avoir beaucoup souffert sur un Marathon des Dolomites.

Une autre belle étape le lendemain entre Canazei et Sega di Ala, encore 194 kilomètres et deux ascensions redoutables dans le final, le Passo San Valentino et la montée finale inédite sur le Giro, longue de 11 bornes à une pente moyenne de 9,6%. On dit cette montée très irrégulière, propre à casser les coureurs.

Une foule d’autres étapes montrent un profil intéressant et casse-pattes, susceptible de piéger les favoris dans la course au maillot rose.

6e étape:

12e étape:

19e étape (les trois derniers kms de l’Alpe di Mera sont à 11%):

20e étape, 4000m de dénivelé dans la journée:

Bref, un Giro usant et difficile à maitriser, qui tiendra les leaders sur la corde raide pendant les trois semaines de l’épreuve.

Les favoris

Outre Remco Evenepoel, un favori selon moi: Simon Yates chez Team BikeExchange. Il vient de s’imposer sur le Tour des Alpes, de façon convaincante. Au départ de ce Giro, c’est lui qui offre le plus de garantie. Et le vainqueur de la Vuelta 2018 a déjà prouvé pouvoir tenir trois semaines. Il a certainement soif d’une nouvelle victoire sur un Grand Tour et il pourra compter autour de lui sur Mikel Nieve et Tanel Kangert pour l’épauler en montagne.

Evenepoel, pour sa part, s’aligne avec Joao Almeida, James Knox et Fausto Masnada (3e du Tour de Romandie) pour l’aider. De quoi contrôler.

Le troisième favori, ben c’est Egan Bernal car tu ne peux pas oublier un ancien (mais jeune!) vainqueur du Tour. Bernal veut montrer que ses problèmes de dos causés par une jambe plus courte que l’autre sont derrière lui, et il s’amène bien entouré au sein de son équipe Ineos qui aligne également Ganna, Castroviejo, Martinez, Moscon et surtout Pavel Sivakov qui pourrait être l’autre coureur à causer une surprise.

Bernal n’a pas été revu en compétition depuis mars, après un début de saison prometteur et notamment cette 3e place sur les Strade Bianche et cette 4e place sur Tirreno-Adriatico.

Sur le papier, cette équipe Ineos est à mon sens la plus forte du lot.

D’autres coureurs peuvent espérer un podium, Mikel Landa (Bahrain-Victorious) par exemple, ou Marc Soler (Movistar, auteur d’un beau Tour de Romandie), Alexandr Vlasov (Astana), Dan Martin (Israel-Start Up Nation), Hugh Carthy (EF), George Bennett (Jumbo-Visma) voire Romain Bardet et Jai Hindley (Team DSM), 2e l’an dernier du Giro.

Bardet, en particulier, sera intéressant à suivre en l’absence de Thibault Pinot ou David Gaudu. On pourra notamment voir l’effet du changement d’équipe chez Bardet, dont ce Giro est l’objectif important de sa saison.

Vicenzo Nibali a pu se remettre rapidement de sa chute à l’entrainement et prend le départ. Si c’est très courageux de sa part, je ne vois pas le Requin de Messine rivaliser sur ce Giro, vu la qualité du plateau présent. Chez Trek-Segafredo, vaudra mieux miser Bauke Mollema ou encore Giulio Ciccone je pense.

Sur les chronos, deux hommes se livreront un mano à mano, soit Filippo Ganna et Rémi Cavagna, ce dernier venant de s’imposer sur le dernier chrono du Tour de Romandie.

Le toujours intéressant baroudeur Thomas de Gendt est de la partie, et se lancera surement dans des raids dont seul lui a le secret.

Dans les sprints, le match s’annonce très intéressant avec un Peter Sagan à la hausse, la présence du revenant Dylan Groenewegen, Caleb Ewan en forme, Fernando Gaviria, Patrick Bevin, Elia Viviani ainsi que Tim Merlier. Ouf!

Un seul coureur canadien au départ, le Québécois Antoine Duchesne. Il devait y épauler un Thibault Pinot, finalement l’équipe Groupama-FDJ débarque avec des baroudeurs jouant les étapes, on peut penser que cela donnera des opportunités à Antoine s’il se sent bien un jour. Ca peut le faire, il faut y croire! Pourquoi ne pas tenter la chance en suivant au départ d’une étape accidentée la moto De Gendt ?!

Sur ce Tour d’Italie, je veux voir une équipe combative, qui va de l’avant et qui prend des risques dans les échappées pour aller jouer des victoires d’étapes. On leur demande maintenant de jouer leurs cartes, ils doivent saisir cette opportunité. Tous auront leur chance, ça ne sera pas un Giro facile mais nous pouvons vivre de belles choses avec ce groupe!

Philippe mauduit, directeur-sportif groupama-FDJ, 5 mai 2021 (today cycling)

À la télé

En France, fini le Giro sur L’Équipe TV, cette année c’est Eurosport.

Au Québec, pas de FloBikes. Ca sera donc GCN TV, si possible avec la géolocalisation. Sinon, les sites de streaming gratuits comme Tiz-cycling ou Steephill.tv sont une autre option, mais il faut vivre avec les désagréments possibles.

On ne les oublie pas

Ils font aussi du bien.

Le Tour de l’actualité

Quelques nouvelles qui ont retenu mon attention ces derniers jours dans le monde du cyclisme professionnel.

1 – Tour de Romandie. Pas de surprise là, Geraint Thomas s’est imposé logiquement grâce au dernier chrono de 16 bornes à Fribourg le dernier jour, dépossédant le Canadien Mike Woods de son maillot jaune acquis la veille.

Ineos réalise le doublé avec Richie Porte 2e. La surprise est venue de Fausto Masnada, 3e, et qui complète donc le podium. Mike Woods termine « seulement » 5e, mais à cinq petites secondes de la troisième place. De quoi nourrir quelques regrets, ce qu’il a d’ailleurs confirmé au soir de l’épreuve.

Il y a des leçons à tirer de cette semaine en Suisse, pour le Giro dans un premier temps. On y reviendra.

Pour Woods, il est clair que ses qualités sur le chrono ne sont pas à la hauteur pour lui permettre de rivaliser sur les épreuves par étape. Faut-il travailler pour autant cette discipline? Je n’en suis pas sûr: à 34 ans, Mike n’a plus de temps à perdre et vaut mieux miser sur ses qualités de grimpeur-puncheur à présent, et cibler des étapes sur les grands tours, et certaines épreuves d’un jour où il peut briller comme les Ardennaises, la Classica San Sebastian ou encore les Classiques de fin de saison en Italie, incluant le Tour de Lombardie.

C’est également plus sain…

2 – Chris Froome. Nouvelle course, nouvel échec pour le coureur anglais qui n’est plus l’ombre de lui-même. Largué tous les jours, il termine dans le ventre mou du peloton, sans éclat. Peut-il revenir à son meilleur niveau? Comme d’autres incluant Guimard, je ne pense pas. Et puis, même si c’était le cas, serait-ce suffisant face à la nouvelle concurrence que représentent les Pogacar, Bernal, Evenepoel, Geoghegan, sans oublier bien sûr Roglic?

3 – Giro d’Italia. Ca démarre samedi de Turin, par un court chrono de 8,6 kilomètres. Tout ce que vous devez savoir sur ce Giro dans les prochains 48h sur ce site.

4 – Tour d’Algarve. La difficile épreuve portugaise démarre aujourd’hui, et se terminera dimanche prochain. Cinq étapes casse-pattes, un chrono de 20 bornes sur la 4e étape, deux arrivées au terme d’une ascension, il faudra être costaud pour s’imposer. L’enfant du pays est Rui Costa, qui joue donc à domicile. L’opposition viendra de Lennard Kamna chez Bora, des Deceuninck avec Asgreen, Bennett et Jakobsen, de Sosa chez Ineos, ainsi que d’une foule de petites équipes espagnoles et portugaises qui voudront se montrer.

L’équipe américain Rally est également au départ, mais sans coureurs canadiens.

5 – Albstadt. L’attention le week-end prochain se portera aussi du côté de l’Allemagne et Albstadt pour la première épreuve de Coupe du Monde de vélo de montagne. Un certain Mathieu Van Der Poel y fera sa rentrée sur cette discipline en 2021, avec je vous le rappelle l’intention de briller en or sur l’épreuve des Jeux Olympiques en principe cet été. Il rencontrera sur sa route de nombreux adversaires coriaces, dont Nino Schurter bien sûr, mais aussi des coureurs comme Thomas Pidcock et le champion du monde français Jordan Sarrou et sa puissante formation nationale. Ca sera très intéressant!!!

6 – Nouveau Cervelo R5. Ca a récemment fait le buzz puisque Primoz Roglic a été vu sur les Ardennaises sur un nouveau vélo Cervélo, apparemment une nouvelle itération du populaire R5. On peut en savoir un peu plus ici.

7 – Factor Ostro VAM. Le vélo de Mike Woods, c’est ici. 780 grammes pour le cadre, un vélo de grimpeur, comme il se doit. Beau montage, avec notamment les pièces CeramicSpeed, une compagnie que j’affectionne particulièrement.

8 – Tour du Rwanda et Mondiaux 2025. Il se déroule actuellement et le Canadien James Piccoli est de la partie. Fait intéressant, l’UCI a annoncé que deux pays étaient en lice pour l’organisation des Mondiaux sur route de 2025, deux pays africains: le Maroc et le Rwanda. L’UCI ferait actuellement des repérages au Rwanda.

Des Mondiaux dans ce pays seraient une belle première et une reconnaissance de la contribution récente de l’Afrique au cyclisme professionnel. Il est temps.

9 – Dugast. Pour les plus connaisseurs de la chose cycliste, ce nom évoque l’histoire même du vélo: les fameux boyaux Dugast sont utilisés depuis des générations de coureurs, et sur les épreuves les plus dures incluant Paris-Roubaix. On raconte qu’Eddy Merckx a encore des Dugast qui sèchent…

La compagnie néerlandaise n’est plus à présenter dans les milieux initiés. On dit que Mathieu Van Der Poel ne ferait confiance qu’à ces boyaux très haut de gamme, fabriqués en soie et à la main.

Dugast vient de passer sous contrôle Vittoria, la compagnie italienne de pneumatiques et de boyaux. Rien ne devrait trop changer pour Dugast, même si je leur souhaite d’innover un peu sur les boyaux au cours des prochains mois, ces derniers étant désormais concurrencés de très près par les tubuless qui s’imposent de plus en plus comme étant le meilleur choix côté rendement et facilité d’usage.

Woods: fier mais résigné

Quelle étape sur le Tour de Romandie aujourd’hui!

De la pluie, du froid, la course a même dû être neutralisée le temps d’une descente en début d’étape en raison d’un brouillard épais.

Une étape pour guerriers.

Et du lot, c’est Mike Woods qui s’impose au sommet de l’ascension de Thyon 2000, une très belle victoire même si Geraint Thomas, le seul avec lui sous la flamme rouge, a chuté à 50m de l’arrivée, ses mains glissant du guidon. Fort heureusement, Thomas n’a pas été blessé et a pu terminer l’étape en 3e position, et ainsi limiter les dégâts. Il expliquera plus tard que ses mains étaient gelées et donc sa prise de main lors d’un passage en danseuse a été déficiente.

Le cyclisme est parfois quasi-mathématique: si tu as les jambes, tu es devant. On savait que Mike Woods était en grande condition et qu’une victoire était proche. C’est arrivé aujourd’hui, et il peut être fier de ce succès, survenu sur une étape compliquée et difficile qui vous fixe tout de suite la qualité du bonhomme qui s’impose. Costaud.

Et Mike fait coup double, étape et classement général. Il sera donc en jaune demain à Fribourg pour l’ultime étape, un chrono de 16 bornes.

Ceci étant, Mike Woods est résigné: de son propre aveu, les 11 secondes d’avance sur Geraint Thomas, 2e du général, ne seront pas suffisantes pour remporter l’épreuve.

My time trial has improved, but it is certainly not where it needs to be in order to win this race.

Mike Woods, 1er mai 2021

Bien d’accord avec lui: Thomas est un ancien pistard, sa spécialité étant le chrono. Dur de rivaliser avec ce niveau.

Ceci étant, tout peut encore arriver: la météo annoncée demain à Fribourg est encore très difficile, avec de la pluie et un petit 10 degrés. Sur un parcours technique au départ, avec plusieurs virages serrés et une ascension pavée de 800m à 13%, ainsi qu’un final comportant aussi une descente assez pentue avec virages en bas, il peut se passer beaucoup de choses.

Mike devra se concentrer sur rester sur son vélo, assurer ses virages, en espérant que ce sera suffisant pour faire un podium au général de ce Tour de Romandie.

À souligner, la prestation aujourd’hui de Ben O’Connor chez AG2R – Citroen, 2e de l’étape (en raison de la chute de Thomas il est vrai, il aurait dû terminer 3e), et qui s’est bien battu dans la dernière ascension. À 25 ans, ce coureur australien continue de progresser, c’est évident. Nul doute que son contrat, actuellement d’un an au sein de l’équipe française, sera renouvelé l’an prochain, et qu’on lui fera davantage confiance sur les prochaines courses à son programme.

Cyclisme 101

Une des premières choses que tu apprends à vélo: sur route mouillée, tu te tiens très loin des lignes jaunes ou blanches de peinture.

Ben faut croire que Stephan Kung l’avait oublié. Incroyable, pour un pro.

Tour de Romandie: une opportunité à saisir pour Woods

La 74e édition du Tour de Romandie s’élance aujourd’hui par un prologue de quatre petits kilomètres du côté d’Oron (à ne pas confondre avec Auron dans les Alpes françaises!), avec dans ses derniers 800m une belle rampe qui corsera l’affaire. Maximum effort!

J’ai toujours adoré le Tour de Romandie, que j’allais voir lors de ma vie genevoise. Une très belle région pour la pratique du cyclisme, entre mer (le lac Leman) et montagnes. Je salue au passage mes amis les Gessiens, et leur désormais traditionnelle sortie autour du lac!

Le Tour de Romandie, c’était aussi à cette période une voix unique, celle de Bertrand Duboux, qui était à cette course ce que Daniel Mangeas était au Tour de France. Je m’ennuie de son franc parlé, de ses connaissances du sport cyclisme, de son engagement aussi comme journaliste tout sauf « main stream ». Aujourd’hui, tout le monde il est gentil, tout le monde il est beau. La critique, ce n’est plus permis, sinon t’es viré.

Anyway, cette semaine, on aura six étapes à se mettre sous la dent, soit le court mais difficile prologue aujourd’hui, quatre étapes en ligne et le dernier chrono de Fribourg sur 16 kilomètres dimanche prochain. Un chrono également particulier, avec dès son départ une courte descente sur le premier kilomètre, puis une bosse pavée de 700m abordée au km 1,8. Dure entrée en la matière!

C’est un difficile Tour de Romandie. Plus de 14,000m de dénivelé en six jours.

Dès la 1e étape, on aura un circuit exigeant à faire quatre fois autour de Martigny, avec deux grosses bosses. Un écrémage à petit feu.

La 2e étape, sur 165 bornes, sera très casse-pattes. Il faudra être vigilant toute la journée si tu es parmi ceux qui visent la victoire au général. Usant.

Idem sur la 3e étape autour d’Estavayer.

L’étape reine sera samedi prochain, à ne pas louper: Sion-Thyon, avec l’arrivée en altitude à la station de ski valaisanne (les Français ont les Trois Vallées, les Suisses ont les Quatre Vallées…!). De quoi faire de gros écarts.

Les favoris

Sur le papier, y’a pas photo: un seul grand favori… Mike Woods!

Le coureur canadien vient de terminer 5e de La Doyenne, en faisant tout péter dans la Roche aux Faucons. Pas de doute, il est en grande condition, possède un gros capital confiance en ce moment et une victoire en Romandie serait un grand résultat.

Mike débarque avec une belle équipe chez Israel Start-Up Nation: Chris Froome d’abord, qui semble être un peu mieux récemment, même vu en échappée lors de la dernière étape du Tour des Alpes il y a 10 jours.

Froome pourrait-il être l’artisan de la victoire de Woods? À suivre.

Alex Dowsett, Patrick Bevin, Guillaume Boivin pourront aussi être utile à Mike sur plusieurs étapes. Israel Start-Up Nation a une grosse semaine de travail devant elle.

L’opposition viendra d’abord et avant tout de l’équipe Ineos qui aligne Richie Porte et Geraint Thomas sur l’épreuve suisse. Tous deux ont terminé 2e et 3e du Tour de Catalogne plus tôt en avril, et ils voudront se tester. Ils sont épaulés par les Rohan Dennis, Filippo Ganna et Andrey Amador, entre autre, de quoi faire des dégâts. De gros dégâts.

Autres coureurs à surveiller, certainement Marc Hirschi chez UAE, Alexei Lutsenko chez Astana ainsi que les grimpeurs Jumbo-Visma Sepp Kuss et Steven Kruijswijk.

Sinon, pas beaucoup d’autres rivaux pour Mike Woods et le général selon moi. On en sait très peu de la condition actuelle des Rigoberto Uran, Sergio Henao, Miguel Angel Lopez, Kenny Elissonde, ou encore Marc Soler et Tejay Van Garderen.

Des surprises ne sont pas à exclure, le cyclisme moderne étant plus difficile à déchiffrer qu’avant.

Peter Sagan, quant à lui, est au départ pour préparer son Giro: il est là pour suer sa vie, et bruler du gras.

Un Canadien en Romandie? Why not! L’histoire montre que la région a souvent réussi à des ressortissants canadiens (je vous laisse deviner à qui je pense, en le saluant au passage). Mike peut y croire, et pourrait signer là une très belle victoire propre à assoir son autorité au sein du peloton pro.

LBL: Pogacar au métier

Ils étaient cinq.

Cinq coureurs tous avec des raisons précises d’y être, dans ce final de Liège-Bastogne-Liège.

Dossard 41 le jour de son 41e anniversaire de naissance, Alejandro Valverde voulait écrire une ligne de plus à son histoire et à l’histoire du cyclisme en rejoignant Eddy Merckx comme quintuple vainqueur de La Doyenne.

Julian Alaphilippe voulait effacer la gêne de 2020 où il avait perdu la course au sprint face à Primoz Roglic en levant les bras trop tôt avant la ligne.

Tadej Pogacar voulait quant à lui simplement montrer qu’il n’était pas venu sur les Ardennaises pour y faire de la figuration, frustré de son éviction de la Flèche Wallonne mercredi dernier sur un test faux-positif de Covid-19 au sein de son équipe.

David Gaudu voulait quant à lui en décrocher une belle et redonner le sourire à la Groupama-FDJ éprouvée par un leader Thibault Pinot qui va de mal en pis. Et pourquoi pas franchir un statut à la Groupama-FDJ, question de prouver que lui aussi peut être un vrai grand leader.

Et enfin Mike Woods, 2e en 2018 sur l’épreuve, qui voulait enfin – enfin – en décrocher une belle pour laisser sa marque dans le cyclisme, et rejoindre Steve Bauer et Ryder Hesjedal au panthéon du vélo canadien.

Inutile de vous dire qu’une fois partis, on n’allait pas revoir ces cinq là.

Une sélection opérée de brillante façon par Mike Woods sur le haut de la Roche aux Faucons, une attaque parfaite, au bon moment, bien dosée, et qui a fait mal à plusieurs favoris, les Ineos en premier lieu mais aussi Primoz Roglic.

Juste avant, Davide Formolo chez UAE Team Emirates avait produit un gros relais pour aller chercher Carapaz, montrant que l’équipe en force sur ce LBL n’était peut-être pas Ineos mais bien UAE!

Carapaz, c’était évident que c’était un feu de paille, juste trop fort son intensité, et de trop loin. Mention très bien toutefois à son coéquipier Tao Geoghegan, qui a provoqué la première grosse sélection dans La Redoute.

En gros hier, c’est Mike Woods qui a tout fait péter en haut de la Roche aux Faucons, et ça, ça nous a vraiment électrisé. Thanks Mike for making every Canadian cycling fan out there proud! I’ll make sure to be on your wheel on your next attack going up Pink Lake…

Malheureusement par après pour Woods, restaient 10 bornes roulantes.

La collaboration a été excellente entre les 5 coureurs, qui ont tous fait une vraie belle course. Ça s’est joué à la pédale. Et après 255 bornes, la pédale, ben c’est pas simple.

Si on veut chipoter un peu, on pourra dire que Mike Woods en a fait beaucoup sur ces 10 derniers kilomètres, davantage par exemple que ce vieux briscard de Valverde.

Perso, si j’avais été à la place de Mike, après avoir initié le move, je n’aurais plus bougé devant le plateau autour de moi: Valverde 4 fois vainqueur, Alaf champion du monde, et Pogacar vainqueur en titre du Tour. Vous me demandez un relais les boys? Yeah, right, je n’ai pas le tiers de la moitié de votre palmarès, alors sur ce coup-là, c’est à vous de voir si vous voulez que ça revienne derrière mais moi, je reste planqué dans vos roues. J’ai déjà donné d’ailleurs. On se revoit au sprint.

Mike est beaucoup passé en tête, très bien, mais ça lui a surement coûté de la fraicheur dans le sprint, notamment sa relance avec 1,4 kilomètre à faire, où il a manifestement tenté de surprendre son monde. Il est 5e sur la ligne.

Valverde a cru bon de nous refaire le coup des Mondiaux 2018 en menant le sprint en tête; ce n’est pas passé cette fois-ci. Mike était dans sa roue, peut-être pas le meilleur choix mais à ce moment-là, les choix ne sont pas simples.

Pogacar a choisi la roue d’Alaf, bien vu. Il le remonte dans les derniers 25 mètres, en puissance, rien à dire. Propre. Le plus fort a gagné, point barre. Pour preuve, aux 200 mètres, Pogacar était 5e!

La surprise est venue de David Gaudu, 3e. Sous la flamme rouge, je le plaçais 5e et dernier du groupe.

Bref, très belle épreuve, passionnante à partir de La Redoute. Je suis déçu pour Mike Woods, qui a fait une belle course, qui était probablement le 2e plus fort avec Pogacar, et qui a simplement été battu par plus fort que lui. Valverde demeure sa bête noire.

Alaphilippe mouché une 2e année de suite au sprint, et par un coureur slovène, c’est peut-être lui qui a le plus de regrets aujourd’hui, même si beau joueur en entrevue d’après-course, il semblait déjà très satisfait de son podium et de sa semaine dans les Ardennes. Effectivement, en cyclisme, tu ne peux pas toutes les gagner. À moins de t’appeler Eddy Merckx bien sûr.

Insulte suprême pour le couac Ineos sur LBL, Carapaz est disqualifié pour avoir pratiqué la position « supertuck ». Je me suis fait la réflexion en direct devant mon écran! On peut être pour ou contre cette mesure, mais force est de reconnaître que l’UCI a de la suite dans les idées. Aucun doute pour moi que Carapaz était fautif ; du coup, le premier Ineos à l’arrivée, Kwiatkowski, est 11e, en dehors du top-10!

Notre intérêt se tourne désormais vers le magnifique Tour de Romandie, ultime épreuve de prépa en vue du Giro qui est à nos portes. Thibault Pinot a déjà annoncé son forfait pour ce Giro, sans annoncer la suite de son programme. Mais c’est une autre histoire. Nous y reviendrons.

Un Doyen sur La Doyenne

Le doyen du peloton WorldTour, Alejandro Valverde, aura 41 ans dimanche, le jour de Liège-Bastogne-Liège. Une victoire serait un beau cadeau d’anniversaire… et en gagnant, il rejoindrait dans l’histoire du cyclisme Eddy Merckx, qui trône comme d’hab seul au firmament avec ses cinq victoires sur l’épreuve.

C’est vous dire à quel point « Alejet » (ou « Bala » , comme vous voulez) et toute son équipe Movistar seront motivés dimanche!

107e édition de La Doyenne donc, une course de 259 kilomètres dans les Ardennes belges. Un grand Monument du cyclisme, au palmarès élogieux, constitué que de champions cyclistes établis, car on ne gagne pas facilement cette course qui requiert à la fois une grande endurance, de la résistance dans l’effort lors des (longues) ascensions, et également de la puissance pour encaisser les rampes les plus pendues.

Bref, seul un coureur très complet peut s’imposer à Liège.

L’essentiel des difficultés sont concentrées dans les 100 derniers kilomètres. La traversée du village de Vielsalm marque vraiment l’entrée dans la phase importante, avec juste derrière la Côte de Mont-le-Soie. S’enchaine alors une succession ininterrompue de grosses bosses, désormais célèbres dans le cyclisme: Wanne, Stockeu, Haute Levée, Rosier, La Redoute, Forges, Roche aux Faucons.

Restera plus ensuite qu’environ 10km très roulants pour rallier l’arrivée (voir ci-bas), sur le Quai des ardennes. Une ultime chance pour certains coureurs de boucher un trou et de revenir sur l’avant de la course. Attention au sprint, qui pourrait se dérouler à haute vitesse.

Nouveauté cette année, la côte de Desnié, située entre la côte de Rosier et La Redoute. Une nouvelle rampe assez musclée au km 211, soit 1,6 kilomètre à 8,1% de moyenne, avec un passage à près de 10%. De quoi réduire la récupération entre Rosier et La Redoute ; Desnié durcira donc la course ça c’est certain, l’enchainement sera infernal.

La météo sera bonne ce dimanche dans les Ardennes, avec du soleil et une température de 14 degrés environ, sans trop de vent.

Les favoris

Commençons d’abord par parler du Canadien Mike Woods, qui n’est peut-être pas parmi les deux-trois archi-favoris, mais qui est l’un des premiers outsiders et qui peut aspirer de s’imposer, aucun doute là-dessus.

Si Mike doit en claquer une belle dans sa carrière, c’est dimanche que ca doit arriver.

Il est en forme, il est aussi revanchard suite à son ascension manquée du Mur de Huy mercredi ou il a été gêné par plusieurs coureurs dont Valverde. Il avait sans nul doute un podium dans les jambes (il termine 4e, de quoi se rassurer et se donner confiance). Son équipe devra prendre soin de lui le plus longtemps possible, afin de le déposer idéalement assez frais au pied de La Redoute, souvent un juge de paix important de l’épreuve.

Mike devra ensuite être intelligent: marquer à la culotte les archi-favoris, mais aussi doser ses efforts: si un client comme Pogacar s’en va seul et que la Deceuninck, les Ineos ou les Jumbo ont encore des forces en présence autour, tu laisses évidemment pisser, car ces équipes ramèneront.

Et Mike devra se défaire de sa bête noire, Bala bien évidemment. Ca fait une paire de courses que le champion espagnol lui soutire sous le nez, dont les Mondiaux 2018. Mike est dû pour une belle revanche!

Sinon, on a quelques épouvantails pour dimanche.

Le champion du monde Alaf Polak bien sûr, avec une équipe Deceuninck très bien outillée pour animer la course. Joao Almeida sera de la partie, c’est intéressant. Et Mauri Vansevenant sera sur un terrain idéal pour lui. Alaf en ayant claqué une belle, je suis certain qu’il serait content qu’un coéquipier réussisse en réalisant un joli coup (il avait été très ému de la victoire d’Asgreen sur le Ronde). Des fois, l’épouvantail peut servir la cause de son équipe autrement qu’en étant devant!

Le numéro un mondial Primoz Roglic aura la pancarte dans le dos bien évidemment, et il est le vainqueur sortant. Je pense qu’il voudra se racheter de sa 2e place mercredi dernier. Chez Jumbo, c’est tout pour Primoz! La coupure commence dimanche soir, je suis sûr qu’il voudra conclure cette première partie de sa saison avec un grand résultat.

Les Ineos ensuite, qui ont deux cartes à jouer: Pidcock et Carapaz. Ils sont bien entourés. Je miserais plus sur Carapaz que Pidcock.

Deux autres coureurs sont les archi-favoris: Valverde bien sûr, et Tadej Pogacar. Privé de Flèche Wallonne mercredi pour un test Covid faux-positif dans l’équipe, Pogacar et ses coéquipiers dont Marc Hirschi ont fait l’intégralité du parcours de La Doyenne à l’entrainement pour remplacer. Je suis certain que Tadej aura été frustré de ne pouvoir courir cette semaine, et aura le couteau entre les dents dimanche. Et avec lui comme avec Mathieu, ce qui est bien c’est qu’il n’a pas peur d’attaquer de loin.

On a beaucoup d’autres coureurs « outsiders ».

Chez Lotto-Soudal, on est passé à travers de la saison des Classiques et pour une équipe belge, ca fait grand désordre. Tim Wellens est leur meilleure carte et je pense qu’ils voudront se montrer dimanche, ils sont à domicile après tout.

Les Français Warren Barguil, David Gaudu et Guillaume Martin peuvent tous rêver d’une place dans les 5, et je met un petit bémol pour Benoit Cosnefroy malheureusement, après un début de saison compliqué.

N’oublions pas non plus les Maximilian Schachmann, que je vois très bien dimanche, Marc Hirschi qui pourra brouiller les pistes pour Pogacar, Bauke Mollema en net regain, Esteban Chaves et Michael Matthews chez BikeExchange (ce dernier a gagné à Montréal et Québec, il passe bien les bosses et au sprint en petit comité il sera un sacré client), sans oublier Alex Aranburu et Jakob Fuglsang (vainqueur en 2019) chez Astana.

Outre Mike Woods, deux autres coureurs canadiens au départ, les Québécois Hugo Houle et Guillaume Boivin. Chacun d’eux sont au service de leur leader.

Bref, une course très ouverte, beaucoup de gros clients pour disputer la victoire, ca sera vraiment passionnant tant ils sont nombreux à pouvoir y croire. Espérons surtout une course avec sélection par l’avant, et non pas une course d’attente.

Et je vous rassure tous, on ne peut pas partir trop tôt sur LBL!

The Wolfpack sur la Flèche

Toujours intéressant ces vidéos « de l’intérieur ».

Comment gagner la Flèche Wallonne?

Débat passionnant hier sur ces pages à propos de la Flèche Wallonne: je vous en remercie.

Tant qu’à être dans le technique et le super-pointu, allons-y franchement!

La question: comment gagner la Flèche Wallonne?

Pour plusieurs d’entre vous, j’ai exagéré en écrivant que Roglic avait commis une erreur « impardonnable » en partant trop tôt dans le Mur de Huy.

Ben je persiste et signe!

Un examen plus attentif montre que la Flèche Wallonne est une course très spéciale, unique même.

Prenez d’abord son palmarès depuis que l’épreuve se termine en haut du Mur, soit depuis 1985.

On a des vainqueurs en série: Claude Criquielion, 1985 et 1985. Moreno Argentin, 1990, 1991 et 1994. Laurent Jalabert, 1995 et 1997. Davide Rebellin, 2004, 2007 et 2009. Alejandro Valverde, 2006, 2014, 2015, 2016 et 2017. Julian Alaphilippe, 2018, 2019 et 2021.

Aucune autre grande classique n’offre ces séries de vainqueurs uniques. Aucune. On a donc affaire à une course très spécifique, qui couronne des coureurs aux qualités singulières. Pas d’improvisation. Pas de hasard. La Flèche Wallonne comporte moins d’aléatoire, moins d’incertitude que les autres grandes Classiques, et notamment les cinq Monuments.

Autrement dit, sur la Flèche, ce sont toujours les jambes qui parlent, et le rapport poids-puissance d’un puncheur émérite, capable de mobiliser une énergie folle sur 45-60 secondes. Dans la catégorie, ils sont très peu nombreux.

Secondo, payez-vous les images des 10 dernières éditions. Je l’ai fait. En voici la synthèse:

2021: Alaphilippe augmente son rythme (progressivement) aux 280m, pas le choix pour boucher l’écart créé par Roglic. Il augmente son rythme (sa cadence) dans les 70 derniers mètres pour déposer le Slovène.

2020: Hirschi démarre aux 75m, déposant un Mike Woods parti trop tôt, aux 200m.

2019: Alaphilippe démarre aux 120m pour déposer Fuglsang, à l’effort depuis le pied de l’ascension!

2018: Alaphilippe démarre aux 120m pour déposer Jelle Vanendert.

2017: Valverde démarre à 160m de la ligne et dépose David Gaudu.

2016: Valverde démarre aux 120m et contrôle aisément Rodriguez et Alaphilippe.

2015: Valverde démarre tard, aux 100m, pour déposer Alaphilippe et Albasini.

2014: Valverde démarre aux 140m et dépose Kwiatkowski et Dan Martin aisément.

2013: Daniel Moreno accélère aux 150m et s’offre le scalp de Philippe Gilbert, alors champion du monde, et parti… trop tôt!

2012: Joaquim Rodriguez part de très loin pour s’imposer au sommet du Mur de Huy.

2006: pour sa première victoire, Alejandro Valverde démarre aux 100m et dépose Samuel Sanchez, Karsten Kroon et Andy Schleck.

Bref, les faits sont clairs: personne ne s’est imposé au sommet du Mur de Huy ces 10 dernières années en partant au delà des 300m, sauf Joaquim Rodriguez en 2012. Personne.

On parle davantage de vainqueurs qui ont placé leur démarrage aux 120-150m, guère plus.

Ce n’est donc pas compliqué sur le Mur: tu attends au minimum les 150 derniers mètres pour porter ta réelle accélération, et les jambes font le reste, pour preuve le palmarès de cette épreuve si spécifique.

Avant les 150 derniers mètres, tu lisses le plus possible l’effort.

Au niveau World Tour, seule la victoire compte. Primoz Roglic le sait. En partant aux 375m mercredi, il n’avait aucune chance de succès compte tenu de la qualité des coureurs qui l’entouraient à ce moment, en particulier Alaphilippe, Woods et Valverde. L’un d’eux allait la jouer plus fine, ce fut Alaphilippe, qui est allé à la bonne école d’Alejet au début de sa carrière. Et qui a donc appris, dans la défaite, à partir au bon moment.

Je persiste et signe: Roglic a commis une erreur de cadet.

En plus, il ne lisse pas son effort. Pour preuve, il créé tout de suite le trou sur son accélération initiale, preuve qu’il a eu un pic important de puissance, qu’il n’a évidemment pas pu maintenir très longtemps.

Fait important, Primoz Roglic disputait cette semaine sa… première Flèche Wallonne. Son premier Mur de Huy en course, arrivée en haut. Voilà qui rend la victoire d’Hirschi l’an dernier encore plus impressionnante puisqu’il en était à sa… première participation.

Alaphilippe, hier, en était à sa… 5e participation.

Alaf n’a jamais terminé l’épreuve au delà de la 2e place. Deux victoires avant mercredi.

Son expérience a manifestement fait la différence: il ne s’affole pas derrière Roglic, hausse simplement d’une coche son rythme, le maintient sur la durée pour revenir sur le Slovène (sur le même braquet!) puis, aux 70m, hausse simplement sa cadence de pédalage pour faire la différence.

Roglic, asphyxié, ne peut hausser son jeu, même si, je vous l’accorde, il ne s’effondre pas.

Le métier et l’expérience ont triomphé, aucun doute là-dessus. Roglic est parti bien trop tôt. Si son impulsion avait été faite aux 200m, pas sûr que Alaphilippe, juste depuis le début de la saison, aurait trouvé assez de bitume sous ses roues pour revenir.

La Doyenne, dimanche

Présentation de l’épreuve et de ses favoris demain sur ces pages. Beaucoup d’enjeux intéressants, de motivations diverses, qu’on vous présentera. Ca sera une course palpitante, wide open, avec quelques grands favoris, et notamment Mike Woods, qui peut y croire.

Nous vivons une ère des Classiques passionnante!

Flèche Wallonne: deux champions du monde au sommet

Deux champions du monde sur route se sont imposés hier au sommet du Mur de Huy sur la Flèche Wallonne: Julian Alaphilippe et Anna van der Breggen.

Pour Alaf, il s’agit de sa 3e victoire sur l’épreuve ; pour van der Breggen, sa… 7e consécutive, excusez-un-peu. Le vrai roi de Huy est en fait une reine!

Pour Alaphilippe, il s’agit d’une victoire qui fait certainement beaucoup de bien, sa campagne de Classique n’ayant pas produit, jusqu’ici, des résultats concrets hormis sa 2e place sur les Strade Bianche. Il en tient enfin une belle, maillot de champion du monde sur le dos pour la manière. Du coup, le voilà logiquement propulsé comme favori #1 de Liège-Bastogne-Liège dimanche prochain, même si la musique sera différente sur ce Monument, notamment parce que c’est beaucoup plus long. La Doyenne est assurément un objectif important pour lui.

Sacré puncheur, ce Alaf (mais ca, on le savait déjà). 1m73, 62 kilos (pareil que moi!), le gabarit parfait pour ces accélérations sèches sur 30-45 secondes. Son temps d’ascension sur le Mur de Huy serait le plus rapide de l’histoire hier.

Sinon, une course fidèle au scénario le plus classique qui soit: échappée matinale, arrivée groupée au pied du Mur où les équipes ont bien positionné leurs leaders, puis les jambes et la tactique qui ont parlé. C’est juste dommage que les UAE Team Emirates aient été interdits de départ suite à un cas positif de Covid-19, test qui s’est révélé être un faux-positif par la suite; il manquait Pogacar dans ce Mur!

Tactique justement, c’est Primoz Roglic qui doit s’en vouloir le plus: il est tout simplement parti trop tôt, façon Mike Woods un an plus tôt. Il coince à 100m de la ligne. Dommage, car il était très fort. Erreur classique… et impardonnable à ce niveau selon moi. On n’est pas chez les cadets!

J’aurais pu titrer « Alaphilippe au métier » tant sa réponse au démarrage de Roglic a été intelligente: sans s’affoler ni se mettre dans le rouge, il hausse son rythme progressivement, et ramène le coureur slovène petit-à-petit, plein de maitrise et d’expérience, sur le bon braquet. Manifestement, une action lucide sur le Mur. Bravo, impressionnant. Et respect.

Derrière, extraordinaire 3e place d’Alejandro Valverde, 41 ans, qui ne peut pas nourrir de regrets: il a donné tout ce qu’il pouvait sur ce Mur, et n’a commis à mon sens aucune erreur. Il devance sur la ligne les Mike Woods (4e), Warren Barguil (5e), Thomas Pidcock (6e), David Gaudu (7e), Esteban Chaves (8e), Richard Carapaz (9e) et Maximilian Schachmann (10e). Que du beau monde!!!

Les regrets, ils sont plutôt à placer du côté des Ineos, qui n’ont pas démérité (deux coureurs dans les 10 premiers) mais qui passent loin d’un grand résultat. L’inexpérience de Pidcock? Tombé dans le final, il avait peut-être laissé trop d’énergie pour revenir dans le paquet.

Petite déception probable aussi du côté de Benoit Cosnefroy et les AG2R – Citroen, qui avaient roulé dans le final pour préparer le terrain pour le coureur français. « Physiquement, c’est pas passé » a-t-il déclaré à l’arrivée, lui qui était blessé en début de saison. Sur le coup, à voir l’équipe rouler, je pensais qu’il était dans un grand jour. Ben non.

La Flèche et la violence du dernier effort ne pardonnent jamais.

La suite sur la Doyenne

Déjà la dernière grande Classique de ce printemps dimanche, Liège-Bastogne-Liège. Je pense que la course sera très ouverte, beaucoup de coureurs sont en forme et peuvent aspirer à un grand résultat, Mike Woods en premier lieu pour le Canada (rappelons qu’il a terminé 2e de la course en 2018).

Quelques équipes font figure d’épouvantails, notamment Deceuninck, Ineos, Jumbo-Visma et UAE, avec derrière un gros paquet d’outsiders prêts à surprendre à la moindre opportunité. Ca sera très intéressant.

Flèche Wallonne: qui pour battre Pidcock?

85e édition de la Flèche Wallonne aujourd’hui en Belgique francophone, entre Charleroi et Huy, sur 194 kilomètres.

Une course de côte. En gros, il ne faudra pas manquer les derniers 10min de la course. La dernière échappée à avoir réussi au sommet du Mur de Huy remonte au… début des années 2000!

On annonce relativement frais et venteux demain du côté de Charleroi, avec averses possibles. Si elles surviennent, ça pourrait rendre la course plus dangereuse bien évidemment.

Comme d’hab, trois ascensions du fameux Mur de Huy, le juge de paix de l’épreuve. L’arrivée est au sommet de la troisième. Une rampe de 1,3 kilomètres avec, à l’intérieur de certains virages, une pente à plus de 20%.

Sur cette course, tout est une question de timing: votre succès dépend de l’endroit où vous porterez l’estocade dans le Mur. Vous partez trop tôt, vous explosez 100m avant la ligne d’arrivée. C’est arrivé l’an dernier à un excellent Mike Woods, auteur du seul podium canadien sur l’épreuve à ce jour (3e).

Vous partez trop tard, vous ne pouvez plus rattraper ceux qui auraient démarré avant vous.

Dans tous les cas, vous devez arriver placé au pied du Mur, c’est à dire dans les 10-15 premiers maxi. Le travail d’équipe est donc primordial pour ramener les échappées qui resteraient devant, et pour déposer le leader dans les premières places du paquet au pied du Mur pour la dernière ascension.

Les favoris

L’homme à battre, c’est Thomas Pidcock. Il est en grande forme actuellement et le Mur de Huy correspond parfaitement à ses qualités physiques. Son rapport poids-puissance devrait lui être très avantageux sur cette rampe.

Il débarque avec une équipe Ineos très puissante, capable de bien contrôler la course. Dans ce contexte, ca serait surprenant qu’une échappée aille au bout, les Ineos voudront s’assurer que Pidcock sera en position de gagner au pied du Mur. Avec les Carapaz, Kwiatkowski, Geoghegan, Rowe et A. Yates, il y a de quoi assurer même sur la première moitié de l’ascension!

Pidcock aura essentiellement trois adversaires directs: le numéro un mondial Primoz Roglic, lui aussi explosif sur une ascension sèche, Julian Alaphilippe, deux fois vainqueur de l’épreuve, ainsi que Tadej Pogacar, capable d’être très puissant lui aussi comme en atteste ses victoires en 2020 et 2021 lors d’arrivées au sommet.

Chacun d’eux débarque avec une belle équipe, capable de bien contrôler la course.

Je ne serais toutefois pas surpris que la Deceuninck essaie de foutre le bordel plus tôt dans le final, s’appuyant sur l’excellent Mauri Vansevenant voire Dries Devenyns. Un leader (Alaphilippe) peut en cacher un autre!

Derrière, plusieurs autres coureurs peuvent tirer leur épingle du jeu.

M. Flèche Wallonne en personne, Alejandro Valverde, déjà cinq victoires à son actif, la première acquise en… 2006 il y a 15 ans – 15 ans! – sera au départ, et en bonne condition. Si je pense qu’il n’est plus le coureur explosif qu’il a déjà été, une place sur le podium est jouable dans son cas s’il se sent bien.

Le vainqueur sortant Marc Hirschi débarque aussi, et avec Pogacar sous le même maillot que lui, ils animeront certainement le final. Je ne vois cependant pas Hirschi rivaliser « à la pédale » avec Pidcock dans la dernière ascension du Mur, si on en arrive à ça.

Troisième l’an dernier, Mike Woods sera le leader pour Israel Start-Up Nation. Sa condition est-elle suffisante? Sincèrement, je ne le crois pas, pas pour la victoire. Et une belle place dépendra, dans son cas, de sa capacité de bien se placer au pied du Mur, souvent une lacune chez Mike. Il est vrai qu’il ne dispose pas tout à fait, dans le peloton pro, du capital résultat pour se positionner facilement.

Plusieurs coureurs français seront à surveiller, outre Alaphilippe: je pense à Benoit Cosnefroy qui progresse sur ce genre d’effort court, à Warren Barguil, à Guillaume Martin ainsi qu’à David Gaudu bien évidemment (je m’attends à un grand résultat de sa part aujourd’hui).

Miximilian Schachmann est en grande condition chez Bora. Chez Astana, Fuglsang ou Lutsenko seront certainement les leaders, mais je ne les vois pas dans les cinq premiers. Esteban Chaves saura-t-il se placer au pied de Huy pour Team BikeExchange?

Outre Woods, trois autres coureurs canadiens au départ: ses équipiers Piccoli et Boivin, ainsi qu’Hugo Houle chez Astana, tous dans un rôle de soutien.

Quel avenir pour la Flèche?

De plus en plus de voix s’élèvent pour décrier une Classique réduite, depuis 20 ans, à une simple course de côte d’une durée de 3 minutes.

Le cyclisme moderne avec le nivellement du niveau, les oreillettes, et les enjeux colossaux a considérablement modifié la capacité de certains parcours à offrir une course excitante.

Dans ce contexte, quel avenir pour la Flèche Wallonne? Doit-on conserver la même formule « traditionnelle » avec une arrivée en haut du Mur de Huy, comme c’est le cas depuis 1985? Devrait-on plutôt modifier le final pour le rendre plus excitant? Comment?

Perso, je pense que le cyclisme a avantage à se moderniser. Le Mur bloque la course. L’ajout d’un circuit final avec quelques côtes, aujourd’hui les cotes d’Ereffe et du Chemin des Gueuses, n’a pas eu l’effet escompté.

Pourquoi ne pas changer radicalement de formule pour proposer un final plus sélectif, mais avec une arrivée au terme de 5 ou 10 kms roulants suite à une dernière grosse bosse? En donnant la chance à des coureurs de revenir une fois la dernière difficulté, on maintient le suspense et on élargit l’échantillon de coureurs pouvant rêver s’imposer. Cela motive les moins bons grimpeurs à s’accrocher dans la bosse, l’espérance d’un retour étant bien réelle derrière.

Ou une arrivée au terme d’une grosse bosse et une courte descente technique juste après?

Le Ronde a, en tout cas, pas hésité à enlever de son parcours le célèbre Mur de Grammont il y a quelques années, afin de se renouveler…

Le Tour de l’actualité

1 – Ex-Aequo. C’était si serré sur l’Amstel dimanche qu’on peut se poser la question: deux coureurs ex-aequo, possible en cyclisme?

Oui. Et non!

Avant l’arrivée des photo-finish au milieu des années 1950 (on a commencé à utiliser ce dispositif pour les arrivées groupées sur le Tour 1955), il arrivait qu’on ne puisse départager des coureurs sur la ligne. L’arrivée était en effet jugée « de visu ». C’est ainsi que lors de l’étape Bordeaux-Bayonne du Tour 1929, trois coureurs portaient le maillot jaune! (Victor Fontan, Nicolas Frantz et André Leducq). La situation s’est reproduite à quelques reprises, notamment lors du Tour 1931.

Plus récemment, la précision des photo-finish empêche ces situations… bien que: on rappellera que le Québécois Guillaume Boivin a terminé 3e des Mondiaux U23 en 2010, ex-aequo avec Taylor Phinney. Plus récemment, en 2016, deux coureurs avaient été désignés ex-aequo sur la 7e étape du Tour de Corée, mais il est vrai que le système de photo-finish avait alors connu des ratées sur la ligne.

Bref, pas impossible que ça se produise un jour. Et ce, malgré la précision des appareils utilisés, précis au 10 000e de seconde et au demi-millimètre.

2 – Mauri Vansevenant. Comme Serge, j’ai été très impressionné par la perf offerte par Mauri Vansevenant dimanche sur l’Amstel. Retardé sur ennui mécanique, il perd un paquet de temps pour revenir solo sur le groupe de tête. Chute. Chasse solo. Il rentre encore! Et il se met immédiatement au service de son leader Alaphilippe en tête du groupe, menant la chasse derrière les Ineos. Ouf.

Plus tôt cette saison, c’est lui qu’on avait vu devant à protéger pendant de longs kilomètres d’ascension son leader Alaphilippe sur les pentes du Ventoux lors du Tour de la Provence.

Le jeune belge de 21 ans est un petit prodige, excellent grimpeur comme en atteste sa victoire chez les amateurs au difficile Tour du Val d’Aoste (2019). C’est une autre pépite du cyclisme qui murit chez Patrick Lefevere. Fils de l’ex-pro Win Vansevenant, il a certainement une génétique pour lui.

Il faudra le surveiller de près lors de la Flèche Wallonne mercredi. L’an dernier, il en avait été un des principaux animateurs: membre de l’échappée matinale, il avait été le dernier repris à quelques accablées du Mur de Huy, malgré une chute.

Y’a pas à dire, c’est un vrai battant. Il est probablement le meilleur joker mercredi sur l’épreuve belge.

3 – Tour des Alpes (Tour de Trentin). La dernière épreuve de préparation pour le Giro est partie hier, et c’est Gianni Moscon qui a remporté la première étape sur les cinq au programme.

Encore une victoire Ineos!

Moscon signe là une première victoire depuis des mois, lui qui est plus connu depuis quelque temps pour ses problèmes d’attitude en course voire hors course. Il avait été disqualifié l’an dernier de Kuurne-Bruxelles-Kuurne pour son altercation avec Jens Debusschere.

Le Tour des Alpes propose aujourd’hui (2e étape) et dans les prochains jours des étapes accidentées, casse-pattes, qui devraient révéler les hommes en forme. On surveille Chris Froome, Simon Yates, Thibault Pinot, Romain Bardet, Nairo Quintana, Jai Hindley, Daniel Martinez et Hugh Carthy en particulier.

Seule la compétition va pouvoir valider ma condition. On fera un bilan après le Tour des Alpes. 

Thibault Pinot, today cycling, 19 avril 2021

Deux Canadiens au départ, Antoine Duchesne qui épaulera Pinot sur le prochain Giro, ainsi qu’Alex Cataford chez Israel.

4 – Remco Evenepoel. C’est l’autre favori du Giro, sur le papier du moins. Evenepoel participera à son premier grand tour en carrière, mais dans des circonstances très spéciales puisqu’on ne l’a pas revu en course depuis sa chute en août dernier sur le Tour de Lombardie. Il a notamment préparé ce Giro par des stages en altitude, notamment du côté de la Sierra Nevada.

5 – Antoine Duchesne. J’ai bien aimé ce récent article de l’Agence SportCom sur Antoine Duchesne. Ce dernier nous donne quelques preuves de ce que j’avançais récemment: le cyclisme a changé. Il n’y a plus de courses « B », toutes les courses sont disputées à bloc, les données scientifiques dominent tout quitte à écraser certains coureurs psychologiquement, les jeunes sont aujourd’hui très précoces, et on n’a plus besoin de courir pour préparer un objectif, pour preuve Primoz Roglic qui ne disputera aucun événement entre le soir de la Doyenne et la première étape du prochain Tour de France.

C’est important d’avoir autre chose dans ta vie, car en vélo, ça va plus souvent mal que bien.

Antoine duchesne, 16 avril 2021

Et surtout, cette phrase d’Antoine qui témoigne sans contredit toute la difficulté du sport cycliste au niveau professionnel. Il faut être fort pour tenir le coup, pour supporter la pression constante du résultat et, souvent, vivre dans l’incertitude des contrats, année après année, souvent pour des salaires somme toute assez modestes. Au moins, les coureurs d’antan, il y a encore 10 ans, pouvaient débrancher la tête quelques semaines par an. Aujourd’hui, même cela n’est plus permis.

6 – BH Ultralight Evo 9.0 (présenté par Matos Vélo). Un vélo très intéressant selon moi, bon rapport qualité-prix, géométrie étudiée et somme toute, assez classique. 750 grammes le cadre. Le site officiel est ici. Un des rares vélos que je pourrais acheter.

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