Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Auteur/autrice : Laurent Page 2 of 327

Flèche Wallonne: deux champions du monde au sommet

Deux champions du monde sur route se sont imposés hier au sommet du Mur de Huy sur la Flèche Wallonne: Julian Alaphilippe et Anna van der Breggen.

Pour Alaf, il s’agit de sa 3e victoire sur l’épreuve ; pour van der Breggen, sa… 7e consécutive, excusez-un-peu. Le vrai roi de Huy est en fait une reine!

Pour Alaphilippe, il s’agit d’une victoire qui fait certainement beaucoup de bien, sa campagne de Classique n’ayant pas produit, jusqu’ici, des résultats concrets hormis sa 2e place sur les Strade Bianche. Il en tient enfin une belle, maillot de champion du monde sur le dos pour la manière. Du coup, le voilà logiquement propulsé comme favori #1 de Liège-Bastogne-Liège dimanche prochain, même si la musique sera différente sur ce Monument, notamment parce que c’est beaucoup plus long. La Doyenne est assurément un objectif important pour lui.

Sacré puncheur, ce Alaf (mais ca, on le savait déjà). 1m73, 62 kilos (pareil que moi!), le gabarit parfait pour ces accélérations sèches sur 30-45 secondes. Son temps d’ascension sur le Mur de Huy serait le plus rapide de l’histoire hier.

Sinon, une course fidèle au scénario le plus classique qui soit: échappée matinale, arrivée groupée au pied du Mur où les équipes ont bien positionné leurs leaders, puis les jambes et la tactique qui ont parlé. C’est juste dommage que les UAE Team Emirates aient été interdits de départ suite à un cas positif de Covid-19, test qui s’est révélé être un faux-positif par la suite; il manquait Pogacar dans ce Mur!

Tactique justement, c’est Primoz Roglic qui doit s’en vouloir le plus: il est tout simplement parti trop tôt, façon Mike Woods un an plus tôt. Il coince à 100m de la ligne. Dommage, car il était très fort. Erreur classique… et impardonnable à ce niveau selon moi. On n’est pas chez les cadets!

J’aurais pu titrer « Alaphilippe au métier » tant sa réponse au démarrage de Roglic a été intelligente: sans s’affoler ni se mettre dans le rouge, il hausse son rythme progressivement, et ramène le coureur slovène petit-à-petit, plein de maitrise et d’expérience, sur le bon braquet. Manifestement, une action lucide sur le Mur. Bravo, impressionnant. Et respect.

Derrière, extraordinaire 3e place d’Alejandro Valverde, 41 ans, qui ne peut pas nourrir de regrets: il a donné tout ce qu’il pouvait sur ce Mur, et n’a commis à mon sens aucune erreur. Il devance sur la ligne les Mike Woods (4e), Warren Barguil (5e), Thomas Pidcock (6e), David Gaudu (7e), Esteban Chaves (8e), Richard Carapaz (9e) et Maximilian Schachmann (10e). Que du beau monde!!!

Les regrets, ils sont plutôt à placer du côté des Ineos, qui n’ont pas démérité (deux coureurs dans les 10 premiers) mais qui passent loin d’un grand résultat. L’inexpérience de Pidcock? Tombé dans le final, il avait peut-être laissé trop d’énergie pour revenir dans le paquet.

Petite déception probable aussi du côté de Benoit Cosnefroy et les AG2R – Citroen, qui avaient roulé dans le final pour préparer le terrain pour le coureur français. « Physiquement, c’est pas passé » a-t-il déclaré à l’arrivée, lui qui était blessé en début de saison. Sur le coup, à voir l’équipe rouler, je pensais qu’il était dans un grand jour. Ben non.

La Flèche et la violence du dernier effort ne pardonnent jamais.

La suite sur la Doyenne

Déjà la dernière grande Classique de ce printemps dimanche, Liège-Bastogne-Liège. Je pense que la course sera très ouverte, beaucoup de coureurs sont en forme et peuvent aspirer à un grand résultat, Mike Woods en premier lieu pour le Canada (rappelons qu’il a terminé 2e de la course en 2018).

Quelques équipes font figure d’épouvantails, notamment Deceuninck, Ineos, Jumbo-Visma et UAE, avec derrière un gros paquet d’outsiders prêts à surprendre à la moindre opportunité. Ca sera très intéressant.

Flèche Wallonne: qui pour battre Pidcock?

85e édition de la Flèche Wallonne aujourd’hui en Belgique francophone, entre Charleroi et Huy, sur 194 kilomètres.

Une course de côte. En gros, il ne faudra pas manquer les derniers 10min de la course. La dernière échappée à avoir réussi au sommet du Mur de Huy remonte au… début des années 2000!

On annonce relativement frais et venteux demain du côté de Charleroi, avec averses possibles. Si elles surviennent, ça pourrait rendre la course plus dangereuse bien évidemment.

Comme d’hab, trois ascensions du fameux Mur de Huy, le juge de paix de l’épreuve. L’arrivée est au sommet de la troisième. Une rampe de 1,3 kilomètres avec, à l’intérieur de certains virages, une pente à plus de 20%.

Sur cette course, tout est une question de timing: votre succès dépend de l’endroit où vous porterez l’estocade dans le Mur. Vous partez trop tôt, vous explosez 100m avant la ligne d’arrivée. C’est arrivé l’an dernier à un excellent Mike Woods, auteur du seul podium canadien sur l’épreuve à ce jour (3e).

Vous partez trop tard, vous ne pouvez plus rattraper ceux qui auraient démarré avant vous.

Dans tous les cas, vous devez arriver placé au pied du Mur, c’est à dire dans les 10-15 premiers maxi. Le travail d’équipe est donc primordial pour ramener les échappées qui resteraient devant, et pour déposer le leader dans les premières places du paquet au pied du Mur pour la dernière ascension.

Les favoris

L’homme à battre, c’est Thomas Pidcock. Il est en grande forme actuellement et le Mur de Huy correspond parfaitement à ses qualités physiques. Son rapport poids-puissance devrait lui être très avantageux sur cette rampe.

Il débarque avec une équipe Ineos très puissante, capable de bien contrôler la course. Dans ce contexte, ca serait surprenant qu’une échappée aille au bout, les Ineos voudront s’assurer que Pidcock sera en position de gagner au pied du Mur. Avec les Carapaz, Kwiatkowski, Geoghegan, Rowe et A. Yates, il y a de quoi assurer même sur la première moitié de l’ascension!

Pidcock aura essentiellement trois adversaires directs: le numéro un mondial Primoz Roglic, lui aussi explosif sur une ascension sèche, Julian Alaphilippe, deux fois vainqueur de l’épreuve, ainsi que Tadej Pogacar, capable d’être très puissant lui aussi comme en atteste ses victoires en 2020 et 2021 lors d’arrivées au sommet.

Chacun d’eux débarque avec une belle équipe, capable de bien contrôler la course.

Je ne serais toutefois pas surpris que la Deceuninck essaie de foutre le bordel plus tôt dans le final, s’appuyant sur l’excellent Mauri Vansevenant voire Dries Devenyns. Un leader (Alaphilippe) peut en cacher un autre!

Derrière, plusieurs autres coureurs peuvent tirer leur épingle du jeu.

M. Flèche Wallonne en personne, Alejandro Valverde, déjà cinq victoires à son actif, la première acquise en… 2006 il y a 15 ans – 15 ans! – sera au départ, et en bonne condition. Si je pense qu’il n’est plus le coureur explosif qu’il a déjà été, une place sur le podium est jouable dans son cas s’il se sent bien.

Le vainqueur sortant Marc Hirschi débarque aussi, et avec Pogacar sous le même maillot que lui, ils animeront certainement le final. Je ne vois cependant pas Hirschi rivaliser « à la pédale » avec Pidcock dans la dernière ascension du Mur, si on en arrive à ça.

Troisième l’an dernier, Mike Woods sera le leader pour Israel Start-Up Nation. Sa condition est-elle suffisante? Sincèrement, je ne le crois pas, pas pour la victoire. Et une belle place dépendra, dans son cas, de sa capacité de bien se placer au pied du Mur, souvent une lacune chez Mike. Il est vrai qu’il ne dispose pas tout à fait, dans le peloton pro, du capital résultat pour se positionner facilement.

Plusieurs coureurs français seront à surveiller, outre Alaphilippe: je pense à Benoit Cosnefroy qui progresse sur ce genre d’effort court, à Warren Barguil, à Guillaume Martin ainsi qu’à David Gaudu bien évidemment (je m’attends à un grand résultat de sa part aujourd’hui).

Miximilian Schachmann est en grande condition chez Bora. Chez Astana, Fuglsang ou Lutsenko seront certainement les leaders, mais je ne les vois pas dans les cinq premiers. Esteban Chaves saura-t-il se placer au pied de Huy pour Team BikeExchange?

Outre Woods, trois autres coureurs canadiens au départ: ses équipiers Piccoli et Boivin, ainsi qu’Hugo Houle chez Astana, tous dans un rôle de soutien.

Quel avenir pour la Flèche?

De plus en plus de voix s’élèvent pour décrier une Classique réduite, depuis 20 ans, à une simple course de côte d’une durée de 3 minutes.

Le cyclisme moderne avec le nivellement du niveau, les oreillettes, et les enjeux colossaux a considérablement modifié la capacité de certains parcours à offrir une course excitante.

Dans ce contexte, quel avenir pour la Flèche Wallonne? Doit-on conserver la même formule « traditionnelle » avec une arrivée en haut du Mur de Huy, comme c’est le cas depuis 1985? Devrait-on plutôt modifier le final pour le rendre plus excitant? Comment?

Perso, je pense que le cyclisme a avantage à se moderniser. Le Mur bloque la course. L’ajout d’un circuit final avec quelques côtes, aujourd’hui les cotes d’Ereffe et du Chemin des Gueuses, n’a pas eu l’effet escompté.

Pourquoi ne pas changer radicalement de formule pour proposer un final plus sélectif, mais avec une arrivée au terme de 5 ou 10 kms roulants suite à une dernière grosse bosse? En donnant la chance à des coureurs de revenir une fois la dernière difficulté, on maintient le suspense et on élargit l’échantillon de coureurs pouvant rêver s’imposer. Cela motive les moins bons grimpeurs à s’accrocher dans la bosse, l’espérance d’un retour étant bien réelle derrière.

Ou une arrivée au terme d’une grosse bosse et une courte descente technique juste après?

Le Ronde a, en tout cas, pas hésité à enlever de son parcours le célèbre Mur de Grammont il y a quelques années, afin de se renouveler…

Le Tour de l’actualité

1 – Ex-Aequo. C’était si serré sur l’Amstel dimanche qu’on peut se poser la question: deux coureurs ex-aequo, possible en cyclisme?

Oui. Et non!

Avant l’arrivée des photo-finish au milieu des années 1950 (on a commencé à utiliser ce dispositif pour les arrivées groupées sur le Tour 1955), il arrivait qu’on ne puisse départager des coureurs sur la ligne. L’arrivée était en effet jugée « de visu ». C’est ainsi que lors de l’étape Bordeaux-Bayonne du Tour 1929, trois coureurs portaient le maillot jaune! (Victor Fontan, Nicolas Frantz et André Leducq). La situation s’est reproduite à quelques reprises, notamment lors du Tour 1931.

Plus récemment, la précision des photo-finish empêche ces situations… bien que: on rappellera que le Québécois Guillaume Boivin a terminé 3e des Mondiaux U23 en 2010, ex-aequo avec Taylor Phinney. Plus récemment, en 2016, deux coureurs avaient été désignés ex-aequo sur la 7e étape du Tour de Corée, mais il est vrai que le système de photo-finish avait alors connu des ratées sur la ligne.

Bref, pas impossible que ça se produise un jour. Et ce, malgré la précision des appareils utilisés, précis au 10 000e de seconde et au demi-millimètre.

2 – Mauri Vansevenant. Comme Serge, j’ai été très impressionné par la perf offerte par Mauri Vansevenant dimanche sur l’Amstel. Retardé sur ennui mécanique, il perd un paquet de temps pour revenir solo sur le groupe de tête. Chute. Chasse solo. Il rentre encore! Et il se met immédiatement au service de son leader Alaphilippe en tête du groupe, menant la chasse derrière les Ineos. Ouf.

Plus tôt cette saison, c’est lui qu’on avait vu devant à protéger pendant de longs kilomètres d’ascension son leader Alaphilippe sur les pentes du Ventoux lors du Tour de la Provence.

Le jeune belge de 21 ans est un petit prodige, excellent grimpeur comme en atteste sa victoire chez les amateurs au difficile Tour du Val d’Aoste (2019). C’est une autre pépite du cyclisme qui murit chez Patrick Lefevere. Fils de l’ex-pro Win Vansevenant, il a certainement une génétique pour lui.

Il faudra le surveiller de près lors de la Flèche Wallonne mercredi. L’an dernier, il en avait été un des principaux animateurs: membre de l’échappée matinale, il avait été le dernier repris à quelques accablées du Mur de Huy, malgré une chute.

Y’a pas à dire, c’est un vrai battant. Il est probablement le meilleur joker mercredi sur l’épreuve belge.

3 – Tour des Alpes (Tour de Trentin). La dernière épreuve de préparation pour le Giro est partie hier, et c’est Gianni Moscon qui a remporté la première étape sur les cinq au programme.

Encore une victoire Ineos!

Moscon signe là une première victoire depuis des mois, lui qui est plus connu depuis quelque temps pour ses problèmes d’attitude en course voire hors course. Il avait été disqualifié l’an dernier de Kuurne-Bruxelles-Kuurne pour son altercation avec Jens Debusschere.

Le Tour des Alpes propose aujourd’hui (2e étape) et dans les prochains jours des étapes accidentées, casse-pattes, qui devraient révéler les hommes en forme. On surveille Chris Froome, Simon Yates, Thibault Pinot, Romain Bardet, Nairo Quintana, Jai Hindley, Daniel Martinez et Hugh Carthy en particulier.

Seule la compétition va pouvoir valider ma condition. On fera un bilan après le Tour des Alpes. 

Thibault Pinot, today cycling, 19 avril 2021

Deux Canadiens au départ, Antoine Duchesne qui épaulera Pinot sur le prochain Giro, ainsi qu’Alex Cataford chez Israel.

4 – Remco Evenepoel. C’est l’autre favori du Giro, sur le papier du moins. Evenepoel participera à son premier grand tour en carrière, mais dans des circonstances très spéciales puisqu’on ne l’a pas revu en course depuis sa chute en août dernier sur le Tour de Lombardie. Il a notamment préparé ce Giro par des stages en altitude, notamment du côté de la Sierra Nevada.

5 – Antoine Duchesne. J’ai bien aimé ce récent article de l’Agence SportCom sur Antoine Duchesne. Ce dernier nous donne quelques preuves de ce que j’avançais récemment: le cyclisme a changé. Il n’y a plus de courses « B », toutes les courses sont disputées à bloc, les données scientifiques dominent tout quitte à écraser certains coureurs psychologiquement, les jeunes sont aujourd’hui très précoces, et on n’a plus besoin de courir pour préparer un objectif, pour preuve Primoz Roglic qui ne disputera aucun événement entre le soir de la Doyenne et la première étape du prochain Tour de France.

C’est important d’avoir autre chose dans ta vie, car en vélo, ça va plus souvent mal que bien.

Antoine duchesne, 16 avril 2021

Et surtout, cette phrase d’Antoine qui témoigne sans contredit toute la difficulté du sport cycliste au niveau professionnel. Il faut être fort pour tenir le coup, pour supporter la pression constante du résultat et, souvent, vivre dans l’incertitude des contrats, année après année, souvent pour des salaires somme toute assez modestes. Au moins, les coureurs d’antan, il y a encore 10 ans, pouvaient débrancher la tête quelques semaines par an. Aujourd’hui, même cela n’est plus permis.

6 – BH Ultralight Evo 9.0 (présenté par Matos Vélo). Un vélo très intéressant selon moi, bon rapport qualité-prix, géométrie étudiée et somme toute, assez classique. 750 grammes le cadre. Le site officiel est ici. Un des rares vélos que je pourrais acheter.

Amstel: Van Aert au millimètre

Un millimètre. Ou, en gros, 3 dix millièmes de seconde de différence entre Wout Van Aert et Tom Pidcock sur la ligne hier à l’issue de 218 kms de course sur l’Amstel. On se croirait en Formule Un!

Un des finish les plus serrés de l’histoire, sans contredit. Merci la technologie d’avoir pu départager les deux, on se demande encore comment d’ailleurs tellement ce ne semble pas clair.

Si le résultat tient, Van Aert aura pris sa revanche sur Pidcock, après sa défaite sur la récente Flèche Brabançonne. Et, à quelque part, sur l’ensemble de sa saison sur route jusqu’ici: Van Aert en claque enfin une « belle ». Il peut partir « en vacances » en Sierra Nevada avec un sentiment de satisfaction, question de préparer sereinement le Tour.

Et l’équipe Jumbo-Visma a fait le carton plein hier, puisque Marianne Vos s’est imposée sur l’épreuve féminine, offrant ainsi à l’équipe néerlandaise un doublé à domicile. Difficile de faire mieux!

Une affaire de rapport poids-puissance hier: c’est fou comment un sprint sur le plat est différent d’un sprint en léger faux-plat ascendant.

Avant le sprint, la course a été dominée selon moi par une équipe, Ineos-Grenadier avec Pidcock, Kwiatlowski et Carapaz qui ont tout fait péter, et notamment fait péter un Julian Alaphilippe « à la pédale ».

Le pépin mécanique du numéro un mondial Primoz Roglic a certainement été un moment important de la fin de la course, privant Van Aert d’une sérieuse aide dans le final. Mais l’étau des Ineos était solide ; pas grand chose à faire dans ce contexte, ca allait se jouer à la force des jarrets. Pidcock a bien contré après le démarrage de son coéquipier Kwiatkowski, une action parfaitement orchestrée, rien à dire. Les trois plus costauds étaient devant. Et je pense que Van Aert peut, à quelque part, dire merci à Schachmann pour la générosité de ses efforts avant que le trio ne se dégage.

Faudra par ailleurs que quelqu’un m’explique la stratégie des Movistar depuis le début de la saison: je ne comprends pas, encore hier. Ça devient carrément gênant.

On retiendra surtout de cette Amstel les promesses pour cette semaine: l’équipe Ineos-Grenadier débarque sur la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège comme archi-favorite, et le rapport poids-puissance de Pidcock devrait faire la différence. Dans l’état actuel des choses, difficile de voir qui pourra le menacer, sauf erreur de placement. Gaudu, Schachmann, Barguil pourquoi pas seront à surveiller, mais Ineos a de quoi tout contrôler. Alaphilippe semble trop juste.

Mike Woods termine dans le premier peloton juste derrière les échappées, après avoir tenté de sortir plus tôt dans la course. Sa condition sera-t-elle suffisante pour les deux épreuves cette semaine? Je n’en suis pas sûr. Hugo Houle et Guillaume Boivin étaient aussi de la fête hier mais n’ont pas terminé. Ils devraient tous deux être sur la Flèche mercredi.

L’Amstel dimanche

55e édition de l’Amstel Gold Race ce dimanche.

Une édition spéciale, puisque le parcours de l’épreuve a été modifié cette année, pandémie oblige.

Au programme, 13 tours d’un circuit de 17 kms assez difficile, comprenant chaque fois trois ascensions: le Geulhemmerberg, le Bemelerberg et le Cauberg. Ce dernier ne sera toutefois pas escaladé dans le 13e et dernier tour, qui ne comportera par conséquent que 15 kms. Distance totale à parcourir, 218 kms.

Ca sera un parcours très usant, une course de circuit que certains coureurs affectionnent particulièrement. Météo annoncée jusqu’ici, assez beau, 13 degrés, vents légers.

Les favoris

Notons d’entrée que le dernier vainqueur, Mathieu Van Der Poel en 2019 (la course n’a pas été organisée en 2020 à cause de la pandémie), ne sera pas au départ. Mathieu est remonté sur son vélo Mtb afin de préparer les prochaines Coupes du Monde (en commençant par Albstadt les 8 et 9 mai prochain), ainsi que l’épreuve des JO dans la discipline.

Quelques favoris se dégagent d’entrée: Thomas Pidcock, récent vainqueur de la Flèche Brabançonne, Wout Van Aert, qui a mis cette course à son programme suite au report de Paris-Roubaix, Julian Alaphilippe qui monte en pression en prévision d’une semaine à venir importante avec la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, sans oublier bien sûr le numéro un mondial, Primoz Roglic.

Soyez assuré qu’Alaphilippe voudra se tester dimanche!

Chez les Ineos-Grenadier, Pidcock pourra compter sur une armada de qualité, avec la présence autour de lui des Geoghegan, Carapaz, Kwiatkowski et De Plus.

En face, les Jumbo-Visma auront de quoi répondre, avec le duo Van Aert – Roglic, épaulés par des hommes en forme comme Vingegaard, Oomen ou encore Gesink. Ils ont de belles options, espérons qu’ils seront au point sur le plan stratégie.

De nombreux autres coureurs sont à surveiller. Je pense notamment à Greg Van Avermaet, souvent bon sur des courses en circuit (notamment à Québec ou Montréal), Maximilian Schachmann, le grimpeur David Gaudu qui aura la confiance de la FDJ entière, Matej Mohoric, Michael Matthews, lui aussi toujours excellent sur des courses en circuit, son coéquipier Chaves, le duo Fuglsang et Aranburu chez Astana, Alejandro Valverde qu’on ne doit jamais sous-estimé et qui a montré des signes de bonne condition récemment notamment sur le GP Miguel Indurain, Alberto Bettiol pour EF, Matteo Trentin et Marc Hirschi chez UAE Team Emirates, sans oublier Warren Barguil pour Arkea-Samsic qui pourrait très bien surprendre dimanche.

La liste des partants n’est pas finale, et est même contradictoire d’un site à l’autre. Sur certains sites, on annonce Mike Woods au départ pour Israel Start-Up Nation, sur d’autres on ne le donne pas partant, mais plutôt Alex Cataford pour sa formation. Hugo Houle devrait lui-aussi être au départ pour Astana.

Bref, une course très ouverte, avec beaucoup d’équipes pouvant croire à un grand résultat. Espérons une course de mouvement, comme c’est souvent le cas sur des courses sur circuit. Ca devrait être intéressant.

Le Tour de l’actualité

1 – Pidcock première! Nous pensions tous, sous la flamme rouge, que Wout Van Aert allait s’imposer sur la Flèche Brabançonne hier, il ne lui restait plus qu’à déposer au sprint ses deux compagnons d’échappée, Thomas Pidcock et Matteo Trentin.

Ben non! C’est Thomas Pidcock qui nous a rappelé de bien belle façon les règles élémentaires du rapport poids-puissance, le sprint final se déroulant en léger faux-plat ascendant. Un sprint mené à la perfection selon moi par Pidcock, qui a fait preuve d’une belle maîtrise dans le final de cette course importante.

À 21 ans seulement, Pidcock signe là sa plus belle victoire sur route, et montre qu’il est digne de confiance au sein de son équipe Ineos-Grenadier. Tout un talent ce Pidcock! Plus tôt cette saison, il avait pris la 3e place de Kuurne-Bruxelles-Kuurne et la 5e place des Strade Bianche, nous rappelant qu’il n’y a pas que Mathieu Van Der Poel et Wout Van Aert qui peuvent bien faire une fois la saison de cyclo-cross terminée.

Je pense que Wout Van Aert aura été frustré de cette 2e place, et attention à lui dimanche sur l’Amstel, il sera revanchard. Sa campagne de Classiques se solde à ce jour par une seule victoire, sur Gent-Wevelgem. 2e de Tirreno, 2e de la Flèche Brabançonne, 3e de Milan SanRemo, 4e des Strade Bianche, 6e du Ronde, à un moment donné, pour un tel champion, y’en a marre des places d’honneur…

2 – Romain Sicard. On a décelé chez le coureur basque de l’équipe Direct Énergie une anomalie cardiaque qui l’a obligé à mettre un terme à sa carrière.

J’aimais ce coureur peu médiatique certes, mais honnête et travaillant. On trouvera ici une belle et récente entrevue avec lui.

Rappelons qu’en 2009, année de son titre de champion du monde chez les espoirs, même Bernard Hinault le désignait comme le futur grand pour la France. Les promesses étaient immenses. Ca ne s’est pas passé comme ça.

Sicard n’aura pas eu les résultats à la hauteur de son talent selon moi, souvent victime de maladies ou de blessures.

Je souligne qu’en 13 participations à des grands tours, dont sept Tour de France, et plusieurs doublés sur une saison, Romain Sicard n’en a abandonné… aucun.

Respect.

3 – Tour de Turquie. Et de trois pour Mark Cavendish qui n’a pas connu pareille fête depuis des années. Ceci étant, la 4e étape a été l’objet d’une chute massive et impressionnante dans les tous derniers mètres. Du coup, c’est Fabio Jakobsen qui n’a certainement pas dû apprécier, ni sa conjointe d’ailleurs. Jakobsen fait sur ce Tour de Turquie son grand retour au sein du peloton pro, neuf mois après sa terrible chute dans le sprint de la 1ere étape du Tour de Pologne 2020.

4 – Bidons. L’UCI a annoncé tout récemment des allégements à sa politique de sanction à l’égard des coureurs qui jetteraient leurs bidons hors des zones prévues à cet effet. On comprend mieux également les raisons de la nouvelle réglementation de l’UCI: éviter les chutes occasionnées par des coureurs qui roulent sur des bidons, éviter également que des enfants soient victimes d’accident après avoir couru derrière ces bidons pour les ramasser.

Oui. Certes. Mais je demeure convaincu que si Messieurs les coureurs avaient faits un peu gaffe à la façon dont ils se débarrassaient de leurs bidons ces dernières années, on n’en serait pas là.

5 – Tour des Alpes. Pas de présence pour Egan Bernal sur cette épreuve (anciennement le Tour du Trentin) de préparation au Giro. Bernal annonce qu’il se présentera directement sur l’épreuve italienne, sans davantage de course. Ouais. Faut voir. L’entrainement peut-il remplacer la compétition? Apparu en bonne condition sur les Strade Bianche, Bernal semble beaucoup mieux en 2021 qu’en 2020, mais est-ce que ca sera suffisant? Rappelons que comme adversaires principaux sur ce Giro, Bernal trouvera sur sa route les Thibault Pinot, Romain Bardet, Tao Geoghegan, Simon Yates, Mikel Landa, Joao Almeida, Hugh Carthy, et un certain… Remco Evenepoel.

6 – Theo Nonnez. Le jeune coureur français, 21 ans, à la FDJ continentale depuis deux ans, annonce la fin de sa carrière, alors qu’il est en plein développement. Burn-out. Y’a vraiment une tendance actuelle dans le peloton pro pour des épuisements professionnels, c’est évident. Et inquiétant.

7 – Pandémie et masque. La FQSC a émis ce communiqué donnant des nouvelles quant au port du masque pour des activités sportives extérieures. Depuis (c’est à dire hier), le Gouvernement Legault a assoupli certaines règles à cet égard, pourvu qu’une distance de deux mètres soit respectée entre les pratiquants. La situation évolue donc très rapidement, et dans ce contexte il est important de rester à l’affut des nouvelles les plus récentes.

8 – LGBTQ2. Les récentes lois anti-trans en Arkansas font réagir la communauté cycliste, et c’est très bien. Philippa York, connue précédemment sous le nom de Robert Millar, a dénoncé la mollesse de la réaction d’USA Cycling. Les événements cyclistes dans cet état pourraient être annulés en protestation, et ce serait la bonne chose à faire selon moi.

Nous sommes en 2021, rappelons-le.

9 – On n’est pas près de voir ça au Québec!!!

Géométrie des cadres: attention au « stack » et au « reach »

Quelques récentes conversations m’ont donné l’idée de cet article.

Aujourd’hui, et depuis un peu plus de 10 ans, deux mesures font foi de tout lorsque vient le temps de considérer la géométrie d’un cadre de vélo: le « reach » (portée) et le « stack » (hauteur).

À en croire certains vendeurs en boutique cycliste, il ne suffit que de considérer ces deux mesures pour pouvoir choisir le bon cadre pour votre morphologie.

Ça nous vient du monde du Mtb ou, depuis assez longtemps, les formes de cadres sont très diverses, notamment afin d’équiper le vélo de suspensions (avant et arrière). Dans ce contexte, il faut reconnaitre que le stack et le reach sont utiles pour comparer les géométries d’un cadre à l’autre.

L’avènement progressif, dès le début des années 2000, des cadres carbone pour les vélos de route a multiplié les possibilités de designs. On trouve aujourd’hui des cadres « sloping » ou « semi-sloping ». Beaucoup de cadres présentent des formes de tubes très variables, question surtout de se distinguer de la concurrence (le Pinarello Dogma F12 en regorge!). Certains cadres sont même asymétriques.

Plus récemment, on joue également sur la longueur des haubans arrières, question de permettre l’usage de pneus ou de boyaux de section plus large (25, voire même 28mm).

Dans ce contexte, les mesures traditionnelles associées à la géométrie des cadres n’étaient plus tout à fait pertinentes, et le stack et le reach sont aujourd’hui les deux mesures les plus communes. L’époque des cadres acier avec tubes Reynolds (les fameux 753 ou 531), Columbus (les fameux SL ou SLX) ou encore Dedacciai est loin!

Croire cependant que le stack et le reach vous permettent de choisir la bonne géométrie de cadre adaptée à votre morphologie, je dis attention.

L’épreuve des faits

J’ai comparé les géométries annoncés de plusieurs vélos du World Tour où celles de vélos dans le vent actuellement, comme le Specialized Tarmac SL7 ou le Aethos, et bien d’autres. J’ai pris un vaste panel de 20 différents cadres, de BMC à Lapierre en passant par Pinarello, Bottecchia, Canyon, Giant, Trek, ou encore Merida, Ridley, ou Bianchi et Scott.

Ces comparaisons de géométries de 20 cadres très haut de gamme a été réalisée notamment grâce à l’excellent site geometry geeks. J’ai pris soin de comparer des pommes avec des pommes, soit tous des cadres présentant des douilles de direction comprises entre 13 et 14cm de longueur. Curieusement, la plupart des fabricants détaillaient ces cadres comme taille Small, mais certains les qualifiaient de Médium ou d’autres en taille 47 jusqu’à… 55 cm!

Les résultats sont clairs.

Prenez le Specialized Aethos et le Cervelo S5 par exemple: ils annoncent tous deux un reach de 384mm, pour un stack de 544 et 542mm, respectivement.

Autrement dit, ces deux géométries sont très, très proches apparemment, si on se fie à ces deux mesures phare.

Pourtant, la longueur réelle du tube horizontal de ces deux vélos est très différente: 540mm pour l’Aethos, contre 550mm pour le S5. Un centimètre complet de différence en longueur. C’est énorme!

L’explication? L’angle de recul de selle, bien évidemment. L’Aethos donne un angle de 74 degrés, et le S5 un angle de 73 degrés. Autrement dit, avec le S5, vous êtes beaucoup plus sur l’arrière du vélo, la distance entre le centre du tube vertical et le pédalier étant nettement plus importante que sur l’Aethos qui est un cadre plus « droit ».

Et ca, le reach et le stack ne vous en dit rien.

Autre exemple.

Le Cervelo R5 vous donne une longueur réelle du tube horizontal de 548mm. Le Canyon Aeroad CF SLX, 549mm. Un petit millimètre de différence.

Leur stack et leur reach? 548mm et 380mm dans le cas du R5, 539mm et 390mm pour le Aeroad. Très différents, en gros un centimètre complet!

L’angle de selle, encore une fois, explique la majeure partie de ces différences.

Dans ce contexte, quatre autres mesures sont pour moi fondamentales dans le choix d’une géométrie de cadre, car elles seront déterminantes dans l’équilibre des masses sur votre vélo, et donc la conduite de ce dernier, notamment à haute vitesse dans les descentes de col: l’angle de selle, la longueur réelle du tube horizontal, la hauteur de la douille de direction ainsi que la longueur des haubans arrières.

Négliger de considérer ces mesures, c’est s’exposer à rouler sur un vélo qui sera dangereux pour vous: soit un vélo trop instable pour vous car votre masse sera trop sur l’avant de la machine, vous « embarquant » rapidement dans des trajectoires difficiles et non-sécuritaires, soit un vélo « mort » sous vous, avec une direction flottante et des trajectoires imprécises, par manque de réactivité.

D’autres résultats m’ont surpris.

Cervelo par exemple propose tous ses cadres R5 ou S5 en recul de selle 73 degrés, qu’il s’agisse d’un cadre très petit en 48cm ou très grand en 61cm. Je ne comprends pas cette philosophie qui m’apparait peu judicieuse.

Les Cannondale SuperSix, Giant Propel et BMC TeamMachine SLR proposent des reach et des longueurs réelles de tube horizontal les plus courtes du marché: 52,8cm pour le Cannondale SuperSix, autrement dit un ultra-court cadre. Ce cadre est notamment celui vous proposant l’angle de selle le plus droit de la gamme de 20 vélos analysés: 74,3 degrés, autrement dit vous êtes pas mal au dessus de l’axe du pédalier. Sur ce cadre, votre masse corporelle sera forcément beaucoup plus sur l’avant du vélo que sur les autres.

Autre bizarrerie chez Pinarello, avec son Dogma F12: pour le cadre en douille de direction 13,1cm, on annonce un stack de 55,12mm, pour une longueur réelle de tube horizontal de 550mm. Autrement dit, un cadre presque « carré », 55 par 55, mais on le présente comme un cadre de taille… 54!

Enfin, les haubans arrières: le DeRosa SK Pininfarina propose des haubans d’une longueur de… 39,5cm. C’est très court ca! Le vélo sera forcément plus réactif, plus « agile » en virage, notamment si vous faites des critériums. En comparaison, le Canyon Ultimate CFR propose lui des haubans d’une longueur de… 41,5cm, soit pratiquement deux centimètres plus longs, un monde!

Bref, je pense qu’il faut être très prudent quand vous choisissez un nouveau vélo par rapport à sa géométrie, car elle affectera fortement son comportement sur la route, en particulier dans des sprints ou à haute vitesse lors de descentes techniques comme des cols avec de nombreux lacets. Se fier uniquement sur le stack ou le reach est une erreur selon moi, et il convient d’avoir bien en tête votre morphologie (longueur de vos jambes, fémurs, bras et avant-bras notamment, et rapports entre tout cela) pour bien choisir ce qu’il vous faut.

Après tout, c’est de votre sécurité dont il est question, et votre plaisir sur votre machine.

Port du masque obligatoire à vélo?

La mesure a été annoncée discrètement: le port du masque est désormais obligatoire au Québec lors de sorties à vélo si l’on fait partie d’un petit groupe, limité à un maximum de huit cyclistes.

La mesure a de quoi surprendre puisque l’activité se déroule en plein air, à bonne vitesse et que par défaut, les cyclistes ne peuvent se « coller » l’un à l’autre pour des raisons évidentes de sécurité et de… largeur du guidon.

Même la Fédération québécoise des sports cyclistes a été prise au dépourvu par la mesure entrée en vigueur jeudi dernier, et a fait des représentations auprès des autorités compétentes avec comme objectif ultime un assouplissement de la mesure. On attend toujours des nouvelles.

Reste à savoir si la mesure sera strictement appliquée par les forces de l’ordre.

Selon moi, les priorités sont ailleurs: avec le beau temps, les parcs sont pris d’assaut, les groupes s’y multiplient avec, bien souvent, des mesures sanitaires élémentaires bafouées. C’est là qu’il faut agir si on se fie au gros bon sens, plutôt qu’au sein d’un groupe de quatre cyclistes évoluant à 35 km/h sur une route de campagne, en file indienne et donc forcément distants l’un de l’autre.

Le port du masque peut-il affecter la qualité de l’entrainement à vélo?

L’article publié en novembre dernier sur le site Nature humaine de Guy Thibault nous permet d’en savoir plus sur cette question.

Dans tous les cas, le port du masque lors de la pratique cycliste peut entrainer une gêne respiratoire.

À intensités faible ou modérée toutefois, cette gêne ne se traduit pas forcément par un impact significatif sur le débit ventilatoire, la fréquence cardiaque ou les performances générales.

À intensité plus élevée, les choses se gâtent. Les performances peuvent être réduites, et l’inconfort est grandissant.

En attendant d’autres nouvelles officielles, je conseille la prudence, tout en espérant que les autorités feront preuve de jugement dans l’application des directive. Il m’apparait plus judicieux de concentrer les efforts là où ça paye le plus: les parcs, les rues piétonnes dans les grands centre-villes, voire les lieux publics comme les centres de services divers, sont probablement des endroits où les interventions auront le plus grand impact sur la santé publique.

Christiane Ayotte – Podium

Excellent reportage sur Christiane Ayotte, la grande dame de la lutte contre le dopage, directrice depuis 1991 du laboratoire de contrôle du dopage sportif à l’INRS-Institut Armand Frappier à Laval, Québec.

Le sport lui doit beaucoup depuis plus de 30 ans.

Une inspiration.

Le Tour de l’actualité

1 – Tour du Pays Basque. C’est le coureur américain de 23 ans Brandon McNulty qui a pris la tête du général hier, 23 secondes devant Primoz Roglic.

C’est une surprise, bien que sa 2e place dans le chrono du premier jour nous permettait de croire qu’il est en grande condition.

Ce fut surtout une 4e étape où les erreurs tactiques ont été monstrueuses, à peine croyable pour des pros.

L’accélération de McNulty pour rejoindre Landa et Chaves au sommet de la dernière bosse était certainement bien joué par UAE Team Emirates qui plaçait ainsi Tadej Pogacar en position de force dans le final. McNulty est allé au bout avec l’échappée, a pris plus de temps que prévu, du coup UAE se retrouve avec de belles options pour les deux prochaines étapes.

Chez Jumbo-Visma, ça ne s’améliore pas. Après avoir bien contrôlé les attaques de Landa et Chaves dans la dernière ascension, Jonas Vingegaard a laissé son leader qui défendait le maillot jaune rappelons-le pour se glisser dans l’échappée devant, avec une vingtaine de kilomètres de descente et de plat à faire.

Faut qu’on m’explique là! Qu’espérait-il au juste?

Vingegaard aurait bien sûr dû rester avec Roglic pour continuer à assurer la chasse derrière l’échappée. Il y avait un maillot à défendre!

Pire, deux équipiers de Roglic, soit Antwan Tolhoek et Sam Oomen, étaient encore avec lui dans le final; on ne les a pas vu assurer la chasse pour défendre le maillot! L’un d’eux a commencé à travailler à 5km de la ligne environ, pour ensuite porter des accélérations inutiles qui foutaient le bordel dans le groupe de chasse.

Faudra aussi qu’on m’explique celle-là.

Je pense que Roglic aurait pu facilement garder le maillot, si Vingegaard, Tolhoek et Oomen s’étaient coordonnés et mis au service de la chasse derrière l’échappée sur ces 20 derniers kms.

Est-ce un calcul des Jumbo-Visma à l’approche des deux prochaines étapes? Faut voir, mais ca ne sera pas simple pour Roglic de se débarrasser de Pogacar qui a désormais bien des atouts dans son jeu. Pogacar voudra certainement aider McNulty à remporter la course, mais si ce dernier flanche sur une accélération de Roglic, Pogacar pourra en profiter et le contrer à la fin.

Bref, le Tour du Pays Basque est loin d’être fini, avec deux étapes compliquées aujourd’hui et surtout demain. Ca monte, ca descend, il faut être vigilant tout le temps, et la dernière ascension samedi sera l’occasion pour plusieurs de jouer leur va-tout. Ils sont encore cinq à moins d’une minute du maillot jaune!

Rappelons également que McNulty, sans grand résultat chez les pros jusqu’ici, a remporté le… Tour de l’Abitibi chez nous au Québec en 2016, soit il n’y a pas si longtemps que ca.

Mike Woods a dû abandonner la course espagnole, étant victime d’une chute avant-hier durant la 3e étape et au pied d’une montée spectaculaire que je ne connaissais pas, Ermualde et ses rampes à 22%. Payez-vous les images, très intéressant.

Pour Mike, c’est un nouveau coup dur après une bronchite plus tôt cette saison. Mais il nous assure qu’il sera de retour à temps pour la campagne des Ardennaises, ouf.

2 – Bidons. L’interdiction nouvelle de l’UCI de jeter les bidons à d’autres endroits que des endroits désignés fait couler beaucoup d’encre, et avec raison selon moi.

À quelque part, cette mesure va à l’encontre de l’histoire populaire du cyclisme: qui n’a jamais rêvé d’obtenir un bidon d’un coureur, alors que nous sommes sur le bord de la route à les encourager? Les yeux des enfants brillent à cette simple perspective. Ca fait également un souvenir de qualité pour les adultes, et un objet de culte pour les passionnés!

Il y a des mesures plus importantes à prendre selon moi pour la sécurité des coureurs et le respect de l’environnement, et espérons que l’UCI pourra ajuster un peu les nouveaux règlements.

3 – Cofidis. La société de crédit française, présente dans le cyclisme professionnel depuis… 1996 (rappelez-vous la victoire de Frank Vandenbroucke sur Liège-Bastogne-Liège en 1999 sous les couleurs Cofidis de l’époque!), annonce qu’elle poursuit son engagement jusqu’en 2025, avec une révision à la hausse du budget, question de se donner des moyens de plus.

La dernière victoire d’étape sur le Tour de France de l’équipe Cofidis remonte à… 2008. Présente de nouveau au sein du World Tour depuis deux ans, elle a obtenu de bonnes places ces 24 derniers mois, mais pas de grandes victoires. Elle compte notamment en ses rangs Guillaume Martin, Nicolas Edet, Christophe Laporte et Elia Viviani pour monter sur les podiums.

L’excellente nouvelle, c’est la création d’une équipe féminine de DN2 dans un premier temps, avec un bon budget de départ (on parle d’un million d’euros). C’est très, très bien et Cofidis rejoint ainsi certaines autres équipes qui ont une présence à la fois dans le cyclisme masculin et féminin. Je pense à Movistar, à Jumbo-Visma, à DSM, à Trek-Segafredo, à la FDJ, ainsi qu’à BikeExchange.

4 – Le retour du pneu? Intéressant, les coureurs de Elegant-Quick Step ont fait le récent Tour des Flandres sur des roues montées de pneus, avec chambres à air à l’intérieur.

Les pneus étaient évidemment de marque Specialized, et en cotton. On avait monté à l’intérieur des chambres à air en latex, plus souples et plus légères. Ca fait effectivement une différence, mais mon expérience avec les chambres latex est qu’elles percent beaucoup plus facilement. Le pneu doit donc d’être irréprochable à ce niveau.

Le boyau, si populaire chez les pros en course, serait-il en perte de vitesse? À voir! Mais le tubuless gruge un peu, malgré des expériences moins positives sur la scène des Classiques ces 24 derniers mois.

Dans l’histoire, les avancées majeures des dernières années, ce sont surtout sur les sections, étant passé d’un standard 23mm à du 25 voire du 28mm en courses professionnelles. Le monde du boyau s’est-il ajusté rapidement? Pas sûr.

Côté aérodynamique, les études récentes tentent à montrer qu’il ne faut surtout pas négliger l’interface jante-pneu. On a aussi beaucoup gagné à ce niveau au sein des nouvelles générations de roues.

5 – Peter Sagan. Les dirigeants de son équipe Bora-Hansgrohe semblent perdre patience devant les insuccès de la star au cours des deux dernières années. On a même vu un Sagan quelque peu nonchalant sur les routes du Tour en septembre dernier face au défi du maillot vert.

Du coup, y’a du sable dans l’engrenage, Sagan n’ayant pas apprécié les derniers propos de ses managers, rendus publics.

On lie actuellement Sagan à la Deceuninck-Quick Step pour 2022.

Une bonne nouvelle? Pour Sagan, peut-être!

Mais pas pour le vélo selon moi.

La Deceuninck présente déjà dans ses rangs Alaphilippe, Evenepoel (qui vient de re-signer chez eux jusqu’en 2026), Bennett, Almeida, Asgreen, Ballerini, Cavagna, Lampaerts, Sénéchal, Stybar… ouf! Peter Sagan en plus? D’une part, on comprend mieux les ambitions budgétaires de Patrick Lefevere qui est actuellement à la recherche de nouveaux partenaires pour rallonger son budget, et on s’inquiète de voir cette « super-puissance » du cyclisme émerger.

À un moment donné, si Deceuninck gagne 60% des courses d’un jour, et on en est pas si loin, ca sera forcément moins intéressant.

Jusqu’ici le cyclisme était quelque peu protégé de ces super-équipes, par la nature même du travail d’équipe nécessaire à la victoire au niveau professionnel. Tu ne peux pas avoir 8 leaders différents au sein de la même équipe, sous peine de conflits internes.

Cette dimension a changé avec le cyclisme d’aujourd’hui, les enjeux sont tels que les managers ne veulent plus miser sur un seul leader pour gagner des courses. On a bien sûr des exceptions (Fenix-Alpecin de Mathieu Van Der Poel par exemple, quoique d’autres peuvent gagner de temps en temps aussi, comme Merlier, Philipsen, Dillier ou encore Vakoc), mais la majorité des équipes présentent aujourd’hui deux ou trois coureurs de premier plan oeuvrant sur la même scène.

Mais y’a une limite à se packter une équipe selon moi!!!

6 – Mathieu Van Der Poel. C’est le running gag en ce moment: apparemment, lorsqu’il roule avec son cuissard blanc, il gagne. Avec le cuissard noir, il perd… La Strade Bianche étant bien évidemment l’exception qui confirme la règle!

Fallait-il bannir la position « supertuck »?

Ce n’est pas un poisson d’avril.

Le 1er avril dernier, la position de descente dite « supertuck » est devenue interdite selon les nouvelles règles de l’Union cycliste internationale. Cette mesure s’ajoute à une série d’autres visant à accroitre la sécurité des coureurs en course.

Amende prévue pour les coureurs pro qui continueraient d’utiliser la position « supertuck »: 135 euros. En cas de récidive, ça fera plus mal encore: disqualification, donc perte des précieux points UCI qui établissent le classement mondial, et donc indirectement les salaires.

De façon générale, la mesure a été critiquée par une majorité de coureurs et d’observateurs du cyclisme.

Je suis d’accord: parce qu’il existe surtout d’autres priorités que celle-là pour améliorer la sécurité des coureurs en course. Notamment à l’égard des véhicules circulant autour d’eux (rappelez-vous l’incident Alaphilippe sur le Ronde 2020), des barrières à utiliser dans le dernier kilomètre, du signalement des obstacles en course, du choix des parcours et de la configuration du dernier kilomètre, etc.

La position supertuck est-elle vraiment dangereuse pour les coureurs pro? Je n’en suis pas sûr du tout.

D’abord, la course, c’est la course. Tu veux aller le plus vite possible, c’est l’essence même du truc. La science est claire à propos de la position supertuck: gain d’environ 15% en aérodynamisme. Cette position permet effectivement aux coureurs de descendre plus vite. Aucun doute là-dessus.

Rappelons ensuite que les coureurs pro passent entre 20 et 30 heures sur le vélo chaque semaine. Ce sont pour la plupart des équilibristes. Ils ont l’occasion d’expérimenter, de se familiariser avant d’utiliser.

De plus, ils évoluent en course sur des routes fermées à toute circulation automobile.

Enfin, leurs vélos sont toujours nickels, en parfait ordre de marche, notamment au niveau des pneumatiques et des freins (ce qui ne veut pas dire que des soucis ne peuvent pas arriver).

Alors pourquoi interdire cette position?

L’UCI ne tire-t-elle pas dans le pied du cyclisme en agissant ainsi ? La position est spectaculaire, impressionnante, propre à donner un côté excitant et intense au sport cycliste sur route quant on voit les coureurs en échappée dévaler des cols à près de 100km/h, sans que ceux derrière ne puissent rentrer.

Autrement dit, la position supertuck augmentait certainement les chances de succès des attaques en descente. Traditionnellement, en cyclisme, on t’enseignait que les descentes étaient le dernier endroit où attaquer, car faire la différence n’était pas possible à ces endroits. Depuis quelques années, on voit des attaques dans les descentes de cols, et certains coureurs creusent l’écart.

Les dangers de la position supertuck

La position est plus rapide certes, mais elle est aussi plus dangereuse, on ne peut pas le nier (même si peu de chutes sont survenues au sein du peloton pro en raison de cette position).

Le poids repose beaucoup sur l’avant du vélo dans cette position; la répartition des masses est donc très modifiée, et avec elle le comportement complet du vélo qui devient soudainement plus réactif de l’avant.

Ramassé ainsi sur le guidon, le coureur a également plus de mal à effectuer un changement rapide de direction si un obstacle inattendu survient devant lui.

Les pros maitrisent, pas de doute.

Mais l’UCI a assurément voulu tenir compte de l’effet « imitation »: les cyclistes amateurs veulent toujours imiter les pros!

N’achetons-nous pas plus volontiers le matos qu’on retrouve sur les coureurs de premier plan?

Le dimanche matin avec les copains, on veut tous être Mathieu Van Der Poel ou Julian Alaphilippe…

Alors dans les descentes, question d’impressionner, on adopte la supertuck.

Et c’est là que souvent, c’est très dangereux.

Routes ouvertes à la circulation. Peu de pratique avant, donc peu d’aisance dans la position. Le drame guète.

Perso, j’ai vu de nombreux cyclistes adopter cette position en descente depuis 4-5 ans, même dans les descentes du Parc de la Gatineau. Je ne suis jamais resté dans leur sillage, pas une seule fois. Je n’ai simplement pas confiance. Tu le vois même lorsque le coureur tente de s’installer dans la position: le geste est hésitant. Une fois installé, tu vois le vélo osciller sous le cycliste, une proportion importante du poids étant désormais sur la roue avant. Je me barre.

J’ai été témoin de deux chutes liées à cette position, dont une lors d’une grande cyclosportive en France. Le cul coincé sous sa selle, le coureur n’a pu sortir à temps de cette position et n’a pas pu prendre le lacet devant lui.

Bref, j’aurais préféré que l’UCI n’interdise pas son usage au sein des courses professionnelles. Parce qu’interdire la « supertuck » pour les pros en course ne changera probablement pas grand chose pour les « week-end warriors » out there qui continueront à l’utiliser très certainement, car c’est toujours cool de descendre plus vite que les copains.

L’UCI a probablement voulu privilégier la sécurité pour tous. Est-ce là son mandat?

Du beau monde au pays basque

Tadej Pogacar. Tao Geoghegan. Primoz Roglic. Soit les vainqueurs du Tour, du Giro et de la Vuelta la saison dernière.

Adam Yates, vainqueur du Tour de Catalogne il y a une semaine. Alejandro Valverde, vainqueur du GP Miguel Indurain ce week-end.

Jakob Fuglsang. Enric Mas. David Gaudu. Mike Woods. Bauke Mollema. Richard Carapaz. Guillaume Martin. Mikel Landa. Fabio Aru. Benoit Cosnefroy. Pierre Latour. Hugh Carthy. Marc Hirschi. Mikel Nieve. Alexey Lutsenko. Esteban Chaves.

C’est pas compliqué, c’est le plus beau peloton à date en 2021. Et c’est cette semaine sur le Tour du Pays Basque, probablement l’épreuve la plus sous-estimée du calendrier pro avec le Tour de Catalogne.

L’absent de marque, ben c’est Egan Bernal. Il ne manque que lui.

Le pays basque, c’est une terre de cyclisme et c’est dur, car ca monte et ca descend tout le temps.

Cette année, six étapes. Les étapes 4, 5 et 6 à la fin de la semaine seront celles à surveiller, car elles comportent de belles patates propre à mettre le feu aux poudres.

Le travail d’équipe y sera essentiel.

La Movistar, Ineos-Grenadier et la Jumbo ont la pression. La première car elle court à domicile, et Valverde vient de renouer avec la victoire, de bien belle façon.

Ineos-Grenadier parce qu’avec Adam Yates, Richard Carapaz et Tao Geoghegan, tu te dois d’obtenir un résultat.

Enfin Jumbo parce que Primoz Roglic, no1 mondial.

Le vainqueur du Tour, Tadej Pogacar, est présent, mais un peu en figure de premier outsider.

Beaucoup, comme Mike Woods, voudront tirer leur épingle du jeu. Ca sera passionnant toute la semaine. Deux autres coureurs canadiens au sein de son équipe Israel-Start Up Nation, soit Cataford et Piccoli.

Hier dans le chrono de 14 kms, Roglic s’est imposé logiquement, en puissance. Pogacar, Yates, Kelderman, Hirschi, Fuglsang, Latour, Valverde, Carapaz et Landa sont dans le coup.

L’équipe Jumbo me semble un peu faible, privée de ses lieutenants de premier plan que sont Bennett, Kuss, Kruijswijk ou encore Gesink. Il faudra voir comment Roglic pourra s’en sortir s’il est attaqué par plusieurs équipes dans le final des étapes cette semaine. Rien n’est joué!

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