Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Auteur/autrice : Laurent Page 2 of 332

Mike Woods: bravo!

Mike Woods s’est emparé hier du maillot à pois de meilleur grimpeur dans la plus prestigieuse course cycliste du monde.

L’exploit n’est pas banal. Bravo Mike! Difficile de croire que ce gars-là a déjà roulé avec nous il n’y a pas si longtemps que ça, ici dans la région de la Capitale nationale, dans les courses régionales organisées notamment dans le Parc de la Gatineau.

Il devient le deuxième porteur canadien de ce maillot distinctif après Alex Stieda durant quelques étapes en début du Tour 1986. Stieda avait même porté le maillot jaune une demi-étape en ouverture, un exploit repris ensuite par Steve Bauer qui a porté le jaune plusieurs jours dans le Tour 1988 et 1990, pour un total de 14 jours.

Je ne crois pas qu’un coureur canadien ait déjà porté le maillot vert.

Mike a dû batailler ferme sur l’étape d’hier pour endosser le maillot, et a probablement commis quelques erreurs tactiques dans les sprints en haut des cols et des erreurs de trajectoire dans les descentes, ce qui lui a valu une chute, fort heureusement sans lourdes conséquences (et à ce sujet des erreurs de Mike, voir le vidéo ci-bas).

Ceci étant, Mike Woods a fait de ce maillot l’objectif principal de son Tour de France. Il devra être au charbon sur les quatre prochaines étapes dans les Pyrénées, et résister aux Nairo Quintana, Wout Van Aert, Wout Poels et Bauke Mollema qui sont tous à portée du maillot. 5e, Mollema n’a que 13 points de retard.

Beaucoup, beaucoup de points seront distribués sur les 4 prochaines étapes à commencer par aujourd’hui, sur la route d’Andorre-la-vieille. Trois cols de première caté, un col de 2e caté, pas moins de 74 points distribués, dont 35 à celui qui passerait tous ces cols en tête.

Avant dernier col du jour aujourd’hui, le Port d’Envalira, souvenir Henri Desgranges et une bourse de 5 000 euros. Ca bataillera ferme.

Mike a de bonnes jambes, il est en grande condition, il peut le faire à condition de ne pas s’éparpiller et de la jouer tactique avec celui de ses concurrents immédiats qui se dévoilera sur l’étape aujourd’hui. Il fera beau dans les Pyrénées sur cette journée, un autre gain pour Mike pour attaquer les descentes en confiance.

Le Canada est derrière Mike!

Le journal du Tour

1 – Cav

Et de 34 victoires d’étape pour Cav, record d’Eddy Merckx égalé.

La comparaison avec l’illustre champion belge s’arrête là. Il a fallu 11 Tours de France pour que Cav remporte 34 bouquets ; 6 pour Merckx…

2 – Cav bis

Déjà, des journaux posent la question: Cavendish est-il le meilleur sprinter de l’histoire du cyclisme?

Si on se fie au maillot vert, il en est loin. Mais le maillot vert récompense-t-il vraiment le meilleur sprinter? C’est un classement aux points… et avec un seul maillot vert à Paris, Cav est très loin du record de Peter Sagan avec 7.

Les époques sont également difficilement comparables.

Perso, je me contente de penser que Cav est un sprinter hors du commun, possiblement le meilleur de son époque.

Et ce qui me fascine chez les sprinters, et notamment sur le Tour, c’est qu’avec eux, c’est souvent la loi des séries. Comme quoi, il y a certainement une grosse part de mental, de confiance dans l’approche et la réalisation d’un sprint pour la gagne sur le Tour.

3 – Ils ne pensent qu’à ca

Hier, il y en avait un paquet dans le peloton qui ne pensait qu’à l’étape d’aujourd’hui, et qui ont donc pris un jour « de repos » sur l’étape d’hier, avec la bénédiction des directeurs sportifs.

Notamment, tous les baroudeurs pour lesquels l’étape d’aujourd’hui est une sacré belle occasion de briller, Alaf en premier lieu.

Ca risque d’être fort actif dans la première heure de course, celle qu’il ne faudra pas manquer. De nombreuses équipes n’ont rien gagné encore sur ce Tour, ca créera du mouvement.

C’est peut-être la dernière belle occasion pour un coureur comme Hugo Houle sur ce Tour. Ca sera compliqué car l’étape sera disputée âprement et il y a des belles bosses, mais Hugo est en grande condition. Il faut oser!

4 – Les pois

Aujourd’hui, la course au maillot à pois reprend, avec Mike Woods « in the mix ». On verra ce que ca donne, c’est très serré à l’approche des Pyrénées où il y a un maximum de points à prendre. Quintana, le leader actuel, n’a pas été vu au mieux sur le Ventoux.

5 – Pogo sur la Vuelta

Ca commence à se préciser, Tadej Pogacar a de plus en plus de chance d’être au départ de la prochaine Vuelta.

Ca sera très intéressant puisqu’il y retrouverait un autre jeune prodige du cyclisme, un certain… Egan Bernal, vainqueur du Giro cette saison.

Bernal-Pogacar, le clash sur les routes d’Espagne prochainement sur votre écran!

6 – Stefan Bissegger

J’ai aimé cette entrevue qui date de quelques jours avec le jeune coureur EF, très bon rouleur contre la montre. Bissegger nous donne notamment une appréciation du niveau des coureurs du Tour de France.

7 – Télévision

Un article intéressant qui permet de bien comprendre à quel point la retransmission des courses cyclistes à la télévision est le nerf de la guerre dans notre sport, peu de revenus étant tirés des fans (pas de vente de billets comme dans beaucoup de sports professionnels).

Le cyclisme repose sur le bon vouloir de sponsors qui investissent des millions d’euros dans une équipe. Le but de l’opération? Obtenir de la visibilité à la télé afin de faire connaitre sa marque du grand public. Et pour ca, le meilleur moyen, ben c’est la télé.

On comprend mieux maintenant pourquoi de plus en plus de courses sont retransmises dans leur intégralité, et on ne s’en plaindra pas nous les fans.

La télé étant encore trop peu présente dans le cyclisme féminin, c’est ce qui freine actuellement son développement. Mais les choses s’améliorent et la relance, dès l’an prochain, d’un Tour de France féminin sera une sacrée locomotive pour faire rapidement grandir ce volet de notre sport.

8 – Salaires

Intéressant, les coureurs les mieux payés de ce Tour de France, avec quelques surprises quand même, notamment au sujet de Primoz Roglic que je voyais mieux payé que ça.

Chris Froome, 5,5 millions d’euros

Tadej Pogacar et Peter Sagan, 5 millions

Geraint Thomas, 3,5

Michał Kwiatkowski, 2,5

Julian Alaphilippe, 2,3

Wout Van Aert, Alejandro Valverde et Richard Carapaz, 2,2

Vicenzo Nibali, 2,2

Mathieu Van Der Poel, Primoz Roglic et Jakob Fuglsang, 2 millions d’euros.

Gageons qu’en fin de saison, les émoluments de MVDP seront largement revus à la hausse! Et ceux de Chris Froome à la baisse?

9 – Système de laçage Boa

Mine de rien, c’est dans nos vies depuis 20 ans, notamment sur nos chaussures de vélo. Intéressant article sur la compagnie derrière ce système Boa.

10 – Tom Pidcock

Son récent week-end de Mtb aux Gets, sur la Coupe du Monde, lui qui sera un adversaire de Mathieu Van Der Poel sur la prochaine épreuve Mtb des JO.

11 – Lachlan Morton

Des nouvelles de cette folle épopée. Le gars est en passe de réussir son pari, celui d’arriver à Paris avant les coureurs du Tour.

La routine du Tour

Chaque année, c’est un peu pareil: un peloton serpente sur les routes de France.

Un mois de juillet sans Tour, c’est comme une année sans vacances.

Chaque jour de juillet, c’est un peu pareil pour moi.

Dès le lever, les voix réconfortantes d’Alexandre Pasteur et Laurent Jalabert. Avec mes céréales, c’est encore mieux.

D’abord sur France 3.

La voiture rouge du directeur de course qui assure le départ fictif.

L’échappée matinale. Savoir qui la compose. Pour savoir quand je devrai prêter attention au reste de l’étape.

Le premier sprint intermédiaire.

Le régional de l’étape.

La météo. La leur. La mienne aussi.

Voir El Diablo sur le bord de la route. Toujours fidèle au poste.

Le balai des coureurs dans les voitures: des changements de matériel, des soins, des crevaisons, des lâchés.

La bascule vers France 2.

Le deuxième sprint intermédiaire. Peut-être un grimpeur en haut d’une bosse.

Alejandro Valverde.

Les premières équipes à prendre le relais de l’équipe du maillot jaune dans la chasse derrière l’échappée. Donc savoir qui jouera et ne jouera pas la gagne aujourd’hui.

L’entrée dans les 10 derniers kilomètres de l’étape.

Texter mon frère.

Le suspense, toujours: l’échappée ira-t-elle au bout aujourd’hui? Lequel des sprinters s’imposera?

La flamme rouge.

La belle histoire du jour.

Sur le podium, Monsieur le maire.

Vélo Club.

À la routine du Tour, succède ma routine d’entrainement.

Mes sorties d’après Tour: la routine des jambes qui tournent, des mêmes routes et des images du Tour qui défilent dans la tête.

Sport de tradition, le cyclisme aime la routine.

J’aurais aimé être un coureur du Tour.

Sauf dimanche dernier.

Le plus routinier des cyclistes, c’était Merckx…

Hier, sur le Tour, ce n’était pas la routine: Nils Politt s’est imposé de brillante façon au terme d’une échappée qui est allé au bout.

La routine, ça aurait été une victoire de Cav.

Ça fait du bien, cette belle victoire de Politt.

Elle nous rappelle que la routine tue parfois aussi, la passion mais surtout l’amour.

Casser la routine, ça fait aussi du bien.

Pas de routine hier sur le Tour, la passion et l’amour sont saufs!

Ce qui n’empêchera pas de reprendre la routine du Tour aujourd’hui.

Cette routine de juillet et du Tour, apaisante et réconfortante car on sait que tant qu’un peloton serpente les routes de France en juillet, alors ça va. Ça sera une bonne journée.

Même si c’est Cav qui s’impose.

Ventoux: Vingegaard fait péter Pogo!

C’est la chaleur hier qui a fait souffrir les coureurs, pas la pluie et le froid, ni le vent.

Sale journée notamment pour David Gaudu au sein d’une formation Groupama-FDJ qui vit un Tour catastrophe, après l’élimination à Tignes d’Arnaud Demare et Jacopo Guarnieri et l’abandon hier de Miles Scotson. Ils ne sont plus que quatre en course.

Au terme de cette belle étape pour la plupart, la très belle victoire de Wout Van Aert, selon lui la plus belle de sa carrière même.

Van Aert est parti dans l’échappée et a su résister devant.

Notons qu’il avait déjà montré des dispositions dans la montagne l’an dernier. Ce n’est pas la première fois que le Ventoux avantage un coureur puissant: je pense à Thomas De Gendt ou Eros Poli par exemple. Peut-être en raison de la régularité de la pente?

Quoi qu’il en soit, la nouvelle du jour est ailleurs: à deux kilomètres du sommet, Vingegaard, un autre Jumbo-Visma, a fait péter Pogo à la régulière.

Juste pas capable de suivre, Pogacar. Beau joueur, lui-même l’avouera à l’arrivée: trop juste.

Du coup, ca va donner des idées à beaucoup de monde ca dans les Pyrénées, même si Pogo reste un solide leader, avec plus de 5 minutes d’avance.

Surprenant en tout cas!

L’autre information du jour, c’est le resserrement considérable dans la course au maillot à pois à laquelle prend part le Canadien Mike Woods.

Ni lui, ni Quintana n’ont été à la fête hier: totalement transparents.

Du coup, Wout Van Aert en a profité pour se replacer à la 2e place, 7 petits points de retard sur Quintana et un devant Woods. Derrière, on a Poels et Mollema qui ne sont plus très loin non plus. Ca risque d’être âprement disputé dans les Pyrénées.

Au général, on voit plus clair: les places de 2 et 3 se joueront entre trois coureurs très probablement: Carapaz, Vingegaard et Uran. Des défaillances ne sont pas à exclure tant ce Tour est difficile.

D’autres infos

Ça ne m’a pas trop fait rigoler quand, à la sortie du tunnel à Tignes, Colbrelli, qui n’est pas un grimpeur, est revenu dans ma roue.

Guillaume Martin

Nous non plus…

WolfPack avec Cav, qui a enlevé son casque hier en passant la stèle de Tom Simpson sur les hauteurs du Ventoux. Beau geste.

Intéressant article sur les braquets utilisés sur ce Tour, qui montrent une grande variété, tant du côté des cassettes que des plateaux avant: 54-39, 53-39, 52-39, 53-38, 50-37, etc. Les trois marques cherchent à se distinguer dans un marché ultra-compétitif!

L’étape d’aujourd’hui

160 kms vers Nîmes. Pas de difficultés majeures.

L’enjeu aujourd’hui? Non, pas la chaleur, mais le vent! On en annonce (rafales jusque 50 km/h!) et certaines routes seront exposées.

On roulera longtemps dans les gorges de l’Ardèche, superbes paysages en perspective. Les coureurs n’auront probablement pas le temps de le regarder.

Gageons toutefois que beaucoup d’équipes voudront un nouveau sprint, la WolfPack en premier lieu.

Une belle journée sur le Tour

C’était une belle journée sur le Tour de France hier. Pour les coureurs. Pour moi.

D’abord, ce passage à Chambéry, même devant la résidence de mes proches, au pied du col du Granier dans Barberaz.

Privé des Alpes depuis deux ans pour cause de pandémie, ca m’a fait du bien et aussi un pincement au coeur de revoir ces routes si connues et si chères. Vivement la prochaine!

Et puis, devant, il y avait Hugo!

Drôle de coïncidence d’ailleurs, j’avais écrit ces derniers jours que cette étape pouvait lui convenir. Et deux fois plutôt qu’une!

Étape 10 vers Valence, c’est celle que je choisirais si j’étais Hugo Houle. Lendemain du premier jour de repos, veille d’une étape redoutable et redoutée pour les hommes du classement général, et un parcours roulant mais pas tout plat non plus, 180 kms. Parfait pour se glisser dans une bonne échappée et jouer la gagne!

La Flamme Rouge, 23 juin 2021

Je reste convaincu que l’étape de mardi prochain vers Valence, au lendemain du jour de repos et la veille de deux ascensions du Ventoux, est une belle occasion pour lui.

La Flamme Rouge, 3 juillet 2021

Deux facteurs ont cependant condamné cette échappée d’Hugo avec le belge Tosh Van Der Sande de chez Lotto-Soudal: le manque de compagnons d’échappée d’une part (à deux, c’est plus compliqué sur un terrain roulant), et la perspective d’une arrivée au sprint, la 3e sur ce Tour, pour les sprinters derrière qui n’allaient pas laisser passer pareille opportunité, surtout que la course au maillot vert n’est pas encore réglée.

Et puis, à 32 victoires d’étape en carrière, Mark Cavendish pouvait espérer se rapprocher encore un peu plus du record absolu de 34 victoires, propriété de nul autre qu’Eddy Merckx.

Et parfaitement amené par son WolfPack dans les tous derniers kilomètres, Cav a conclu!! Incroyable quand même que l’histoire de son retour sur la Grande Boucle, déjà trois victoires d’étape.

Du coup, une autre victoire et il devient ex-aequo avec Merckx, ouf! Un record qui date de plus de 40 ans…

Il reste à Cav au moins deux opportunités, peut-être quatre. Assurément jeudi lors de la 12e étape, ainsi que sur les Champs-Élysées bien sûr.

Peut-être aussi sur les étapes 13 (vendredi) et 19 vers Libourne, la veille du dernier chrono.

Nul doute qu’à ce stade-ci, la Deceuninck, une équipe belge, va se mettre à la planche pour Cav afin d’égaler voire de dépasser le record de Merckx. Affaire à suivre!!!

Hugo Houle a lui été récompensé du prix de la combativité, une belle satisfaction pour les efforts consentis. On sent Hugo Houle plus fort, plus mature en tant qu’athlète, plus respecté dans le peloton aussi. Je pense qu’il aura d’autres occasions de tenter sa chance sur ce Tour de France, et il peut y croire.

Aujourd’hui, redoutable Ventoux deux fois

L’étape fait peur!

Pour la première fois de son histoire, le Tour de France propose deux ascensions du Mont Ventoux dans la même étape. Aie.

La première partie de la première ascension (par Sault) est cependant moins difficile que la deuxième (par Bédoin).

Par chance, le vent sera faible aujourd’hui ce qui aidera les coureurs. Des averses de pluie devraient cependant survenir en après-midi, pouvant rendre les deux descentes plus dangereuses.

Le Ventoux a forgé la légende du Tour de France et du cyclisme. Le record de l’ascension par Bédoin appartient à Iban Mayo, 55min51sec établi lors du chrono de la 4e étape du Critérium du Dauphiné en 2004. Sera intéressant de comparer les temps aujourd’hui!

Et quelques coureurs y vivront peut-être des émotions spéciales.

Julien Bernard se souviendra certainement de l’exploit de son père Jean-François Bernard, vainqueur du chrono sur le Ventoux dans le Tour 1987, une étape qui lui avait aussi permis de conquérir le maillot jaune.

Et si Julien partait de loin aujourd’hui pour essayer lui aussi de laisser sa marque sur le Ventoux?

Thomas De Gendt a aussi des souvenirs sur le Ventoux, vainqueur d’étape au Chalet Reynard en 2016.

Enfin, Christopher Froome a aussi gagné au sommet du Ventoux, mais ca ne sera pas pour aujourd’hui.

Parmi les autres coureurs à surveiller de près, Mike Woods et Nairo Quintana qui jouent le maillot à pois. Normalement, ils se dévoileront dans la première ascension et pourraient poursuivre leurs efforts en vue de la 2e. Woods avec le maillot à pois, ce serait géant pour le cyclisme sur route canadien qui en a bien besoin actuellement.

En toute objectivité, il faut cependant mentionner que Quintana a plus d’expérience que Mike sur le Ventoux, l’ayant grimpé plusieurs fois en course alors que Mike le découvrira aujourd’hui. Ça peut jouer, bien que si tu as les jambes, et Mike les a en ce moment, tu peux aussi te tirer d’affaire.

Attention aussi aux deux descentes qui pourraient également jouer un rôle important dans cette étape, l’arrivée étant jugée en bas de la 2e, à Malaucène. Les coureurs y prendront des risques.

Revivre le chrono du Ventoux en 1987

La grande époque! Le monde sur le bord de la route!!

Le journal du Tour

Le cyclisme, qu’on le veuille ou non, est un sport archaïque. C’est son archaïsme qui le rend moderne.

Philippe Brunel

1 – Entrevue avec Philippe Brunel, journaliste et écrivain cycliste

C’est la meilleure entrevue que j’ai pu lire depuis un grand nombre d’années.

On est loin de la feuille de chou de quatre paragraphes et c’est plié, à la mode de nos jours.

Une vraie entrevue, approfondie et longue, avec le journaliste et écrivain Philippe Brunel, grand amoureux du cyclisme (et ça se sent!) et grand auteur aussi.

À ne pas manquer, je suis sûr que beaucoup de lecteurs de ce site apprécieront.

Et en effet, c’est l’archaïsme du cyclisme qui fait tout son charme!

2 – Négative, La Flamme Rouge?

J’espère que non. Plutôt réaliste, c’est le but en tout cas.

L’article d’hier touchait un sujet sensible et qui fâche, mais c’était le premier de ce Tour de France. Il convient de se rappeler, selon moi, que le cyclisme demeure un sport où le dopage est malheureusement présent, et que les moyennes sont reparties à la hausse ces derniers temps.

Les commentaires de lecteurs passionnés de ce site sont parfois cyniques à l’égard du spectacle qui est vu, mais c’est normal car il s’agit de spécialistes qui se posent les questions pertinentes et qui en débattent.

D’autres vont plus loin, et c’est utile à mes yeux. À ne pas manquer dans ce registre, le récent article de Vayer, Portoleau et Carrey, sous le titre Résistez! Très informatif: Pogo mieux qu’Armstrong à ses belles heures, quand même, il est légitime de se poser des questions.

Et c’est aussi une question de courage à mes yeux: préfère-t-on les sites mainstream où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, la tête dans le sable? Ce qui n’empêchera pas tous ces sites de tartiner épais si jamais un contrôle positif devait survenir, ce dont je doute toutefois.

Je rappelle aussi qu’en l’absence de contrôles anti-dopage positifs, on ne peut aller beaucoup plus loin et qu’il convient donc d’être prudents. Et qu’il y a (beaucoup j’espère!) des coureurs qui font leur métier tout à fait proprement, et qui sont dans ce peloton du Tour de France. Oui, on peut encore se passionner pour le Tour et le cyclisme, et c’est ce que je continuerai de faire dans les prochains jours!

3 – Pogacar contrôlé

Il y a des soupçons, mais aussi des contrôles; parfois, trois par jour dans le cas de Tadej Pogacar.

Reste à savoir s’ils sont efficaces… les tricheurs ayant souvent une (grosse) longueur d’avance.

Pogacar d’ailleurs, hier lors du jour de repos:

“I think we have many controls to prove them wrong. I know, for example, that yesterday, I had three controls in one day – two before the stage and one after. So I think that gives enough weight to prove them wrong.”

Tadej Pogacar, 5 juillet 2021

Doit-on rappeler que Lance Armstrong n’a jamais échoué un seul contrôle anti-dopage?

4 – Le podium à Paris

Outre Pogacar sur la plus haute marche, les 2e et 3e place se joueront certainement entre trois coureurs: Carapaz, Uran et Vingegaard. Je n’en vois pas d’autres, mais il y a certainement encore des surprises qui nous attendent.

Chose certaine, avec les courses ouvertes pour le maillot à pois et le maillot vert, Pogacar et les UAE devraient pouvoir compter sur des alliés de circonstance pour contrôler des échappées devant, que ce soit en terrain plat ou en montagne. La validation des échappées tôt dans les étapes va devenir un point critique, et tant qu’on n’aura pas la bonne composition ca risque de rouler pour ne pas laisser de champ à certains fuyards.

Cav a une chance d’égaler le record de victoires sur le Tour établi par nul autre qu’Eddy Merckx, s’il se sent bien aucun doute que la WolfPack se mettra à son service pour atteindre cet objectif, et aideront donc les UAE à contrôler les étapes 10 (aujourd’hui) et 12 (jeudi), promises aux sprinters.

Il faudra également voir si AG2R – La Mondiale tentera de protéger la 2e place de Ben O’Connor devant les assaults des Uran, Carapaz et Vingegaard pour monter sur le podium. Une autre situation qui pourrait sourire à Pogo!

5 – Mike Woods, les pois?

Le Canadien est actuellement 2e du classement du maillot à pois, à 8 petits points de Nairo Quintana.

Jouable? Oui!

L’étape du Ventoux est le prochain rendez-vous. Ca sera très intéressant. Ce n’est pas rien que de ramener le maillot de meilleur grimpeur du Tour à Paris.

Mike Woods a les yeux sur une victoire d’étape certes, mais aussi sur ce maillot actuellement. L’un peut aller avec l’autre, go Mike! Quintana est toutefois un adversaire coriace, expérimenté, et résistant.

6 – Découvrir Mike Woods

The Service Course (lancé il y a quelques années par Christian Meier depuis Gérone) vient de lancer la gamme « Woods Cardio Club » pour les fans de Mike.

Une partie des profits seront versés à deux organismes, soit HopOn Canada qui vise à mettre des jeunes sur des vélos, et Gold Standard qui lutte contre les changements climatiques.

Fidèle à The Service Course, la ligne de vêtements est épurée. Fabriqués par Santini. De très bonne facture.

7 – Le maillot vert

Si la course au maillot jaune et au maillot blanc sont terminées, sauf chute, celle du maillot vert ne l’est certainement pas.

Cav reste pour le moment en vert, mais Matthews et Colbrelli ont des ambitions légitimes, étant 2e et 3e du classement.

Surtout, on a vu Cav terminer tout juste devant les délais d’élimination à Tignes, et il reste de sacrées étapes, dont celle du Ventoux. Cav tiendra-t-il? Il est certainement motivé par la perspective d’égaler le record de Merckx, sans le dire ouvertement. Et la Deceuninck sait qu’en Belgique, médiatiquement, ce serait énorme.

Quoi qu’il en soit, les émotions de Cav à l’arrivée à Tignes avant-hier donnent le frison en tout cas, le gus a évité l’élimination de très peu. Cav se bat, donne son maximum avec ses co-équipiers, et c’est beau à voir.

Mais sur ce qu’on a vu, Colbrelli est probablement le client le plus sérieux en ce moment pour le maillot vert final.

8 – The Alt Tour, par Lachlan Morton

C’est un peu fou, mais on vit dans une drôle d’époque.

Lachlan Morton, le coureur pro chez EF et spécialiste du « cyclisme de longue distance », s’est lancé un défi pour recueillir des fonds pour World Bicycle Relief: parcourir solo toutes les étapes du Tour, et assurer aussi les transferts à vélo.

Ouf!!!

Le gars est en autonomie complète, transportant sur son vélo tout le nécessaire à sa survie: tente, vêtements, etc.

Morton est actuellement quelque part sur le parcours de la 13e ou 14e étape. L’avance qu’il a actuellement fondra lors du long transfert vers Paris, une fois Saint-Émilion rejoint; il devra effectuer ce transfert à vélo, alors que les coureurs du Tour le feront en train.

On peut suivre ses aventures et sa progression ici.

Je rappelle que l’idée de faire le Tour 24h avant les coureurs n’est pas nouvelle. En 2007, Guillaume Prébois l’avait fait, question de montrer qu’on pouvait faire le Tour de France à l’eau claire, mais pas à la même moyenne, et le peloton en moins.

9 – Mtb Les Gets

L’info est intéressante puisqu’il s’agit des adversaires de Mathieu Van Der Poel dans l’épreuve de VTT (Mtb) des prochains JO.

Le client actuel, c’est Matias Flucklinger, intouchable dimanche sur l’épreuve XCO disputée également, comme sur la route du Tour, par une météo exécrable. Tout en puissance et en maitrise technique sur cette épreuve de la Coupe du Monde, le Suisse sera vraisemblablement l’adversaire le plus coriace de MVDP.

Le podium a été complété par Ondrej Cink et Jordan Sarrou, ce dernier qui arrive en grande forme au bon moment pour l’Équipe de France.

Thomas Pidcock était aussi de la partie, mais son week-end ne s’est pas déroulé selon les plans.

Chez les femmes, encore Loana Lecomte, carrément dans une ligue à part cette année.

Les courses sont disponibles gratuitement sur RedBullTV.

10 – L’entrainement « au feeling »

On peut voir ce point comme un complément aux récents articles diffusés sur ce site en collaboration avec Guy Thibault: l’entrainement « au feeling » paye-t-il?

Voici en tout cas l’avis d’Olivier Dulaurent sur la question.

Tour: Pogacar comme Riis, et Colbrelli, un sprinter à Tignes – Marc Kluszczynski

Une journée en enfer

Brave parmi les braves

L’Équipe, 4 juillet 2021

Les titres du journal L’Équipe témoignent avec éloquence de la journée passée hier par les coureurs du Tour de France.

En un mot: dantesque.

Pour avoir aussi connu l’enfer en haute montagne sur quelques cyclosportives dont La Marmotte, je souffrais pour les coureurs hier. Les yeux boursouflés de Julian Alaphilippe à l’arrivée en disaient long sur la violence des conditions climatiques.

Et du lot, c’est le solide Australien Ben O’Connor qui s’est imposé, lâchant au pied de l’ascension de Tignes les deux petits colombiens Quintana et Higuita, frigorifiés. Chapeau bien bas.

Pogacar a pu compter sur son équipe retrouvée, et a accéléré dans le final pour grappiller quelques 30 secondes supplémentaires sur ses principaux adversaires qui de toute façon jouent désormais pour la 2e place.

Mike Woods, très actif en début d’étape, jouait le maillot à pois, un petit point le séparant de Wout Poels au départ de l’étape. Ca n’a malheureusement pas fonctionné.

Chose certaine, l’exploit de Pogacar sur la Planche des Belles Filles l’an dernier avait alimenté la suspicion. La domination de Pogacar sur ce Tour, et ses montées stratosphériques notamment de la Colombière, ont relancé les doutes quant à sa probité.

Et d’autres performances alimentent également le doute, notamment cette 3e place hier du sprinter de la Bahrain-Victorious (quelle autre équipe?!?) Sonny Colbrelli au sommet de Tignes. Colbrelli mieux que tous les grimpeurs du Tour sur une grande étape de montagne alpestre, c’est hallucinant!

Pour Antoine Vayer, Pogacar, ce n’est juste pas possible naturellement.

David Lappartient, président de l’UCI, est lui très prudent. Dans son rôle, il n’a probablement pas le choix.

Marc Kluszczynski, collaborateur occasionnel sur La Flamme Rouge, m’a fait parvenir un article hier, que je diffuse aujourd’hui en cette journée de repos sur la Grande Boucle. Parce qu’il convient d’essayer de rester des observateurs éclairés du cyclisme. Je remercie chaleureusement Marc de sa contribution!

Lors de la 8ème étape du Tour le 3 juillet (Oyonnax-Grand-Bornand), la caméra avait montré Tadej Pogačar sur le grand plateau dans le col de la Colombière (1618 m), soit à ce moment un 53 x 30 d’après Thomas Voeckler, consultant sur France TV Sports ou un 54 x 29 ou 54 x 32 pour le site La Flamme Rouge, exactement comme Bjarne Riis lors du TdF 1996 dans la montée d’Hautacam à 8%. Le danois qui avait avoué un dopage à l’EPO en 2007 était estimé ce jour-là à 6,8 W/kg.

Cette année, Pogačar est estimé à 445 watts étalon dans la Colombière (avec un vent de face) soit 6,3 W/kg. C’est mieux qu’Alberto Contador en 2007 et 2009 (6,03 et 6,26) et qu’Andy Schleck en 2009 (6,21).

L’étape du Grand-Bornand a été courue sous la pluie à 39 km/h de moyenne et comportait 3500 m de dénivelé. Auparavant, le peloton a emprunté le col de Romme (8,47 km à 9,42% de moyenne). La Colombière fait 7,42 km à 8,6% de moyenne ; son final de 1,9 km est à 9,5% avec les derniers 800 m à 10,5% : la performance de Pogačar sur la plaque est plus que suspecte, alors que les autres cyclistes paraissaient collés à la route.

Pogačar a démarré à 5 km du col de Romme (1297 m) et à 32 km de l’arrivée. C’était la 1ère étape de montagne du Tour.  Ce scénario est celui des années EPO, alors que l’on s’était habitué depuis quelques années aux démarrages dans les derniers kilomètres du dernier col. Quelque chose a donc changé dans le cyclisme depuis deux à trois ans avec l’arrivée des slovènes et d’équipes comme UAE Emirates et Bahraïn Victorious, qui gagne deux étapes d’affilée, la 7ème (Vierzon-Le Creusot) avec l’autre slovène Matej Mohorič et la 8ème avec le belge Dylan Teuns au Grand Bornand.

Primoz Roglič, hors du coup dès la 7ème étape suite à ses chutes des 1ère et 3èmeétapes, se permettra une opération de séduction publique lors de la 8ème étape, avant d’abandonner le lendemain. Sourires aux lèvres et saluant le public à 25 km/h, il n’avait pas l’air de souffrir.

Si la performance de Pogačar lors du CLM de la 5ème étape (Changé-Laval Espace Mayenne) avait sidéré (sur 27 km, il relègue Stefan Küng, un des trois meilleurs rouleurs actuels à 19 s), celle des Bahraïn lors de la 9ème étape étonne : Sonny Colbrelli, sprinteur, finit 3ème à Tignes après 4500 m de dénivelé ! Performance exceptionnelle saluée par les barons de la TV.

Mais disons-le : il ne fait aucun doute que l’équipe carbure à un nouveau dopant (PFC, hémoglobine soluble ou synthétique) qui passe inaperçu à l’analyse du passeport sanguin.

On espère une descente de police à l’hôtel de cette équipe avant la fin du Tour. Mais on sait que le TdF est protégé dorénavant de ces interventions…

Avant l’étape du Ventoux du 7 juillet et les 4 étapes des Pyrénées en 3ème semaine, Pogačar se sent très fort. Il se permettra d’être à 9 minutes au pied de la montée de Tignes, au risque de perdre le maillot jaune. Mais avec un démarrage à 3 km de l’arrivée (sans forcer) il lâchera encore une fois ses principaux rivaux et conservera sa tunique. Qui arrêtera cette mascarade ?

Tour: la grande lessive

5 degrés sous la pluie.

C’est ce qui attend les coureurs demain à Tignes. Une autre étape de montagne sous la pluie.

Ouf.

Je suis crevé juste à regarder les coureurs sur la route du Tour!

Je ne me souviens pas d’avoir été témoin d’un Tour aussi difficile sur cette première semaine.

Et quelle étape hier!

C’est pas compliqué: ce fut la grande lessive, ils y sont tous passés, sauf un bien sûr, Pogo, qui a écrasé l’épreuve.

39 de moyenne sur l’étape.

Ça n’a pas débranché du début jusqu’à la fin. À l’oreillette, on me dit dantesque, je pense que c’est le bon mot. C’était une course folle, un peu à l’image du Tour depuis le départ.

Guillaume Martin

Au général, Van Aert subsiste certes à moins de deux minutes du Slovène, mais ce n’est qu’un sursis.

Derrière, c’est déjà la course pour la 2e et la 3e place tant le maillot jaune semble désormais hors de portée.

Ils sont sept coureurs qui se tiennent en 1min15: Lutsenko, Uran, Vingegaard, Carapaz, Kelderman, Mas et Gaudu.

Tous les autres sont à la trappe, Alaf y compris.

Vidéo: l’étape, vue de l’intérieur.

Woods, la belle étape mais…

Impressionnant Mike Woods hier, qui a passé la journée devant. Dans Romme, même si les poursuivants n’étaient pas loin, j’y ai cru un moment.

Mike a craqué dans le dernier kilomètre de la Colombière. Ceux qui connaissent ce col savent que ces 4 derniers kms sont interminables et durs.

I just came apart in the last kilometre of that climb.

Mike woods

Mike est-il parti d’un peu trop loin hier? Peut-être… et s’il n’avait attaqué qu’au pied de la Colombière, ca aurait donné quoi?

Chose certaine, la Bahrain-Victorious est encore sa bête noire: c’était Gino Mader sur la 8e et dernière étape du Tour de Suisse, ce fut Dylan Teuns hier. Impressionnante Bahrain, qui signe une 2e victoire d’étape d’affilée après celle de Mohoric avant-hier.

Et ce n’est peut-être pas tout à fait terminé: attention à Wout Poels aujourd’hui!

Ineos décimée

Carapaz a pris un sacré éclat hier, décroché à la régulière par Pogo dans le col de Romme. N’a pas pu suivre, l’Équatorien. Payait-il ses efforts futiles de la veille? On peut le croire.

Du coup, la Ineos est décimée. Le 2e Ineos au général est Richie Porte à plus de 22 minutes. Si Carapaz peut encore croire à une place sur le podium, les favoris du Tour sont passés au travers. La débandade.

Pogo, grand plateau

Ceux qui ont déjà monté la Colombière apprécieront: Pogacar est monté grand plateau hier, sur un 54 apparemment. Quelque chose comme 54-26, 54-29 (il roule sur Campi qui propose deux cassettes seulement sur son groupe 12v Super-Record, le 11-29 et le 11-32).

Et il tournait les jambes!

Il bouche quelque chose comme trois minutes sur la tête de course, en 7,5 kilomètres sur ce dernier col. Stratosphérique. Attention les calculs de puissance pour en dire plus.

Pogo, trop tôt pour le jaune?

Je ne pense pas, puisqu’il n’a plus d’adversaires à sa mesure. Du coup, même sans équipe, il peut très bien s’en sortir, car Pogo a désormais beaucoup de marge sur tous les autres.

Si bien des choses peuvent encore se passer, en principe on court désormais pour la 2e et la 3e place à Paris.

Encore beaucoup de jours difficiles

Je pense que l’état de fatigue des coureurs de ce Tour est très important. L’autobus hier était composé de quelques 95 coureurs, c’est dire! (dont Roglic et Thomas), et il s’est présenté sur la ligne environ trois minutes seulement avant les délais d’élimination.

La journée de repos lundi sera la bienvenue pour beaucoup.

Il reste encore beaucoup d’étapes difficiles, à commencer par les deux ascensions du Ventoux mercredi prochain. On devrait retrouver le soleil et la chaleur pour l’étape du Géant de Provence.

Et trois jours plus tard, les coureurs attaqueront les Pyrénées.

Et encore des débuts d’étape musclés

Les débuts d’étape sont impressionnants sur ce Tour: la bonne échappée met souvent plus d’une heure pour se former, et donc les tentatives se multiplient, ca roule très très vite.

Je pense qu’on continuera de voir ce genre de début d’étape, beaucoup d’équipes n’ayant pas encore gagné. Ca contribue à durcir considérablement ce Tour de France.

MVDP, Roglic, abandon bientôt?

Ce Tour étant très épuisant et les conditions météo étant difficiles, je ne serais pas surpris que ceux qui ont des ambitions pour les JO abandonnent prochainement, par exemple lors de la journée de repos lundi, question de se refaire une santé en vue de cet objectif.

Mathieu Van Der Poel et Primoz Roglic sont deux candidats évidents à l’abandon. VDP voudra se préparer pour la course MTB, et Roglic n’a plus d’objectifs sur ce Tour, hormis bien sur une victoire d’étape. Mais face à un titre olympique, le choix pourrait être vite fait…

Tour: la suite, en questions-réponses

Alors que le peloton entre au coeur des Alpes aujourd’hui et après une étape au allure d’une grande Classique d’avril hier, quelle suite sur ce Tour de France?

Questions-réponses!

Mathieu : encore combien de jours en jaune?

La vérité, c’est qu’on ne connait pas encore les limites de ce coureur – champion hors norme – sur un grand tour, notamment du côté de ses facultés de récupération. Logiquement, il est trop lourd pour passer les grands cols.

Sauf défaillance assez importante, son seul adversaire pour le jaune aujourd’hui est son éternel rival Wout Van Aert, à 30 petites secondes. Pogacar est à presque quatre minutes, ça fait loin quand même pour viser le maillot aujourd’hui.

Le col de Romme aujourd’hui est pentu, mais assez court. La Colombière est régulière. S’il peut suivre Van Aert le plus longtemps possible, ca peut le faire.

Je vois mal comment son aventure en jaune pourrait se poursuivre au delà de l’étape de dimanche où il faudra passer les Saisies, le Cormet de Roseland puis encaisser la longue montée vers Tignes, et une arrivée à plus de 2000m d’altitude. Logiquement, c’est Pogacar qui est en jaune dimanche soir.

Roglic défaillant hier, Van Aert est-il devenu le leader de la Jumbo-Visma?

Pour l’étape d’aujourd’hui vers le Grand Bornand, peut-être, car il y a un bon coup à jouer pour le maillot jaune, Van Aert n’ayant à distancer MVDP que de 30 secondes sur la ligne. Il offre plus de garantie en montagne que son rival néerlandais.

À plus long terme, non. Je pense que la Jumbo-Visma jouera plutôt la carte de Jonas Vingegaard, actuellement en 11e position du classement général, devant Carapaz.

Tour terminé pour Primoz Roglic?

Pour le général, oui.

Il roulera aujourd’hui pour Van Aert et pour Vingegaard dans les prochaines étapes. Il visera au passage une victoire d’étape pour lui, question de ne pas passer complètement au travers de son Tour de France.

Un abandon? Je serais surpris.

Quel podium à Paris?

Pour moi, six noms vont se battre pour le podium à Paris: Pogacar bien sûr, Carapaz, Alaphilippe, Vingegaard, Uran et Gaudu.

Je mise 1- Pogo 2-Carapaz et 3-Uran.

Pogacar invincible?

Sur son récent chrono, on peut dire que Pogo est une jambe au-dessus de tout le monde, et il a su éviter les chutes jusqu’ici. C’est l’homme à battre, aucun doute là-dessus. Un avion de chasse en montagne!

Ceci étant, c’est son équipe UAE qui m’inquiète, très faible sur l’étape d’hier. Dans le final, Pogo n’a pu compter que sur Rafal Majka, that’s it.

Contrairement à l’an dernier où tout le monde – y compris lui! – pensait qu’il jouait la 2e place, il a la pancarte dans le dos cette année. Son équipe devra assumer, c’est certain. Ca peut tenir quelques étapes mais qui courra derrière les Ineos, les EF, les Movistar, des Trek sur les quatre difficiles étapes des Pyrénées?

Je suis certain que tous les adversaires de Pogo savent que c’est à l’usure qu’on le mettra en difficulté, car il sera isolé dans le final des étapes de montagne de la 3e semaine. S’il a les jambes pas de problème, mais sur le Tour, sans équipe, c’est forcément beaucoup plus compliqué à la longue.

Alaphilippe sur le podium du Tour, vraiment?

Le Champion du monde a terminé 5e du Tour 2019. Il a encore progressé depuis. Il sait courir, peut reprendre du temps sur n’importe quelle étape car c’est un attaquant. Et il peut y aller full gas sur ce Tour, il ne va pas aux Jeux Olympiques de toute façon.

On sera vite fixé sur son cas – dimanche soir – s’il peut grimper suffisamment bien sur cette édition pour viser ce podium.

Carapaz, l’erreur hier?

Bien sûr que oui!

Le seul leader encore en bonne santé chez Ineos attaque seul dans le final, la veille de deux étapes déterminantes dans les Alpes. Il plafonne à 30 secondes devant le groupe Pogacar, mais insiste et ne se relève pas. Total, une grosse débauche d’énergie pour se faire reprendre à… 150m de la ligne d’arrivée!

Celle-là, il faut qu’on me l’explique… Que d’énergie en pure perte… indigne selon moi d’un coureur pro qui vise le général du Tour, quant on connait les enjeux.

Woods, quand?

S’il faut saisir les ouvertures quant elles se présentent, l’étape de dimanche convient mieux à Mike que celle d’aujourd’hui.

Mike n’est pas un grand descendeur, il aurait besoin de pas mal de temps (une minute au moins) au sommet de la Colombière pour s’assurer de gagner solo au Grand Bornand (parce qu’au sprint, Mike ne nous a pas rassuré sur le récent Tour de Suisse). Sur une arrivée en altitude, c’est plus simple. Il n’est plus une menace au général pour personne, s’il prend l’initiative sur la route de Tignes, ca pourra faire l’affaire de bien des coureurs derrière.

Et Houle?

Très belle étape d’Hugo Houle hier, je vous rappelle sur l’étape la plus longue (250 kms!) et la plus difficile du Tour à date. Fallait voir les maillots et les cuissards des coureurs à l’arrivée: remplis de sel! Houle a passé la journée devant, et termine dans le groupe Nibali, excusez-un-peu. Grosse perf!

Aucun doute pour moi: Houle est en très bonne condition, il est très affuté (son faciès est évident sur ce point), et il a une belle carte à jouer plus tard sur ce Tour. Pour le moment, priorité à deux étapes alpestres tranquilles, dans l’autobus s’il le faut, question de faire gaffe aux délais d’élimination quand même, avant de repartir à l’attaque la semaine prochaine.

Je reste convaincu que l’étape de mardi prochain vers Valence, au lendemain du jour de repos et la veille de deux ascensions du Ventoux, est une belle occasion pour lui.

Comment ne rien manquer des étapes du Tour?

C’est simple: en consultant cet article très original du journal Le Monde, qui vous indique les phases d’action (probable) de chaque étape, et les phases où il ne devrait pas se passer grand chose, question de vous permettre de mieux planifier vos… siestes!

Les vidéos du Tour

Alors que les coureurs du Tour s’attaque aujourd’hui à la plus longue étape de l’édition, 249 kilomètres et un final casse-pattes, et qu’on aura deux belles étapes de montagne dans les Alpes ce week-end (à ne pas manquer!), voici quelques vidéos qui ont retenu mon attention ces dernières heures autour de la course.

1 – Ineos – Grenadier Off-Script

2 – Cav is back

3 – Visite du bus des Lotto-Soudal, par Philippe Gilbert

4 – le jour du TT, encore avec Philippe Gilbert

5 – Les bus du Tour de France

6 – … et la caravane publicitaire comme si vous étiez

7 – … et enfin, les voitures de l’organisation

8 – Chris Froome insider

9 – la vie dans le Tour, avec Total Énergies

10 – Team Gaudu vs Team Madouas, la passion du Tour de France!

11 – Ils sont de retour, et chassent cette fois les bidons

12 – Tadej Pogacar sur Stade2 il y a un mois, ca m’avait échappé

Le journal du Tour

L’actualité de ce Tour de France en cette 6e étape longue de 160 kms vers Châteauroux et promise aux sprinters.

1 – Pogo à la planche.

Pas de doute, Pogacar a repris là où il avait laissé l’an dernier, dominant ses adversaires pour le général dans ce chrono de 27 bornes parcouru à 51 km/h de moyenne, excusez-du-peu.

Pogacar s’offre au passage le spécialiste Stefan Kung qui croyait bien en avoir fait assez. Sa moue au passage de Pogacar sur la ligne en disait long sur sa déception.

Le premier de ses adversaires au général, Roglic, est repoussé à 44 secondes.

Pire encore, le premier Ineos de ce chrono est Richie Porte, à près d’une minute. Geraint Thomas prend 1min18 et Carapaz 1min44.

Autrement dit, les Ineos ont été décimé hier et le premier d’entre eux, Carapaz, se retrouve 9e du général, à plus de 1min30 de Pogacar. Pas top.

Ce Pogacar, quel moteur quand même!

2 – Le vélo de chrono de Pogacar.

Une sacré machine qu’on peut découvrir dans ce vidéo. Très beau matos de pointe, comme quoi y’a pas que les Pinarello Bolide qui sont bien aboutis.

3 – MVDP, le panache.

Vous avez vu le faciès de Mathieu Van Der Poel dans le dernier kilomètre du chrono hier?

Ouf. Le gus en voulait. Pas question de lâcher le maillot jaune comme ca.

Moi, je dis respect parce que en effet, le maillot jaune, ca se défend jusqu’au bout du bout.

Finalement 5e de l’étape à 31 secondes de Pogo, MVDP a réalisé un super chrono, faisant jeu égal avec son rival de toujours sur les circuits de cyclo-cross ainsi que sur les Classiques, Wout Van Aert, 2e Jumbo sur la ligne hier.

Mathieu a déclaré à l’arrivée s’être surpris lui-même, et avoir fait le chrono à fond.

Le pire, c’est que MVDP montait hier pour la… 2e fois de l’année sur son vélo de chrono!!! Des ajustements ont été faits jusque tard hier soir afin d’optimiser son aérodynamique, des roues lui étant même livrées au matin du chrono seulement. Quelle histoire!

4 – Vingegaard, la révélation du Tour ?

Grosse, très grosse performance du Danois Jonas Vingegaard hier puisqu’il termine 3e du chrono à 27 petites secondes de Pogo. C’est la surprise du jour.

À 24 ans, je crois bien que ce bon grimpeur pourrait être la révélation de ce Tour de France. Il connait une belle saison, ayant terminé 2e de la dernière étape du récent Dauphiné, 2e du général du difficile Tour du Pays Basque et 1er du général de la Settimana Internazionale Coppi e Bartali.

Il sera en tout cas un lieutenant important de Primoz Roglic son leader sur les prochaines étapes de montagne.

5 – Houle, grosse performance aussi.

Je m’en voudrais de ne pas souligner l’excellent chrono du Québécois Hugo Houle hier, au final 34e de l’étape à moins de deux minutes de Pogo, et à… six petites secondes de son leader, Jakob Fuglsang.

Sur 27 kms, ca ne laisse aucun doute selon moi: Hugo progresse encore, et connait une excellente saison.

Place désormais à la récupération, et je pense qu’il nous surprendra au cours des deux prochaines semaines. Moi, j’y crois à 100%!

6 – Le général à l’approche des Alpes.

On voit plus clair sur ce Tour de France: Pogacar s’inscrit désormais comme l’archi-favori et est le mieux placé pour revêtir le maillot jaune dès samedi au Grand Bornand.

Alaphilippe est à 40 secondes du Slovène, et le 2e mieux placé actuellement. Il a déjà gagné au Grand Bornand, mais Pogacar devrait pouvoir lâcher sans trop de difficulté Alaf dans les grands cols, et notamment dans la montée finale vers Tignes dimanche prochain.

Logiquement, les autres coureurs qui devraient pouvoir se rapprocher du podium sont Rigoberto Uran, Richard Carapaz et Primoz Roglic. Ce dernier a pu limiter les dégâts hier, ce qui est très bien pour la suite compte tenu de sa récente belle gamelle où il est sorti râpé de partout.

Pour Geraint Thomas, à près de deux minutes et sur ce qu’on a vu à date, la suite du Tour va être plus difficile.

Ceux qui peuvent nous surprendre outre Vingegaard sont Alexey Lutsenko, actuel 5e, et Pierre Latour, auteur de cinq belles étapes et qui occupe actuellement la 6e place du général. Pour lui et son équipe Total Énergies, c’est inespéré et une réelle occasion de briller.

7 – Mike Woods, seules les étapes comptent désormais.

109e du chrono hier à plus de quatre minutes, 90e du général à près de 15 minutes, Mike a probablement joué conservateur hier pour se garder des forces pour la montagne qui approche vite.

Pour lui, seule une victoire d’étape sur ce Tour compte désormais.

Pris dans une chute en début de Tour, Woods a déjà beaucoup donné dans le registre. J’ai beaucoup aimé sa prise de position publique récente sur la nécessité de s’attaquer de front à la sécurité des coureurs en course, avec les instances comme l’UCI.

8 – Les vélos du Tour 2021.

Toujours très intéressant de découvrir les vélos du Tour de France, car souvent perclus d’innovation qui se retrouveront sur les prochains vélos que nous pourrons acheter. Et ca fait rêver!

9 – Thibault Pinot, la longue convalescence.

On n’oublie pas le leader de la FDJ-Groupama, absent de ce Tour de France et au prise avec une sale blessure, un héritage de sa chute en début de Tour l’an dernier.

Pas encore totalement remis, Pinot travaille fort sur et en dehors de son vélo pour retrouver tous ses moyens. On lui souhaite un retour en temps opportun, mais à 100%.

10 – Coupe du Monde de VTT (Mtb) aux Gets.

Le circuit de la Coupe du Monde de Mtb remet ca ce week-end du côté des Gets, pour la 3e manche de la saison.

L’info est pertinente en ce sens que MVDP, depuis le Tour, sera probablement très attentif aux résultats de l’épreuve XCO puisqu’il a fait du titre olympique de la discipline son principal objectif en 2021.

Et au passage, soulignons cet intéressant reportage sur le parcours depuis l’enfance de Pauline Ferrand-Prevost, réalisé par RedBull.

11 – Pinarello Dogma F.

Le géant italien du cycle a lancé le nouvel opus de son fer de lance, le Dogma.

Nommé Dogma F, il s’agit d’une évolution du F12. L’équipe Ineos sur ce Tour de France est équipé du nouvel engin.

Fait intéressant, le Dogma F demeurera disponible en version freins à disque et freins à mâchoire.

Lignes épurées? On repassera. Il faut aimer les lignes tarabiscotées, tourmentées, boursouflées.

On trouvera une présentation intéressante du vélo ici.

12 – Indice de confiance de ChronoWatts.

C’est une nouvelle initiative et c’est intéressant. Cet indice a été créé en collaboration avec cyclisme-dopage et permet, en quelque sorte, de donner une appréciation différente des performances que l’on peut voir sur les grandes courses cyclistes, incluant le Tour bien sûr. Crédible ou pas? L’indice de confiance vous permet d’y voir un peu plus clair.

Par ailleurs, ChronoWatts propose six « radars » sur ce Tour de France: la Colombière, la montée vers Tignes, le Ventoux, Beixalis, le Portet et Luz Ardiden. Ca sera intéressant, car ca permet de nuancer et de rester quelque peu vigilant; on nous prend trop souvent pour des cons.

Plan d’entrainement polarisé (la suite) et le Tour, avec Guy Thibault

L’article diffusé il y a deux semaines à propos d’une approche polarisée de l’entrainement, versus une approche dite « sweetspot », a suscité beaucoup d’intérêt et de réactions.

J’en profite pour remercier tous les lecteurs de La Flamme Rouge.

Guy a généreusement accepté de faire avec moi un petit suivi sur certaines questions posées, et de répondre à quelques questions supplémentaires qui me sont venues, notamment en lien avec le Tour de France qui est parti il y cinq jours.

La Flamme Rouge: On est déjà sur la 5e étape du Tour Guy, et l’un des favoris, Primoz Roglic, n’avait pas fait de courses depuis Liège-Bastogne-Liège il y a huit semaines, préférant s’entrainer seul du côté de Tignes. D’un point de vue de la science de l’entrainement, il a pris de gros risques?

Guy Thibault: Rien ne me permet de l’affirmer Laurent!

On n’a pas de preuves qu’il faut prendre part à des courses pour être en forme sur une autre course cycliste. Roglic est un des grands talents de ce sport (il aurait LA VO2max la plus élevée mesurée jusqu’à date) et il peut très bien être performant en juillet sans avoir couru en juin. Dommage qu’il se soit blessé sur une chute avant hier.

LFR: Je me surprend du cyclisme actuel, où des jeunes coureurs de 22, 23 ans comme Tadej Pogacar débarquent et gagnent rapidement les plus grandes courses du monde. Génération exceptionnelle ou il y a autre chose?

GT: Je me pose les mêmes questions ! Ce que je peux dire de mon expérience, c’est que le cyclisme européen est un sport de tradition, avec des méthodes d’entraînement qui sont transmises de générations de coureurs à d’autres générations. Or, la science de l’entrainement a beaucoup évolué depuis trois décennies, et il est tout à fait possible que de jeunes coureurs, bien entrainés depuis quelques années avec les méthodes modernes, soient plus performants que par le passé s’ils usaient de méthodes traditionnelles, souvent aujourd’hui dépassées.

LFR: On sait que plusieurs équipes ont intégré à leurs protocoles d’entrainement des dispositifs comme SuperSapiens permettant de mesurer en temps réel, y compris à l’effort, la glycémie des coureurs. On personnalise davantage encore l’entrainement?

GT: Ce nouveau dispositif dont on entend effectivement parler ces temps-ci pourrait permettre à l’équipe d’encadrement de bonifier ses recommandations en ce qui a trait à l’apport en glucides. Mais je ne vois pas d’intérêt à modifier l’entraînement selon que la glycémie est basse ou élevée. Si elle est basse, on cherchera à l’augmenter en ingérant davantage de glucides. Par ailleurs, il y a bien d’autres endroits où les potentiels d’amélioration sont meilleurs. On y reviendra!

LFR : Dernière question en lien direct avec le Tour Guy, devant les exploits de Mathieu Van Der Poel, hériter d’une VO2max élevée est la condition obligée pour pouvoir devenir un coureur professionnel World Tour?

GT : La génétique est importante Laurent, mais peut-être pas pour les raisons que tu crois!

La clé, c’est surtout l’entrainabilité de la VO2max. Les études démontrent qu’avec un entrainement bien optimisé, on peut augmenter assez significativement la VO2max d’un athlète, mais à une condition : que celui-ci réponde bien au stimuli d’entrainement. Certaines personnes vont voir une adaptation très rapide à un entrainement, d’autres moins. C’est surtout ça l’important : l’entrainabilité, autrement dit, comment vous réagissez à un entrainement.

La Flamme Rouge: Guy, faisons un retour sur le premier article publié ensemble. En période de fortes chaleurs comme on a connu encore récemment, recommandes-tu des entrainements par intervalles courts (EPIC) à très haute intensité, par exemple 140 % et plus de la PAM?

Guy Thibault: Cette question revient souvent Laurent.

Quand, à l’effort, le corps produit plus de chaleur qu’il n’en évacue, la température corporelle augmente. Si elle franchit un certain seuil, on risque le coup de chaleur, pas de doute. Moins fréquents à vélo qu’en course à pied, les coups de chaleur peuvent avoir de graves conséquences.

Mais à l’effort en conditions particulièrement chaudes, l’hyperthermie peut se produire tout autant pendant une séance d’entraînement continu que pendant une séance d’entrainement par intervalles.

Pour éviter une trop grande augmentation de la température corporelle, on recommande généralement de s’entraîner sur le plat et non pas en côte : à vitesse élevée, l’air a un plus grand effet refroidissant.

À noter qu’on s’acclimate très bien à la chaleur avec aussi peu que 7 à 10 jours d’entraînement à la chaleur.

À noter aussi que le stress cardiovasculaire imposé par la chaleur s’ajoute à celui imposé par l’effort proprement dit, d’où une amélioration souvent accentuée de l’aptitude aérobie avec l’entraînement à la chaleur.

On doit réduire la durée de l’échauffement avant les premières fractions d’effort d’une séance d’EPIC à la chaleur. Mieux vaut réduire l’intensité des répétitions plutôt que leur nombre, mais aux premiers signes de surchauffe, on doit mettre fin aux répétitions. 

LFR: L’EPIC à très haute intensité est-il moins recommandé à mesure que l’âge avance?

GT: Hormis chez les personnes qui ont un problème de santé où l’entraînement à intensité élevée est non-indiqué (il faut voir ça avec un médecin), je ne vois aucune raison de se priver de séances d’entraînement par intervalles courts, même à un âge avancé.

Deux éléments changent au fil des ans passé disons la trentaine :

1) la performance, donc l’aptitude à développer des puissances très élevées pendant des efforts maximaux courts, moyens ou longs, diminue (mais passer d’un plan médiocre à un bon plan d’entraînement peut freiner cette diminution, ou même la renverser)

2) la récupération : alors que les jeunes cyclistes s’accommodent bien de trois ou quatre séances hebdomadaires de haut degré de difficulté (exemple des séances d’EPI), après un certain âge, on a besoin de deux voire trois ou même quatre jours de repos actif ou passif entre les séances intensives ou très longues.

Si on ressent un malaise (étourdissements, arythmie, etc.) en effectuant des séances où les brèves fractions d’effort sont d’une intensité extrêmement élevée, mieux vaut se limiter à l’EPI avec répétitions moins intenses.

LFR: Quand on fait des séances mollo de 60 à 90 min à jeun, est-ce qu’on «brûle» plus de graisse? Est-ce qu’on s’affûte davantage? Est-ce qu’on «booste» notre aptitude à faire de longues sorties (plus de 3 h)?

GT: L’entraînement à jeun a longtemps été considéré comme une technique efficace pour perdre du poids. Toutefois, des études récentes indiquent qu’au contraire, il est moins difficile de dépenser à l’entraînement une grande quantité de calories si l’on profite d’un apport en glucides. Bien qu’on utilise moins de lipides durant un entraînement précédé d’un apport en glucides, on en oxyde davantage au cours des heures qui suivent l’effort. Alors qu’il est bien documenté, ce phénomène est encore peu connu.

S’entraîner à jeun est aussi une pratique courante chez les cyclistes qui espèrent ainsi améliorer leur aptitude aérobie (endurance) et, donc, leurs performances. Toutefois, on s’est rarement penché sur les effets de l’entraînement à jeun sur la performance lors d’épreuves de longue durée.

On peut penser que l’entraînement à jeun stimule davantage l’oxydation des lipides et, qu’ainsi, il améliore l’aptitude à produire de l’énergie par oxydation des gras davantage que l’entraînement suivant un repas. Théoriquement, la stimulation accrue de l’oxydation des lipides devrait se traduire par une amélioration de la performance dans les épreuves de longue durée. 

Dans l’étude Beneficial metabolic adaptations due to endurance exercise training in the fasted state (2011), on a divisé 20 hommes physiquement actifs en deux groupes, le premier s’entraînant à jeun, le second s’entraînant avec un apport en glucides suffisant, avant et pendant l’exercice. Tous les tests et séances d’entraînement ont été exécutés à vélo. Pendant six semaines, les deux groupes ont suivi un entraînement identique, comprenant deux séances de 60 minutes et deux séances de 90 minutes de pédalage à 70 % de leur consommation maximale d’oxygène (VO2max).

Au début puis à la fin des six semaines d’entraînement, tous les sujets ont effectué un test d’évaluation du VO2max, un contre-la-montre d’une heure, et un test à jeun de deux heures à intensité constante (environ 65 % du VO2max de départ).

Lors de l’exercice à jeun, l’oxydation totale des lipides était presque deux fois plus élevée.

Après les six semaines d’entraînement, le VO2max des 20 sujets avait augmenté de 9 %, leur performance au contre-la-montre de 8 % et la densité capillaire dans le muscle vaste latéral de 10 %. Seuls les sujets entraînés à jeun ont toutefois augmenté leur taux d’oxydation des lipides intramusculaires pendant l’exercice.

En effet, alors que le contenu en lipides intramusculaires n’a pas changé au cours des six semaines d’entraînement, ni dans un groupe, ni dans l’autre, leur utilisation a plus que doublé chez les sujets entraînés à jeun, alors qu’aucun changement n’a été observé chez les sujets de l’autre groupe.

Ainsi, pour une même intensité et un même volume d’entraînement, l’entraînement à jeun constituerait un meilleur stimulus que l’entraînement avec apport glucidique pour l’amélioration de la capacité oxydative musculaire.

Mais attention! Dans l’étude, ces adaptations ne se sont pas traduites par une amélioration supérieure de la performance chez les sujets entraînés à jeun.

Pendant les séances d’entraînement, les sujets ne tenaient qu’une intensité de 70 % de leur VO2max. Or, on sait que l’entraînement à des intensités supérieures permet d’obtenir des améliorations plus importantes de l’aptitude aérobie. Le hic, c’est que les cyclistes peuvent moins facilement tenir des intensités très élevées quand ils sont à jeun.

Tout compte fait, le crois que l’entraînement avec apport suffisant en glucides est plus avantageux, car il permet de maintenir des intensités de travail plus élevées ou plus longtemps, pour un même niveau de fatigue. Ainsi, cet avantage de l’entraînement plus intense s’oppose à l’avantage de l’entraînement à jeun (stimulation plus importante du métabolisme des lipides).

LFR: Que peut-on considérer comme intervalles « courts » versus « longs»?

GT: La fourchette des possibilités de durée de fractions d’effort est très vaste (de moins de 10 secondes à plus de 30 minutes!) et chaque spécialiste a sa nomenclature.

Personnellement, j’appelle «entraînement par intervalles courts» (EPIC) les séances où la durée des fractions d’effort est d’au maximum 20 secondes. Mais il n’y a pas d’inconvénient à considérer que les séances composées de fractions d’effort de 30 ou même 40 secondes sont des EPIC!

LFR: Et quels sont les meilleurs temps de récup si cela existe?

GT: Sauf exceptions, la durée de la récupération active ou passive entre les répétitions doit être suffisamment longue pour faciliter l’exécution du nombre prescrit de fractions d’effort à intensité cible. Mais les périodes de récupération ne doivent pas être longues au point d’allonger exagérément la séance.

Pour les séances d’EPIC et les séances de sprints (où les fractions d’effort sont réalisées à intensité très élevée), je recommande des périodes récupération à intensité très faible (ex. 30 % de la PAM – puissance maximale aérobie) de 2 à 5 minutes.

Pour les séances où le nombre de répétitions est particulièrement élevé, je recommande des récupérations plus courtes. Exemple : 1 minute de récupération si le nombre de répétitions de 60 à 120 secondes est supérieur à disons 25. Autre exemple : 15 secondes seulement de récupération pour une séance enchaînant plus de 50 répétitions de 15 secondes.

LFR: Doit-on considérer, en intervalles courts à très haute intensité, la réponse cardiaque comme un indicateur pour se « caler »?

GT: Non! La fréquence cardiaque est un très mauvais indice de l’intensité d’entraînement, surtout en EPI.

Ce qui suscite l’amélioration, c’est l’accumulation de périodes d’effort à haute intensité, pas les fréquences cardiaques élevées! En EPI, la fréquence cardiaque est généralement plutôt basse. On peut noter nos fréquences cardiaques pour référence future si l’on veut, mais il ne faut surtout pas s’y fier pour dicter l’intensité.

LFR: Ton avis sur la préparation idéale pour affronter de grands cols, à quel point de l’EPI avec fractions d’effort à haute intensité peut nous aider sur ce genre d’exercices plus particulier?

GT: Voilà une question à 1000 piastres comme on dit communément au Québec Laurent!

C’est une question que j’aborde dans mon avant-dernier livre Entraînement cardio, sports d’endurance et performance.

Chose certaine : un plan d’entraînement mettant l’accent sur des séances intermittentes donnera toujours de meilleurs résultats qu’un plan mettant l’accent sur l’entraînement continu.

Même si quelques recherches récentes suggèrent que l’entraînement polarisé améliore davantage la performance en sports dits d’endurance que l’entraînement comprenant surtout des séances où l’intensité se situe autour du seuil anaérobie (entre le premier et le second seuil ventilatoire, ou sweetspot), je crois que ces dernières séances ont leur place dans l’entraînement cycliste, à condition d’être bien composées.

Plutôt que de faire un petit nombre de longues fractions d’effort dans cette zone «sweetspot» (ex. 3 à 5 fois 10 à 30 min, avec 5-10 minutes de récupération active), je préconise l’inverse (ex. 25 à 35 fois 75 à 105 secondes, avec 45-75 secondes de récupération active.

Je crois qu’il est avantageux de mettre l’accent sur l’entraînement «au seuil» en début de saison, puis de passer au polarisé. D’ailleurs, des collègues italiens viennent de montrer (rapport de recherche pas encore publié) que cette séquence s’accompagne de plus grandes améliorations que la séquence inverse (passer du polarisé à l’entraînement «au seuil»).

LFR: Merci Guy, très éclairant, et on aura d’autres suites à ces échanges, notamment sur les gains possibles en condition physique grâce à certains travaux spécifiques à l’entrainement.

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