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Catégorie : Le monde des pros Page 1 of 63

Le Tour de l’actualité

1 – Pidcock première! Nous pensions tous, sous la flamme rouge, que Wout Van Aert allait s’imposer sur la Flèche Brabançonne hier, il ne lui restait plus qu’à déposer au sprint ses deux compagnons d’échappée, Thomas Pidcock et Matteo Trentin.

Ben non! C’est Thomas Pidcock qui nous a rappelé de bien belle façon les règles élémentaires du rapport poids-puissance, le sprint final se déroulant en léger faux-plat ascendant. Un sprint mené à la perfection selon moi par Pidcock, qui a fait preuve d’une belle maîtrise dans le final de cette course importante.

À 21 ans seulement, Pidcock signe là sa plus belle victoire sur route, et montre qu’il est digne de confiance au sein de son équipe Ineos-Grenadier. Tout un talent ce Pidcock! Plus tôt cette saison, il avait pris la 3e place de Kuurne-Bruxelles-Kuurne et la 5e place des Strade Bianche, nous rappelant qu’il n’y a pas que Mathieu Van Der Poel et Wout Van Aert qui peuvent bien faire une fois la saison de cyclo-cross terminée.

Je pense que Wout Van Aert aura été frustré de cette 2e place, et attention à lui dimanche sur l’Amstel, il sera revanchard. Sa campagne de Classiques se solde à ce jour par une seule victoire, sur Gent-Wevelgem. 2e de Tirreno, 2e de la Flèche Brabançonne, 3e de Milan SanRemo, 4e des Strade Bianche, 6e du Ronde, à un moment donné, pour un tel champion, y’en a marre des places d’honneur…

2 – Romain Sicard. On a décelé chez le coureur basque de l’équipe Direct Énergie une anomalie cardiaque qui l’a obligé à mettre un terme à sa carrière.

J’aimais ce coureur peu médiatique certes, mais honnête et travaillant. On trouvera ici une belle et récente entrevue avec lui.

Rappelons qu’en 2009, année de son titre de champion du monde chez les espoirs, même Bernard Hinault le désignait comme le futur grand pour la France. Les promesses étaient immenses. Ca ne s’est pas passé comme ça.

Sicard n’aura pas eu les résultats à la hauteur de son talent selon moi, souvent victime de maladies ou de blessures.

Je souligne qu’en 13 participations à des grands tours, dont sept Tour de France, et plusieurs doublés sur une saison, Romain Sicard n’en a abandonné… aucun.

Respect.

3 – Tour de Turquie. Et de trois pour Mark Cavendish qui n’a pas connu pareille fête depuis des années. Ceci étant, la 4e étape a été l’objet d’une chute massive et impressionnante dans les tous derniers mètres. Du coup, c’est Fabio Jakobsen qui n’a certainement pas dû apprécier, ni sa conjointe d’ailleurs. Jakobsen fait sur ce Tour de Turquie son grand retour au sein du peloton pro, neuf mois après sa terrible chute dans le sprint de la 1ere étape du Tour de Pologne 2020.

4 – Bidons. L’UCI a annoncé tout récemment des allégements à sa politique de sanction à l’égard des coureurs qui jetteraient leurs bidons hors des zones prévues à cet effet. On comprend mieux également les raisons de la nouvelle réglementation de l’UCI: éviter les chutes occasionnées par des coureurs qui roulent sur des bidons, éviter également que des enfants soient victimes d’accident après avoir couru derrière ces bidons pour les ramasser.

Oui. Certes. Mais je demeure convaincu que si Messieurs les coureurs avaient faits un peu gaffe à la façon dont ils se débarrassaient de leurs bidons ces dernières années, on n’en serait pas là.

5 – Tour des Alpes. Pas de présence pour Egan Bernal sur cette épreuve (anciennement le Tour du Trentin) de préparation au Giro. Bernal annonce qu’il se présentera directement sur l’épreuve italienne, sans davantage de course. Ouais. Faut voir. L’entrainement peut-il remplacer la compétition? Apparu en bonne condition sur les Strade Bianche, Bernal semble beaucoup mieux en 2021 qu’en 2020, mais est-ce que ca sera suffisant? Rappelons que comme adversaires principaux sur ce Giro, Bernal trouvera sur sa route les Thibault Pinot, Romain Bardet, Tao Geoghegan, Simon Yates, Mikel Landa, Joao Almeida, Hugh Carthy, et un certain… Remco Evenepoel.

6 – Theo Nonnez. Le jeune coureur français, 21 ans, à la FDJ continentale depuis deux ans, annonce la fin de sa carrière, alors qu’il est en plein développement. Burn-out. Y’a vraiment une tendance actuelle dans le peloton pro pour des épuisements professionnels, c’est évident. Et inquiétant.

7 – Pandémie et masque. La FQSC a émis ce communiqué donnant des nouvelles quant au port du masque pour des activités sportives extérieures. Depuis (c’est à dire hier), le Gouvernement Legault a assoupli certaines règles à cet égard, pourvu qu’une distance de deux mètres soit respectée entre les pratiquants. La situation évolue donc très rapidement, et dans ce contexte il est important de rester à l’affut des nouvelles les plus récentes.

8 – LGBTQ2. Les récentes lois anti-trans en Arkansas font réagir la communauté cycliste, et c’est très bien. Philippa York, connue précédemment sous le nom de Robert Millar, a dénoncé la mollesse de la réaction d’USA Cycling. Les événements cyclistes dans cet état pourraient être annulés en protestation, et ce serait la bonne chose à faire selon moi.

Nous sommes en 2021, rappelons-le.

9 – On n’est pas près de voir ça au Québec!!!

Le Tour de l’actualité

1 – Tour du Pays Basque. C’est le coureur américain de 23 ans Brandon McNulty qui a pris la tête du général hier, 23 secondes devant Primoz Roglic.

C’est une surprise, bien que sa 2e place dans le chrono du premier jour nous permettait de croire qu’il est en grande condition.

Ce fut surtout une 4e étape où les erreurs tactiques ont été monstrueuses, à peine croyable pour des pros.

L’accélération de McNulty pour rejoindre Landa et Chaves au sommet de la dernière bosse était certainement bien joué par UAE Team Emirates qui plaçait ainsi Tadej Pogacar en position de force dans le final. McNulty est allé au bout avec l’échappée, a pris plus de temps que prévu, du coup UAE se retrouve avec de belles options pour les deux prochaines étapes.

Chez Jumbo-Visma, ça ne s’améliore pas. Après avoir bien contrôlé les attaques de Landa et Chaves dans la dernière ascension, Jonas Vingegaard a laissé son leader qui défendait le maillot jaune rappelons-le pour se glisser dans l’échappée devant, avec une vingtaine de kilomètres de descente et de plat à faire.

Faut qu’on m’explique là! Qu’espérait-il au juste?

Vingegaard aurait bien sûr dû rester avec Roglic pour continuer à assurer la chasse derrière l’échappée. Il y avait un maillot à défendre!

Pire, deux équipiers de Roglic, soit Antwan Tolhoek et Sam Oomen, étaient encore avec lui dans le final; on ne les a pas vu assurer la chasse pour défendre le maillot! L’un d’eux a commencé à travailler à 5km de la ligne environ, pour ensuite porter des accélérations inutiles qui foutaient le bordel dans le groupe de chasse.

Faudra aussi qu’on m’explique celle-là.

Je pense que Roglic aurait pu facilement garder le maillot, si Vingegaard, Tolhoek et Oomen s’étaient coordonnés et mis au service de la chasse derrière l’échappée sur ces 20 derniers kms.

Est-ce un calcul des Jumbo-Visma à l’approche des deux prochaines étapes? Faut voir, mais ca ne sera pas simple pour Roglic de se débarrasser de Pogacar qui a désormais bien des atouts dans son jeu. Pogacar voudra certainement aider McNulty à remporter la course, mais si ce dernier flanche sur une accélération de Roglic, Pogacar pourra en profiter et le contrer à la fin.

Bref, le Tour du Pays Basque est loin d’être fini, avec deux étapes compliquées aujourd’hui et surtout demain. Ca monte, ca descend, il faut être vigilant tout le temps, et la dernière ascension samedi sera l’occasion pour plusieurs de jouer leur va-tout. Ils sont encore cinq à moins d’une minute du maillot jaune!

Rappelons également que McNulty, sans grand résultat chez les pros jusqu’ici, a remporté le… Tour de l’Abitibi chez nous au Québec en 2016, soit il n’y a pas si longtemps que ca.

Mike Woods a dû abandonner la course espagnole, étant victime d’une chute avant-hier durant la 3e étape et au pied d’une montée spectaculaire que je ne connaissais pas, Ermualde et ses rampes à 22%. Payez-vous les images, très intéressant.

Pour Mike, c’est un nouveau coup dur après une bronchite plus tôt cette saison. Mais il nous assure qu’il sera de retour à temps pour la campagne des Ardennaises, ouf.

2 – Bidons. L’interdiction nouvelle de l’UCI de jeter les bidons à d’autres endroits que des endroits désignés fait couler beaucoup d’encre, et avec raison selon moi.

À quelque part, cette mesure va à l’encontre de l’histoire populaire du cyclisme: qui n’a jamais rêvé d’obtenir un bidon d’un coureur, alors que nous sommes sur le bord de la route à les encourager? Les yeux des enfants brillent à cette simple perspective. Ca fait également un souvenir de qualité pour les adultes, et un objet de culte pour les passionnés!

Il y a des mesures plus importantes à prendre selon moi pour la sécurité des coureurs et le respect de l’environnement, et espérons que l’UCI pourra ajuster un peu les nouveaux règlements.

3 – Cofidis. La société de crédit française, présente dans le cyclisme professionnel depuis… 1996 (rappelez-vous la victoire de Frank Vandenbroucke sur Liège-Bastogne-Liège en 1999 sous les couleurs Cofidis de l’époque!), annonce qu’elle poursuit son engagement jusqu’en 2025, avec une révision à la hausse du budget, question de se donner des moyens de plus.

La dernière victoire d’étape sur le Tour de France de l’équipe Cofidis remonte à… 2008. Présente de nouveau au sein du World Tour depuis deux ans, elle a obtenu de bonnes places ces 24 derniers mois, mais pas de grandes victoires. Elle compte notamment en ses rangs Guillaume Martin, Nicolas Edet, Christophe Laporte et Elia Viviani pour monter sur les podiums.

L’excellente nouvelle, c’est la création d’une équipe féminine de DN2 dans un premier temps, avec un bon budget de départ (on parle d’un million d’euros). C’est très, très bien et Cofidis rejoint ainsi certaines autres équipes qui ont une présence à la fois dans le cyclisme masculin et féminin. Je pense à Movistar, à Jumbo-Visma, à DSM, à Trek-Segafredo, à la FDJ, ainsi qu’à BikeExchange.

4 – Le retour du pneu? Intéressant, les coureurs de Elegant-Quick Step ont fait le récent Tour des Flandres sur des roues montées de pneus, avec chambres à air à l’intérieur.

Les pneus étaient évidemment de marque Specialized, et en cotton. On avait monté à l’intérieur des chambres à air en latex, plus souples et plus légères. Ca fait effectivement une différence, mais mon expérience avec les chambres latex est qu’elles percent beaucoup plus facilement. Le pneu doit donc d’être irréprochable à ce niveau.

Le boyau, si populaire chez les pros en course, serait-il en perte de vitesse? À voir! Mais le tubuless gruge un peu, malgré des expériences moins positives sur la scène des Classiques ces 24 derniers mois.

Dans l’histoire, les avancées majeures des dernières années, ce sont surtout sur les sections, étant passé d’un standard 23mm à du 25 voire du 28mm en courses professionnelles. Le monde du boyau s’est-il ajusté rapidement? Pas sûr.

Côté aérodynamique, les études récentes tentent à montrer qu’il ne faut surtout pas négliger l’interface jante-pneu. On a aussi beaucoup gagné à ce niveau au sein des nouvelles générations de roues.

5 – Peter Sagan. Les dirigeants de son équipe Bora-Hansgrohe semblent perdre patience devant les insuccès de la star au cours des deux dernières années. On a même vu un Sagan quelque peu nonchalant sur les routes du Tour en septembre dernier face au défi du maillot vert.

Du coup, y’a du sable dans l’engrenage, Sagan n’ayant pas apprécié les derniers propos de ses managers, rendus publics.

On lie actuellement Sagan à la Deceuninck-Quick Step pour 2022.

Une bonne nouvelle? Pour Sagan, peut-être!

Mais pas pour le vélo selon moi.

La Deceuninck présente déjà dans ses rangs Alaphilippe, Evenepoel (qui vient de re-signer chez eux jusqu’en 2026), Bennett, Almeida, Asgreen, Ballerini, Cavagna, Lampaerts, Sénéchal, Stybar… ouf! Peter Sagan en plus? D’une part, on comprend mieux les ambitions budgétaires de Patrick Lefevere qui est actuellement à la recherche de nouveaux partenaires pour rallonger son budget, et on s’inquiète de voir cette « super-puissance » du cyclisme émerger.

À un moment donné, si Deceuninck gagne 60% des courses d’un jour, et on en est pas si loin, ca sera forcément moins intéressant.

Jusqu’ici le cyclisme était quelque peu protégé de ces super-équipes, par la nature même du travail d’équipe nécessaire à la victoire au niveau professionnel. Tu ne peux pas avoir 8 leaders différents au sein de la même équipe, sous peine de conflits internes.

Cette dimension a changé avec le cyclisme d’aujourd’hui, les enjeux sont tels que les managers ne veulent plus miser sur un seul leader pour gagner des courses. On a bien sûr des exceptions (Fenix-Alpecin de Mathieu Van Der Poel par exemple, quoique d’autres peuvent gagner de temps en temps aussi, comme Merlier, Philipsen, Dillier ou encore Vakoc), mais la majorité des équipes présentent aujourd’hui deux ou trois coureurs de premier plan oeuvrant sur la même scène.

Mais y’a une limite à se packter une équipe selon moi!!!

6 – Mathieu Van Der Poel. C’est le running gag en ce moment: apparemment, lorsqu’il roule avec son cuissard blanc, il gagne. Avec le cuissard noir, il perd… La Strade Bianche étant bien évidemment l’exception qui confirme la règle!

Fallait-il bannir la position « supertuck »?

Ce n’est pas un poisson d’avril.

Le 1er avril dernier, la position de descente dite « supertuck » est devenue interdite selon les nouvelles règles de l’Union cycliste internationale. Cette mesure s’ajoute à une série d’autres visant à accroitre la sécurité des coureurs en course.

Amende prévue pour les coureurs pro qui continueraient d’utiliser la position « supertuck »: 135 euros. En cas de récidive, ça fera plus mal encore: disqualification, donc perte des précieux points UCI qui établissent le classement mondial, et donc indirectement les salaires.

De façon générale, la mesure a été critiquée par une majorité de coureurs et d’observateurs du cyclisme.

Je suis d’accord: parce qu’il existe surtout d’autres priorités que celle-là pour améliorer la sécurité des coureurs en course. Notamment à l’égard des véhicules circulant autour d’eux (rappelez-vous l’incident Alaphilippe sur le Ronde 2020), des barrières à utiliser dans le dernier kilomètre, du signalement des obstacles en course, du choix des parcours et de la configuration du dernier kilomètre, etc.

La position supertuck est-elle vraiment dangereuse pour les coureurs pro? Je n’en suis pas sûr du tout.

D’abord, la course, c’est la course. Tu veux aller le plus vite possible, c’est l’essence même du truc. La science est claire à propos de la position supertuck: gain d’environ 15% en aérodynamisme. Cette position permet effectivement aux coureurs de descendre plus vite. Aucun doute là-dessus.

Rappelons ensuite que les coureurs pro passent entre 20 et 30 heures sur le vélo chaque semaine. Ce sont pour la plupart des équilibristes. Ils ont l’occasion d’expérimenter, de se familiariser avant d’utiliser.

De plus, ils évoluent en course sur des routes fermées à toute circulation automobile.

Enfin, leurs vélos sont toujours nickels, en parfait ordre de marche, notamment au niveau des pneumatiques et des freins (ce qui ne veut pas dire que des soucis ne peuvent pas arriver).

Alors pourquoi interdire cette position?

L’UCI ne tire-t-elle pas dans le pied du cyclisme en agissant ainsi ? La position est spectaculaire, impressionnante, propre à donner un côté excitant et intense au sport cycliste sur route quant on voit les coureurs en échappée dévaler des cols à près de 100km/h, sans que ceux derrière ne puissent rentrer.

Autrement dit, la position supertuck augmentait certainement les chances de succès des attaques en descente. Traditionnellement, en cyclisme, on t’enseignait que les descentes étaient le dernier endroit où attaquer, car faire la différence n’était pas possible à ces endroits. Depuis quelques années, on voit des attaques dans les descentes de cols, et certains coureurs creusent l’écart.

Les dangers de la position supertuck

La position est plus rapide certes, mais elle est aussi plus dangereuse, on ne peut pas le nier (même si peu de chutes sont survenues au sein du peloton pro en raison de cette position).

Le poids repose beaucoup sur l’avant du vélo dans cette position; la répartition des masses est donc très modifiée, et avec elle le comportement complet du vélo qui devient soudainement plus réactif de l’avant.

Ramassé ainsi sur le guidon, le coureur a également plus de mal à effectuer un changement rapide de direction si un obstacle inattendu survient devant lui.

Les pros maitrisent, pas de doute.

Mais l’UCI a assurément voulu tenir compte de l’effet « imitation »: les cyclistes amateurs veulent toujours imiter les pros!

N’achetons-nous pas plus volontiers le matos qu’on retrouve sur les coureurs de premier plan?

Le dimanche matin avec les copains, on veut tous être Mathieu Van Der Poel ou Julian Alaphilippe…

Alors dans les descentes, question d’impressionner, on adopte la supertuck.

Et c’est là que souvent, c’est très dangereux.

Routes ouvertes à la circulation. Peu de pratique avant, donc peu d’aisance dans la position. Le drame guète.

Perso, j’ai vu de nombreux cyclistes adopter cette position en descente depuis 4-5 ans, même dans les descentes du Parc de la Gatineau. Je ne suis jamais resté dans leur sillage, pas une seule fois. Je n’ai simplement pas confiance. Tu le vois même lorsque le coureur tente de s’installer dans la position: le geste est hésitant. Une fois installé, tu vois le vélo osciller sous le cycliste, une proportion importante du poids étant désormais sur la roue avant. Je me barre.

J’ai été témoin de deux chutes liées à cette position, dont une lors d’une grande cyclosportive en France. Le cul coincé sous sa selle, le coureur n’a pu sortir à temps de cette position et n’a pas pu prendre le lacet devant lui.

Bref, j’aurais préféré que l’UCI n’interdise pas son usage au sein des courses professionnelles. Parce qu’interdire la « supertuck » pour les pros en course ne changera probablement pas grand chose pour les « week-end warriors » out there qui continueront à l’utiliser très certainement, car c’est toujours cool de descendre plus vite que les copains.

L’UCI a probablement voulu privilégier la sécurité pour tous. Est-ce là son mandat?

Le cheminement de Geneviève Jeanson

Je trouve la démarche très intéressante, utile. Admirable même.

Geneviève Jeanson a fait parvenir hier une lettre à l’UCI exprimant ses inquiétudes quant aux sanctions réservées à Patrick Van Gansen, l’ex-manager de l’équipe féminine Health Mate convaincu d’harcèlement physique et psychologique envers plusieurs coureuses.

Le cas avait fait du bruit: onze femmes ont rapporté des comportements inappropriés, et quatre plaintes formelles ont été logées auprès de la Commission d’éthique de l’UCI.

Van Gansen a été condamné par la Commission de discipline de l’UCI à un peu moins de trois ans de suspension, rétroactive, soit du 16 avril 2020 au 31 décembre 2022.

Jeanson trouve la sanction insuffisante. Je suis parfaitement d’accord avec elle.

Elle évoque, à titre de comparaison, qu’un(e) athlète pris pour dopage aujourd’hui écope de quatre ans de suspension, et d’une suspension à vie en cas de récidive. Elle mentionne également que dans la société civile, une agression sexuelle est passible d’une peine de prison. Bons points.

Difficile de trouver une personne mieux placée et plus crédible qu’elle pour témoigner des effets dévastateurs que peuvent avoir des entraineurs abuseurs sur de jeunes athlètes.

Et son initiative arrive à un très bon moment, alors que le Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports tient en France sa 2e convention nationale de prévention des violences dans le sport.

Des cas isolés? Détrompez-vous: les chiffres sont effarants. En France seulement, 407 affaires de violences sexuelles dans le sport au cours de la dernière année, mettant en cause 445 personnes et 48 fédérations sportives. Le cas de Sarah Abitbol est probablement le plus médiatique.

On attend toujours une décision de la Commission de discipline de l’UCI dans le dossier d’harcèlement sexuel opposant Marion Sicot et Mark Bracke. La Commission d’éthique de l’UCI a déjà statué que le code d’éthique avait bel et bien été enfreint par Bracke.

Au Canada et au Québec, Natation artistique Canada est actuellement même au coeur d’un gros scandale d’abus psychologiques de la part d’entraineurs envers plusieurs athlètes. Même l’ex-olympienne Sylvie Fréchette s’en est mêlée.

Faut que ca cesse. Et vite. Vivement cette plate-forme pour les lanceurs d’alerte, promise par l’UCI.

La réhabilitation de Jeanson

Je trouve le geste de Geneviève Jeanson admirable car il témoigne d’une volonté de contribuer aujourd’hui concrètement à prévenir ce genre de comportements totalement inacceptables et extrêmement préjudiciables pour les jeunes sportifs(ves).

Et de s’assurer que les abuseurs sont sanctionnés de façon appropriée. Devons-nous rappeler ici qu’André Aubut, son ex-entraineur, a récidivé depuis sur d’autres femmes?

Ce qui n’est pas pleinement compris se répète, dit-on.

Geneviève Jeanson aurait pu rester loin de tout ça.

En ce sens, son geste est courageux aussi, car il implique de se replonger dans un chapitre de sa vie certainement toujours douloureux pour elle. Sa lettre est manifeste en ce sens:

The abuse that I endured by my coach damaged me. I never thought I would be good at anything else, or be able to function in a normal society. I sought professional help in 2008, and stayed in therapy until 2019. I can proudly say that I am now living a healthy and happy life, but not all young women cyclists have the same opportunities to heal that I had: most will suffer in silence for the rest of their lives.

(…)

It took me 7 years to touch a bike after I was suspended and I retired. I will never know what would have become of my life if I would have had an enriching and healthy career. I’m still bitter about that. Can you believe that it took a failed EPO test and a 10 year suspension to save my life? That suspension allowed me to escape from the imprisonment of my abuser. 

Let’s not have that happen to other riders.

Genevieve jeanson

De toute évidence, Geneviève Jeanson a beaucoup cheminé depuis ses aveux en 2007. C’est tout à son honneur.

Lance Armstrong ne peut (toujours) pas en dire autant.

Le Tour de l’actualité

C’est n’est pas que la semaine sainte pour les Chrétiens du monde, c’est aussi la semaine sainte pour tous(tes) les passionnés(ées) de vélo puisqu’on est au coeur de la saison des Classiques flandriennes et que dimanche, ben c’est le Ronde!

On se régale! Surtout grâce à Wout et Mathieu, avouons-le.

1 – 75e édition de Dwars Door Vlaanderen (À travers la Flandre), c’est demain mercredi. Au menu 184 kms entre Roeselare et Waregem, par delà quelques monts surtout situés entre les kms 100 et 150. Les 20 derniers kms de la course sont plutôt roulants. On annonce un temps clément et peu de vent.

Wout absent, les regards se tournent vers Mathieu qui revient aux affaires après une petite pause, question de relancer le moteur en prévision de dimanche prochain. Le WolfPack Deceuninck se présente avec le champion du monde Alaf Polak, ca sera intéressant de voir où il en est et s’il peut suivre les attaques de Mathieu. La Deceuninck aura surtout à l’esprit de laver l’affront de Gand-Wevelgem où se fut la déconfiture complète, après un si beau GP E3.

You are only as good as your last performance…

Une panoplie d’autres coureurs seront à surveiller bien sûr, y compris les Ballerini, Lampaerts, Asgreen, Andersen, Trentin, Nizzolo, Benoot, Pidcock, Demare, Bettiol, Viviani, Turgis, Naasen et Van Avermaet.

Deux coureurs canadiens annoncés au départ, Houle et Perry chez Astana.

Ca devrait être très intéressant.

2 – Bouhanni. Ce n’est malheureusement pas la première fois que le gus fait parler de lui en moins bien. Cette fois-ci, c’est pour un sprint très irrégulier ou il a serré contre les barrières le coureur de la FDJ Jake Stewart.

Je sais pas vous mais moi, j’ai cru revoir Dylan Groenewegen et Fabio Jakobsen. Il s’en est fallu de très peu pour qu’on revive les mêmes scènes d’effroi.

Bouhanni a été disqualifié de la course, une sanction logique. Ceci étant, il me semble que l’UCI doit aller nettement plus loin dans cette affaire, et suspende le coureur pour une période significative. Greonewegen a écopé d’une suspension de neuf mois par l’UCI, rappelons-le. La commission disciplinaire de l’UCI doit se pencher sur son cas dans les prochains jours.

Ce genre de comportement est totalement inacceptable, point final. Il met la vie des coureurs en danger, ca suffit maintenant. Stewart n’a certes pas chuté, on se demande encore comment, mais le geste est, lui, le même que celui de Groenewegen.

3 – Ineos, la domination. Triplé de l’équipe britannique sur le récent Tour de Catalogne, avec A. Yates, R. Porte et G. Thomas.

Il faut dire que l’équipe Ineos s’était présentée avec une équipe de haut vol: outre ces trois là, on avait également Carapaz, Dennis, Rowe et Castroviejo.

J’ai surtout retenu la déconfiture des Movistar qui ont beaucoup dépensé d’énergie sur cette course, sans résultats au final: zéro victoire d’étape, et une 4e place « seulement » pour Valverde au classement général final. Pour une équipe qui jouait « à domicile » et qui se présente comme l’équipe espagnole phare, c’est maigre et certainement pas de quoi réjouir ses dirigeants.

Le Canadien Mike Woods termine 11e de l’épreuve, deux petites secondes devant un certain Sepp Kuss et après avoir terminé 2e de la 4e étape derrière le revenant Estevan Chaves. De quoi donner des assurances à Woods en prévision du prochain Tour du Pays Basque, une épreuve qui révèle souvent qui seront les coureurs devant sur les prochaines classiques ardennaises. Woods bien placé sur la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège? J’y crois! Il est, en tout cas, dans les temps.

Un autre coureur canadien qui revient, c’est le québécois Antoine Duchesne, après une saison 2020 en demi-teinte pour divers ennuis santé. Duchesne se prépare pour affronter le Giro en mai prochain, et monte doucement en puissance. Je suis très content pour lui.

4 – La suite sur La Flamme Rouge. Après trois mois de silence, le site est relancé même si la vitesse de croisière n’est pas encore atteinte.

Je tenais à vous remercier pour votre sollicitude à mon endroit durant ces mois de silence. Vous avez été une fois de plus nombreux à me demander des nouvelles, et je prendrai la peine de vous répondre tous et chacun au cours des prochains jours.

Je prends plaisir à lire vos commentaires ces jours-ci, et vous remercie pour leur qualité. Il y va de la crédibilité de ce site qui demeure un espace de liberté et d’indépendance totales. Je salue au passage le retour d’Alano39, toujours très pertinent dans ses interventions, ainsi que le commentaire laissé par Antoine Vayer il y a quelques jours, et qui m’a fait bien plaisir. Merci Antoine! J’en avais bien besoin.

Non, tu n’as pas changé. C’est toujours pondéré, documenté, nuancé sauf quand tu es vénère, avec ton style impeccable. Ne lâche pas la barre, tu es une vraie valeur stable, critique, passionnée. Tu te rappelles combien de fois tu as voulu bâcher ? Rires. Tu ne peux pas, c’est tout. Ecris. 

Antoine vayer, La flamme rouge, 25 mars 2021

Enfin, merci à Jean-Michel qui a laissé un commentaire sur ce site il y a environ trois semaines, alors que le silence se prolongeait. Son commentaire, positif et vrai, m’a rappelé mes responsabilités à l’égard de votre fidélité. Il a été déterminant, un déclic, dans mon retour.

Les derniers mois de silence n’avaient rien à voir avec une remise en question de ce site.

La couverture du cyclisme a changé

Le cyclisme a changé, la couverture du cyclisme a aussi changé.

Le magazine papier est en voie de disparition. Impossible, dans le monde d’aujourd’hui, d’être rentable sur cette voie.

Les véhicules porteurs, ce sont les sites Internet, Facebook, Twitter ainsi que les chaines YouTube. Parce que ça peut rapporter.

Récemment, YouTube surtout. Je suis estomaqué, depuis 12 mois, de voir le nombre de chaines YouTube fleurir proposant des analyses pré- ou post- courses. Tout le monde peut être spécialiste du cyclisme! Ca s’étend de Lance « has been » Armstrong avec « The Move » et « Butterfly Chris Horner » jusqu’à l’ado de 16 ans dans son sous-sol qui a décidé de mettre en ligne son analyse de la dernière course pro.

Certains de ces vidéos-programmes sont intéressants, mais ils sont peu nombreux. Le plus souvent, « Joe Toutlemonde » is out. On entend tout, et son contraire. Mais ca finit toujours par « Make sure you’d like this video by clicking on the button below« …

Sur Internet, on est à l’ère de la convergence. On nous sert les mêmes reportages, ou presque, sur nombre de sites. Les mêmes photos. Plus grand monde n’a les moyens d’envoyer leurs propres photographes sur les événements cyclistes, alors on achète de quelques gros joueurs comme Getty.

Les sorties de nouveaux produits sont savamment orchestrées sur les sites de nouvelles, question de maximiser le buzz partout dans le monde. On paye les sites « influenceurs », sous le masque de sites professionnels d’information. C’est devenu difficile de distinguer.

L’indépendance est malmenée. Je n’ai pas de problème avec le contenu sponsorisé, du moment où on le mentionne très clairement dès le début du reportage. Très peu de sites aujourd’hui le font. J’y vois un manque de professionnalisme et d’éthique.

Beaucoup de ces sites sont de plus en plus pollués visuellement par toute sorte « d’adds » qui te font la publicité de tout et de rien: des produits x, y, z sans lien avec le cyclisme, beaucoup de « top-7 trucs » (parce qu’aujourd’hui, même un top-10 c’est trop d’effort…), y compris des sites de rencontres (dating). C’est quoi, le rapport?

Beaucoup de sites ont même maintenant des vidéos qui démarrent de façon intempestive, automatique, sans avertissement. Dérangeant… le son avec!

Les articles sont de plus en plus courts, superficiels. 4-5 paragraphes et basta! L’attention du lecteur n’est de toute façon plus là. Peu de profondeur. Twitter l’a compris.

Mais tout n’est pas négatif!

On a de la chance en cyclisme, nous n’avons pas (encore) notre Donald Trump et ses fake news!

On trouve quand même encore certains sujets plus détaillés, et je dirais presque surtout sur les sites francophones, bien que certains sites anglophones en offrent de temps en temps. Le plus souvent, payant bien sûr, c’est à dire contenu réservé aux abonnées. Par exemple, L’Équipe propose encore assez régulièrement des dossiers en profondeur, je me souviens d’un récent sujet sur la santé mentale du peloton pro, fort intéressant et bien documenté. Il y a encore de la qualité, mais il faut la chercher plus fort. Et la payer, ce qu’on peut parfois faire à la pièce.

Il y a aussi d’autres aspects intéressants. Certains produits médias clairement sponsorisés offrent de beaux contenus, permettant de vivre le cyclisme « de l’intérieur ». J’ai récemment aimé ce vidéo de Wout Van Aert, sponsorisé par Agu sa bonneterie, parce qu’il m’a permis de mieux comprendre qui est Wout Van Aert et sa passion pour le cyclisme. À noter qu’Agu a eu le bon goût de placer son logo dès le départ du vidéo, exprimant ainsi clairement que ce contenu est sponsorisé. C’est ce qu’il faut faire selon moi, et nombre de ce type de vidéos n’affiche le sponsor qu’à la fin seulement.

On peut vivre le cyclisme davantage en « temps réel » aussi. 30min après la fin d’une course, tu as déjà en ligne un paquet de vidéos et d’articles te permettant de comprendre l’événement auquel tu viens d’assister: interviews de coureurs, vidéos d’équipes cyclistes vus de l’intérieur, vidéos embarqués dans les voitures des directeurs sportifs, etc. Tu vis presque l’émotion en temps réel et ça, c’est fort. Merci Marc Madiot!

Les sujets offerts sont moins analysés en profondeur certes, mais ils sont souvent plus variés ; ainsi, on peut aujourd’hui lire un peu sur le cyclisme féminin, sur le gravel bike, sur les ultra- et bien d’autres choses encore. On reste superficiel certes, mais sur un plus grand nombre de disciplines ou de sujets.

Enfin, tout s’est accéléré: l’espérance d’une nouvelle aujourd’hui sur un site est de moins d’une heure. Peut-être pas dans le vélo, mais on n’échappe pas à la tendance: il faut toujours avoir du nouveau contenu, plusieurs fois par jour. Les cadences sont infernales et pour suivre, forcément, tu rognes sur la profondeur et tu ratisses large.

Je suis curieux de savoir ce que vous en pensez!

Et demain, le sujet sera « La Flamme Rouge a-t-elle changée?! » Enfin, des réponses à vos questions sur les derniers mois.

Le cyclisme a changé

Nos récents échanges sur Milan SanRemo m’ont inspiré l’article d’aujourd’hui: le cyclisme a changé.

Comment?

Le calendrier est aujourd’hui plus long, plus international. De février à novembre, on trouve des courses de haut niveau. C’est important, car on peut s’entretenir (presque) à l’année. On peut se fatiguer davantage aussi, ne serait-ce que par les voyages qu’un tel calendrier implique.

La condition des coureurs est globalement moins variable. On le voit en particulier cette saison: Bernal et Pogacar, par exemple, les deux plus récents vainqueurs du Tour, étaient déjà sur l’avant-scène des Strade Bianche, et Pogacar a déjà gagné cette saison le Tour des Émirats arabes unis.

La condition des coureurs est moins variable parce qu’ils s’entretiennent à l’année. Contrairement aux coureurs des années 1970, 1980, 1990 voire 2000, plus d’inter-saison suivi d’une période de « rentrée »: on effectue simplement des « micro-coupures », souvent d’environ deux semaines, plusieurs fois par année et ca suffit. On revient ainsi plus rapidement au top, on reste sur le rasoir et on peut programmer les pics de forme à répétition durant l’année.

Les techniques d’entrainement ont donc évolué, et on y a adjoint davantage de musculation, de gainage, de plyométrie. Aujourd’hui, les coureurs sont plus complets. Pour preuve, Van Der Poel, Van Aert, Pidcock, pour ne nommer que ceux-là, sortent d’une grosse saison de cyclo-cross. Van Aert était récemment à l’entrainement à Tenerife et terminait ses séances sur le vélo par de longues courses à pied! D’autres étaient auparavant dans le Mtb (Bernal par exemple). Sans compter les liens entre la piste et la route: Ganna n’est-il pas quadruple champion du monde de poursuite et champion du monde du chrono ?

On tourne davantage les jambes qu’il y a 30 ans aussi. En partie parce que les vélos sont aujourd’hui équipés de 11 ou 12 vitesses, permettant un éventail plus grand de braquets. Les pros n’hésitent plus à monter des 29 voire des 32 dents, chose impensable il y a 30 ans. On allie plus qu’avant puissance et vélocité. On monte moins en force.

Les capteurs de puissance sont un outil ultra-utilisé à l’entrainement. On peut ainsi calibrer les séances au millimètre, et mesurer scientifiquement les progrès d’un athlète, qu’on suit à distance, peu importe sa localisation dans le monde. Les sensations demeurent importantes, mais elles sont relativisées à la lumière des watts qui eux ne trompent jamais. La dictature du FTP!

On offre un encadrement plus complet qu’avant; outre le traditionnel « soigneur-masseur », on a aujourd’hui des osthéo, des psychologues du sport, des médecins, des diététiciens, des cuisiniers, des spécialistes du sommeil aux chevet des coureurs, on offre de la cryothérapie, et d’autres techniques de récup.

Les équipes ne sont plus constituées de neuf coureurs, mais plutôt sept ou huit, selon l’épreuve. Cela change le cyclisme: on peut moins facilement contrôler la course, même si les oreillettes ont permis des gains. En cas d’abandon durant les courses par étape, l’équipe peut se retrouver à effectif très réduit, ce qui limite le rayon d’action si on a un maillot à défendre. On peut devoir recourir à des alliances. Pourquoi diable plusieurs coureurs d’autres équipes se sont récemment mis au service de Roglic sur la dernière étape de Paris-Nice?

On a vu un exemple éloquent de la difficulté de contrôler la course sur la 1ere étape du Tour de Catalogne avant-hier, alors que la Movistar a pris les choses en main en milieu d’étape pour disparaitre complètement dans le final. Loupé!

Globalement, les étapes sur les courses par étape sont moins longues, pour favoriser une course de mouvement. Les chronos sont moins longs aussi. Aujourd’hui, on trouve rarement des chronos de plus de 40 bornes ; il y a 30 ans, notamment à l’époque d’indurain, on avait souvent des chronos de plus de 75 bornes… de quoi creuser des écarts… d’autres diront de quoi bloquer la course.

Les chutes sont plus fréquentes, je pense surtout en raison des oreillettes: tous les directeurs sportifs demandent aux coureurs de remonter à l’avant au même moment. Le peloton est donc plus nerveux, n’importe quelle course est aujourd’hui chaudement disputée.

La pression médiatique est plus forte: outre le fait de devoir répondre aux journalistes, les coureurs doivent aujourd’hui soigner leur image sur les médias sociaux, question de pouvoir monnayer leur image d’ambassadeur du sport. Un Sagan, un Evenepoel, une Émily Batty l’ont compris. Certains monayent d’ailleurs très bien en dépit de résultats en demi-teinte; l’important, c’est d’être un bon ambassadeur.

Du coup, les enjeux de santé mentale n’ont jamais été si importants dans le peloton. C’était récemment Tom Dumoulin, et avant lui Marcel Kittel, Tyler Phinney ou encore Adrien Costa. La pression est forte, et au moindre faux pas, l’équipe te lâchera pour protéger son existence. Il n’y a plus de marge de manoeuvre. Certains craquent.

Bref, le cyclisme a beaucoup changé selon moi, et il existe probablement d’autres changements que je n’ai pas mentionné. Alors qu’on arrive au coeur de la saison cycliste 2021, il convient de garder tout ca à l’esprit pour comprendre ce qui se passe dans le peloton pro.

Ambiance

Ambiance course.

Astana – Ride for Glory

C’est au goût du jour: voici un autre vidéo diffusé récemment par une équipe cycliste pro, Astana-Premier Tech cette fois-ci. Un autre regard au coeur d’une équipe professionnelle de premier plan.

Code Yellow (documentaire Jumbo-Visma sur le Tour 2020)

Il ne faut pas manquer ce documentaire réalisé par la chaine de télévision néerlandaise NOS sur l’équipe Jumbo-Visma lors du dernier Tour de France.

1h15min à partager la vie d’une équipe de tout premier plan et qui jouait la gagne avec Roglic et Dumoulin. Plusieurs séquences sont intéressantes, inédites jusqu’ici: la déception de Dumoulin, les ajustements que l’on fait sur la combinaison chrono du maillot jaune et, bien sûr, toute la déception de l’équipe entière après le dernier chrono, objet des 10 dernières minutes du vidéo.

Et déjà, la controverse! On y entend Roglic et Dumoulin se questionner sur les performances plus que stratosphériques du jeune Tadej Pogacar lors de l’avant-dernière étape, le chrono de la Planche des Belles Filles.

Deuxième du jour, Tom Dumoulin ne comprend tout simplement pas comment Pogacar a pu lui prendre 1min21sec.

Je ne vois aucune solution. Comment diable aurais-je pu faire pour aller une minute et demie plus vite?

Tom Dumoulin

Je ne peux pas y croire. Deux minutes. C’est une énorme différence. Sur 36 kilomètres en plus ! Ils (les observateurs) doivent calculer le type de watts nécessaire pour cela.

Primoz Roglic

Les watts nécessaires pour cela Primoz, on les connait. Grâce à Frédéric Portoleau et Antoine Vayer, qui ont été très clairs sur ce qu’on a vu sur ce dernier chrono du Tour.

Ca se résume très simplement: mutant. 475 watts de moyenne sur les 5,9km de la montée pour Pogacar (50 watts de plus que Pinot!), pour 6,85 watts par kilo. À 21 ans! Rappelons que la montée arrivait après 30 bornes de chrono et 20 jours de course, pour un total de 36 bornes pour l’étape ce jour-là. Pogacar égale le record de la montée établi par Aru quelques années avant lui, à la différence qu’Aru était resté bien au chaud dans le peloton avant de lâcher les chevaux dans l’ascension finale. Pogacar, lui, était seul en mode chrono (donc à bloc) depuis 30 bornes!

Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas seulement Pogacar: c’est toute cette jeune génération remplie de prodiges hallucinants et qui débarquent bille en tête, sans complexe, sûrs d’eux et très précoces. Il semble qu’on va ré-écrire, dans les prochaines années, les livres d’histoire du cyclisme. La question sera de savoir à quoi tout cela carbure-t-il… Pour Vayer, ce qu’on a vu en 2020, ce n’est pas moins que le retour de l’ère (triste) d’Armstrong.

Et rappelons que Roglic et Dumoulin ne sont pas non plus au-dessus de tout soupçon, notamment du côté de l’Affaire Aderlass…

On se régale de cyclo-cross!

3e étape aujourd’hui de la Coupe du Monde de cyclo-cross. C’est du côté de Dendermonde en Belgique, sur un circuit inédit et très gazonné. Pour découvrir le parcours, c’est juste en dessous.

L’occasion d’un nouveau match Van Der Poel – Van Aert, parfois arbitré par le jeune britannique Thomas Pidcock cette saison.

Chez les femmes, toutes les favorites sont présentes, ainsi que la québécoise Magalie Rochette, toujours en quête d’un bon résultat cette saison dans la discipline.

Hier du côté de Zolder, ce fut un festival Van Der Poel, qui a toujours été à l’aise sur ce circuit rapide. Van Aert a été victime d’une crevaison assez tôt dans la course, ne lui permettant pas de défendre ses chances à la régulière. Une belle course, mais plus intéressante encore chez les femmes puisque c’est arrivé au sprint.

Mercredi dernier du côté de Herentals, c’est Wout Van Aert qui s’est imposé, après que Van Der Poel ait été retardé sur crevaison à la mi-course (c’est chacun son tour!). Mathieu aurait probablement pu revenir sur tout le monde… excepté Van Aert.

Chose certaine, rien de mieux en ce moment que ces courses de cyclo-cross pour vos séances de home-trainer!

Le Tour de l’actualité: Mathieu, quelle bête!!!

1 – Sur le bout de ma chaise. Pendant une heure. C’est ainsi que j’ai vécu en direct la 2e manche de la Coupe du Monde de cyclo-cross à Namur dimanche dernier.

Phénoménal! Un match Van Der Poel – Van Aert arbitré par un certain Thomas Pidcock pendant les 8 des 9 tours à faire.

Et au final, Mathieu ce fut. Fini la récréation, il s’est envolé au profit de la grande bosse du parcours, après avoir bataillé pendant 50min avec Pidcock et Van Aert.

Quand même, quelle bête ce Mathieu! Et une chose demeure: le propre des grands champions, c’est de savoir augmenter le niveau au moment où ca compte le plus.

2 – Ridicule. Disponible toute la journée, l’intégrale de la course pouvait être vue sur YouTube dimanche sous le titre UCI CycloCross World Cup – Namur – Mens 2020. Depuis, le vidéo a été retiré, probablement pour protéger les droits télé notamment de FloBikes.

C’est pathétique. Pourquoi ne pas faire exactement l’inverse? S’assurer que la course est réservée aux abonnés(ées) le jour même, et la rendre disponible gratuitement après 24h à tout le monde, notamment via le UCI Channel? On assure ainsi des droits télé, on les redistribue en partie aux équipes pour faire vivre les coureurs(es) et le sport, et on entretient par ailleurs la popularité du cyclisme.

3 – Thomas Pidcock. Un autre sacré talent celui-là! 21 ans seulement, il a tenu tête à Van Der Poel et Van Aert pendant un grand moment dimanche dernier à Namur. Rappelons qu’il a également battu à la régulière Van Der Poel le dimanche précédent à Gavere.

Pidcock a déjà un sacré palmarès en cyclo-cross et… sur route: double champion du monde (juniors et espoirs), il a également remporté l’an dernier le Tour d’Italie espoirs.

Pidcock a signé chez Ineos-Grenadier l’an prochain, il rejoindra l’équipe au terme de la saison de cyclo-cross, soit le 1er mars prochain. Attention à lui dans les prochaines années!

4 – Parlant grand espoir du cyclisme, et ils sont nombreux en ce moment, le jeune Cian Uijtdebroeks, 17 ans, a signé au sein de la formation Bora-Hansgrohe. Il fera d’abord partie de l’équipe développement en 2021, avant de rejoindre l’équipe WorldTour en 2022. Un autre coureur à surveiller de près!

5 – Ineos-Grenadier. L’équipe serait à la lutte pour signer Wout Van Aert après la saison prochaine, son contrat chez Jumbo-Visma venant à échéance fin 2021. Rappelons qu’Ineos a déjà mis la main sur Daniel Martinez, Adam Yates et Richie Porte en vue de la saison prochaine, en plus de déjà compter en ses rangs les Egan Bernal, Richard Carapaz, Tao Geoghegan, Rohan Dennis, Filippo Ganna, Michal Kwiatkowski, Pavel Sivakov, Geraint Thomas et Gianni Moscon. Ouf!!!

6 – AG2R – La Mondiale – Citroen. Outre un nouveau maillot, je rappelle que l’équipe de la Motte-Servolex roulera en 2021 sur BMC, monté Campagnolo. Beau matos.

7 – Hugo Houle. Une entrevue radio à Radio-Canada avec le coureur québécois, qui revient sur sa saison 2020 et qui se projette en 2021. Soulignons au passage qu’Hugo ne sera plus le seul Canadien au sein de l’équipe Astana-Premier Tech l’an prochain, étant rejoint par l’Ontarien Ben Perry, 26 ans.

8 – Exit Bahrain – McLaren, voici Bahrain – Victorious. La bonneterie n’est plus assurée par Le Col, mais bien Nalini, une compagnie de longue haleine dans le cyclisme.

9 – Cinelli. La compagnie italienne basée à Milan est présente dans le cyclisme depuis plus de 70 ans. Son nouveau vélo aéro « Pressure » me plait beaucoup. Notamment parce que le prix me semble très correct lorsque comparé à celui d’autres cadres aéro de marques beaucoup plus populaires: environ 4000$CAN, pour un poids et un niveau de prestation comparables. Très bien selon moi!

10 – JO de Tokyo en 2021. On sait déjà que Mike Woods en a fait un grand objectif. Il n’est pas seul, Primoz Roglic aussi, et de nombreux autres voudront aussi ravir l’or olympique. Le danger avec tout ca, c’est qu’il n’y aura qu’un vainqueur et que les risques de déception sont grands si certains coureurs ne misent que sur cette course pour avoir une saison réussie.

La course sur route des JO de Tokyo interviendra environ une semaine après l’arrivée du Tour de France en juillet prochain… si tout va bien d’ici là.

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