Le tour du Tour:
1 – 39min et des poussières. C’est le temps d’ascension de Tadej Pogacar sur le Plateau de Beille, explosant de plus de 3min30 le record à ce jour détenu par un certain Marco Pantani à la grande époque (1998).
Pourtant, le Tour est retourné cinq fois sur le Plateau de Beille entre la première fois en 1998 et l’étape dimanche. Personne n’avait pu faire mieux jusqu’ici que « le Pirate », pas même Contador.
Pogacar a établi ce record vent de face également.
On est à 7 watts par kilo pendant 40min et presque 7,4 watts par kilo sur les 23 dernières minutes. Stupéfiant. Pantani à plus de 3min30. Un cadet.
Chose certaine, il s’agit fort probablement de la performance la plus remarquable de toute l’histoire du vélo sur une ascension de 40min. Plus fort encore que Riis et Hautacam en 1996, alors que le Danois évoluait à un taux d’hématocrite dépassant les 60%.
Face à une telle perf, tout le monde y va de son analyse. Les « main stream », UAE Team Emirates en premier lieu mais aussi tous les médias qui gagnent leur vie avec le monde du vélo, parlent des gains en alimentation, rendement, pneumatiques, aérodynamisme, toute la panoplie déjà usée par Lance Armstrong et « Road to Paris », c’est sur YouTube servez-vous. Si vous voulez y croire… perso, je trouve que ca tourne comme un vieux disque usé, jeté en pâture aux jeunes fans qui ne connaissent pas l’histoire du vélo.
D’autres dénoncent carrément l’usage du dopage, mais sans preuve aucune, je trouve que c’est une voie difficilement soutenable.
Perso, je préfère la jouer mitigée: bravo Pogi, mais je me garde une petite gêne, détestant me faire prendre pour une valise. Il y a quand même peu de chances qu’une telle perf après 200 bornes sur l’étape et deux semaines de course à fond les balais avec une victoire d’étape la veille au Plat d’Adet ait été acquise à l’eau claire.
Surtout qu’UAE, c’est l’équipe d’un certain Mauro Gianetti, trois jours de coma et 12 jours de soins intensifs quand même dans un hosto de Suisse en 1998 pour avoir consommé, alors coureur, un produit révolutionnaire à l’époque, les perfluorocarbures (PFC). Remarquez que l’histoire a eu du bon, du coup la plupart des coureurs pro ont pris peur d’y laisser leur peau et les PFC n’ont plus tellement progressé dans le peloton après cet épisode.
2 – Vélos. Le record de Pogi en raison du vélo? Pas sûr du tout! La meilleure analyse est ici, et on y remarquera que le vélo de Pantani en alu en 1998 était un peu plus léger que celui de Pogacar dimanche. À moins de 30km/h de moyenne dans une ascension mais dans une pente de 8%, le poids du vélo fait une différence. Ne vous laissez pas entuber par les déclarations fumistes de certains quant à l’efficacité des vélos actuels, du moins pas dans les cols en deçà de 25km/h et par des pentes à plus de 8% de moyenne.
3 – Manivelles. Je sais pas vous, mais je suis absolument convaincu que Pogacar a perdu son sprint face à Vingegaard au Lioran en raison de manivelles trop courtes le limitant assez considérablement dans l’exercice de l’emballage final.
Payez-vous les images attentivement, il me semble que c’est évident. Pogacar n’a aucun bras de levier avec ses manivelles de 165mm, il semble complètement avoir les jambes autour du cou, sans puissance aucune.
4 – Pogi, course gagnée? Bien sûr que non! Il peut arriver tant de choses sur le Tour, des pépins mécaniques, des bordures, la Covid-19, etc. Mais sur la condition physique oui, on voit mal qui peut battre Pogacar. Sauf pépin, le Slovène réalisera le doublé Giro-Tour dimanche prochain à Nice.
5 – Encore trois étapes critiques. Soit vendredi, samedi et dimanche prochain.
Vendredi, la Cime de la Bonette (c’est long!) puis l’ascension finale sur Isola 2000, juste en dessous du col de la Lombarde, une tuerie celui-là. Une étape courte (144 km) mais très difficile.
Samedi autour de Nice, pas simple non plus même si on n’est pas en haute montagne comme la veille: Braus, Turini, Comialne et Couillole, ca monte et ca descend toute la journée sur 133 bornes.
Dimanche le chrono final depuis Monaco, on attaque direct la montée vers La Turbie puis le col d’Èze, on plonge ensuite sur Nice et la Promenade des Anglais. 34 kilomètres, mais seulement une petite 20aine pour réellement faire une différence.
6 – Les pois. Pogacar, mais c’est un accessit.
7 – Le maillot blanc. Remco, facile.
8 – Le maillot vert. Biniam parce qu’il ne reste plus beaucoup d’arrivées au sprint, peut-être juste aujourd’hui à Nîmes et c’est tout.
9 – Débridée. Ne perdez rien des prochaines étapes, ca va être quelque chose car nombreuses sont les équipes qui ont été mouchées jusqu’ici sur le Tour, puisque Girmay et Pogacar ont trois victoires d’étape chacun, et Philipsen deux, total 8 étapes à seulement trois coureurs. Les débuts d’étape pour prendre la bonne vont être animés dans les trois prochains jours, c’est moi qui vous le dit!