Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Catégorie : Les courses Page 1 of 70

Du beau monde au pays basque

Tadej Pogacar. Tao Geoghegan. Primoz Roglic. Soit les vainqueurs du Tour, du Giro et de la Vuelta la saison dernière.

Adam Yates, vainqueur du Tour de Catalogne il y a une semaine. Alejandro Valverde, vainqueur du GP Miguel Indurain ce week-end.

Jakob Fuglsang. Enric Mas. David Gaudu. Mike Woods. Bauke Mollema. Richard Carapaz. Guillaume Martin. Mikel Landa. Fabio Aru. Benoit Cosnefroy. Pierre Latour. Hugh Carthy. Marc Hirschi. Mikel Nieve. Alexey Lutsenko. Esteban Chaves.

C’est pas compliqué, c’est le plus beau peloton à date en 2021. Et c’est cette semaine sur le Tour du Pays Basque, probablement l’épreuve la plus sous-estimée du calendrier pro avec le Tour de Catalogne.

L’absent de marque, ben c’est Egan Bernal. Il ne manque que lui.

Le pays basque, c’est une terre de cyclisme et c’est dur, car ca monte et ca descend tout le temps.

Cette année, six étapes. Les étapes 4, 5 et 6 à la fin de la semaine seront celles à surveiller, car elles comportent de belles patates propre à mettre le feu aux poudres.

Le travail d’équipe y sera essentiel.

La Movistar, Ineos-Grenadier et la Jumbo ont la pression. La première car elle court à domicile, et Valverde vient de renouer avec la victoire, de bien belle façon.

Ineos-Grenadier parce qu’avec Adam Yates, Richard Carapaz et Tao Geoghegan, tu te dois d’obtenir un résultat.

Enfin Jumbo parce que Primoz Roglic, no1 mondial.

Le vainqueur du Tour, Tadej Pogacar, est présent, mais un peu en figure de premier outsider.

Beaucoup, comme Mike Woods, voudront tirer leur épingle du jeu. Ca sera passionnant toute la semaine. Deux autres coureurs canadiens au sein de son équipe Israel-Start Up Nation, soit Cataford et Piccoli.

Hier dans le chrono de 14 kms, Roglic s’est imposé logiquement, en puissance. Pogacar, Yates, Kelderman, Hirschi, Fuglsang, Latour, Valverde, Carapaz et Landa sont dans le coup.

L’équipe Jumbo me semble un peu faible, privée de ses lieutenants de premier plan que sont Bennett, Kuss, Kruijswijk ou encore Gesink. Il faudra voir comment Roglic pourra s’en sortir s’il est attaqué par plusieurs équipes dans le final des étapes cette semaine. Rien n’est joué!

Asgreen, simplement le plus fort

Au terme de la dernière ascension du Oude Kwaremont, nous pensions tous que Mathieu Van Der Poel se dirigeait vers un 2e succès de suite sur le Tour des Flandres.

Il venait de lâcher Wout Van Aert, qui payait à cet instant ses efforts parfois inutiles au cours des kilomètres précédents, privé de l’aide de ses équipiers qui étaient nulle part dans ce final du Ronde.

Kasper Asgreen parvenait à s’accrocher à VDP, mais on se disait tous qu’il était en sursis, et que le Paterberg deux kilomètres plus loin l’achèverait.

Ben non. J’ai eu une première indication que Asgreen était dans un grand jour au sommet du Paterberg: c’est lui qui vire en tête, Mathieu dans sa roue.

Là, tu te dis que le Danois est sacrément costaud et que Mathieu ferait bien de s’en méfier.

Et tu te dis qu’Asgreen va tenter de la finir solo, parce que contre VDP au sprint, aucune chance.

Ben non. Deuxième erreur. Asgreen attendra patiemment le sprint, pour battre Mathieu fair and square. Sur les derniers 13 kms tout plat, les deux se sont partagés le travail équitablement, beau à voir. Très sportif.

Le plus fort a gagné, point barre.

Rien à ajouter. Asgreen a été réglo, a très bien couru, une bataille loyale qui s’est faite à la pédale.

Après, on peut refaire 100 fois le sprint. Mathieu avait-il une dent de trop? Je le pense, il a semblé avoir rapidement les jambes autour du cou. Peut-être avait-il mal aux jambes et c’est tout ce qu’il pouvait mettre comme braquet?

Chose certaine, un sprint à deux après 254 kilomètres, c’est très différent d’un sprint massif après 200 bornes. Surtout sur le Tour des Flandres, qui reste pour moi comme pour beaucoup de suiveurs la course d’un jour la plus difficile de la saison cycliste.

La Elegant-Quick Step l’a bien joué hier en misant rapidement dans le final sur la carte Asgreen. Alaphilippe a joué le collectif, donnant le feu vert à Asgreen pour attaquer alors qu’il était encore dans le coup.

Greg Van Avermaet sauve les meubles pour AG2R – Citroen en complétant le podium. Il peut dire ouf! C’était la dernière chance sur les Classiques flandriennes pour un bon résultat.

Mention très bien encore une fois à Anthony Turgis (8e), auteur d’un sacré truc dans le final lorsqu’il a bouché solo un trou d’une quinzaine de secondes pour revenir sur la bonne échappée devant qui, à ce moment, incluait VDP, Van Aert et Alaphilippe, excusez-un-peu. Manque de chance pour Turgis, ca a attaqué presqu’au moment où il a fait contact. Mais cet effort ne laisse aucun doute sur la caisse de Turgis en ce moment.

Chez les Français, Sénéchal est 9e et Laporte 12e, pas mal du tout à ce niveau.

Mention très bien également au québécois Hugo Houle, dans l’échappée matinale. Hugo s’est payé une belle sortie bien rythmée, avant de faiblir sans surprise sur la fin, c’est normal. Il a montré le maillot pour Astana! Une équipe Astana totalement inexistante outre Houle hier, le premier coureur Astana sur la ligne est… le Canadien Ben Perry, en 70e place, dans l’autobus qui contenait aussi Houle.

Antoine Duchesne et Guillaume Boivin étaient également de la partie (le startlist jeudi dernier n’en faisait pas mention). Boivin est allé au bout, mais pas Duchesne qui était arrivé au dernier moment comme remplaçant à la FDJ.

La suite

On commence aujourd’hui le Tour du Pays Basque, une course qui révèle toujours qui sera devant sur les Ardennaises prochainement. Le Pays Basque, c’est une course difficile, très difficile. À surveiller, un certain Mike Woods, ainsi que le « vieux » briscard Alejandro Valverde, qui vient de remporter solo le GP Miguel Indurain.

Mathieu Van Der Poel remontera quant à lui sur son vélo de Mtb plus tard cette semaine, question de débuter sa préparation pour son objectif principal cette saison, l’épreuve de Mtb des prochains Jeux Olympiques. Il y retrouvera un certain Nino Schurter.

Wout Van Aert a décidé de mettre l’Amstel à son programme, en remplacement de Paris-Roubaix, reporté en octobre prochain pour cause de pandémie en France.

Dimanche, Vlaanderens Mooiste!

Ou « la plus belle des Flandres »!

105e édition du Tour des Flandres dimanche, un des cinq grands monuments du cyclisme.

Météo annoncée, plutôt beau temps, 14 degrés et peu de vent. Autrement dit, rien pour durcir la course.

Pandémie oblige, la course aura lieu cette année encore sans public. L’ambiance ne sera donc pas tout à fait la même pour les coureurs.

Le parcours n’a pas encore été confirmé, mais il devrait être identique à celui de l’an dernier: 254 kms à couvrir, 19 monts et 17 secteurs pavés. Pas de Muur de Geraardsbergen, il faut s’y faire, mais trois passages sur le Vieux Quaremont, et le Paterberg comme dernière ascension avant 13 kms tout plats jusqu’à l’arrivée. Cette section peut faire une différence en ce sens qu’un coureur solo devant qui aurait fait la différence dans le Paterberg peut se faire reprendre si la chasse est organisée derrière.

C’est à partir du km 120 qu’il faudra être en mode course: les monts s’enchainent parfois à tous les 5 kms, ca n’arrête plus.

Les favoris

Pas moins de cinq anciens vainqueurs sont au départ du Ronde dimanche: Alexander Kristoff, Peter Sagan, Niki Terpstra, Alberto Bettiol et Mathieu Van Der Poel.

Deux archi-favoris se dégagent en particulier: Mathieu Van Der Poel et Wout Van Aert.

Le match revanche! L’an dernier, Mathieu a eu le dessus sur Wout dans un des beaux sprints de la saison, le couteau entre les dents car les deux la voulaient, celle-là.

Si ca arrive au sprint dimanche, je donne Wout favori sur Mathieu.

Ce qui sera intéressant, c’est que leur stratégie sera imprévisible: chacun d’eux ont montré qu’ils n’ont pas peur d’attaquer de loin, et peuvent aussi se passer de leurs équipiers pour évoluer solo. Mathieu, en particulier, a intérêt à partir de loin.

Leur stratégie dépendra aussi sûrement des actions des autres équipes comme la Deceuninck, qui s’amène avec une grosse armada: Alaphilippe, Lampaerts, Asgreen, Sénéchal peuvent tous s’imposer dimanche!!

La Deceuninck a récemment montré qu’elle est capable de prendre la course en étau. Je m’attends à cela dimanche, car ils ne voudront pas se louper sur un rendez-vous aussi important. Je me surprends juste de l’absence du line-up de l’équipe d’un Davide Ballerini, en cas d’arrivée au sprint parmi un petit groupe.

De nombreux autres coureurs auront à coeur de profiter des occasions qui se présenteront entre les archi-favoris.

Je pense évidemment à AG2R – Citroen, qui a la pression pour un grand résultat cette saison, question de justifier le recrutement de l’inter-saison. Van Avermaet a montré une excellente condition sur À travers la Flandre. Sauront-ils enfin profiter du travail de la Deceuninck et passer à l’offensive au bon moment?

Je pense aussi à l’équipe Ineos-Grenadier, sur une bonne lancée. Dylan Van Baarle vient de gagner mercredi dernier, et Thomas Pidcock pourrait surprendre, c’est un équilibriste sur un vélo et il pourrait trouver dans la succession des monts un terrain le favorisant. Ce sont les « underdogs » dimanche.

Jasper Stuyven et Mads Pedersen (s’il est au départ) sont de sérieux candidats chez Trek-Segafredo.

Michael Matthews, Matteo Trentin, Soren Kragh Andersen, Giacomo Nizzolo et Stephan Kung sont tous des coureurs que je m’attends à voir dans les 50 derniers kms.

Que nous réserve ce diable de Peter Sagan? Au prise avec la Covid-19 plus tôt cette année, il a montré des premiers signes de forme récemment, et c’est le gars qui peut faire le mort pendant 253 kms et surgir dans le dernier kilomètre. En toute logique, la succession des monts devrait l’éjecter selon moi, mais on ne sait pas trop ce qu’il est capable de faire. Chez Bora-Hansgrohe, c’est peut-être Daniel Oss qui est le plus à craindre!

Chez les Français et outre Alaphilippe et Sénéchal, Anthony Turgis, Warren Barguil et Christophe Laporte portent de belles promesses, et on se croise les doigts pour un bon résultat. Avec tous les monts, je me demande jusqu’où peut aller Barguil?

Deux Canadiens au départ pour Astana, Hugo Houle et Ben Perry. Houle était grippé récemment, je m’attends à une course difficile pour lui.

Suivre la course en direct

Au Québec et au Canada, FloBikes est le diffuseur officiel.

En France, France3 dès 13h35.

Sinon, les sites de live! streaming habituels vont permettre de suivre la course également.

Et les meilleurs, ca reste la RTBF!

Autour du Ronde

Le peloton pro, de l’intérieur cette saison. Ca frotte!!!

Bizarre À travers la Flandre.

Il faisait beau hier en Belgique. L’air était doux. Peu de vent.

Mais la course ne s’est pas déroulée comme on l’avait imaginée!

La chaleur (près de 25 degrés) a peut-être joué des tours à certains coureurs, Alaphilippe et Van Der Poel en premier lieu, les organismes n’étant pas encore très acclimatés.

Van Der Poel, panne de jambes.

Alaphilippe, pas au mieux.

La Deceuninck qui passe complètement à travers. Lampaerts (4e) et Sénéchal (9e) sauvent les meubles pour le WolfPack, mais ils ont été largement inexistants durant la course.

Idem pour les AG2R – Citroen, avec un Van Avermaet 7e et Naesen 19e. Van Avermaet s’est montré l’un des plus volontaires derrière Van Baarle, il faut lui accorder cela. Chose certaine, la pression monte pour les coureurs belges de l’équipe française, et ils commencent à en avoir ras le bol.

Un excellent et volontaire Warren Barguil dans le final s’est même fâché une fois l’arrivée franchie: aucune collaboration dans le groupe de chasse derrière Van Baarle échappé solo devant, les coureurs jouaient une place plutôt que la victoire. Autrement dit, plusieurs couraient sur la défensive. Van Baarle en a profité, même s’il convient de rappeler que ses 50 bornes solo devant sont un véritable exploit qui force l’admiration.

Le problème, c’est qu’ils ne roulent pas, même pas pour faire deuxième… C’est complètement débile.

warren barguil, lu sur Direct vélo

Il faut dire que la course a été menée à bon train: près de 100 kms couverts dans les deux premières heures, ca roulait à 50 à l’heure. La course a été sélective.

À 28 ans, Van Baarle n’est pas vraiment un coureur qui gagne souvent. Dans ce contexte, on oublie peut-être qu’il a été champion des Pays-Bas du chrono en 2018, prouvant qu’il sait rouler vite. Il signe hier sa plus belle victoire professionnelle selon moi, et donne un atout de taille à l’équipe Ineos pour dimanche prochain.

Mention très bien à la fois pour Christophe Laporte chez Cofidis et Tim Merlier chez Alpecin-Fenix qui vont tous deux chercher un résultat de premier plan pour leurs équipes respectives.

VDP, tout ou rien

Surprenant Mathieu de temps en temps, lorsqu’il explose: il explose vraiment, quitte à se mettre carrément à l’arrêt (ou presque) en pleine course.

Il a refait le coup hier, un peu comme aux Mondiaux 2019 sous la pluie. Il avait également connu une grosse baisse d’énergie dans le final de la 5e étape de Tirreno-Adriatico récemment, même s’il a pu aller au bout pour chercher la victoire d’étape.

Peut-être des coups de fringale? Mathieu est un gros gabarit, sa consommation énergétique doit être élevée. Oublie-t-il parfois de s’alimenter en quantité suffisante? On ne s’alimente pas en cyclo-cross, les épreuves étant trop courtes pour ca. Mais sur route, il faut le faire. Mathieu a-t-il payé hier dans le final des efforts intenses sur les deux premières heures, alors que ca roulait vite? Pas impossible… surtout que la consommation d’énergie n’est pas la même par 25 degrés versus 10 degrés…

La bonne nouvelle pour Mathieu et les autres coureurs, c’est qu’on annonce un temps clément en Belgique dimanche prochain, et beaucoup plus frais que hier: 14 degrés maximum. Voilà qui devrait donner d’excellentes conditions de course pour les coureurs, mais aussi peut-être une course moins sélective ou la sélection devra venir de l’avant.

Vivre les Classiques

Gand-Wevelgem: les sprinters se font la belle

C’est le vent qui, hier, a joué les trouble-fêtes sur Gand-Wevelgem. Le vent et la Covid-19 puisque pas moins de deux équipes se voyaient refuser le départ en raison d’une éclosion en leur sein, soit Trek-Segafredo et Bora-Hansgrohe.

Rapidement, il y a eu des coureurs partout, bordures obligent. Tellement que par moment, c’était difficile de suivre l’évolution de la course et de savoir de quel groupe il s’agissait à la caméra.

C’est devenu très clair dans le final, après la 2e ascension du Mont Kemmel: 9 coureurs devant, après un forcing de Wout Van Aert épaulé par Matteo Trentin. Et du lot, pas moins de 7 sprinters! Bennett, Matthews, Trentin, Van Aert, Colbrelli, Nizzolo, Van Poppel, du beau monde avec de jolies pointes de vitesse, et épaulés par Kung et Van Hooydonck.

Pour la petite histoire, Nathan Van Hooydonck est le neveu d’Edwig, et Danny Van Poppel le fils de Jean-Paul (pour ceux qui connaissent l’histoire du cyclisme).

L’effort fourni dans le Kemmel a peu après condamné Bennett et Van Poppel, trop juste pour soutenir l’allure.

Ils étaient alors 7 devant, dont deux Jumbo-Visma, Van Hooydonck et Van Aert. C’est toujours intéressant ces situations où une équipe est en surnombre dans le final, tu te demandes comment ils vont la jouer!

Contrairement à AG2R-La Mondiale deux jours avant, les Jumbo-Visma n’ont pas manqué leur coup. Van Hooydonck a d’abord fait un pétard mouillé, question de voir qui avait les jambes. Il a ensuite longuement amené à bonne vitesse dans les derniers hectomètres, question de limiter les envies de décamper des autres, et Van Aert a terminé le travail, imposant sa fraicheur physique et sa puissance après une course de 247 kms, quand même.

Nizzolo et Trentin complètent le podium. Je pensais Matthews comme le plus dangereux pour Van Aert, mais il n’en fut rien, étant victime de crampes dans les derniers kms. 247 kms quand même, c’est une longue classique.

Mention encore très bien au français Anthony Turgis qui sort en contre dans les derniers kilomètres et qui résiste au retour de son groupe pour terminer 9e à moins d’une minute du vainqueur. À force d’essayer, il faudra que ça rigole un jour et Turgis passe manifestement un pallier en ce moment.

Le premier Deceuninck est seulement 14e, la faute très certainement à Bennett qui était devant avec le groupe de tête avant de s’éteindre, complètement cuit par le rythme soutenu dans le Kemmel, et aux prises avec des ennuis gastriques, apparemment.

Le Canadien Ben Perry termine 87e sur 90 coureurs classés, à plus de 11min de Van Aert. Il est allé au bout. Hugo Houle, malade plus tôt dans la semaine, a dû abandonner, question de se refaire la cerise avant la suite prévue ce mercredi sur À travers la Flandre.

Soulignons en terminant que l’équipe Jumbo-Visma réalise un doublé hier sur Gand-Wevelgem puisque c’est Marianne Vos qui l’emporte au sprint chez les femmes, elle-aussi faisant partie de la formation néerlandaise.

Le Ronde dimanche prochain!

On est dans le dernier droit avant la Grand Messe du cyclisme belge, le Tour des Flandres, prévue dimanche prochain. Avec sa victoire sur Gand-Wevelgem, Wout Van Aert s’inscrit comme un des grands favoris de l’épreuve, quelques mois après sa 2e place derrière un certain Mathieu Van Der Poel. Wout est belge!

Les deux éternels rivaux se retrouveront donc dimanche prochain pour un joli feu d’artifice, arbitré par quelques autres outsiders de premier ordre comme Alaphilippe, Andersen, et plusieurs autres.

GP E3: l’étau Deceuninck

Cyclisme 101 hier sur le GP E3 Saxo Bank.

Un régal.

Acte 1: le retour à un peu plus de 70 km de l’arrivée du peloton sur l’échappée matinale. À ce stade-ci de la course, tu te dis « c’est un peu tôt ».

Acte 2: Kasper Asgreen chez Deceuninck prend l’initiative avec une attaque solo à plus de 65 kms de l’arrivée. C’est loin ca! La pression se relâche sur ses équipiers, qui ont désormais un homme devant. C’est désormais aux autres équipes de chasser.

Acte 3: après 35 kms de chasse et à moins de 20 kms de l’arrivée, l’écart ne se réduit pas. Il grandit même! Du coup, on perd patience derrière: Van Aert met une mine dans la dernière ascension du jour, le Tiegemberg. La relance vient immédiatement de Mathieu Van Der Poel, qui en a aussi marre de voir Asgreen leur faire la peau devant. Mathieu relance si fort qu’il largue Van Aert qui vient de fournir un gros effort. Une erreur fatale selon moi.

Acte 4: surpuissant, Van Der Poel ramène le groupe de chasse sur Kasper Asgreen avec 12 kms à faire, mais il ramène aussi avec lui deux de ses équipiers chez Deceuninck, soit Florian Sénéchal et Zdenek Stybar, ainsi que deux AG2R – Citroen, Greg Van Avermaet et Oliver Naesen. Par moment, on a vu les Deceuninck se dépouiller pour rester au contact de Van Der Poel. Ils ont eu raison.

Acte 5: l’effet surprise maximum! Alors que leurs rivaux devaient surveiller Sénéchal et Stybar, c’est Asgreen qui repart à l’attaque à un peu moins de 5km de l’arrivée! Merde, il était pas rincé lui? Bien joué. À ce moment de la course, Asgreen n’a plus rien à perdre: c’est tout ou rien. Et il prouvait alors qu’il était sacrément costaud, une bête à rouler.

Acte 6: n’importe quoi! Greg Van Avermaet finit par allumer et tente un démarrage avec 3 kms à faire dans la course… Ca fait déjà au moins 2 bornes qu’Asgreen creuse l’écart devant. Le coureur belge est une fois de plus à contre-pied, l’histoire de sa carrière. AG2R avait deux représentants de l’échappée, et simplement les Deceuninck à surveiller, qui étaient aussi en surnombre. Les autres, tu t’en fous parce que même si Mathieu était parti solo, tu savais que la Deceuninck aurait chassé derrière.

Acte 7: Asgreen résiste et l’emporte avec 32 secondes d’avance sur Sénéchal qui vient faire un doublé logique pour Deceuninck, et Van Der Poel 3e qui prouve une fois de plus sa grande valeur. Le premier coureur AG2R – Citroen n’est que 4e, Naesen, avec Van Avermaet 6e. Un cuisant échec selon moi pour la formation française compte tenu de la valeur de leurs deux coureurs dans le final de la course.

Bref, la Deceuninck nous a servi une belle leçon du travail d’un collectif sur une course cycliste d’un jour. Mention très bien à Van Der Poel qui s’est bien battu. Il a peut-être commis une erreur, celle de se débarrasser de son éternel rival Van Aert un peu tôt. Ce dernier lui aurait été d’un précieux secours plus tard dans la course.

Le résumé de la course est ici.

Dimanche on enchaine avec la 83e édition de Gand-Wevelgem, dans les Flandres. Mathieu Van Der Poel est annoncé non-partant, mais Van Aert devrait y être. Logiquement, les sprinters ont leurs chances, il faudra garder à l’oeil la Deceuninck bien sûr avec notamment Ballerini et Bennett, mais aussi des coureurs comme Mads Pedersen (le tenant du titre), Jasper Stuyven, Arnaud Demare, Alberto Bettiol, Michael Matthews ou encore Giacomo Nizzolo.

Deux Canadiens annoncés au départ, soit Hugo Houle et Ben Perry pour Astana.

Retour sur Milan SanRemo

Merci à tous de vos commentaires sur Milan SanRemo, que ce soit ici sur le site ou sur la page Facebook de LFR.

Plusieurs d’entre vous ont semblé apprécier le final très incertain de la course, et l’attaque surprise de Jasper Stuyven.

Et je suis d’accord!

Comme j’ai écris dimanche « Saluons sans réserve l’intelligence de Jasper Stuyven, qui a eu la lucidité de partir au bon moment, et les jambes aussi.« 

Et d’accord avec vous tous: Stuyven est un vainqueur légitime bien sûr. Il a eu raison, il a gagné.

Je continue toutefois de croire que les grands favoris n’ont pas pris leurs responsabilités et que la course aurait pu être autrement plus animée tant le plateau était de qualité.

Pourquoi, par exemple, laisser Ganna imposer son rythme dès le pied du Poggio? À 82 kilos, je doute que le colosse italien aurait pu demeurer avec les meilleurs puncheurs du monde dans une pente variant entre 3 et 5%. Il faut l’accélérer, sa carcasse!

Mais au train, il était dans son domaine et a pu imposer un rythme très soutenu qui a compliqué les affaires de bien du monde, et fait celles de Caleb Ewan. Je l’avais écris avant la course, avec un VDP qui attaque au pied du Poggio, la course aurait été très très différente, même si ce dernier avait sauté plus haut. Même Mathieu l’a reconnu!

Pourquoi les équipiers de Ganna chez Ineos (Pidcock, Kwiatkowski) ne sont-ils pas entrés en action une fois son relais terminé? Parce qu’ils n’avaient pas les jambes pour le faire me direz-vous? Ben si t’as pas les jambes, tu le dis (on est au niveau WorldTour je vous rappelle). Imaginez un instant que Ganna se soit présenté au pied de la descente du Poggio sans avoir fourni l’effort qu’il a fait samedi dernier… c’était peut-être lui la meilleure carte d’Ineos pour tenter le coup du kilomètre! Je vous rappelle qu’il est quadruple champion du monde de poursuite…

C’est peut-être Ganna qui était le plus costaud samedi.

VDP ? Niet. Il ne peut pas toutes les gagner certes. Il a droit à des coups de moins bien, c’est certain. Mais il a eu les ressources pour suivre sur le haut du Poggio, derrière Alaphilippe et Van Aert. Quelle était sa tactique? Je ne sais pas.

Pour Caleb Ewan, l’occasion était rêvée en haut du Poggio, mais il lui aura manqué cruellement un équipier en bas de la descente. Il a fait ce qu’il a pu, et a remporté le sprint du paquet. De quoi être un peu amer.

Sagan, Matthews, Colbrelli, Turgis ont bien joué leurs cartes en tant que sprinters.

En fait, si on regarde la composition du premier groupe sur la ligne, sur les 17 coureurs présents, on a 14 équipes représentées. En gros, tout le monde (ou presque) était isolé. Ce qui explique probablement la fin de course.

Je souligne enfin le manque d’originalité des coureurs: pourquoi ne pas tenter un truc dans la Cipressa? Ca aurait d’abord le mérite de créer un joyeux bordel. Je croyais qu’un VDP tenterait peut-être quelque chose de plus loin samedi, le type nous ayant démontré qu’il n’a pas froid aux yeux. La Cipressa, ca peut être une belle rampe de lancement: le premier kilomètre est à près de 6%, et c’est plus long que le Poggio (6km au lieu de 3,8). Et si tu fais le forcing à cet endroit, tu peux voir des sprinters lâchés derrière, ce qui limiterait la volonté de certaines équipes de rouler jusqu’au pied du Poggio…

Bref, insaisissable Milan SanRemo. Certains la gagnent rapidement dans leur carrière, d’autres courent après le succès à SanRemo toute leur vie. Merckx l’a gagné 7 fois en 10 participations! Et c’est peut-être le… vent (de dos samedi dernier) qui explique le plus la course que l’on a vu: c’est toujours très compliqué de faire la différence vent de dos.

(Très) décevant Milan SanRemo

On avait tous anticipé une lutte à finir entre les trois géants du cyclisme actuel que sont Van Der Poel, Van Aert et Alaphilippe.

Ben non.

Rien.

Vous avez compris Ganna et Ineos vous?

Jusqu’au pied du Poggio, le scénario classique: échappée matinale reprise, ca roule vite. Bien.

Puis rien. La grande bataille n’a pas eu lieu.

Au pied du Poggio, Ganna, le dragster italien de l’équipe Ineos, a mis en route. Pour qui, pourquoi ? Kwiatkowski? Pidcock? Vraiment?

Du coup, Caleb Ewan a saisi l’aubaine. Au sommet du Poggio, c’était l’immense gagnant. Inespéré même: le gus est au sommet d’une montée de 3,6 kms avec des puncheurs comme VDP, Van Aert et Alaphilippe. On croyait rêver.

La merde, c’est qu’il n’avait plus d’équipier. Philippe Gilbert à la trappe.

Le seul qui a tenté quelque chose sur le Poggio, c’est Loulou Alaphilippe, mais bien trop tard, et bien trop peu. Van Aert a certes relayé, mais sans efficacité. VDP? Rien. S’est contenté de suivre. C’est vrai que Ganna avait imprimé un rythme très soutenu depuis le pied.

Saluons sans réserve l’intelligence de Jasper Stuyven, qui a eu la lucidité de partir au bon moment, et les jambes aussi. En présence d’une aussi belle brochette de favoris et de sprinters, et au niveau professionnel ou la stratégie d’équipe joue beaucoup, la chance sourit souvent au premier qui prend l’initiative.

Une fois parti, ben les autres derrière ne voulaient plus risquer de perdre. Donc personne n’a relayé.

Je pense que Stuyven doit sa victoire au relais que lui a servi Soren Kragh Andersen. Sans ce relai, Stuyven se serait fait reprendre à 50m de la ligne et c’est Ewan qui aurait gagné.

Peter Sagan 4e, quant tu sais que le bonhomme est hors de condition, tu te dis que même si le rythme était soutenu sur le Poggio, ca n’a quand même pas roulé à bloc.

Le grand perdant du jour s’appelle Caleb Ewan. En haut du Poggio, il avait gagné. En bas, il avait perdu. Incroyable.

Les autres perdants presque honteux, c’est Ineos. Je suis sévère certes, mais à quoi aura servi l’effort de Ganna dans le Poggio? Rien. Sweet nothing.

Pidcock a certes tenté de relancer dans la descente, mais trop peu trop tard: il fallait partir à mi-pente du Poggio! Et si Kwiatkowski a fait rouler son équipe pour lui, je lui suggère de ne pas faire le coup trop souvent: ses équipiers n’ont pas dû apprécier. Sur la ligne, les Ineos sont 15e (Pidcock) et 17e (Kwiatkowski). Pas vraiment un succès.

Bref, une édition à oublier. Qui dans un an se souviendra de la victoire de Stuyven?

Personne.

La Primavera

112e édition de Milan SanRemo demain samedi. Ça s’annonce grandiose, ne manquez pas ça!

« La Primavera » parce que c’est la première grande classique de la saison cycliste professionnelle.

Une course mythique, dont le parcours a très peu changé depuis des plombes. Seul point à mentionner, on ne passe pas actuellement par le Turchino à mi-course, les tunnels étant en réfection, mais plutôt par le (moins difficile) Colle Del Giovo.

Au menu de Messieurs les coureurs donc, 299 kilomètres entre Milan et SanRemo.

Ca se joue (presque) toujours dans les 25 derniers kilomètres, entre le pied de la Cipressa, le Poggio par la suite puis l’arrivée sur la Via Roma. Si échappée matinale il y aura très certainement, celle-ci est très souvent revue soit juste avant, soit juste après la Cipressa.

Le Poggio peut être considéré comme le juge de paix de cette course. Pas difficile, le Poggio: 3,6km, pente maxi de 5%.

Sauf que.

Sauf que après 290 bornes dans les cannes et une approche très nerveuse de cette bosse car tout le monde veut être devant à cet endroit stratégique, c’est une autre paire de manche. Et on y roule très vite. Les attaques y sont toujours spectaculaires!

Météo annoncée assez clémente, mais un peu frais (13 degrés maxi). Il ne devrait pas pleuvoir.

Les favoris

Trois coureurs se détachent du lot, et se présentent au départ comme archi-favoris: Mathieu Van Der Poel, Wout Van Aert et Julian Alaphilippe.

Tous les trois ont été impressionnants ces dernières semaines, en particulier VDP et Van Aert.

La rivalité de ces deux là s’est transposée des circuits de cyclocross à la route ces derniers mois, et c’est très bien pour nous les passionnés de cyclisme, car le spectacle n’en est que plus captivant. On dit souvent que pour faire de grands champions, ca prend des grands rivaux (Coppi-Bartali, Anquetil-Poulidor, Merckx-Ocana, Hinault-Fignon, etc.) et c’est certainement le cas avec Mathieu et Wout.

Wout a une certaine revanche à prendre sur Mathieu suite à son sprint perdu à la fin de la saison passée, sur le Tour des Flandres. Et il est le champion en titre.

VDP aura peut-être avantage à lancer son attaque de plus loin que Alaphilippe et Van Aert, c’est à dire peu après le pied du Poggio. Il a une si grosse caisse qu’il peut les faire tous péter au train, et aura besoin d’un peu de route devant lui pour créer un écart confortable s’il veut finir seul sur la Via Roma.

Si ca arrive au sprint avec ces trois-là, Alaphilippe aura perdu. Van Aert vient de s’offrir Caleb Ewan au sprint. Et Mathieu a montré sur le Ronde qu’il peut aussi nous sortir un gros sprint.

Pour Alaphilippe, sa situation présente certains avantages: il a moins de pression que les deux autres, et possède dans son équipe Davide Ballerini qui pourrait être un sprinter présent lui-aussi dans le final. Alaphilippe pourra donc la jouer fine, retarder son attaque aux derniers hectomètres du Poggio, et en prenant ou non des relais dans une éventuelle échappée sur le final si son sprinter est juste derrière.

Les outsiders

Outre VDP, Van Aert, Alaphilippe et Ballerini, quelques autres coureurs seront à surveiller de près.

C’est notamment le cas de Mads Pedersen, toujours très imprévisible. Le gus a une résistance hors du commun sur les longues courses, et dispose d’une belle pointe de vitesse. Attention à lui, et l’équipe Trek-Segafredo est à son service.

Je pense aussi à Michael Matthews, vu plutôt à son avantage dernièrement. Il a beaucoup d’expérience et sait courir au millimètre en se faisant oublier, pour surgir au bon moment.

Le grimpeur Schachmann ne peut être exclu non plus, récent vainqueur de Paris-Nice. S’il pouvait s’envoler dans la Cipressa au sein d’un bon petit groupe, pourquoi pas?

Je mets sur cette courte liste trois autres coureurs: Arnaud Demare, Alberto Bettiol ainsi que Thomas Pidcock. Ce dernier choix pourra vous surprendre mais ce dernier est en forme et n’a strictement rien à perdre. Redoutable puncheur, il pourrait créer la surprise comme animateur dans le Poggio.

Ganna? Kwiatkowski? Bennett? Gaviria? Van Avermaet? Nibali? Sagan? Bouhanni? Je n’y crois pas.

Un autre coureur du peloton sera motivé différemment: Philippe Gilbert chez Lotto-Soudal. Milan SanRemo est le seul « monument » du cyclisme qui manque à son palmarès puisqu’il a déjà remporté le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie. Gilbert a montré des signes de bonne condition ces dernières semaines, et il demeure un coureur de grande classe.

À ma connaissance, aucun coureur canadien n’est annoncé au départ cette année.

Flashback: Milan SanRemo 1988

Van Aert s’offre Ganna!

L’actualité cycliste m’empêche pour le moment de vous donner quelques explications de mon long silence des derniers mois. Ca s’en vient.

Pour l’heure, place à Tirreno-Adriatico.

Avec les récents exploits de VDP, on avait presque oublié Wout Van Aert.

Ce super-champion s’est rappelé hier à notre bon souvenir en signant une performance hors norme lors de la dernière étape de Tirreno-Adriatico, un chrono de 10 bornes « dead flat » comme on dit, plat comme une crêpe.

Sur le papier au départ, on misait tous sur Filippo Ganna pour la victoire d’étape. Le surpuissant coureur italien est l’actuel champion du monde de la discipline et il est intouchable depuis 12 mois (il a gagné tous ses chronos sur cette période sauf… hier!).

Ben non.

Van Aert s’est imposé à 54,6 km/h de moyenne après 11min06 d’effort, excusez-un-peu. Si le record du parcours établi l’an dernier par Ganna en 10min42 (56,6 km/h!) n’a pas été battu, c’est la faute à un bon petit vent de face sur la fin du parcours hier.

Ganna tirait hier un 58×13. Plateau avant 58 donc. Essayez, pour voir… Je suis d’ailleurs perplexe: le 58×13 donne un développement d’environ 9m53. Le 54×12 donne 9m62, assez proche. On m’a souvent dit qu’à développement égal, faut mieux choisir plus petit devant et moins de dent derrière?

Peut-être que le 58×13 donnait de meilleures possibilités de tomber sur le 12, voire le 11, ou au contraire d’aller vers le 14 et le 15?

Quoi qu’il en soit, voilà qui nous rappelle à tous que Van Aert est un sacré coureur disposant d’une puissance peu commune. J’aime.

Je serais même tenté de dire qu’il présente actuellement une polyvalence plus intéressante que son éternel rival, Mathieu Van Der Poel. Van Aert est excellent en cyclo-cross, il peut sprinter, il peut rouler, il peut même grimper lorsqu’il le faut, pour preuve son Tour de France l’an dernier au service de Primoz Roglic.

En ce sens, Van Aert pourrait prétendre remporter le Tour si jamais il progressait encore dans la montagne. Si vous pensez qu’Alaphilippe le peut, alors il faut mettre à votre liste Van Aert!

Pogacar, aussi hors norme

Ce dernier chrono hier nous offre d’autres belles informations.

Tadej Pogacar en premier lieu: le Slovène termine ce chrono en 4e place, à environ une petite seconde de Filippo Ganna.

Cherchez l’erreur! et surtout, les différences de gabarit!!!

Pogacar jeu égal avec Ganna, ouf. Voilà qui montre la puissance dont dispose Pogacar. Et surtout, lorsqu’on divise cette puissance par la masse corporelle des deux, y’a plus photo. Avantage Pogacar dans les cols!!!

Le Slovène remporte donc Tirreno-Adriatico, mine de rien c’est sa deuxième belle victoire cette saison après celle acquise sur le Tour des Émirats Arabes Unis. Et il a terminé 7e des Strade Bianche alors qu’il était acteur du final.

Belles perfs hier également de Benjamin Thomas (5e) et Thibault Pinot (15e) à la FDJ. De quoi réjouir Marc Madiot pour la suite de la saison.

J’ai retenu deux autres belles perfs, celles d’Alberto Bettiol (6e) et de Joao Almeida (7e) de ce chrono. Attention à ces deux là sur les prochaines grandes classiques, Bettiol a gagné le Tour des Flandres en 2019.

Scandale Sky

Moi, je trouve que ca sent vraiment mauvais. J’écrivais il y a des années qu’on ne saurait que bien plus tard à quoi carbure la surpuissante Sky de Bradley Wiggins et Chris Froome.

On commence à mieux comprendre. Et c’est toujours pareil.

Désespérant.

La résilience de Primoz Roglic

Résilience: capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité.

Ce terme est à la mode depuis une vingtaine d’années et l’a certainement été depuis un an avec la pandémie.

En cyclisme, ce mot va bien à Primoz Roglic, qui n’a pas été épargné par les déconfitures au cours des 12 derniers mois.

Et encore ce dimanche dans la 8e étape de Paris-Nice où, solide leader au départ, il n’était même plus dans le top-10 à l’arrivée un peu plus de deux heures plus tard, et après un petit 93 bornes d’une étape qui s’annonçait pourtant simple pour la formation Jumbo-Visma.

Sitôt la ligne franchie, Roglic est allé féliciter le vainqueur, Maximilian Schachmann. Beau geste sportif alors qu’il était encore « à chaud ». Quelques minutes plus tard, dans son entrevue d’après course, on sentait toute la résilience de Roglic:

J’ai tout donné, mais voilà… Le monde ne va pas s’arrêter. Je n’en veux pas à Maximilian (Schachmann), c’est une course de vélo, on n’est pas là pour se faire des politesses. C’est le sport. Je reviendrai.

Primoz roglic

L’an passé sur le Tour, ce fut pareil: il était allé rapidement féliciter Tadej Pogacar à la Planche des Belles Filles, et était souriant le lendemain au départ de la dernière étape.

Deux semaines plus tard, il remportait Liège-Bastogne-Liège puis la Vuelta.

Il s’était également relevé d’une lourde chute quelques semaines avant le Tour, sur le Dauphiné.

Une étape folle que je comprends mal

Cette 8e étape de Paris-Nice aura été folle de bout en bout. Pourtant, 93 petits kilomètres à parcourir seulement sur un parcours certes casse-pattes.

La deuxième chute de Roglic à 25 kms de l’arrivée a été l’événement déclencheur d’une course très chaotique par la suite.

Va pour l’attitude devant des Bora-Hansgrohe et d’Astana, qui avaient Schachmann et Vlasov pour le général. C’est la course. C’est plutôt derrière que je n’ai pas compris.

Il est évident que la Jumbo-Visma n’a pas été assez rapide à s’organiser une fois Roglic derrière suite à sa 2e chute. Il avait notamment des coéquipiers devant qui ont tardé à se relever pour l’attendre.

Bennett, Oomen et Kruijswijk étaient-ils usés de l’étape de la veille? Pas impossible, car ils avaient travaillé dans le final. Il faut savoir tirer les leçons: la victoire de Roglic sur la 7e étape n’était peut-être pas nécessaire si c’est le général qu’on visait… surtout qu’on avait déjà deux victoires d’étape dans l’escarcelle à ce moment.

Surtout, je n’ai pas compris pourquoi la FDJ, Campenaerts ou encore Van Poppel et Bouhanni ont aidé Roglic dans le final de la dernière étape? Van Poppel ou Bouhanni croyaient-ils vraiment pouvoir remporter l’étape au sprint? Pourquoi relayer Roglic alors?

La FDJ voulait-elle ramener Demare? Dans quel but?

Bref, l’histoire se répète chez Jumbo-Visma: archi-forte, l’équipe continue de pêcher par manque de sens tactique selon moi… ou par excès de confiance!

Deux chutes, vraiment?

Je me pose aussi la question: deux chutes pour Roglic, vraiment? Ça fait beaucoup. Il n’a peut-être été que malchanceux. D’autres raisons possibles? Sa deuxième chute, en particulier, semble être survenue au bas d’une descente. L’équipe Jumbo-Visma utilise cette saison des roues Shimano, montées sur pneumatiques Vittoria. Et des freins à disque.

Milan SanRemo: ca s’annonce dantesque!

Quel début de saison!

En plus de 30 ans, je ne me souviens pas d’avoir connu pareil début de saison, avec des vainqueurs du Tour déjà pleinement opérationnels (Bernal, Pogacar, Thomas).

Je ne me souviens pas d’avoir vu le récent champion du monde de cyclo-cross détruire l’opposition sur les grandes courses sur route de février et de mars. D’ordinaire, ce sont les vacances pour les cyclocross men.

Je ne me souviens plus quand nous avons vu un champion du monde aussi affuté et devant, si tôt dans la saison.

Bref, ils sont tous là, et répondent présents du tac au tac. Y’a peut-être juste Chris Froome – si jamais vous le considérez encore comme un vainqueur potentiel du prochain Tour! – qui traine solo (ou presque) du côté de Ténérife ces jours-ci.

Que du VDP

Et du lot, un coureur se distingue tout spécialement, loin d’être un inconnu: Mathieu Van Der Poel.

C’est tout simplement impressionnant. Une classe à part.

Elles sont où, ses limites?!

Son récital sans bavure sur les Strade Bianche a été grandiose de maîtrise, de confiance et de puissance. Il était évident à l’approche de la dernière rampe que VDP savait qu’il lâcherait là et quand il voudrait Alaphilippe et Bernal. Et dès qu’il a accéléré (plus de 1300 watts!), les deux autres ont cédé illico. Fort.

Il nous a remis ca depuis sur Tirreno. Son étape d’hier, 60 bornes solo devant dans la pluie et le froid, force l’admiration. S’il a beaucoup souffert dans les derniers 15 et a fini complètement détruit, ce genre de truc nous interpelle forcément. Quelle énergie! Et après une belle saison de cyclocross, un sport pas tout à fait reposant…

La Primavera

Du coup, le spectacle sera certainement grandiose sur Milan SanRemo samedi prochain, la 112e édition de cette course à part, longue (299 kms), tactique, et qui, depuis 20 ans, se termine souvent par un sprint, ou par le coup du kilomètre de préférence en petit comité.

Et que dire de la plongée sur la Via Roma depuis le haut du Poggio, prise de risques maximale… et avec la fatigue en plus, c’est aussi à celui qui sait bien garder son sang-froid à ces vitesses. Et rappelons que la position couchée sur le tube horizontal sera interdite.

Un favori: Mathieu Van Der Poel. Comme on dit dans le milieu, il aura la pancarte – une grosse pancarte – dans le dos.

Derrière lui, Alaphilippe le puncheur bien sûr, Van Aert, Pogacar, Yates, selon la startlist. Roglic, un autre homme en forme actuellement, s’est disloqué l’épaule sur Paris-Nice et ne fera sa prochaine course qu’au début avril afin de préparer la suite de sa saison. Deux chutes dans le final de l’épreuve auront couté à Roglic le classement général de ce Paris-Nice, au profit de Maximilian Schachmann.

Quelque chose me dit que ca n’arrivera pas au sprint cette année à SanRemo. Si ca devait, il faudra faire attention à des coureurs comme Mads Pedersen, Michael Matthews, Arnaud Demare ou Davide Ballerini, qui pourraient passer le Poggio avec un peu de chance. Sam Bennett? Je n’y crois pas une seconde.

Un coup intelligent serait de partir pour surprendre dès la Cipressa: ca fait un moment qu’on n’a pas vu ca. Avec une échappée royale composée des leaders d’équipe, ca peut le faire. C’est pas impossible, c’est un peu ce qu’on a vu sur les Strade Bianche. Surtout si Julian amène avec lui un certain Rémi Cavagna!

Hugo Houle

Le Québécois chez Astana occupe actuellement la… 13e place du général de Tirreno-Adriatico, une performance que je juge remarquable étant donné le plateau relevé qui est présent sur cette course.

Hier, dans des conditions climatiques difficiles, il a terminé 16e de l’étape, et 2e de son équipe derrière Fabio Felline, 4e. Et devant Nibali, Yates, ou Quintana.

J’y vois le signe qu’Hugo est assurément en train de confirmer les progrès de l’an dernier. Je serais Astana que je commencerais à lui donner un statut un peu différent au sein de l’équipe, par exemple comme coureur protégé sur certaines épreuves d’un jour pouvant lui convenir.

Chose certaine, c’est bien parti pour une grande saison!

Bouc émissaire

Un mot en terminant sur l’affaire Richard Freeman chez Sky (aujourd’hui Ineos), ce médecin récemment condamné pour avoir commandé de la testostérone qui était clairement destinée à des coureurs de l’équipe.

Il est évident pour moi que Freeman est le bouc émissaire de pratiques très douteuses chez Sky au début des années 2010. On comprends mieux aujourd’hui comment les Bradley Wiggins et Chris Froome ainsi que leur armada ont pu dominer le Tour de France et d’autres épreuves, posant la Sky comme la meilleure équipe du monde.

Voilà qui nous rappelle que toute domination outrancière d’une seule équipe à ce niveau de professionnalisme que celui du WorldTour est suspecte, que les pratiques dopantes étaient et sont probablement toujours bien en usage au sein du peloton pro, tout en étant plus cachées via des intermédiaires et autres prête-noms. On a appris: c’est comme en économie et en fiscalité, avec les compagnies à numéro et les montages off-shore, vous permettant de compliquer tellement la situation que plus personne ne peut comprendre les ramifications d’une grande entreprise.

Et qu’on cherche évidemment à protéger Dave Brailsford dans l’affaire, le grand manager de l’équipe Ineos, qui cautionnait certainement tout cela. Pratique les bouc émissaires, t’es en 2e ligne à l’abri même si c’est toi qui tire les ficelles!

Page 1 of 70