Le premier grand grimpeur de l’histoire du cyclisme, vainqueur du Tour de France 1959 et aussi à six reprises de son grand prix de la montagne.
À l’aise dans les ascensions, il ne l’était pas dans les descentes.
Le Tour de France 2023 est retourné sur le Puy de Dôme ; Bahamontès y forgea sa victoire sur le Tour 1959 en étant brillant ce jour là, un chrono de 13 bornes se terminant au sommet. Charly Gaul est à 1min26, Henri Anglade à 3min, Roger Rivière à 3min37 et un certain Jacques Anquetil à 3min41.
La photo nous montre Bahamontès à l’oeuvre en montagne sur le Tour 1963, flanqué de Jacques Anquetil et Raymond Poulidor.
Son petit-fils Mathieu a été sacré champion du monde de cyclisme sur route dimanche dernier à Glascow, dans ce qui restera peut-être comme la plus difficile course cycliste des 10 dernières années.
Immensément populaire dans sa ville de Tolède, premier espagnol vainqueur du Tour, Bahamontès était un géant du cyclisme.
À ne pas manquer, ce vidéo sur le virage Thibault Pinot dans le Petit Ballon. Ceux qui connaissent l’endroit pour y être passé en vélo apprécierons surtout l’ampleur de la foule.
1min38 : c’est la facture de Pogacar par rapport à l’extra-terrestre Vingegaard hier sur ce chrono de 22 bornes. 22 petits kilomètres!
Personne n’a fait mieux dans l’histoire (moderne) du cyclisme selon moi.
Et jamais je n’aurais cru de tels écarts au départ.
On parle aujourd’hui encore de la performance de Miguel Indurain sur l’étape chrono de Luxembourg durant le Tour 1992.
Ce jour-là, Indurain avait créé un séisme sur le Tour en reléguant son co-équipier De La Cuevas à 3 minutes, sur 65 kilomètres. Bugno était 3min41, LeMond, encore la plus grosse cylindrée mesurée du cyclisme à ce jour, à plus de 4 minutes.
Ben hier, les 1min38 en 22 kilomètres de Vingegaard, c’est encore mieux!!
On a su par la suite que la victoire d’Indurain sur le(s) Tour était surtout celle de Sabino Padilla, lui-même disciple à la bonne école de Francesco Conconi.
Vinge hier, c’est en tout cas encore mieux que les 1min21 prise par Pogacar sur Tom Dumoulin dans le chrono de la Planche des Belles Filles sur le Tour 2020, sur 36 kilomètres et une ascension crissement plus longue qu’hier.
En d’autres mots, je suis sans mot.
Peut-être LA performance chrono de l’histoire du Tour de France. LeMond avait repris 58 secondes à Fignon sur le dernier chrono du Tour 1989, Versailles-Champs Élysées, 24,5 kilomètres.
Indurain, LeMond, Pogacar, out.
Vingegaard a fait beaucoup mieux hier. Il ré-écrit l’histoire.
Ne lisez plus ce site, je ne connais plus le cyclisme: je vous avoue franchement ne pas comprendre.
Seule chose qui me rassure, même Vingegaard a déclaré à l’arrivée hier s’être surpris lui-même… Hallucinant… je vous dis pas à quel point j’ai hâte que mon Garmin qui affiche mes watts me surprenne…
Devant une telle performance qui relègue tous les concurrents, Pogacar compris, à de vulgaires figurants sur ce Tour de France, l’humour reste la meilleure explication. Et la palme revient à ce twitt d’un observateur inspiré du cyclisme:
Et c’est vers la fin de Domancy que je me suis aperçu que j’avais gardé mes tongs à la place de mes chaussures de vélo, c’est cocasse.
Jonas vingegaard, facon erwann Mingam
Rien à ajouter. Apprécions le spectacle. La Loze? Un vulgaire ruban tout plat pour Vinge aujourd’hui.
Le mec fait 60 kilos (avec les tongs), et il y a encore trois ans, y’avait que sa mère qui le connaissait. Vinge, un vrai extra-terrestre. D’ailleurs, y’a un petit quelque chose du sourire de Venom dans celui du Vinge, non?!
C’est un Tour de France très serré jusqu’ici cette année, 10 petites secondes d’écart au classement général entre les deux monstres des courses par étape, Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar, et ce après 15 étapes.
On peut trouver beaucoup, beaucoup d’analyses, de vidéos, de commentaires évoquant ce qui pourrait se passer d’ici à l’arrivée à Paris. Vingegaard ? Pogacar? J’ai pu lire et écouter tout et n’importe quoi hier.
On peut même entendre des analyses sur le port des gants par Pogacar, c’est dire… que voulez-vous, faut meubler le vide…
Pour moi, c’est très simple: contrairement à ce que beaucoup disent, le Tour ne se jouera pas aujourd’hui sur le chrono entre Passy et Combloux: trop court (22 kms), et la côte de Domancy n’est à la fois pas assez longue et pas assez sélective pour faire de grands écarts.
Bien sûr, avec 10 petites secondes à combler, Pogacar pourrait prendre le maillot jaune aujourd’hui. Mais il n’aura pas course gagnée pour autant, sauf accident bien sûr.
Pour moi, et certainement pour ceux qui l’ont déjà monté sur un vélo, le Tour de France se jouera ce mercredi entre Saint-Gervais Mont Blanc et Courchevel, sur les pentes cruelles du col de la Loze.
Une tuerie. Vraiment.
Du moment que vous quittez le haut de Méribel et entrez sur la piste cyclable qui monte au sommet de la Loze, c’est un enfer: 8 km atroces, des pentes très irrégulières, avec des ruptures de pente sans arrêt, un coup à 22%, un coup à 3%, et allez que ca recommence…
Dans un tel contexte, il est très, très difficile de trouver un rythme. Et le sommet est à 2300m d’altitude!
Sur mon 34-29 l’an dernier sur la Haute Route, j’ai souffert le martyr, comme tous les participants ce jour-là. Je compte sur les doigts d’une seule main les fois où j’ai eu envie de vomir sur une ligne d’arrivée, en 25 ans de compétition cycliste ; au col de la Loze, c’est passé très près.
Je vous rappelle que mercredi, on abordera la Loze après les Saisies, le Cormet de Roseland, puis la longue montée depuis Moutiers vers LePraz, 149 kms pour laminer les organismes déjà fatigués puisque dans la 3e semaine du Tour, avant d’attaquer ces pentes terribles de la Loze. Il faudra être fort mentalement pour ne pas craquer dans le final ce jour-là!
Rendez-vous mercredi soir pour connaître le vainqueur du Tour 2023. L’étape du Markstein samedi prochain ne changera plus rien.
Hier, la Fédé a diffusé la troisième capsule qui porte sur le sujet du dopage dans le cyclisme. Les témoignages vidéo de William Goodfellow et Christiane Ayotte sont saisissants, et c’est à ne pas manquer.
Alors que Louis Barbeau vient d’envoyer par courriel à tous les coureurs maitres un formulaire de sensibilisation sur le dopage à compléter au plus tard le 22 juin prochain, alors que le Tour de Beauce s’est élancé tout récemment, alors que se profile la Grande Messe de juillet sur les routes de France et que la saison de course sur route bat son plein au Québec, le moment est opportun pour chacun d’entre nous de prendre quelques minutes et de (re)penser à notre éthique sportive.
Et surtout de rejeter l’éthique sportive de ceux qui pensent que « tous les cyclistes sont dopés« , ou que l’on triche « seulement si on est le seul à le faire« .
Dans la capsule vidéo, William apporte un élément qui résonne chez moi: l’acceptation de soi.
Il y a quand même une façon d’avoir de la performance avec l’acceptation de soi.
william goodfellow
La non-acceptation de soi, de son niveau physique, peut en effet être un élément menant facilement au dopage.
Personnellement, j’aurais aimé être un champion cycliste mais je n’ai pas tiré le gros lot à la loterie génétique. Et j’ai rapidement compris que la plus grande satisfaction qui soit n’est pas de battre les autres, mais bien de se battre soi-même.
Aujourd’hui, je lutte le plus souvent contre mes propres KOM, en privé; rien ne me fait plus plaisir que de rouler plus vite aujourd’hui, à 50 balais passés, qu’à 30 ou 40 ans. Évidemment, aussi propre aujourd’hui qu’il y a 10, 20 ou 30 ans.
Alors que les cas de dopage sont quasi-inexistants en World Tour depuis plusieurs années (voir ici le récent article de notre ami Marc Kluszczynski sur le sujet) alors même que les vitesses n’ont jamais été aussi élevées dans les cols, ce rappel de la FQSC n’est pas inutile, loin s’en faut. Car il nous rappelle aussi qu’à la base, la lutte contre le dopage est une affaire d’éducation, de sensibilisation, et de bon encadrement dès les premiers coups de pédale.
1 – Dauphiné. Journée danoise hier avec la victoire de Mikkel Bjerg chez UAE, une équipe qui place trois coureurs parmi les 10 premières place de ce chrono difficile. UAE sera au (grand) rendez-vous de juillet.
Jonas Vingegaard rassure tout son monde en terminant 2e, et devient logiquement le principal favori pour la victoire finale dimanche sur ce Dauphiné.
L’opposition viendra des Wright, O’Connor, Martinez, Hindley et surtout d’Adam Yates, généralement à l’aise en montagne. L’arrivée samedi en haut du Col de la Croix de Fer en Maurienne sera évidemment très intéressante.
2 – Julian « donner le maximum » Alaphilippe. Le champion français a remporté la 2e étape de ce Dauphiné, et on a clairement senti une libération de sa part, après de nombreux mois de galère pour revenir à son meilleur niveau après ses chutes en 2022.
Auteur d’un bon chrono hier, Alaphilippe va bien, ca ne fait aucun doute, et surtout, ca fait plaisir de retrouver pareil puncheur et attaquant.
Reste à savoir pour quelle équipe il courra en 2024. S’il a encore un an de contrat chez Soudal-Quick Step, la pression appliquée par Patrick Lefevere au cours des derniers mois aura certainement laissé des traces chez Olaf Polak. Plusieurs équipes françaises voyant des marges budgétaires s’ouvrir grâce à la retraite de coureurs comme Peter Sagan (Direct Énergies) ou Greg Van Avermaet (AG2R-Citroen), je ne serais pas surpris de voir Alaphilippe changer d’équipe l’an prochain.
3 – Pogacar. Le Slovène a repris l’entrainement depuis un petit moment déjà, après sa fracture au poignet. Il alterne séances de home-trainer et sorties sur route plus tranquilles.
Pogo est embarqué dans un contre-la-montre d’ici le départ du Tour, dans trois semaines. Personnellement, je ne suis pas inquiet pour lui! Il a notamment la jeunesse de son côté.
4 – Netflix Unchained. La série en huit épisodes dont le premier sort aujourd’hui racontera les aventures de plusieurs équipes de premier plan sur le Tour de France 2022. À ne pas manquer !
5 – The last rider. L’histoire d’un des meilleurs « come-back » du sport cycliste sur le Tour de France, celui de Greg Lemond après son accident de chasse en 1987. Ca sort le 23 juin. À ne pas manquer aussi !
6 – Derek Gee. Le meilleur coureur canadien en attendant de voir – on l’espère – Mike Woods, Hugo Houle et Guillaume Boivin sur le prochain Tour de France, a signé un contrat de… 5 ans, jusqu’en 2028, avec son équipe Israel-Premier Tech.
C’est dire si du côté d’Israel – Premier Tech on a été satisfait du travail de Gee sur le récent Giro, et qu’on a confiance en son avenir.
Il est vrai qu’il a été très impressionnant! Ayant suivi toutes les étapes en direct, j’étais soufflé de le découvrir encore dans l’échappée les matins en ouvrant ma tablette. Il est passé tout près d’une victoire d’étape à plusieurs reprises, et était encore en tête de course à deux kilomètres de l’arrivée au Tre Cime de Lavaredo. Chapeau bien bas pour le jeune coureur de la région d’Ottawa.
Rien de magistralement nouveau selon moi, on s’aligne en gros sur ce qui existe déjà ailleurs: groupe sans fil, batterie des dérailleurs avant et arrière amovible, 12 vitesses, freins à disque uniquement et manettes de frein plus ressemblantes à la concurrence (exit le bouton interne).
Pour beaucoup de clients potentiels, l’intérêt réside ailleurs.
D’abord et avant tout, le prestige de la marque Campagnolo, qu’on peut comparer à Ferrari dans un autre registre. Campagnolo a fait, et continue de faire, l’histoire du cyclisme depuis presque 100 ans.
Ensuite, par la qualité esthétique de ses groupes, toujours soignés et tout simplement beaux.
Enfin pour la capacité d’innovation et la maitrise technique. Inventeur des déblocages rapides et du dérailleur, Campagnolo a souvent innové, encore récemment notamment sur les roues. Et le contrôle de qualité ainsi que la durabilité de ses produits sont légendaires. Quand Campagnolo commercialise un nouveau produit, c’est qu’il est au point, fiable et durable.
L’innovation, sur ce nouveau groupe Super Record, on la retrouve au niveau de l’offre des plateaux du pédalier selon moi, bien plus que sur la rapidité du changement de vitesse, apparemment améliorée.
Exit en effet les traditionnels 53-39 et 52-36, il ne reste que le 50-34 comme plus gros développement. À noter cependant que pour les coureurs pro, des combinaisons plus « classiques » (je suppose le 53-39 justement) pourraient être rendues disponibles dans l’avenir, je suppose le temps que Campagnolo teste leur fiabilité lors des changements de vitesse, notamment avec ce nouveau pignon de 10 dents.
Au 50-34, on ajoute deux combinaisons surprenantes, soit le 48-32 ainsi que le… 45-29. Vous avez bien lu, 45-29!
Raison évoquée, le poids. Il faut bien tenter de compenser quelque part pour les grammes ajoutés que sont les batteries et les freins à disque!
Et avec trois offres de cassettes au départ 10 dents (10-25, 10-27 et 10-29), plus besoin d’aller au delà d’un plateau de 50, apparemment. C’est vrai que le 50-10 est plus « gros » que le 53-11.
Avec le 45-29 et la cassette 10-29, Campagnolo offre donc un rapport de 1:1 sur son groupe haut de gamme, soit le développement 29-29. On rivalise d’ingéniosité pour dégoter des montées toujours plus difficiles dans le vélo, cette année sur le Giro c’était le Monte Lussari. Les amateurs veulent eux-aussi s’y attaquer… et trouveront dans ce rapport 1:1 de quoi les monter plus agréablement.
J’ai également calculé l’étagement des nouvelles combinaisons disponibles sur la base de mon article de 2020 sur les braquets et je dois dire objectivement que Campagnolo fait mieux cette fois: les dédoublements de développements sont moins fréquents avec les nouveaux choix.
Toutes les combinaisons de pédalier avec les cassettes 10-27 et 10-29 n’offrent au maximum qu’un seul dédoublement de braquet, bien joué.
Avec la cassette 10-25, c’est le 48-32 qui est le plus « rentable » dans ce registre.
Notons que la cassette 10-27 offre un pignon de 24 dents et la cassette 10-29 des pignons 18, 20 et 26, moins fréquents. On a visiblement songé aux meilleures combinaisons chez Campagnolo cette fois-ci et c’est tant mieux.
En conclusion, ce nouveau groupe Super Record me semble joli, léger, bien fait, et on peut être sûr parce que c’est Campagnolo, fiable. Les amateurs de la marque y trouveront leur compte, et ceux qui sont moins friands de la compagnie italienne trouveront certainement matière à critique, notamment du côté de l’absence d’innovation significative qui aurait pu distinguer davantage le nouveau groupe de la concurrence, et du côté du prix bien sûr.
Si vous demandez le prix d’ailleurs, c’est que vous ne pouvez pas vous le permettre! Quant on aime, on ne compte pas…
Et déjà, quatre équipes majeures au Québec qui se sont tirées la bourre toute la soirée, pour placer chacune un homme aux 4 premières places.
La victoire au sprint au sein d’une échappée de cinq coureurs partie à mi-course est revenue à Hendrik Pineda de l’équipe Cannondale-Échelon. Hendrik est reparti avec le maillot jaune de leader du classement général (une commandite de Castelli et l’Agence Marco Daigle) et aura à le défendre jeudi soir prochain à Sherbrooke lors de la 2e manche (message subliminal à mon ami Alain Cadorette…).
L’équipe sherbrookoise Siboire-GFT s’est aussi positionnée au général avec la belle 2e place de Maxime Turcotte, très volontaire durant toute la course, et très bien appuyé par ses co-équipiers qui ont parfaitement joué la course d’équipe.
Les 3e et 4e places sont revenues à Mathieu Gabriel (Premier Tech Endo Lévis) et Mathias Letendre (Studio Vélo), eux aussi présents avec des co-équipiers. La course tactique par équipe hier était belle à voir!!
Ces quatre équipes se retrouveront j’en suis sûr sur les 7 prochains critériums pour se disputer les bourses de 200$ à chaque course, puis de 600$ (classement général individuel) et de 800$ (classement général par équipe) au terme de la série.
Erratum!
Les résultats et photos du podium étaient basés sur des résultats provisoires. Après une compilation minutieuse des résultats à l’arrivée mais aussi des sprints intermédiaires, il appert que c’est… Mathieu Gabriel, de l’équipe Premier Tech, qui porte le maillot jaune de leader. Maxime Turcotte est deuxième.
La nouvelle photo est ici, ci-bas !! (merci Jonathan et photoshop!)
Yves Landry et Jules Béland, ambassadeurs de marque
L’excellente soirée d’hier a été rehaussée par la présence de nombreuses personnalités, dont notamment les parents d’Hugo Houle, qui soutient la série (le vidéo très récent d’Hugo est disponible sur la page Facebook du Siboire-GFT). L’infatiguable André Lamarche, grand organisateur d’événements cyclistes s’il en est, était ravi, surtout en présence de sa fille Caroline. Well done André!
Le départ de la course Open a également pu être donné en présence de deux légendes du cyclisme québécois, Yves Landry et Jules Béland (sur la photo ci-bas avec Rudy Landry, fils de Yves et commanditaire principal de la série avec sa compagnie GFT), tous deux membres du Temple de la renommée du cyclisme québécois et membre de l’équipe canadienne ayant pris part à la course sur route et au 100km contre-la-montre par équipe des Jeux Olympiques de Mexico.
Les gars sont en shape, je peux vous le confirmer! Jules avait fait 110 bornes la veille (à 75 ans!), et s’en désolait: il avait prévu faire 150 kms, mais les contraintes de temps l’ont obligé à écourter…
Ca été pour moi l’occasion d’une petite entrevue afin de revenir sur leurs carrières exceptionnelles.
LFR: Yves, Jules, adversaires à une époque, amis aujourd’hui?
Yves Landry: certainement Laurent! Ca me fait toujours plaisir de revoir Jules et de le voir impliqué dans le cyclisme comme il le fait.
Jules Béland: On ne s’est pas fait de cadeaux à une époque, mais la compétition c’est ca. On avait bien des points communs par ailleurs. Yves était toujours aux avants-postes des courses, dans les 3-4 premiers, et moi je ne lâchais jamais le morceau facilement!
LFR: Yves, on te surnommait « L’impérial grimpeur »…
Jules: Je coupe Yves pour te confirmer Laurent qu’il était tout un grimpeur. Mettons que ca paraissait qu’il venait de Québec!
Yves: Mais zéro sprinter par contre. J’ai seulement gagné deux courses au sprint dans ma vie, c’est tout. Je gagnais toujours tout seul, en solo.
LFR: et toi Jules?
Jules: moi, j’étais plus rouleur.
Yves: Jules, sur les circuits fermés, c’était toujours pareil: il partait fort, puis il prenait un tour sur tout le monde! Moi, ca me prenait plus de temps pour partir, et quand j’étais à 100%, souvent il était trop tard pour que je rattrape Jules devant.
Jules: je m’échappais souvent après un premier sprint intermédiaire, je ne me relevais pas.
LFR: Fin des années 1960, on lit qu’il y avait souvent 10, voire 15 000 spectateurs aux courses. Vraiment?
Yves: Oui, c’était ca Laurent. Surtout sur les critériums, les courses sur circuit. On voyait souvent 3, 4 rangées de spectateurs sur le bord de la route, notamment à l’Omnium Cornelli, beaucoup d’Italiens. L’ambiance était folle.
Jules: C’était des grosses courses oui, notamment la Madona di Pompei, le GP de St-Leonard, etc. Ca donnait de l’énergie.
LFR: Et le peloton était relevé, avec notamment Marinoni, Battelo (en 1966), Mecco, Tremblay, etc.
Yves: Oui Laurent, on bataillait fort. Giusseppe Marinoni arrivait d’Italie, il était un des hommes à battre et un dur à cuire. Des coureurs ontariens ou américains venaient même courir au Québec parce que la compétition était plus forte ici.
LFR: Il y avait en tout cas beaucoup de courses par étape à l’époque : Tour de la Nouvelle-France, Tour du lac St-Jean, GP cycliste Labatt de Chambord, etc.
Jules: Oui, il y en avait beaucoup, c’était une autre époque. Je suppose que c’était plus facile d’organiser des courses par étape à l’époque qu’aujourd’hui.
LFR: Vous abandonnez tous les deux Montréal-Québec 1968, l’année de votre sélection aux Jeux Olympiques. Que s’est-il passé?
Jules: J’étais devant! J’étais sûr de gagner, j’avais une belle avance sauf que j’avais mis de la nouvelle poudre énergétique dans mes bidons et pas très loin de l’arrivée, j’ai eu des gros problèmes intestinaux. Je t’épargne les détails! Ma pire galère sur un vélo.
Yves: On arrivait aussi de notre camp d’entrainement en altitude à Font Romeu en France et moi, surprise, je marchais pas du tout sur ce Montréal-Québec, j’ai carrément manqué d’énergie à la fin de la course. Ca donnait rien d’insister compte tenu des gros objectifs qui arrivaient.
LFR: Font Romeu en altitude?
Yves: Oui, car les Olympiques à Mexico faisaient peur à tout le monde à cause de l’altitude. Personne ne connaissait vraiment les liens entre entrainement, compétition et altitude, on entendait toute sorte d’affaire dont rien de moins que des risques de décès. Alors on est allé à Font Romeu pour se préparer, mais on ne connaissait pas vraiment comment faire. On a monté et descendu des cols pendant des jours, et on dormait là-haut, c’est à peu près ca.
LFR: Comment s’est passé votre 100kms contre-la-montre par équipe?
Jules: Je m’en rappelle, ca s’est mal passé! Rapidement, Yves et moi nous sommes retrouvés juste tous les deux, nos deux autres coéquipiers incapables de suivre notre rythme. On a terminé ensemble Yves et moi, mais l’équipe canadienne n’a pas bien fait car le troisième homme sur lequel était pris le temps de l’équipe était loin derrière nous. Un moment à oublier.
LFR: Et un beau moment de votre carrière?
Yves: Probablement les Jeux Panaméricains à Winnipeg en 1967, parce que je termine 6e, Jules 9e, pis on avait aidé notre coéquipier Marcel Roy qui a gagné la course. Trois québécois dans les 10 premiers ce jour-là!
Jules: Oui, bien fier de cela, et pour la joke ils m’ont envoyé la bourse d’Yves pour la 6e place, et Yves a reçu la mienne pour la 9e place… on a réglé ca après!
LFR: Comment étaient équipés vos vélos côté braquets et roues?
Yves: On roulait avec des boyaux bien sûr, et on avait 52-44 à l’avant bien souvent, parfois 53-44, et cinq pignons à l’arrière, du 13-17 et en montagne du 13-23, c’est tout. On montait tout, notamment les côtes de Charlevoix, sur 44-23. Les cadres étaient des tubes Reynolds, en acier. Mon premier cadre est venu d’Italie, 215$ transport inclus pour un cadre de course!
LFR: Messieurs, un plaisir, en espérant vous revoir pour la 2e (Sherbrooke) et 3e (Drummondville) manches de notre série de critériums GFT ces deux prochaines semaines, on va avoir une belle compétition.