Un récent tweet de Romain Bardet, auteur d’un beau Tour de Lombardie (8e), fait réagir le monde du cyclisme professionnel ces jours-ci.
Quand je vois ces images du Tour d’Emilie, une de mes courses préférées, je n’ai pas l’impression d’avoir monté le même versant de San Luca ces années-là (pour la faire simple 2 bornes à 10 %), c’était du moto GP cette année ?
Romain bardet
C’est vrai que les accélérations d’Evenepoel et de Roglic dans l’ascension finale étaient très impressionnantes.
C’est assez rare qu’un coureur pro en activité ose ainsi se poser des questions publiquement.
Du coup, ils sont nombreux à réagir.
Un bon résumé des réactions est disponible ici, dans cet article publié par le journal français Ouest-France. Warren Barguil, Maxime Bouet, Guillaume Martin y confient leurs impressions personnelles.
C’est vrai que globalement cette saison, les watts sont repartis à la hausse, les moyennes aussi. Les calculs de puissance de Vayer et Portoleau vont dans le même sens, notamment sur la récente Vuelta où Roglic a quand même épinglé quelques perfs assez exceptionnelles.
Je suis assez d’accord avec le fait d’être prudent et de ne pas attribuer tous les progrès en watts au dopage; certains viennent certainement de vélos au meilleur rendement, du développement de la science de l’entrainement, des progrès en nutrition et préparation physique générale, de l’usage plus répandu des stages en altitude, des micro-coupures permettant aussi des conditions physiques plus stables à de haut niveau, etc.
Mais on ne peut pas exclure non plus le recours à de nouvelles formes de dopage pour autant! Certains faits troublants ont été observés cette saison. Et beaucoup de très jeunes coureurs affichent une précocité surprenante.
Du coup, je vous ai souvent écrit depuis ces derniers mois que je me pose aussi des questions devant certaines performances ou certaines séries de succès, notamment celle de l’équipe Bahrain-Victorious cette saison. Ca a commencé avec la 2e place de Caruso sur le dernier Giro.
Avec Marc Kluszczynski, fin observateur du cyclisme, on a essayé de faire le tour de la question des nouvelles formes de dopage, dans une série de deux articles diffusés récemment sur La Flamme Rouge. C’est ici et ici.
Marc Kluszczynski a lui-aussi réagi au récent tweet de Romain Bardet, et il revient sur la situation en se posant la question suivante: comment parler de dopage dans le cyclisme?
Je diffuse aujourd’hui son texte, en le remerciant de cette nouvelle contribution pour La Flamme Rouge.
Le dopage est un sujet difficile. Quel cycliste se dope ? Tous les cyclistes sont-ils dopés ? Faut-il attendre un cas positif pour écrire sur le sujet ?
On peut tout de suite éliminer ce dernier choix, considérant qu’un cycliste comme Lance Armstrong n’a jamais été contrôlé (officiellement) positif. Il n’est pas le seul ! Tous les cyclistes du World Tour ne sont certainement pas tous des tricheurs. Par exemple, l’irlandais Dan Martin (ISN) vient de prendre sa retraite. Il déclare partir la tête haute, comprenons qu’il n’a jamais cédé au dopage, malgré son passage chez UAE Emirates en 2018 et 2019. Sa dernière année n’aura été marquée que par une victoire d’étape au Giro. Son meilleur résultat sur un Grand Tour a été une 4ème place à la Vuelta 2020. On se souvient aussi de sa victoire en 2013 à Liège-Bastogne-Liège et de sa chute dans le dernier virage l’année d’après alors qu’il était encore bien placé pour la victoire. Mais Dan Martin n’en dira pas plus sur le dopage, l’omerta étant encore de mise dans le peloton.
Cette année, devant les performances de certains, en forme de février à octobre, certains pro français encore en exercice ont osé parler. Leur propos rassure sur la manière de traiter le sujet sur la Flamme Rouge. S’ils nous lisent, merci à eux pour leurs déclarations sans équivoques.
David Gaudu (GFC) déclarait le 8 octobre avant le Tour de Lombardie : « Cela roule beaucoup plus vite qu’avant dans le peloton ! Avec le niveau stratosphérique de Primož Roglič, il faut battre ses records tous les jours sur toutes les arrivées un peu difficiles. C’est une année où cela roule vraiment très très vite ». Quand on pense que le gars a été orienté vers le saut à skis dans sa jeunesse, cherchez l’erreur !
Alexis Vuilllermoz (TotalEnergies), de retour dans le peloton suite à sa chute du CLM du Tour de Suisse, parlait d’une reprise délicate au Tour d’Emilie Romagne « Formule I ».
Sur la même course, Romain Bardet (DSM) comparait la montée de San Luca (2 km à 10%) à une compétition de Moto GP cette année tant la vitesse atteinte par Roglič (Jumbo Visma) vainqueur au général, était élevée.
Il faut donc continuer à écrire sur le dopage alimenté par les soupçons apportés par les surhommes du vélo. Merci à eux aussi : ils se tirent une balle dans le pied !




