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Des cadeaux pour le(la) cycliste sur la coche

Fidèle à ma tradition débutée en… 2004, voici quelques idées pour le ou la cycliste qui veut être « sur la coche » en 2018…

1 – T-Shirt Squadra di ciclismo, de la marque Après-Vélo. De façon générale, j’aime bien les T-Shirts originaux de cette marque… originale.

2 – Compteur GPS Wahoo Element Bolt. Moins cher que son rival Garmin, chargé de fonctionnalités intéressantes, et notamment des entrainements de l’équipe Sky. Sans compter la connectivité à votre téléphone, et aux segments Strava en direct. Du beau matos!

3 – Livre Le coureur et son ombre de Olivier Haralambon. Parce que c’est ce qui s’est fait de mieux depuis Antoine Blondin, point barre.

4 – Pour vous les filles, la crème chamois Assos spécial femme. Parce que ca faisait trop longtemps que cette crème, indispensable, était disponible pour les hommes, et non pour les femmes. Assos a corrigé cette injustice et c’est tant mieux. À abuser à volonté!

5 – Livre Dans la musette – Le cyclisme à la sauce ketchup-mayo jaune. L’actualité cycliste depuis 2012 revisitée… façon déjantée! Rafraichissant, pour se changer les idées durant la période des Fêtes!

6 – Lampe frontale Ay Up. Tout simplement la meilleure lampe frontale pour la pratique du vélo sur route, du mountain bike, ou du ski de fond. Trois options d’achat possible, route, mtb ou course. Parce que si comme moi vous devenez cycliste nocturne aussi, ça vous prend ça!

7 – Selle Italia SLR Tekno. 90 grammes pour une selle full carbone, un condensé de technologie, le confort en plus. Un bel objet! Et il y a mieux, la SLR C59… mais à 63 grammes et plus de 700$ (500 euros!), je n’ai pas osé…

8 – Top Peak Nano Torqbar Dx. Là encore, un bel objet, utile aussi… et très portatif quant on part en voyage loin avec le vélo et qu’il faudra le remonter une fois arrivé à destination.

9 – Sac Race Rain de Scicon. Un beau sac technique, pour les jours de course afin de vous permettre d’avoir l’air (!!!) professionnel, tout en n’oubliant rien à la maison puisqu’il y a un emplacement pour chaque chose (et c’est comme le Port-Salut, c’est écrit dessus…). Ben oui, t’es rendu là.

10 – Chaine Ceramic Speed UFO. Parce qu’une chaine qui réduit la friction, ben c’est des watts de gagnés lorsqu’on part sur un gros objectif, comme des Championnats canadiens ou une cyclo qu’on prépare depuis des mois… C’est évidemment de l’exclusif, à n’installer que pour les grands rendez-vous… lorsqu’il ne pleut pas.

11 – Les tasses cyclistes du site Rouleur. Un classique, mais chaque année l’offre semble augmenter. C’est l’fun, surtout lorsque vos potes débarquent le matin, pour le café, avant une sortie… l’occasion de marquer des points!

12 – Toiles de France Malo. J’aime beaucoup les tableaux cyclistes peints par l’artiste québécoise, qui marient mouvements et couleurs. Voilà qui décore admirablement bien un intérieur… parce que le vélo, c’est aussi un art!

Je suis le cycliste masqué: l’avis de Marc Kluszczynski et entrevue avec Antoine Vayer

Fin connaisseur du dopage dans le sport, pharmacien, Marc Kluszczynski nous livre aujourd’hui son avis sur le récent livre « Je suis le cycliste masqué » qui a suscité beaucoup d’intérêt sur ce site.

Je porte également à votre intérêt cette très récente entrevue avec Antoine Vayer au sujet de ce livre, entrevue réalisée par Alain Gravel dans son émission du matin à Radio-Canada. 13 minutes très intéressantes!

Marc a des doutes sur la réelle existence du cycliste masqué, Antoine nous assure via cette entrevue que ce cycliste masqué pédale bel et bien au sein du peloton au moment où j’écris ces lignes.

Quoi qu’il en soit, La Flamme Rouge tient à diffuser diverses opinions compte tenu du mystère entourant l’auteur de ce livre, ceci afin de vous permettre de vous forger une opinion plus éclairée. La mienne évolue encore, entre Daniele Bennati et un cycliste virtuel…

Voici l’avis de Marc:

« Les chroniques des insiders sont rares mais toujours intéressantes. On connaissait déjà celle du site Cycling Tips « The secret Pro » où tous les mois un pro actuel livre ses états d’âme sur la santé du peloton. Le dopage y est évoqué, mais très prudemment, par le cycliste anglophone (ce pourrait être Dan Martin ou un jeune américain). Ce n’est pas le cas avec le Cycliste masqué écrit en collaboration avec Antoine Vayer. Mais on s’aperçoit vite que le cycliste masqué en connaît trop sur la question. Il fournit des détails trop précis comme l’anecdote figurant dans l’autobiographie de Bradley Wiggins (In pursuit of glory, Orion Books.co.uk, 2008, p 19) révélant que son père transportait ses amphétamines dissimulées dans les couches du jeune Bradley (« Garry smuggled more drugs back into Belgium hiding them in my nappy »). L’anecdote avait été fournie à Vayer par l’auteur de ces lignes en 2012. Il semble donc étonnant qu’un pro en exercice puisse citer des passages d’autobiographie de vainqueur du Tour. Le cycliste masqué connaît même la date à laquelle Bernard Hinault prit la tête d’un mouvement de grève pour protester contre les contrôles antidopage dans les critériums.

On se demande donc très vite si Vayer ne se serait pas glissé lui-même dans la peau d’un cycliste virtuel. D’autres détails trahissent les couplets habituels de Vayer, comme à la page 50, parlant d’Eddy Merckx comme « le vrai roi des Belges, ayant présenté le Dr Michele Ferrari à Lance Armstrong ». Comment un pro en exercice pourrait-il citer de tels détails ? Si les pro du cyclisme font l’histoire, ils ne s’y intéressent pas, et passent encore moins de temps à consulter un site spécialisé dans les affaires de dopage.

Dès la page 33, Chris Froome est critiqué (« On ne fait pas de chevaux de course avec des ânes »). On rappellera à Vayer (et pas au cycliste masqué) que l’anglais a un VO₂ max très élevé (84 à 88 ml/kg/min) connu dès son passage à Aigle au début de sa carrière. Il est donc faux d’affirmer  à la page 176: « Si Froome avait eu un moteur physique si prodigieux, on l’aurait su dès son plus jeune âge ». L’anglais est naturellement accusé de dopage mécanique, les mots employés étant les mêmes que ceux de Vayer dans sa chronique du Monde pendant le TdF. S’il est possible qu’il ait recueilli quelques confidences de cyclistes, celles-ci apparaissent noyées au milieu des chevaux de bataille du chroniqueur, le dopage mécanique (à la page 80, on pourrait croire que tous les pros l’utilisent : « Quand je vais arrêter, je vais enfin me faire mon vélo sans kit moteur intégré », Froome le mutant, les mafias, les arrangements en course…

Le livre en devient finalement pénible à lire, tant les propos sont excessifs ou éculés : le dopage à l’AICAR généralisé (alors que la substance a très vite été détectable) expliquant la maigreur des cyclistes actuels (et chez l’équipe Sky en particulier). On nous ressert le cliché vieillot du cycliste connaissant mieux le Vidal (dictionnaire des médicaments) que son médecin. Malgré cela, le cycliste masqué (ou Vayer) nous présente une nouvelle catégorie de substances : les ersatz de drogues dures, auxquelles appartiendrait la caféine « équivalent de la méthadone en quelque sorte » à la p 140). Un peu plus loin, corticoïdes et tramadol sont cités comme appartenant aux « produits méthadone ». En passant, on précise que le tramadol n’a jamais été vendu sans prescription médicale. On saute au plafond en lisant que « Stilnox et Myolastan seraient prescrits par la direction de l’équipe pour être zen à l’arrivée ». Le Myolastan a été retiré de la vente en France en 2012. Et l’on doute qu’un responsable d’équipe prendrait le risque d’un tel acte criminel ! L’auteur (on ne sait plus qui) parle de nombreuses chutes dans un état second dues à ces benzodiazépines.

Malgré tout ce copier-coller, il est triomphalement écrit à la page 154 : « Les experts, c’est nous ! ». Dans la critique des performances des français, c’est bien Vayer qui parle. La 2e place de JC Péraud au TdF 2014 lui apparaît crédible. Pinot, Bardet, Barguil doivent lui apporter la preuve qu’ils pédalent sans caféine, cortisone et tramadol. L’analyse précise des performances de Thomas Voeckler est sans l’ombre d’un doute celle de Vayer : Voeckler s’est métamorphosé dès 2010 lors de la 12ème étape du Giro. Il est ensuite 4ème du TdF 2011 en développant 6% de puissance en plus sur les derniers cols par rapport à 2004 et son rendement est 10% meilleur en 2011 qu’en 2004.

Seuls Cadel Evans (« j’ai envie d’y croire »), Dan Martin, Greg Van Avermaet, Marcel Kittel, John Degenkolb (« j’y crois ») bénéficient de l’indulgence de l’expert, au contraire d’Alejandro Valverde, qui vient de gagner sa 4e Flèche Wallonne à 36 ans. Tiens, en passant, on apprend que son équipe Movistar travaillerait avec le Dr Ferrari (p 123). Puis à la page 119, le cycliste masqué (?) énumère la liste des médecins dopeurs ! A la page 259, on lit cette étonnante formule de la part d’un pro : « On a notre tableau de Mendeleiev avec des coureurs chimiques voir atomiques ».

De courts chapitres citent ensuite ce qui s’est déjà écrit ailleurs tels les stages en altitude servant d’alibi aux micro transfusions. On apprend l’existence d’une nouvelle méthode d’entraînement, le home-trainer à jeun en hypoxie. Vayer admet une évolution du cyclisme et le recul du dopage nécessite « un ajustement de l’entraînement de la part de l’encadrement, encore trop souvent constitué d’ex-dopés dont le réservoir était rempli d’EPO à rabord ». Mais ce n’est pas le cas chez Sky  et les équipes françaises ! Les nouvelles méthodes d’entraînement profitent à tout le peloton et plus seulement aux leaders. Si ce sont toujours les mêmes ou leurs pions qui dirigent le cyclisme depuis trente ans, Vayer admet que le dopage dorénavant n’est plus obligatoire.

Pour finir un dernier mot, peut-être celui du cycliste masqué qui commence à parler à la page 213, sur les jeunes journalistes spécialisés aux dents longues, qui débutent et traitent de rat certains coureurs sans avoir pédalé eux-mêmes. Beaucoup sont là pour faire de l’audience, et pour l’audimat il n’y a rien de mieux que la polémique et le sensationnel. On pense tout de suite au reportage de Stade 2 à la TV française, sur l’utilisation de moteurs électriques dernière génération et indétectables par l’UCI, sur la Coppi e Bartali et la Strade Bianche de mars. Malgré les accusations incessantes, les pro doivent adopter un discours « lyophilisé », mais repèrent assez rapidement les journalistes qui sont là pour faire le buzz, et ceux qui sont rigoureux.

Le cycliste masqué existe-t-il ? On a vainement cherché. Il n’est pas français, est en fin de carrière, et vient de resigner deux ans pour une équipe pro. Il est passé dans une équipe italienne à ses débuts, a été porteur du maillot jaune au Tour de l’Avenir. Sa carrière en est à sa 12ème année. Il a remporté plusieurs victoires d’étape au TdF. Il a deux enfants et a participé à plus de 20 grands Tours. On a pensé à Filippo Pozzato, Matteo Tosatto ou à Daniele Bennati. Mais à chaque hypothèse, le puzzle ne se referme pas. L’hypothèse d’un cycliste virtuel l’emporte. »

Un must : Je suis le cycliste masqué

LE CYCLISTE MASQUÉ_couv+dos+C4.inddVous aimez le cyclisme professionnel ? Vous voulez savoir ce que c’est que d’être coureur cycliste professionnel aujourd’hui même ? De comprendre comment ca se passe au cœur du peloton ? De comprendre dans quel milieu évoluent aujourd’hui, maintenant, Antoine Duchesne et Hugo Houle ?

Ne cherchez plus. Il y a un moyen.

Et ce moyen, c’est ce livre qui sort aujourd’hui en librairie en France : Je suis le cycliste masqué.

Une fois que j’ai eu commencé la lecture, je n’ai jamais pu arrêter. J’ai tout lu d’une seule traite. Cela ne m’est pas arrivé souvent. L’auteur écrit « Le message de ce livre, c’est : « voilà ce que c’est qu’être coureur cycliste professionnel, un de ceux que vous regardez tous les ans en juillet ». Il se lit de la même manière que je gère certains entrainements modernes : en « negative split ». Plus vous avancerez au fil des pages, plus ca ira fort. »

C’est exactement ca.

Ce livre est différent, unique.

D’abord, parce que son auteur, qui reste masqué pour des raisons évidentes, est un coureur cycliste professionnel en Europe depuis 15 ans, et est toujours en activité. Ce n’est donc ni un journaliste, ni un dirigeant, ni un observateur externe du cyclisme : il est dans le peloton, tous les jours, en ce moment même. Évidemment, au fil des pages du bouquin, ce coureur se trahit à quelques endroits, pour peu qu’on connaisse le cyclisme. Je pense avoir trouvé de qui il s’agit, j’en suis presque sûr à 100%. Il était au départ des Flandriennes la semaine dernière… un sacré bon coureur d’ailleurs.

L’autre intérêt du livre, c’est l’absence totale de langue de bois. Âmes sensibles s’abstenir ! Certains d’entre vous, je le sais par vos commentaires laissés récemment sur ce site, se demandent comment la FDJ peut pétroler actuellement comme elle le fait depuis le début de saison, un contraste avec son habituel niveau au cours des dernières années.

Vous voulez savoir ? Lisez ce livre. Extrait : « À la FDJ, le docteur Gérard Guillaume, arrivé en 1999, qui a lutté frontalement et humainement contre le dopage quinze ans durant en interne, a été prié de faire ses valises de manière brutale cet hiver. Il a été remplacé. Il l’a mal pris, mais il ne va pas parler. Suivez mon regard. Il a juste vidé son sac au dernier stage de l’hiver devant l’encadrement qui regardait ses chaussures et devant les coureurs qui regardaient ailleurs. L’audit réalisé auprès de cette équipe il y a trois ans en faisait une structure exemplaire. Celui qui a été refait cet hiver la classait comme équipe à risque. Je croise les doigts pour Thibault Pinot qui veut gagner le Tour et que j’ai toujours trouvé sympa. »

Je vous le dit, j’ai adoré ce bouquin et je sens maintenant que je comprends encore mieux la réalité d’un coureur pro en Europe, ainsi que l’univers – de requins – dans lequel il évolue. Vraiment. L’ouvrage est écrit dans un style simple, direct, et est ponctué d’anecdotes, qui font souvent sourire – parfois jaune.

Entrainement, gestion de la carrière de l’amateur au pro jusqu’aux défis de la reconversion, organisation des équipes, conciliation vie professionnelle – vie familiale, rapports entre coureurs, courses et évidemment pratiques de dopage, produits et moyens de s’en sortir, tout y passe. Pas toujours en noir, pas toujours en blanc bien évidemment : on sent bien que l’auteur nous livre son expérience personnelle, tel qu’elle est, sans l’embellir ni pour qu’on le plaigne. Non, juste la froide vie d’un coureur pro consciencieux, mais qui est aussi assez intelligent pour poser un regard critique sur sa vie. Et le chapitre intitulé « Multinational monoculturel » est une perle d’humour et de clichés pourtant vrais, dans un effort de montrer que le peloton « est génial » de diversité, entre toutes ces nationalités – et forcément ces savoirs-faire – qui s’y côtoient.

Écrit en collaboration avec Antoine Vayer, qu’on ne présente plus, l’intérêt de ce livre réside enfin dans son actualité : tellement actuel que l’auteur nous parle, dans son chapitre sur le dopage mécanique, des récents Mondiaux de cyclo-cross, ou encore des résultats des derniers Mondiaux de cyclisme, quant ce n’est pas du prochain Tour de France. Oui, celui de 2016.

Vous voulez savoir à quoi carbure le paquet en ce moment, dans cette ère « post-EPO » ? Lisez ce livre. C’est désarmant de simplicité : à la cortisone, qui a fait récemment un retour en force, et quelques autres trucs. Le pourquoi, le comment, tout est expliqué de façon limpide dans le livre, tellement qu’on se dit rapidement « mais pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ? ».

Mon seul bémol porte sur l’ordre de présentation des divers chapitres (toujours assez courts, ces chapitres étant nombreux, ce qui permet à l’auteur de couvrir une grande diversité de sujets), qui aurait pu être différent pour améliorer la cohésion d’ensemble.

Devriez-vous vous précipiter ? Sans conteste, une seule réponse : oui. Avoir une opinion éclairée en 2016 sur le peloton pro en Europe est à ce prix, pas cher d’ailleurs : 17euros50. Assurément un bon investissement. Lire ce bouquin, c’est désormais presque un pré-requis avant d’ouvrir la bouche de façon intelligente sur la situation du cyclisme pro en 2016!

Je remercie sincèrement Antoine et Olivia de m’avoir permis de découvrir ce livre passionnant… un peu avant tout le monde ! Et je souhaite bonne continuation dans le peloton au cycliste masqué, tout en le remerciant pour ce livre courageux et qui comble un vrai manque jusqu’ici.

Le Crique (1957-2015)

Aujourd’hui, La Flamme Rouge a le plaisir et l’honneur de publier un texte-hommage à Claude Criquielion, écrit par mon ami Raphael Watbled du site Vélochronique. Raphael a une plume magnifique, et nous régale de cet hommage subtil (il faut être attentif), sensible, et vrai. C’est pas compliqué, il y a une touche de Blondin chez Raf!

Que le grand Crique me croque… (par Raphael Watbled)

Le grand Crique, le lion de Wallonie, est mort.

À 58 ans, entre deux âges, quand une nouvelle génération d’amateurs de cyclisme a pris le bord des routes sans vraiment connaître – ou de loin – ce nom qui craque et qui rugit à la fois, et que la précédente passe ses souvenirs au petit moulin de la nostalgie, à 58 ans donc, Claude Criquielion est mort. Un infarctus du cerveau pour un champion bien en jambes mais aux méninges efficaces ; une mocheté d’accident vasculaire cérébral, comme on dit. Un champion qu’on nous ôte, pour un petit bouchon dans la tête. Faites-le-nous renaître, notre grand Crique. Renaissez-le-moi. Renais, Claudy, renais.

Renaix. 1988. L’instant dramatique (au sens littéraire, théâtral, du mot) où Criquielion vint croquer l’asphalte à pleine bouche, projeté dans la balustrade par Steve Bauer, cet instant dramatique qui le priva du titre de champion du monde sur le circuit de Renaix, pas si loin de chez lui, et surtout à quelques mètres de la ligne d’arrivée qu’il s’apprêtait à franchir très probablement en vainqueur grâce à un dépassement logiquement imparable, cet instant dramatique de quelques secondes que les archives vidéo proposent en abondance a suffi, à lui seul, à réduire sa carrière à cette pathétique image de héros malgré soi frappé par une défaite aussi cruelle qu’injuste.

Ce jour-là, le coup de coude fatal de Bauer permit de graver dans la mémoire collective le faciès défait et regimbant de Criquielion, franchissant la ligne à pied, tenant son vélo d’une main et jetant au néant ses vaines réclamations de l’autre. Ralenti par la chute de sa victime, Bauer s’était laissé supplanter par Maurizio Fondriest, alors jeune inconnu, trop heureux de profiter d’une situation qui le condamnait pourtant à la troisième place une seconde plus tôt ; une victoire certes peu enviable mais qui permit au moins de ne pas à avoir à destituer Bauer s’il avait réussi à l’emporter après avoir balancé le vainqueur légitime ; le Canadien fut déclassé de sa deuxième place, mais Criquielion entra pour toujours dans la légende des battus poignants.

Et pourtant, qu’il est injuste de ne garder que sa défaite de Renaix pour premier souvenir ! L’évocation en boucle de cette chute historique à l’occasion de son décès ce 18 février 2015 montre à quel point notre mémoire engraissée de sensationnalisme pratique les meilleurs raccourcis vers le scandale.

Car des sensations, la carrière de Criquielion en fut riche par ailleurs. Frappé du même syndrome que Laurent Fignon, qui pouvait se plaindre d’être pour toujours « celui qui a perdu le Tour de France 1989 pour huit secondes » alors qu’il l’avait gagné deux fois auparavant, Criquielion aurait imposé un autre souvenir à la chronique cycliste s’il avait pu être champion du monde postérieurement à l’accident de Renaix : il aurait traîné l’étiquette du héros revanchard et vengé. Mais il l’a été antérieurement. Car enfin, accessoirement, que le grand Crique me croque s’il n’a pas été champion du monde à Barcelone en 1984, quatre ans plus tôt.

Que le grand Crique me croque s’il n’a pas gagné le Tour des Flandres (1987), la Flèche Wallonne (1985 et 1989), la Classique de Saint-Sébastien (1983), le Tour de Romandie (1986) et le Midi Libre (1986 et 1988).

Que le grand Crique me croque s’il n’a pas cumulé une trentaine de top-10 sur un panel de moins de dix classiques et semi-classiques dont il fut un des meilleurs spécialistes mondiaux des années 1980.

Que le grand Crique me croque s’il n’a pas terminé sept fois dans le top-10 d’un Grand Tour, avec un podium en Espagne (3e en 1980).

Avec son sourcil garni qui assombrissait un peu plus un regard déjà ténébreux mais néanmoins gentil, Criquielion pédalait avec une ténacité que son humilité a rendue plus discrète que celle d’autres champions plus disposés au vedetarriat. Mais il fut bien l’un des plus beaux guerriers de sa génération, et l’un des meilleurs Belges du cyclisme moderne, a fortiori l’un des plus grands Wallons.

Que le grand Crique me croque s’il ne fut pas le premier Wallon à remporter le Tour des Flandres, la course aux monts pavés qui s’est invariablement refusée aux Belges de Wallonie. Cette année-là, en 1987, il était déjà au sommet de sa gloire, mais le Tour des Flandres n’était pas de ces courses pour lesquelles on le croyait le mieux profilé. Deux places d’honneur obtenues les deux années précédentes, dont une avec le maillot de champion de monde sur les épaules, l’avaient convaincu qu’il y avait peut-être ses chances. Il y gagna donc en solitaire, une minute devant ses poursuivants.

Bon grimpeur et excellent puncheur, il semblait davantage taillé pour les classiques non pavées, et il s’était rangé parmi les meilleurs spécialistes de la Flèche Wallonne, qu’il remporta deux fois, et de Liège-Bastogne-Liège, celle d’entre toutes qui manquent le plus durement à son palmarès : souvent très bien placé, et plusieurs fois sur le podium, il trouva sur la Doyenne, en la personne de Moreno Argentin, une bête noire propre à hanter son histoire personnelle. Il y fut battu quatre fois par l’Italien, en 1985, 1986, 1987 et 1991. C’est qu’Argentin et Criquielion ont comme entrelacé leurs destins sur ce dyptique de la Flèche Wallonne et de Liège-Bastogne-Liège : ils y ont partagé cinq fois les podiums, dont quatre fois les deux premières places, avec un avantage de 3 à 1 pour l’Italien. Leurs duels se répétaient parfois la même saison : Criquielion battit Argentin dans la Flèche Wallonne 1985 (avec le maillot arc-en-ciel sur le dos) mais fut battu à Liège ; en 1991, Argentin réalisa le doublé en s’offrant Criquielion chaque fois comme dauphin…

En 1987, dix jours après son Tour des Flandres victorieux, Criquielion termina 2e de la Flèche derrière Leclercq, le mercredi 15 avril, et fut à un sourcil de conclure son printemps en gagnant Liège-Bastogne-Liège le dimanche 19 avril, jour de Pâques. Seul avec Stephen Roche à quelques centaines de mètres de l’arrivée, il s’apprêtait à disputer une victoire de prestige à l’Irlandais quand l’entente qui les avait unis comme échappés se métamorphosa en duel stationnaire : leur sur-place digne des pistards offrit à l’un de leurs poursuivants un boulevard pour fondre sur eux et les crucifier sur la ligne d’arrivée : Moreno Argentin, toujours lui, infligea aux deux cadors une humiliation qui leur valut ce titre dans L’Équipe, et que Criquielion rappelait avec un sourire amusé vingt ans après : « Argentin sonne les cloches ». Les cloches de Pâques sonnent et trébuchent, trébuchent et sonnent. On sait ce que fut la suite de la saison 1987 pour Roche, à qui ce Liège-Bastogne-Liège ne manqua pas trop mais lui fit quand même rater l’occasion d’un quarté magique, avec le Giro, le Tour et le Mondial.

Pugnace et combatif, Criquielion avait aussi quelques réserves inexplorées. On ne saura jamais s’il n’était pas capable, en forçant un peu son destin, de s’affranchir de son domaine d’expertise qu’étaient les classiques pour construire sur les Grands Tours un palmarès plus solide que celui, déjà fort élégant, qu’il forgea. Ses capacités de grimpeur, sans le placer parmi les grands spécialistes de la haute montagne, lui auraient peut-être permis, avec une préparation plus ciblée et un calendrier de compétitions d’avant-Tour moins fourni, de viser davantage de places d’honneur et peut-être de disputer un podium du Tour. Celui obtenu sur la Vuelta en 1980, sa 9e place acquise sur son premier Tour en 1979, ses accessits nombreux et sa 5e place en 1986, sont autant d’indices qui démontrent une polyvalence qu’il sous-estimait peut-être lui-même. Ses victoires au Tour de Romandie ou au Midi Libre le classèrent de toute façon parmi les champions les plus complets de son époque.

Le grand Crique, le lion de Wallonie, est mort.

Très populaire en Belgique, Criquielion était un gentil, un serein, un de ces types apaisants, au sourire malicieux et tendre, sombre mais bienveillant. Comme directeur sportif, c’était bien davantage un calme qu’un tonitruant. Ses obsèques se sont tenues ce mercredi 25 février, et que le grand Crique me croque si ce n’est pas un grand champion qu’on nous a ôté…

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Jacques Chancel (1928-2014)

Une voix du Tour de France s’est éteinte aujourd’hui: Jacques Chancel. Une voix unique, reconnaissable d’entre toutes.

Et la voix du Tour de ma jeunesse, celle à l’origine de ma passion du cyclisme, via notamment son émission « À chacun son Tour ».

Jacques Chancel a couvert 35 Tours de France, et était passionné du cyclisme. Il avait reçu le prix Henri Desgrange en 2005, qui récompense un journaliste ayant le mieux servi la cause sportive.

On ne l’oubliera pas de sitôt.

L’incroyable histoire de Jacques Anquetil

Pour ceux qui n’auraient pas lu le livre « Pour l’amour de Jacques » et qui ne connaissent pas l’incroyable histoire amoureuse de Jacques Anquetil, cette entrevue avec sa fille Sophie Anquetil qui explique l’inextricable quadrilatère amoureux de cet homme. Il faut suivre!

Médecin du Tour, par Gérard Porte

38 ans durant, il a été médecin du Tour de France. Quant il a commencé, j'avais un an. Autant dire que Gérard Porte faisait, pour moi, partie du Tour de France. Sa présence était normale, immuable. Jusqu'à ce jour de 2009 ou ASO lui a indiqué assez cavalièrement la porte.

Bref, quand j'ai vu le livre Médecin du Tour, je n'ai pu résister de l'acheter. Petit compte-rendu.

En gros, Gérard Porte nous livre, en 316 pages, toutes les anecdotes, les aventures, les histoires qu'il a amassées et vécues durant tous ses Tours de France. L'intérêt, pour le passionné de cyclisme, est donc d'avoir accès à la face cachée de l'épreuve, d'entrer dans l'intimité des coureurs et de tous ceux qui sont non pas en dehors de la caravane, mais bien dedans. Pour les néophytes, ce sera l'occasion de découvrir ce qu'un Tour de France représente pour les coureurs et l'encadrement. 

Plusieurs chapitres ont pour moi été d'un intérêt certain, notamment celui portant sur la fameuse "visite médicale d'avant-Tour" et qui a désormais disparu. Porte a la perspicacité de répondre à nos questions sur le sujet, notamment celles sur les raisons de cette visite ainsi que celle du coureur qui a présenté le pouls le plus lent qu'il lui ai été donné d'observer. Réponse ? Mauro Gianetti, 27 battements par minute. Et non, ce n'est pas Miguel Indurain.

Nombre d'histoires portent sur les divers coureurs et champions qu'il a côtoyé toutes ces années. Le passionné trouve parfois matière à boucher les trous de son histoire du cyclisme, par exemple à propos de la fameuse blessure au pied de Greg LeMond qui l'aurait handicapé sur le Tour 1990, ou encore sur les diverses chutes majeures et ses conséquences médicales qui sont survenues sur l'épreuve depuis 30 ans.

Je ne peux cacher cependant qu'il m'est arrivé de m'ennuyer un peu en lisant ce livre. De nombreuses anecdotes apparaissent peu pertinentes pour le lecteur, et une grande partie du contenu du livre reste avec une certaine superficialité. On se demande vraiment en quoi cela nous intéresse de connaître la liste des invités que Porte a reçu sur le Tour au fil des ans, d'Albert de Monaco à Philippe Douste-Blazy… J'aurais aimé en apprendre plus sur la médecine du sport, sur les exigences d'une course de trois semaines comme le Tour, sur ce que les coureurs utilisent comme médicaments, bref, j'aurais aimé que le médecin Gérard Porte me parle plus souvent, au lieu que ce soit le groupie du Tour. Le problème du dopage, par exemple, est certes abordé dans un chapitre intitulé "L'éternel problème", mais on n'y apprend malheureusement rien qu'on ne connait déjà tant Porte reste sur des généralités. Pourtant, il me semble qu'un homme qui a été pendant 28 ans médecin-chef du Tour aurait pu nous en apprendre beaucoup sur le sujet!

Bref, Médecin du Tour est une lecture légère, si on aime le cyclisme et les anecdotes. Ca se lit bien, on peut lire quelques pages chaque soir, les histoires étant courtes. Par contre, le véritable passionné qui en connait déjà un rayon sur le vélo perdra vite de l'intérêt pour ce livre qui n'est pas vraiment celui d'un médecin, mais plutôt d'un homme lui aussi passionné du Tour. Gérard Porte étant en procès avec ASO, il n'est pas impossible que cette situation lui aie imposé des contraintes dans la rédaction de ce livre. Le secret médical l'aura probablement aussi limité et c'est bien dommage pour l'intérêt de ce livre. 

Une voix du Tour s’éteint: Jean-Paul Brouchon (1938-2011)

Il était déjà là au moment où j'ai découvert le cyclisme, en 1983. Il a fait partie des mois de juillet de mon enfance, il a fait partie de mon adolescence et il faisait toujours partie de ma vie puisque je le retrouvais chaque lundi sur Carrément Vélo. 

Une voix, si caractéristique, si reconnaissable d'entre toutes, si belle, si musicale, si facile à écouter, s'est éteinte dans la nuit de jeudi à vendredi dernier près de Paris: Jean-Paul Brouchon, le journaliste cycliste, l'auteur cycliste, a succombé à un cancer des os. Il avait 72 ans.

Jean-Paul Brouchon a consacré une partie importante de sa vie au cyclisme et au Tour de France, même s'il était un passionné de nombreux sports et de l'olympisme. Possédant une excellente mémoire, ayant couvert pas moins de… 44 Tours de France (dont 31 sur une moto, notamment pour France Info), il était une des mémoires vivantes du Tour de France. Avec son décès, une page d'histoire du Tour se tourne donc; nous n'entendrons plus Jean-Paul terminer ses points radiophoniques présentant l'état de la course par ces mots "Sur la route du Tour pour France-Info, Jean-Paul Brouchon".

Rappelons que Jean-Paul Brouchon a occupé le poste de rédacteur en chef chez France Info en 1992 avant de démissionner onze ans plus tard, en 2003. Auparavant, il avait couvert la route du Tour pour France Inter et avait collaboré régulièrement au mensuel cyclisme "Miroir du cyclisme". Plus récemment, il était devenu un auteur cycliste prolifique, ayant rédigé de nombreux ouvrages sur le Tour de France et sur de grands champions qu'il avait eu la chance de cotoyer. Plus récemment encore, il avait ouvert un blog en lien sur ce site et oeuvrait comme analyste à l'émission de RTL L'Équipe, Carrément Vélo, où on pouvait chaque semaine apprécier toute ses connaissances du cyclisme et la finesse de ses analyses. 

Preuve d'une carrière exceptionnelle, Jean-Paul Brouchon avait reçu le prix Pierre Chany, le prix Henri Desgrange, le prix du Sénat et le Micro d'Or à deux reprises et avait été fait chevalier de la Légion d'Honneur le 1er décembre 2009. 

On pourra se souvenir (ou découvrir, pour les plus jeunes) la voix unique et les talents de conteur de Jean-Paul en visionnant ce petit vidéo tourné il y a quelques années lors d'un événement cycliste en Anjou.

Je suis de ceux que Jean-Paul Brouchon a inspiré au cours des années récentes. La Flamme Rouge retiendra de Jean-Paul Brouchon sa rigueur dans l'analyse ainsi que sa volonté d'expliquer et de vulgariser tout en n'étant jamais banal. La Flamme Rouge retiendra surtout de Jean-Paul Brouchon son franc parlé, celui de dire les choses telles qu'elles sont, et ses coups de gueule aussi parfois !

Cyclisme: Anatomie et mouvements

On m’a récemment offert cet ouvrage qui m’a beaucoup plu : Cyclisme, anatomie et mouvements

Il s’agit d’un livre dont le sujet est la musculation spécifique pour le cyclisme. La formule est simple : une double-page par exercice, avec chaque fois la même présentation. D’abord une illustration de l’exercice puis, juste dessous, une courte section "Exécution" où l’auteur décrit, habituellement en 3 étapes, comment bien faire l’exercice illustré juste au-dessus. On a ensuite une section "Muscles sollicités", question de savoir quel muscle travaille. Sur l’autre page, un texte et une illustration "Application pratique" où, chaque fois, on peut identifier sur un cycliste en action les muscles concernés. C’est bien fait car on peut mieux comprendre la pertinence de travailler tel ou tel muscle puisqu’on peut voir son utilité concrète une fois "sur le vélo".

Les illustrations du cycliste varie également: parfois, c’est un cycliste qui grimpe "en danseuse" si les muscles présentés servent à mieux grimper. D’autre fois, c’est un coureur au sprint ou en clm. On peut donc, pour chaque exercice de musculation proposé, savoir non seulement comment ces muscles sont sollicités sur le vélo, mais aussi dans quel contexte. 

Le livre, publié pour la première fois en 2009, est très complet et couvre l’ensemble du corps humain. On se surprend à découvrir que la musculation du haut du corps a une certaine importance en cyclisme. J’ai également aimé le chapitre consacré au travail en explosivité pour les jambes. 

L’auteur ? Shannon Sovndal. Médecin de l’équipe Garmin. Médecin pratiquant dans les hôpitaux du Colorado. Ex-coureur cycliste, également pratiquant du sport. La préface du bouquin est signée par Christian VanDe Velde. 

Pour 22 euros ou 40 dollars, je recommande fortement l’ouvrage si vous envisagez faire un peu de musculation cet hiver. Tout le monde en a besoin, surtout en vieillissant ! Ce livre vous sera utile pour vous établir un programme, où pour le renouveler et ainsi briser la monotonie. C’est, en tout cas, un ouvrage de référence qui ne vieillira pas dans votre bibliothèque.

Le Métier

Ca m’a échappé en avril dernier, lorsque le bouquin est sorti : Le Métier, du cycliste professionnel canadien Michael Barry (Sky). 

Le sous titre du livre est "The seasons of a professional cyclist". Quatre saisons, quatre chapitres: hiver, printemps, été et automne. Barry y décrit les étapes d’une saison d’un cycliste professionnel, sa saison 2009 en occurrence, alors qu’il était encore chez High Road.

Rappelons que Michael Barry a déjà publié le livre "Inside the US Postal bus" il y a quelques années et qu’il est un columniste régulier du New York Times. Son site internet est assez intéressant par ailleurs, on y trouve notamment quelques belles photos inédites parce que personnelles (elles viennent de son père) des Mondiaux de 1974 à Montréal.

Je n’ai pas encore acheté le livre et j’essaierai d’en faire une analyse-critique dans les prochaines semaines. Les quelques critiques que j’ai pu lire sont globalement assez positives.

La grande imposture

La Flamme Rouge poursuit sa série, entamée il y a plusieurs semaines, de diffuser chaque mardi une analyse-critique d’un ouvrage de cyclisme publié en 2009. Cette semaine, au tour du livre "La grande imposture" qui présente un entretien sous forme de questions/réponses entre David Garcia, journaliste sportif et auteur du livre contreversé "La face cachée de L’Équipe", et Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport bien connu et auteur du très complet "Dictionnaire du dopage".

En un mot: j’ai aimé. Pourquoi ?

D’une part, parce que c’est un livre qui se lit facilement. Divisé en huit chapitres, ce livre de 200 pages est organisé en questions/réponses. On en lit quelques unes un soir, quelques autres le soir suivant, et ainsi de suite.  

D’autre part, et c’est le plus important, parce que ce livre nous permet d’accéder à l’avis d’un homme éclairé sur les questions de dopage et donc de nous instruire sur ces questions. Rappelons premièrement que Jean-Pierre de Mondenard fut médecin chargé des contrôles antidopage sur le Tour de France dans les années 1970 avant d’en être écarter par Félix Lévitan parce que, selon ce dernier, "il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire". C’est que M. de Mondenard avait eu la mauvaise idée de faire respecter le protocole antidopage et n’avait pas tardé à trouver des irrégularités, notamment concernant le coureur Gerben Karstens.  

Deuxièmement, illustrons par un exemple l’éclairage qu’apporte ce livre. Dans le chapitre intitulé "vrai cancer, faux miracle", le médecin de Mondenard explique que si le cancer des testicules de M. Armstrong était très sérieux (le cancer s’était métastasé) et qu’Armstrong a fait preuve de courage dans sa lutte contre cette maladie, il n’en demeure pas moins que ce cancer était le plus facile des cancers à guérir. Autrement dit, si vous devez choisir un cancer particulier parmi tous les cancers, choisissez le cancer des testicules (si vous êtes un homme bien sûr !!!), les chances d’y survivre sont supérieures à 90%.

Autre intérêt du livre, la franchise de Jean-Pierre de Mondenard, quelqu’un qui visiblement dit ce qu’il pense sans aucune langue de bois. Aucune complaisance donc, juste son avis directement formulé et reposant sur plus de 30 ans d’études et de publications reconnues sur le dopage sportif. C’est sans détour aucun que de Mondenard traite tour à tour, en autant de chapitres, de la "protection" par l’UCI dont a bénéficié M. Armstrong, de l’entourage médical de M. Armstrong, des produits suspects souvent retrouvés dans l’entourage de ses équipes, des complaisances de certains médias ainsi que des dessous de ses performances. Des sujets bien connus donc, mais sur lesquels M. de Mondenard jette un éclairage d’expert bien informé. 

Pour conclure, c’est un ouvrage qui s’adressera à un public déterminé à ne pas se voiler la face par rapport à Lance Armstrong et aux casseroles du cyclisme. Acheter ce livre, c’est à mon sens faire preuve de courage puisque si j’estime que, contrairement à M. Lévitan, toute vérité est bonne à dire, il n’en demeure pas moins que toute vérité n’est pas toujours facile à entendre. Et si on ne pourra jamais vraiment savoir s’il s’agit de LA vérité, l’indépendance, l’absence d’intérêt, la rigueur et le professionnalisme de Jean-Pierre de Mondenard lorsqu’il s’agit de traiter de dopage dans le sport est probablement notre meilleure garantie qu’on s’en approche au plus près.

Le brulôt Ducoin

Lance Armstrong. Il y a les pour, il y a les contre.

Pour Jean-Emmanuel Ducoin, c’est très clair: il est contre. Farouchement contre.

Le rédacteur en chef du journal français L’Humanité s’est manifestement fait plaisir dans son ouvrage intitulé "Lance Armstrong, l’abus!" publié cette année aux éditions Michel de Maule. Véritable brulôt, cet ouvrage est un coup de gueule tout personnel à l’encontre de ce qui ne va pas dans le cyclisme, du moins selon lui.

Divisé en 7 parties, le court ouvrage de 92 pages est bien écrit, dans un style vivant et direct. Ici la langue de bois, connaît pas ! C’est ainsi que dénonçant l’abus – le retour de Lance Armstrong dans le peloton – l’auteur n’épargne surtout pas les principaux acteurs du cyclisme, en premier lieu ceux qui oeuvrent au sein même des grandes instances dirigeantes du sport: l’UCI bien sûr, et ASO aussi. Même Eddy Merckx y passe, l’auteur écrivant à son sujet "Complice, le ci-devant Eddy Merckx, légendaire figure devenue pâle devant des enjeux qui le dépassent, présent à côté d’Armstrong lors d’une conférence de presse en septembre 2008. Le Cannibal (sic), plus ahuri que jamais, venu adouber la com’ du re-revenant. Mangé tout cru, le Belge. Largué. Lui qui, jadis, ne laissait que des morts sous ses roues, le voilà devenu bouffon d’un roi inventé pour les ménagères de plus de 50 ans branchées sur Discovery Channel." Un brulôt, vous dites  ? Le mot est faible…

L’auteur s’attache quand même à présenter certains faits troublants mais connus concernant Lance Armstrong, notamment ses casseroles dopage et les spéculations sur son poids de forme. L’auteur s’attarde aussi aux louvoiements récents d’Armstrong, notamment l’épisode avorté du fameux "programme anti-dopage le plus complet et le plus transparent de l’histoire du cyclisme" sous la direction de Don Catlin qui, devant les caprices et le manque de coopération de l’athlète américain, s’est enfui en courant, estimant que sa crédibilité scientifique était menacée à vouloir travailler avec pareil gigolo.

Pour le lecteur averti, le rappel de tous ces faits est un peu fastidieux, tout cela étant archi-connu. Dans ce contexte, le réel intérêt de ce livre réside dans l’opinion même de l’auteur, de même que dans ses réactions enflammées.

On pourra aussi reprocher à l’auteur la glorification de la vieille époque du Tour de France, glorification présente tout le long de l’ouvrage, d’ailleurs dédié à la mémoire de Jacques Anquetil. Anquetil lui-même n’a pas caché s’être dopé durant sa carrière, même si ce dopage n’était pas du même ordre que le dopage sanguin actuellement en cours. Autre époque, autres moeurs ? Pas tant que ca, M. Ducoin !

Quoi qu’il en soit, dans une époque où le politically correct domine, où la saine critique qui permet l’amélioration est souvent contestée par des gens de peu de jugement qui n’ont d’autres arguments que d’y voir, sans fondement bien sûr, une forme de négativisme, dans une époque ou le simplisme et la veulerie dominent à outrance, le regard et l’opinion acérée de Jean-Emmanuel Ducoin a le mérite de faire du bien. 

En ce sens, ce livre vaut la peine d’être lu comme on lit un éditorial dans un grand journal: afin d’éclairer et de nourir notre propre opinion.

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