On a commencé hier la lecture de L.A. Officiel et sans avoir encore dépassé les 100 premières pages, on est déjà sous le choc des révélations qui y sont rapportées. En utilisant les déclarations – sous serment – des différents témoins qui ont défilé lors du procès opposant SCA, la compagnie texane d’assurance, et Lance Armstrong, les auteurs Walsh et Ballester parviennent intelligemment à nous faire comprendre comment Armstrong a pu utiliser ses réseaux d’amis pour tenter de brouiller les pistes.
Les auteurs parviennent également à nous faire comprendre l’étendue des relations d’affaire qui gravitent autour d’un tel coureur, vainqueur à plusieurs reprises de la plus grande course cycliste au monde. On saisi ainsi beaucoup mieux les enjeux de telles victoires – peu importe comment elles ont été acquises – et des procès actuels dans le cyclisme. Enfin, on comprend mieux à quel point le consommateur en bout de ligne – vous et moi – se fait "organiser" par les grands dirigeants de ce sport, dirigeants commerciaux on s’entend, appuyés évidemment par les instances officielles – notamment l’UCI – qui dépendent de l’argent de ces grandes compagnies pour financer en retour les événements. La boucle est bouclée… et tout le monde devrait être content.
On flirte ici avec l’idée derrière les films La Matrice, version cyclisme des années 2000! L’exemple de la puissance de la compagnie Trek est éloquent dans le bouquin. Greg LeMond, dont sa société LeMond Racing Bikes est sous brevet Trek depuis 1995 et qui dépend donc totalement des bons vouloirs du géant du cycle américain, a par exemple été forcé de signer – sous pression commerciale – des rétractations rédigées par Bill Stapleton (agent d’Armstrong) suite à ses propos tenus au sujet des relations qu’entretenait Armstrong avec le sulfureux Dr. Ferrari. En décortiquant les affaires et les procès, le livre aide également grandement à mieux comprendre ce qui s’est réellement passé, notamment lors de la procédure d’arbitrage qui mit un terme au procès entre SCA et Lance Armstrong. On a beaucoup lu qu’Armstrong avait "gagné" le procès et que SCA lui avait versé ses primes de victoire. SCA lui a en effet versé ses primes de victoire mais le procès n’a pas été gagné, il a été réglé en arbitrage au moyen d’une entente à l’amiable ne faisant pas intervenir le juge. SCA a été sommé de verser les primes au coureur parce qu’il a été jugé qu’elle constituait une compagnie d’assurance et non de bookmaking, invalidant la défense de SCA qui essayait de démontrer qu’il y avait eu tricherie puisque les victoires avaient été acquises grâce au dopage. En ce sens, il est clair que les témoignages – tous cohérents – reçus lors du procès finalement avorté étaient suffisants pour étayer la thèse de la tricherie, mais la tricherie n’est pas un motif d’invalidation pour les compagnies d’assurance, juste pour les bookmakers de sport…
Bref, il ne fait plus aucun doute pour nous que ce livre devait absolument être publié afin d’éclairer l’opinion publique. On ne saurait recommander davantage sa lecture pour quiconque aspire ne plus être un simple fan de cyclisme aisément manipulable mais plutôt un vrai amateur de ce sport pouvant porter un jugement éclairé sur ce qu’il y voit. C’est un livre qui devait être publié également pour poursuivre cette accumulation de données, de faits et de témoignages sur le dopage. Ca commence d’ailleurs à faire pas mal de bouquins depuis Massacre à la chaîne de Willy Voet, des bouquins tous cohérents les uns les autres et qui dépeignent probablement avec beaucoup plus de réalisme ce qui se passe vraiment dans les coulisses du cyclisme. On continuera d’ailleurs cette accumulation de témoignages sur le dopage dans le cyclisme au cours des prochains jours avec le début du procès de certains ex-membres de l’équipe Cofidis, dont David Millar. Déjà, les juges soulignent l’extraordinaire omerta qui règne dans le milieu du cyclisme professionnel quant au dopage, un sujet tabou s’il en est puisque menaçant l’existence même de ce sport. On est pas encore sorti de l’auberge!