Certains diront « enfin »!
J’en suis.
Le cyclisme sur route au Canada souffre depuis des années. Je l’ai souvent écrit sur ces pages: une génération est actuellement sacrifiée. Derrière Mike Woods, Hugo Houle, Antoine Duchesne, Guillaume Boivin voire James Piccoli, c’est plus difficile.
Beaucoup de courses élite ont disparu au cours des dernières années au Canada et aux États-Unis.
Une chance que quelques jeunes coureurs canadiens ont pu compter sur l’équipe Rally pour poursuivre leur développement. D’autres n’ont pas eu cette chance.
La première bonne nouvelle, c’est l’investissement plus important que porte Premier Tech dans l’équipe kazakhe Astana.
Premier Tech était déjà sponsor de l’équipe depuis quelques années, voilà que la compagnie de Rivière-du-Loup monte d’un cran. Cette compagnie se spécialise essentiellement dans trois grands domaines, soit l’horticulture et l’agriculture durables, les équipements industriels de manutention, d’emballage et d’outils informatiques d’optimisation, ainsi que les technologies environnementales comme l’assainissement et le recyclage de l’eau ou encore les sels de déglaçage. Elle a commencé par l’exploitation de tourbières dans les années 1920 au Québec.
Il faut dire que Premier Tech a manifestement le sens du sport: l’amphithéâtre de Rivière-du-Loup porte le nom de Premier Tech, et la compagnie soutient également d’autres athlètes comme Laurence Côté ou Charles-Philibert Thiboutot en athlétisme. Il convient de saluer la vision et l’engagement de cette compagnie.
Et l’arrivée d’un investissement supplémentaire de Premier Tech ne se fait pas seule: Steve Bauer se joint également à l’équipe, lui qui était disponible suite à l’arrêt de l’équipe CCC.
Bauer a évidemment un gros bagage du cyclisme de haut niveau, et plusieurs références à titre de directeur sportif, notamment avec son expérience acquise du temps de SpiderTech. Il faudra voir ce qui adviendra de l’équipe actuelle de directeurs sportifs qui comprend notamment le bien connu (et éternel, comme Patrick Lefevere) Giuseppe Martinelli, Dmitriy Fofonov, Bruno Cenghialta, Dmitri Sedoun, Stefano Zanini, Alexandr Shefer et Sergey Yakovlev.
Manifestement, l’influence canadienne au sein de l’équipe Astana est en hausse pour 2021, et Premier Tech a déjà exprimé son souhait que davantage de cyclistes canadiens intègrent l’équipe. Une excellente nouvelle pour la relève d’ici, et il existe de sérieux candidats.
La présence d’Israel Start-Up Nation avec un staff/coureurs (pro-) québécois-canadien renforcé en 2021 (Adam et Saldanha pour l’encadrement, Woods, Boivin, Piccoli chez les coureurs) créera possiblement une énergie positive pour tout le cyclisme canadien, et une saine compétition pour signer les jeunes talents d’ici comme Zukowski, Côté ou d’autres. Et ceux qui signeront à l’échelon supérieur feront de la place au sein d’équipes de développement pour d’autres jeunes talents d’ici.
Autre bonne nouvelle, Premier Tech et Astana annonce la création d’un programme de développement pour les enfants voulant essayer le sport cycliste, question de préparer la relève à la fois au Canada et au Kazakhstan.
Seule ombre au tableau, mais ce n’est pas nouveau, la présence bien sûr comme manager général d’Alexandre Vinokourov, qui traine un lourd passé dans le cyclisme. L’équipe Astana a connu de nombreux cas de dopage entre le moment de sa création en 2007 et 2015. Depuis, force est d’admettre que ça s’est calmé et que l’équipe évolue plus sereinement à ce chapitre. Les allégations d’une collaboration entre Jakob Fuglsang et Michele Ferrari en début d’année ne sont pas allées plus loin auprès de l’UCI. Espérons que tout cela est de l’histoire ancienne.
Vlasov, quelle suite?
Une des stars montantes de l’équipe Astana cette année était certainement Alexandr Vlasov, 24 ans, 3e du Tour de Lombardie et 5e de Tirreno-Adriatico avant de terminer 11e de la récente Vuelta.
Vlasov a encore un an à son contrat chez Astana, mais chercherait à intégrer dès 2021 l’équipe Ineos. Si son départ se confirme, cela pourrait changer des choses chez Astana en libérant une masse salariale pour d’autres recrutements.
Et pour Ineos, en faire de nouveau une super-puissance du cyclisme, voyez un peu: Egan Bernal, Geraint Thomas, Richard Carapaz, Tao Geoghegan, Adam Yates, Daniel Martinez, Richie Porte, Pavel Sivakov, potentiellement donc Alexandr Vlasov en plus des Jonathan Castroviejo, Rohan Dennis, Filippo Ganna, Michal Kwiatkowski, Gianni Moscon, Luke Rowe et Ivan Sosa, et j’en passe. OUF!!! Masse salariale stratosphérique.
Le Tour de l’Abitibi?
Radio-Canada rapporte que les villes d’Amos, de Rouyn-Noranda et de Val- d’Or se sont entendues pour assurer l’hôte du Tour de l’Abitibi pour les… six prochaines années (jusqu’en 2026).
Fait peut-être plus important encore, des ententes de contributions financières ont été signées elles-aussi jusqu’en 2026.
Ouf! Véritable fleuron du cyclisme québécois et canadien, le Tour de l’Abitibi fait un grand pas afin d’assurer sa survie à plus long terme, ce qui n’est pas un mince exploit dans le contexte actuel de la pandémie de Covid-19. Cette épreuve est souvent considérée comme le « Tour de France » des coureurs juniors à travers le monde.
Et à son palmarès, des coureurs comme Alex Stieda, Bobby Julich, Tyler Farrar, Taylor Phinney, Lachlan Morton, Adrien Costa ou, plus récemment, Brandon McNulty. Sans oublier les Québécois Guillaume Belzile et David Veilleux bien sûr. Beaucoup de beau monde!
Le Tour de l’Abitibi, depuis 1969 révélateur de talents.