Bouhanni, Rollin chez Cofidis en 2015

On se doutait bien que Nacer Bouhanni, non sélectionné pour le Tour par Madiot à la FDJ.fr qui lui a préféré Arnaud Demare qui s’est par ailleurs complètement loupé en juillet, signerait dans une autre formation pour la saison prochaine.

Les rumeurs allaient bon train depuis un moment déjà et Cofidis était sur les rangs.

Pour la petite histoire, les rumeurs portaient également sur le salaire demandé par Bouhanni, très élevé.

On apprend ce matin que Bouhanni a finalement signé chez Cofidis. Aucune surprise donc, il signe au sein d’une formation française qui lui a probablement octroyé un salaire proche de ce qu’il demandait.

Pour Cofidis, c’est un bon coup, voire une décision nécessaire pour sa survie chez les pros. Avec très peu de résultats depuis 2-3 ans et notamment la retraite de David Moncoutié, on se demandait en effet où cette formation s’en allait. La signature de Bouhanni, un excellent sprinter, va leur permettre de renouer avec l’avant-scène en remportant des courses. Elle va également motiver tout le groupe déjà existant.

Ce que je n’ai jamais vu venir par contre, c’est le retour du Québécois Dominique Rollin chez les pros!

Il a en effet signé chez Cofidis avec très certainement comme objectif principal d’amener les sprints de Bouhanni.

Si elle surprend, la nouvelle fait du sens puisque Bouhanni et Rollin ont déjà travaillé ensemble chez FDJ.fr dans le passé et qu’il est connu que Bouhanni appréciait les services de Rollin. Bouhanni aurait d’ailleurs exprimé le souhait que la FDJ.fr garde Rollin à la fin de la saison 2013, une option que Madiot n’avait pas retenu.

À 31 ans, il est évident que Rollin a encore beaucoup à donner au niveau professionnel. S’il faudra voir l’impact d’un an d’arrêt de compétition, je pense qu’il retrouvera rapidement sa place dans le peloton pro. Il dispose déjà de plusieurs mois d’ici janvier 2015 pour préparer son retour.

Sa signature chez Cofidis est intéressante: l‘équipe, sans grand succès depuis des années, pourra probablement lui permettre de jouer sa carte personnelle à certaines occasions, notamment lorsque Bouhanni ne sera pas du départ. C’est ce que je souhaite pour Rollin: qu’il pense un peu plus à lui, qu’il retrouve l’an prochain une mentalité de vainqueur, et pas seulement d‘équipier, pour viser rien de moins que la gagne sur certaines courses lui convenant.

Rappelons que les actuelles autres pointures de l‘équipe Cofidis sont Jérome Coppel, Daniel Navarro, Christophe Le Mevel et Rein Taaramae.

Magnifique!

Le vidéo en haute définition est accessible ici.

Entrevue avec Peter Pouly, récent vainqueur de la Marmotte

PP_1Récent vainqueur de la Marmotte mais aussi 2e de L‘Étape du Tour, Peter Pouly, que j’ai connu sur la Haute Route 2012 et qui m’avait déjà accordé une petite entrevue à la suite de l’épreuve, m’a fait le plaisir de cette nouvelle petite entrevue suite à notre récente Marmotte.

La Flamme Rouge : Salut Peter, merci de m’accorder quelques minutes!

Peter Pouly : Merci Laurent! Toujours un plaisir de te répondre, et je tiens d’entrée à dire un grand bravo déjà à tous les participants qui ont terminé la Marmotte.

LFR : Tu viens d’accrocher ta première victoire sur la Marmotte : c’était important pour toi de t’imposer sur cette cyclosportive mythique?

PP : Oui, je souhaitais vraiment remporter La Marmotte cette année, je m‘étais donné ce challenge et pour plusieurs raisons. D’abord, quand j‘étais pro en VTT je me préparais souvent dans les Alpes et je ne pouvais alors pas participer à cette cyclo qui me faisait envie car trop dure et trop proche des Championnats de France de VTT. Ensuite, depuis novembre 2013 je travaille pour INFINITE et ils me soutiennent à 200%, ils me laissent du temps libre et supportent tous mes frais avec l’aide de Singha (ndlr: une compagnie de bière thaïlandaise) afin que je cours dans de bonnes conditions. C’est ma façon de leur dire, à quelque part, merci!

LFR : J’étais loin derrière toi, je suis passé à Plan Lachat environ 45 minutes après toi. Peux-tu nous résumer la course devant et où tu as fait la différence?

PP : Je m’‘étais préparé à une grande bagarre pour la victoire, mais rapidement dans le col du Glandon j’ai senti que j’avais de super jambes. Je ne connaissais pas trop mes adversaires, et j’ai vite repéré un Italien (finalement 3eme – ndlr: Giuseppe Di Salvo) qui tournait bien les jambes et qui était assez facile.

Dans la vallée de la Maurienne, la transition s’est bien gérée et une échappée est partie en ne nous prenant cependant qu’une petite minute alors qu’on arrivait au pied du Télégraphe. Dans le Télégraphe, c’est monté un peu plus vite mais mes jambes tournaient toujours super, alors on a repris 4 coureurs sur les 5 échappés devant.

Le coureur en tête a été plus coriace, passant au sommet du Télégraphe avec plus d’une minute d’avance sur nous. Après Valloire, j’ai dû faire une petite pause pipi, et j’ai réintégré le groupe qui ne roulait pas vraiment fort. À Plan Lachat, le coureur échappé comptait alors plus de deux minutes d’avance et cela devenait inquiétant. Le premier à faire l’effort a été Loic Ruffaut, j’ai pris sa roue puis j’ai passé un relais jusqu’au premier virage, puis ai demandé le relais aux deux autres coureurs nous accompagnant à ce moment. Ils ont refusé la collaboration, du coup j’ai placé une attaque et me suis retrouvé seul très vite.

Un peu plus haut, je suis rapidement revenu sur le coureur échappé, je me suis alors retourné et j’ai aperçu Loic Ruffaut et un coureur belge mais sans le coureur italien. J’ai alors décidé de les attendre afin de ne pas être seul dans la longue descente du Lautaret. Nous avons donc repris le coureur échappé et fini l’ascension du Galibier tous les trois, puis nous avons ensuite fait une descente somme toute prudente.

Le coureur italien est revenu au pied de l’Alpe d’Huez, mais dès les premiers mètres de l’Alpe d’Huez je me suis retrouvé seul. J’avais en tête d’essayer de monter le plus vite possible, et après 5 kms d’ascension j’avais déjà trois minutes d’avance. La motivation m’a ensuite cependant un peu quitté car je me suis dit à quoi bon monter vite, je ne battrai de toute façon pas mon chrono de la Haute Route 2012 et je suis donc assuré de gagner la Marmotte, terminant en savourant vraiment les derniers kilomètres de cette belle épreuve.

LFR : Tu avais un plan de match bien précis avant la course où tu as simplement réagi à la course à mesure qu’elle se décantait?

PP : La Marmotte était nouveau pour moi, je n’avais jamais vraiment participé à une épreuve de 5000m de dénivelé donc je me suis surtout concentré à faire le moins d’efforts possible jusqu’au pied de l’Alpe d’Huez.

LFR : Des moments difficiles pour toi durant la course, style passages à vide?

PP : J’ai eu froid dans la descente du Lautaret, n’ayant pas pris le temps de remettre ma veste.

LFR : Comme toi, j’ai beaucoup souffert du froid dans la descente du Galibier, avec ce vent de face. Pas évident de relancer la musculature refroidie au pied de l’Alpe d’Huez!

PP : Oui, tu as raison, mais pour moi ça s’est somme toute bien passé.

LFR : Vainqueur la semaine précédente de la Vaujany, David Polveroni n’a pas complété la Marmotte, apparemment victime d’une grave chute. Peux-tu nous en dire plus sur l’incident?

PP : Non, malheureusement, je n’ai pas été témoin de ce qui s’est passé. David, je l’ai vu lâcher mon groupe dans le Glandon.

LFR : Parlons préparation, puisque tu tiens un centre d’entrainement en Thailande. Fais-tu une préparation spécifique pour des épreuves comme la Marmotte?

PP : Oui, bien sûr je m’entraine spécifiquement pour ce genre d‘épreuve, même si cette année je n’avais eu qu’un mois de réel entrainement spécifique car mon travail à Bankok m’a tenu cette année très occupé.

LFR : Comment gères-tu les 10 jours précédents l’épreuve?

PP : Les 10 derniers jours, j’essaie surtout de retrouver de la fraicheur physique et je conserve seulement un ou deux entrainements au seuil.

LFR : Du matos spécial ou rien de particulier?

PP : Rien de vraiment particulier sauf peut-être un SRM. Pour moi, c’est l’idéal pour gérer une épreuve comme la Marmotte et je travaille beaucoup avec cet outil intéressant. (ndlr: certaines statistiques de Peter lors de la Marmotte, notamment ses wattages moyens, sont disponibles ici).

LFR : De façon générale, as-tu des trucs particuliers que tu vas faire juste avant ou pendant des épreuves aussi difficiles, par rapport par exemple à des situations de compétitions plus courtes?

PP : Oui, j’ai pour habitude afin de récupérer du décalage horaire de faire toujours la même chose les trois jours précédant l‘épreuve. Jour 1 je fais une sortie avec une belle bosse que je monte à un bon rythme, Jour 2 je fais une sortie longue mais très doucement, et Jour 3 je fais 1h-1h30 avec deux petites séries à I2, donc un peu d’intensité pour lancer le moteur.

LFR : Et durant la course, comment gères-tu l’alimentation?

PP : Sur la Marmotte, c’est essentiel de bien s’alimenter, très important. Pour ma part, j’ai mangé solide jusqu‘à 30 kms de l’arrivée, ensuite j’ai utilisé des gels uniquement.

LFR : Tu organises des camps d’entrainement en Thailande. Peux-tu nous en parler davantage, ca pourrait intéresser beaucoup de lecteurs de LFR? Surtout, peux-tu nous dire à qui s’addresse ces camps, ces derniers étant nombreux à viser un public large, donc à présenter un niveau insuffisant pour des coureurs « qui en veulent » comme moi et qui cherchent à se dépasser sur certains grands objectifs?

PP : Oui nous proposons des camps d’entrainement, du coaching, et bien sûr cela s’adresse à des coureurs assidus qui veulent améliorer leurs performances ou bien seulement profiter de la Thailande quand il fait froid dans leur pays. Notre but est de faire prendre conscience de certains points fondamentaux pour être plus performant sur un vélo comme par exemple la gestion des efforts, l’alimentation, mais aussi la confiance en soi. Dans mes camps, tout le monde repart avec une analyse de ses capacités et par la suite ils peuvent en tirer le meilleur, conservant quelque chose de leur passage. Nous proposons également des tours pour un public plus large.

LFR : Je crois que tu lances cette saison ta cyclosportive par étape en Thailande, c’est original et probablement unique. Peux-tu nous la présenter?

PP : Je suis amoureux de la Thailande et de Chiang Rai c’est le paradis pour rouler! En Thailande, il y a des courses mais cela relève encore souvent d’une organisation locale. Nous avons voulu lancer un événement avec une organisation digne des plus belles épreuves européennes, dans la ligne de la Haute Route, et nous avons la chance d’avoir un site magnifique et un sponsor titre Singha qui va nous permettre d’organiser la plus belle épreuve cycliste par étapes chez les amateurs en Thailande.

LFR : Merci Peter, et à très bientôt le plaisir de te retrouver sur la Marmotte ou sur la Haute Route 2015!

PP : Merci Laurent, en espérant se retrouver bientôt également, je perfectionne mon québecois avec mon équipier Nicolas Magnan qui fera la Haute Route avec moi cette année!

Tour 2014: le bilan

1 – Frustration. De retour dimanche de trois semaines passées en Italie, je suis terriblement frustré de n’avoir pu écrire plus souvent sur La Flamme Rouge et ainsi partager avec vous ce Tour de France, la faute à l’impossibilité de trouver des connexions Internet. C’est fou de constater qu’en 2014, les hôtels ou gites ne disposent encore souvent pas, en Europe, de connexion Internet haute vitesse.

2 – Nibali, façon Merckx. Le requin de Messine s’est imposé avec 7min37 d’avance sur son dauphin, le Français Jean-Christophe Péraud. Il faut remonter au Tour 1999 pour trouver pareil écart entre le premier (aujourd’hui déclassé car il s’agit de Lance Armstrong) et son dauphin, Alex Zulle. C’est dire si Nibali a été dominant, il y avait lui et les autres sur ce Tour. Il a cependant bénéficié des circonstances de course, surtout des abandons d’Alberto Contador et Chris Froome, deux coureurs qui auraient pu lui donner du fil à retordre dans la montagne.

Ceci dit, il est légitime de se poser la question compte tenu de l’histoire récente du cyclisme: Nibali est-il un vainqueur crédible? Nibali a en effet établi la 4e moyenne la plus rapide de l’histoire du Tour cette année, mais j’estime la statistique peu convaincante compte tenu du parcours de la récente édition, plus “facile” qu’avant, notamment avec un peu moins de montagne et de chrono.

Toujours au niveau des performances, les analyses de puissances semblent indiquer que certaines de ses prestations, notamment sur Hautacam, sont “suspectes”, mais j’estime que les watts obtenus au moyen des calculs indirects ne sont pas suffisamment stratosphériques pour pouvoir conclure sans l’ombre d’un doute compte tenu des marges d’erreur de la méthode.

Alors oui, pour le moment, du côté performance, nous n’avons aucun élément nous permettant de remettre en doute le champion italien. Seule son équipe présente quelques doutes, notamment en raison de la présence d’Alexandr Vinokourov comme manager général – une authentique chaudière – et des liens possibles avec le Dr. Michele Ferrari (on en parle de plus en plus).

Alors pour le moment, nous devons y croire, en attendant d’ici deux semaines tous les résultats des contrôles anti-dopage réalisés cette année par l’AFLD sur l‘épreuve. Et bonne nouvelle, on annonce pour bientôt une méthode de détection des hormones de croissance, avec fenêtre de détection plus large.

3 – Nibali, le secret. Ca serait possiblement l’acuponcture, utilisée chez Astana depuis un moment déjà notamment pour ses propriétés anti-inflammatoires. J’avoue ici ne pas pouvoir vous en dire plus!

4 – Péraud mon idôle. Ou presque. Si j‘étais coureur pro, je serais Jean-Christophe Péraud. Un mec discret, avec un très gros moteur, mais aussi avec une bonne tête sur les épaules, des études d’ingénieur en poche, et un père de famille. Je me surprend depuis une semaine à lire des articles parlant de la discrétion, du calme, voire de l’effacement de Péraud: être flamboyant ou tête brûlée serait-il nécessaire pour être pro? La 2e place de Péraud sur le Tour ne le changera pas, c’est un mec simple et accessible que j’avais pu saluer l’an dernier au départ du GP de Montréal.

Il termine également 2e du Tour à… 37 balais, prouvant qu’en cyclisme, on peut s’améliorer longtemps. Poulidor nous l’avait déjà prouvé dans les années 1970, Péraud le confirme.

C’est ce que j’aime chez Péraud: ce coureur, c’est M. Tout le Monde, et ça fait du bien.

5 – Réussites et échecs. Certaines équipes ont réussi leur Tour, d’autres pas.

Parmi les formations qui ont été à la fête en juillet, trois sortent du lot: Astana bien sûr, AG2R – La Mondiale et Giant-Shimano. Pour ces trois formations, c’est le carton plein.

On peut ensuite ajouter la FDJ.com, avec la belle prestation de Thibault Pinot. Katusha, Lotto-Belisol, Omega Pharma – Quick Step et Tinkoff-Saxo pourront aussi dire “mission accomplie”, s‘étant chacune illustrée à leur façon.

Parmi les échecs retentissants, Sky bien évidemment, mais aussi plusieurs autres formations carrément inexistantes sur cette édition du Tour: IAM Cycling, Cofidis, Orica-GreenEdge, voire Lampre et Trek Factory Racing.

Sky en particulier – surtout Dave Brailsford – se sera ridiculisée par la décision de ne pas sélectionner Bradley Wiggins : Froome out sur chute, l‘équipe s’est liquéfiée, Porte est passé par la fenêtre et les efforts de Kiryenka n’ont pas porté fruit. C’est la merde.

On se demande encore comment Cofidis fait pour rester dans le peloton, ayant si peu de résultats depuis plusieurs années déjà.

IAM Cycling a existé l’ombre de quelques tentatives par Sylvain Chavanel, that’s it.

Orica-GreenEdge, vous les avez vu vous? L‘équipe a certes publié d’intéressants petits vidéos sur YouTube mais côté sportif, ce fut très maigre cette année. Il est vrai de Simon Gerrans est allé au tapis dès la première étape en s’accrochant avec Cavendish.

Lampre misait Costa et Horner. Le premier a eu une bronchite, le deuxième a été inexistant sauf l’espace de quelques kilomètres dans la montée d’Hautacam si je me souviens bien.

Trek Factory Racing s’est aussi déconfite, avec les abandons tôt de Cancellara et Andy Schleck. Le frérot Frank a bien essayé de sauver les meubles, mais on l’a peu vu en tête de course. Apparemment, Zubeldia est 8e…

Enfin, comment ne pas parler de Peter Sagan, qui sort de ce Tour terriblement frustré de n’avoir pu en décrocher une. Il ramène certes le maillot vert à Paris, mais qui s’en souviendra puisque Sagan n’aura pu faire briller ce maillot en remportant au moins une étape… Pour la Cannondale, c’est un échec côté visibilité.

6 – Specialized. L‘équimentier américain se fait la totale sur ce Tour, avec la victoire finale de son vélo Tarmac, après deux ans de domination Pinarello. On a aussi beaucoup vu ses fameuses godasses S-Works dans le peloton.

7 – ASO, défi réussi? Les organisateurs du Tour avaient misé, cette année, sur un parcours permettant un Tour ouvert à davantage de coureurs. Ainsi, moins de chronos, moins de haute montagne, et davantage d‘étapes courtes, nerveuses et diversifiées, notamment par la présence des pavés, de parcours casse-pattes, de petits cols difficiles comme dans les Vosges.

Pari réussi? Peut-être… car les audiences sont en hausse. Ceci étant, je pense que c’est probablement davantage liée aux bonnes performances des coureurs français, Péraud, Pinot et Bardet en particulier mais aussi Gallopin et Voeckler, qui ont beaucoup intéressé les Français.

La déconfiture Sky

Annus Horribilis dirait The Queen Elizabeth II !

Le dernier espoir Sky pour un bon Tour de France est tombé hier puisque Richie Porte, 2e du général, a sombré, perdant près de 9 minutes durant l‘étape vers Chamrousse remportée par un Vicenzo Nibali intouchable et qui nous dessine tranquillement un Tour à la Merckx.

Anyway, ce matin, Dave Brailsford a l’air d’un clown grotesque.

Voilà ce qui arrive lorsqu’on met tous ses oeufs dans le même panier, sans écouter les autres.

Après l’abandon de Froome, leur unique leader, voilà que Porte est out. Les Anglais ce matin n’en reviennent pas de savoir qu’un Bradley Wiggins, vainqueur du Tour en 2012 et auteur d’un grand Paris-Roubaix cette année avant sa victoire au Tour de Californie, roule actuellement sur une piste pour préparer les Mondiaux de la discipline.

Voilà aussi qui confirme que cette année, quelque chose ne tourne pas rond chez Sky. La saison fut une suite de déconvenue, d‘échecs ou de demi-échecs. La domination de 2012 et 2013 s’est abruptement terminée, et l‘équipe semble à la dérive. Comment ce matin motiver les troupes présentes sur le Tour? Ma seule hypothèse: “les gars, on y va pour des victoires d‘étape, vous avez tous carte blanche pour prendre des initiatives quand vous voulez“. Pour une équipe qui visait un troisième maillot jaune à Paris, c’est maigre.

La question se pose: Brailsford peut-il encore avoir la confiance des dirigeants Sky? À leur place, je le convoquerais en urgence pour un petit meeting bien senti, question qu’il nous explique son concept de rentabilité lorsqu’on investit des millions d’euros dans une équipe cycliste…

D’autres nouvelles ou commentaires

1 – Grande nouvelle: Lance Armstrong a témoigné en mai dernier durant 7 heures devant la Commission indépendante de l’UCI sur le dopage. Voilà une réunion qui pourrait changer la face du cyclisme au cours des prochaines années.

2 – Thibault Pinot et Romain Bardet vont se disputer vraisemblablement une place sur le podium à Paris pour le reste du Tour. Ca risque d‘être intéressant aussi au niveau de la dynamique des équipes FDJ.com et AG2R – La Mondiale…

3 – Jusqu’ou ira Tejay Van Garderen? On n’en a pas beaucoup parlé jusqu’ici mais le coureur américain pointe désormais  à la 5e place du général, à moins d’une minute du podium…

4 – Alejandro Valverde aurait-il montré ses limites hier dans la montée vers Chamrousse? Si oui, sa 2e place au général pourrait être difficile à défendre dans les Pyrénées.

La menace Valverde… et de la SQ!

Double texte aujourd’hui, le premier couvrant le Tour de France, le deuxième couvrant la récente confirmation que la Sureté du Québec facturera désormais la protection offerte lors d‘événements, incluant les courses cyclistes et cyclosportives. C’est pas compliqué, cette décision pourrait chambouler – pas pour le mieux – le calendrier FQSC dès l’an prochain.

1 – Tour de France. Avec Froome et Contador out, et une priorité de 2min23 sur Richie Porte et près de 3min sur Alejandro Valverde, nous sommes nombreux à croire que le Tour est plié et que sauf incident mécanique important ou chute, le Requin de Messine, Vicenzo Nibali, a course gagnée.

C’est en effet une avance confortable dans le cyclisme moderne où très souvent les écarts sont plus faibles à l’arrivée d’un grand tour.

Qui plus est, Nibali dispose d’une bonne équipe autour de lui. Je vous l’ai toujours dit: avec un Tour cette année dénudé de grandes étapes “classiques”, le travail d‘équipe sera super-important et Astana répond présent depuis le départ, s‘étant avérée très efficace sur le collectif.

Du coup, quel intérêt pour le Tour à partir de maintenant?

J’en vois plusieurs.

Premièrement, la montagne. On arrive demain dans les Alpes, pour deux petites étapes. La transition vers les Pyrénées sera ensuite rapide, et ce sera intéressant là-bas pour quelques étapes bien senties. Je pense que la route est encore longue pour Nibali jusque Paris.

Deuxièmement, la menace Valverde. Pour moi, le coureur espagnol est désormais le principal adversaire de Nibali. Lui aussi dispose d’une bonne équipe, il a surtout l’expérience des grands tours et présente une belle capacité d’accélération dans les cols. Avec l’arrivée du Tour dans les Pyrénées, Valverde aura le support du public dans les cols et je pense qu’il voudra tenter de renverser le Tour. Et surtout, Valverde est hargneux et ne faiblit pas à mesure que l‘épreuve avance: son travail en est un de sape, et il a déjà commencé son oeuvre en ce sens. Ne comptez pas sur Valverde pour baisser les bras!

Je n’attends par ailleurs pas grand chose de Richie Porte, un podium à Paris serait déjà inespéré pour lui et il voudra probablement la jouer conservatrice d’ici là pour assurer. Dave Brailsford, dont la chute de Froome a relancé la controverse Wiggins, y verrait probablement de quoi répondre aux critiques également…

Troisièmement, l’intérêt du Tour se trouve du côté des coureurs français, qui sont actuellement quatre dans les 10 premiers! (Bardet, Gallopin, Pinot et Peraud). Jusqu’où iront-ils? Si Gallopin devrait reculer en toute logique, les trois autres ont un bon coup à jouer et une place sur le podium n’est pas impossible. Porté par la perspective du maillot blanc jusque Paris, Romain Bardet présente un bel espoir, tout comme évidemment Thibault Pinot qu’on annonce comme un grand depuis quelques années déjà. Le collectif présenté par l‘équipe de Chambéry AG2R – La Mondiale est intéressant sur ce Tour!

Bref, malgré une course au maillot jaune en apparence déjà pliée, le Tour présente d’autres intérêts dans les prochains jours!

2 – SQ. C’est confirmé, la Sureté du Québec facturera désormais pièce sa protection lors d‘événements. Pour les organisateurs de courses cyclistes ou de cyclosportives souvent au prise avec des budgets serrés, c’est une très mauvaise nouvelle qui m’inquiète beaucoup pour l’avenir du calendrier FQSC. Dans certains cas, une telle facture doublera voire triplera les frais d’organisation d’un événement, un choc impossible à assumer. De nombreux événements pourraient donc disparaitre tout simplement dès l’an prochain, faute de pouvoir boucler le budget. Déjà, l’organisation des Championnats Canadiens, qui étaient en Beauce ces dernières années, et donc organisés par un groupe bien rodé responsable notamment du Tour de Beauce, a annoncé qu’il pourrait annuler l‘épreuve dès l’an prochain.

Voilà certainement un dossier difficile et épineux pour la FQSC dans les prochaines semaines, car il y va de la survie du cyclisme au Québec.

Échappées, à quoi bon?

Le titre vient d’un petit article publié ce matin dans L‘Équipe.

De plus en plus de coureurs se posent la question: pourquoi se lancer dans une échappée, elle est de toute façon condamnée à l‘échec grâce aux oreillettes qui permettent aux grosses équipes de sprinters de bien contrôler la course, et ainsi s’assurer que l‘étape finira au sprint.

Que voulez-vous, dans un sport qui, aujourd’hui et comme les autres, est dominé par les intérêts financiers, les équipes de sprinters ne peuvent se permettre de ne pas ramener au moins une victoire d‘étape sur le Tour. Donc on assure un max, et on ne permet pas aux échappées de résister.

Les coureurs qui s‘échappent le font encore pour une seule raison, là encore financière: ça permet de montrer le maillot pendant quelques heures. Du coup, le sponsor est content, et surtout, les petites équipes invitées justifient leur sélection auprès d’ASO puisqu’elles “animent la course”. C’est tout ce qu’on leur demande…

Bref, le Tour devient un spectacle bien rodé, et ça fait des plombes que ça dure. Les oreillettes ont tout changé, les coureurs sont devenus des robots à la solde de tableaux de décision consultés par les directeurs sportifs derrière qui ainsi peuvent calculer assez précisément la corde qu’ils peuvent laisser aux échappées compte tenu de la vitesse, du terrain, etc.

Soyons fair play, ASO joue cependant la carte d’un Tour atypique cette année pour relancer l’intérêt. L‘étape des pavés avant-hier a créé de nombreux rebondissements, et les étapes des Vosges qui se dessinent ce week-end seront piégeuses. On verra ce que ça donne!

Je sais pas vous, mais je trouve Vicenzo Nibali très fort sur ce Tour, et voilà Contador relégué à plus de 2min30. Ca fait beaucoup…

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