Mollema le plus malin en Lombardie

Je suis d’avis que Bauke Mollema n’était pas le plus fort samedi sur le Tour de Lombardie.

C’était Alejandro Valverde le plus fort.

Mais c’est Mollema qui a gagné, parce qu’il a été le plus malin.

Ce dernier savait très bien que s’il attendait la dernière difficulté, Battaglia, il avait perdu. Il savait aussi que si la sélection s’était faite dans Sormano, il aurait aussi perdu.

Trop heureux d’être encore là pour la gagne dans Civiglio, il a bien réalisé que le groupe de favoris dans lequel il évoluait au pied de cette bosse risquait de se regarder, puisque ça se regardait déjà. Dans ce contexte, pourquoi ne pas tenter sa chance?

Son attaque fut parfaitement maitrisée, cyclisme101: parti de l’arrière, il surprend tout le monde et créé immédiatement un bon trou.

Ca se regardait tellement qu’après 500m, Mollema avait 20 secondes d’avance. Après un kilomètre, plus de 35 secondes d’avance. En bonne condition, très bon rouleur, Mollema n’allait pas être repris facilement. Et il a été au bout. Il a eu raison!

J’aime ce genre de victoire d’un coureur malin, fin tacticien, et qui fait paraitre les autres grands leaders comme des cadets.

Woods a bien tenté de relancer, puis Roglic, puis Valverde, puis Bernal, mais c’était à chaque fois trop peu, trop tard, surtout qu’on revenait rapidement au jeu de « je te regarde, tu me regardes, il ne se passe rien ». Seul un excellent Pierre Latour semblait vraiment vouloir rouler, frustré d’être chaque fois repris par le groupe pour voir l’allure tomber. Il relançait immédiatement!

Souvent placé, pas souvent vainqueur, Mollema signe là sa plus belle victoire en carrière, à 32 ans. Jusqu’ici, son fait d’arme était la Classica SanSebastian, gagnée en 2016.

Surtout, cette victoire confirme la belle fin de saison de l’équipe Trek-Segafredo, deux semaines après la victoire de Mads Pedersen lors des Mondiaux du Yorkshire. Ca doit faire du bien à cette équipe après la saison en demi-teinte des Richie Porte, Jasper Stuyven et John Degenkolb. Ce dernier sera d’ailleurs l’an prochain avec la Lotto-Soudal.

Bref, ce n’est pas un Tour de Lombardie dont on se souviendra dans quatre ans, mais le vainqueur a beaucoup de mérite pour avoir eu l’intelligence de bien analyser la course, et de s’être rendu au bout.

Bravo Mollema!

Magnifique Lombardie!

Ca se passe samedi matin: installez-vous confortablement avec un café devant Tiz-cycling, FloBikes, GNC Live! ou une autre plate-forme internet afin d’écouter le final du 113e Tour de Lombardie en direct. Vous ne serez pas déçu!

Au menu de Messieurs les coureurs, 243 kms entre Bergame et Côme, via plusieurs belles ascensions dont le Muro di Sormano et le Civiglio dans le final de la course.

Côté météo, ce sera un temps beau et doux, d’excellentes conditions à priori.

Les images à partir de Bellagio (km 160) jusqu’à l’arrivée seront magnifiques, notamment sur la route qui longe le lac de Côme. La « course aux feuilles mortes » présente un parcours parmi les plus beaux de la saison cycliste.

Les favoris

Incontestablement, un nom: Primoz Roglic. C’est l’épouvantail, l’archi-favori tant il était récemment au-dessus du lot. Il se présente avec une armada autour de lui, la Jumbo-Visma pouvant également compter sur Gesink, Kruijswick, Bennett ou encore DePlus. Le parcours lui convient bien, il sera difficile à battre samedi.

Parmi les autres grands favoris, le Canadien Mike Woods bien sûr qui vient de remporter Milan-Turin. Excellent grimpeur, Woods devrait logiquement émerger dans le Mur de Sormano pour faire la différence dans les deux dernières bosses, soit le Civiglio et le San Fermo della Battaglia. C’est le bon plan de match! Woods est également bien entouré avec Higuita, Bettiol ou encore Kangert.

Alejandro Valverde est également un homme en forme actuellement et gageons qu’il est motivé par l’idée d’enfin s’imposer sur ce Monument du cyclisme, qui manque toujours à son palmarès (il a terminé deux fois deuxième). La Movistar débarque avec Quintana, Landa, Betancur, Amador et Soler, ouf! de quoi pouvoir faire du forcing tôt dans la course.

Quatre autres coureurs seront à surveiller de près, soit Vizenco Nibali, déjà deux fois vainqueur de l’épreuve, le grimpeur français David Gaudu, Adam Yates et Jakob Fuglsang chez Astana.

D’autres peuvent être considérés comme des outsiders: Enric Mas chez Deceuninck, Tiesj Benoot, Tim Wellens ou encore Jelle Vanendert chez Lotto qui dispose donc d’une belle équipe, Egan Bernal (il a gagné hier le GP du Piémont) ou Gianni Moscon chez Ineos, Bauke Mollema chez Trek ou encore Diego Ulissi chez UAE.

Ca devrait se jouer parmi ces coureurs.

Woods, avec la manière

De plusieurs manières, on attendait depuis longtemps que Mike Woods en claque une belle. C’est enfin chose faite avec cette victoire hier sur Milan-Turin, au terme de la fameuse ascension de la Superga, une belle rampe finale d’environ 5 kilomètres à 9% de moyenne, avec un passage à 14%. Parfait pour les qualités de grimpeur de Woods, et il a su cette fois en profiter.

On attendait depuis longtemps car on sentait bien que Woods était en forme ces dernières semaines. Il s’est tapé de gros entrainements dans la région d’Ottawa-Gatineau et de l’Estrie avant d’attaquer les GP de Québec et Montréal où il n’a pas su faire la différence. Les conditions climatiques des Mondiaux ne lui pas davantage permis de s’exprimer. Avec cette récupération forcée, il a peut-être assimilé davantage la charge d’entrainement d’il y a quelques semaines et il pète désormais le feu!

Chose certaine, Woods commence à nous habituer à des fins de saison excitantes. C’est un homme de l’automne! Il avait gagné l’an dernier à cette époque une étape de la Vuelta avant de terminer 3e des Mondiaux en Autriche, derrière Valverde et Bardet.

On attendait également depuis longtemps une victoire canadienne sur une classique d’un jour en Europe, la dernière remontant probablement à celle de… David Veilleux en 2012 sur les Tri Valle Varesine, une course disputée il y a quelques jours.

Surtout, Woods s’est imposé de brillante façon hier.

Il a d’abord su appliquer la pression tôt dans l’ascension. Un grimpeur comme lui ne pouvait espérer décrocher Valverde ou Yates dans le dernier kilomètre si ces derniers s’y étaient présentés frais. À son époque, Pantani, pur grimpeur s’il en est, l’avait compris et n’attendait jamais les derniers kilomètres des cols pour « mettre en route ». On pouvait suivre son rythme sur un ou deux kilomètres, pas sur 10.

En appliquant la pression pendant 4 kilomètres, Woods a usé les Valverde, Yates, Bernal, Mollema, Fuglsang, Benoot et s’est débarrassé de tous les autres coureurs. Seul l’autre grimpeur du lot, le Français David Gaudu, a su donner la réplique à Woods durant l’ascension, lançant lui aussi plusieurs attaques qui ont fait mal à tout le monde.

Woods a également démontré une belle maitrise de la course en couvrant toutes les attaques dans les derniers 4 kms, sûr de sa forme. C’était carrément beau à voir! Et je suis d’avis qu’il y avait un petit peu du coup de pédale de… Alberto Contador dans celui de Woods, surtout en danseuse.

Gaudu m’a surpris plusieurs fois, il avait l’air à la rupture et attaquait quand même. Il s’est bien battu.

Et de voir Valverde encore en jeu pour la gagne sous la flamme rouge n’était pas rassurant non plus, ce vieux briscard ayant encore un punch redoutable dans les derniers mètres d’une arrivée en côte, et beaucoup de métier. Woods a très bien manoeuvré en appliquant la pression pour le lâcher aux 300 mètres.

Bref, une très belle victoire qui prouve sans l’ombre d’un doute que Woods peut désormais faire jeu égal avec les plus grands du peloton pro, sur les plus grandes courses.

Son entrevue d’après-course est ici.

La Lombardie samedi

Un texte présentant les enjeux de la course sera diffusé demain. En attendant, Woods s’inscrit comme un grand favori pour samedi, mais derrière Primoz Roglic selon moi, ce dernier marchant en ce moment du feu du Dieu.

On annonce beau et doux du côté de Côme samedi, ca sera parfait pour Messieurs les coureurs.

Woods aura toutefois beaucoup plus à faire samedi. La course est beaucoup plus longue et difficile, on attaquera le redoutable Mur de Sormano au km 185 et la course en comporte 243, contre « seulement » 179 hier. Milan-Turin se résumait à une course sur les 30 derniers kms, les premiers 150 étant tout plat. En Lombardie, ca sera plus usant sur les 180 premiers kms. Et ca roulera probablement plus vite tôt.

Woods dispose toutefois d’une belle rampe, le Mur de Sormano, pour faire un gros écrémage. Gageons que la course se lancera réellement à cet endroit, avant l’explication finale dans l’enchainement Civiglio-San Fermo Della Battaglia. C’est là que Pinot avait lâché Nibali l’an dernier avant de s’imposer à Côme. Le plan de match est clair.

Woods ayant plusieurs saisons professionnelles à son actif, les 243 kilomètres ne devraient plus être un problème samedi. S’il est bien épaulé par son équipe, il peut gagner, aucun doute là-dessus.

Je souhaite une première victoire canadienne sur un Monument du cyclisme samedi!!! Go Mike! L’histoire du cyclisme canadien te tend les mains…

Woods, finalement!!!

Michael Woods, vainqueur aujourd’hui de Milan-Turin, après une montée effectuée « en patron » du peloton.

WOW!

La montée de la Superga a été un très beau moment de course cycliste, avec des attaques constantes, notamment du grimpeur français David Gaudu (les images sont ici). Woods avait mis la pression dès le pied de l’ascension, et a sauté sur tout ce qui bougeait à partir de là. Il fallait se méfier du vieux briscard Valverde, qui est monté « au métier » et qui, à 300m de la ligne, était encore dans la roue de Woods. Il a craqué au sprint.

Bravo Mike! Il aura cependant « la pancarte dans le dos » lors du Tour de Lombardie samedi prochain. Manquez pas ca!

Ca roule en Italie!

Fin de saison assez intéressante merci du côté de l’Italie, avec le Giro d’Emilia et le GP Bruno Beghelli ces derniers jours, et à venir cette semaine les Tri Valle Varesine, Milan-Turin et le Grand Prix du Piémont en prélude au Tour de Lombardie, samedi prochain.

Le final de ce Tour de Lombardie est superbe, avec la Madonna Del Ghisallo à franchir, puis le difficile Muro di Sormano qui nous ramène vers le lac de Côme, puis la route qui longe le lac et le retour sur Côme via cette boucle pour aller chercher le Civiglio et le SanFermo. Ne manquez pas les images samedi prochain, de quoi se motiver à rouler encore!

À noter la belle 2e place du Canadien Mike Woods sur le Giro d’Émilia, battu seulement par un Primoz Roglic qui a retrouvé un second souffle après sa victoire épuisante sur la Vuelta. Mike Woods sera l’un des favoris du Tour de Lombardie et ca sera intéressant à suivre.

Pour suivre les 2 dernières heures du Giro d’Émilia, c’est ici sur la télé italienne. Merci à un lecteur de LFR, f p, pour le lien!

On commentera le reste de l’actualité cycliste plus tard cette semaine.

Des vikings maîtres du gros temps à Harrogate

Tout le monde s’entendait, à la lumière des prévisions météo, pour dire que ça serait épique.

Ben ca n’a pas loupé! Épique et… imprévisible!

46.

Ils sont 46 sur 197 coureurs à avoir complété l’épreuve, raccourcie de 24 kilomètres pour tenir compte des éléments climatiques. Une décision de l’UCI qui est loin de faire l’unanimité, et avec laquelle je ne suis moi-même pas d’accord. Passons sur ce point.

Pour Julian Alaphilippe, 28e hier, ce fut la course la plus dure de sa carrière. La tronche des survivants dans les 15 derniers kilomètres en disait long sur la difficulté de la course, qui nous reconnectait de ce fait avec les racines même du sport cycliste.

Une course sans oreillettes non plus, et on s’est régalé de la dynamique que ca a créé dans le final.

Et deux équipes ont dominé les débats dans le final, celles du Danemark et de l’Italie, qui placent trois coureurs chacune dans les 12 premiers.

Trois coureurs précis étaient selon moi hier au dessus du lot: Pedersen le vainqueur bien sûr, mais aussi Van Der Poel et Sagan.

Le fait de course marquant, c’est la défaillance imprévisible de Van Der Poel à 12,5km de l’arrivée, à l’entrée du dernier tour. Il avait fait jusque là course parfaite, et probablement le plus dur en attaquant à 33 kilomètres de l’arrivée, sans que personne ne puisse le suivre, exception faite de Trentin. Échappé avec quatre autres coureurs par la suite, il lui suffisait d’accélérer dans la dernière bosse pour finir seul.

Au lieu de cela, la fringale complète, soudaine et inattendue. En regardant bien les images, on voit bien qu’une fois échappé dans son petit groupe, Van Der Poel prenait de gros relais, sûr de sa force. Il a probablement péché par excès de confiance hier, en faisant un peu trop, un peu trop tôt dans ces conditions climatiques exécrables.

Van Der Poel out, c’était course gagnée pour Matteo Trentin, le meilleur sprinter de l’échappée. Moscon son compatriote s’est logiquement sacrifié, et à la flamme rouge l’italien d’expérience ne pouvait plus perdre.

Et ben non. Lui-aussi aura payé les éléments apocalyptiques, tétanisé dans le dernier tour après avoir retiré sa veste de pluie. Son sprint n’aura duré que quelques secondes. Trentin et toute la Squadra Azzura auront bien du mal à s’en remettre de celle-là, c’est une chance unique dans une carrière et rarement avons-nous vu un archi-favori du sprint perdre de la sorte. Les Italiens devront attendre au moins un an de plus pour succéder à Alessandro Ballan…

Pedersen s’impose donc à 23 ans, et deux ans après avoir terminé 2e du Tour des Flandres. C’est un homme qui marche mal dans la chaleur – dixit Alain Gallopin – et qui affectionne donc les conditions climatiques difficiles. Un vrai flahute ! Parfaitement opérationnel hier, passant toujours ses relais, il n’aura eu qu’une faiblesse dans le dernier tour, alors que Kung faisait le forcing pour évincer Moscon dans une bosse. Revenu à la pédale, il reprenait ses relais en tête de groupe aussitôt, rien à dire sur sa loyauté à l’échappée sinon chapeau, une course réglo, limpide, parfaitement maitrisée. Et quel sprint!

On a enfin vu Sagan faire un baroud d’honneur dans les derniers hectomètres de la course, bien marqué cependant par un autre Danois, Michael Valgren, qui couvrait pour Pedersen devant. Un sans faute des Danois! Pour Sagan, c’était trop peu, trop tard.

Les Belges auront couru à contre-pied toute la course, comme les Australiens et les Français, ces derniers étant tous lâchés dans le final. Idem pour le Canada: aucun coureur à l’arrivée. Ceci étant, loin de moi l’idée de les critiquer, c’était une course dantesque hier, dans des conditions tout à fait exceptionnelles. La majorité des coureurs ont souffert du froid surtout. Mention bien à Hugo Houle, dans l’échappée matinale. Il a eu raison, au moins il s’est tenu chaud pendant un moment!

Parmi les autres informations du jour, quelques problèmes avec les transmissions électroniques, à l’instar d’Esteban Chaves. Ce type de transmission continue de ne pas apprécier les longues sorties dans l’humidité. Les batteries souffrent probablement, comme l’étanchéité.

L’année des jeunes

Vous êtes nombreux à vous questionner sur ce site du succès des jeunes coureurs cette saison. À 23 ans, Pedersen en rajoute une couche à ce niveau, les coureurs de moins de 25 ans ayant multiplié les victoires de prestige cette saison, faisant presque oublier les plus vieilles générations. Hasard? Autre chose? Il faudra probablement attendre la confirmation de tous ces jeunes en 2020 avant de tirer des conclusions!

Les autres résultats

On attendait le néerlandais Van Der Poel sur ces Mondiaux, ce fut finalement la néerlandaise Van Vleuten qui s’est illustrée en remportant la course des femmes chez les élites. Après une échappée solitaire de 100 bornes, excusez-du-peu!

Sinon, j’ai été impressionné du succès de l’équipe américaine sur ces Mondiaux. Quinn Simmons qui remporte le titre sur route chez les juniors après avoir terminé 4e du chrono, son co-équipier Magnus Sheffield 3e de la même course, Chloe Dygert 4e sur route chez les élites après avoir gagné par plus d’une minute le chrono, Amber Neben 4e du même chrono, Leah Thomas 7e, Megan Jastrab qui remporte le titre sur route chez les femmes junior, wow, que de résultats! Un nouvel âge d’or du cyclisme américain au plus haut niveau serait-il pour bientôt?

La suite

La suite, c’est essentiellement en Italie que ca se passera, avec quelques semi-classiques et surtout, surtout, le Tour de Lombardie le 12 octobre prochain, une course vraiment très difficile dans des paysages vraiment très beaux. Une autre course à ne pas manquer, un vrai monument du cyclisme qui couronne habituellement un grand champion. Après les Mondiaux hier, ils sont nombreux à vouloir profiter d’une bonne condition pour aller chercher un dernier grand résultat, y compris… le Canadien Mike Woods.

Samedi matin morose au Québec

Samedi matin pluvieux au Québec, on se croirait au Yorkshire! Au moins, ca a l’avantage de nous mettre dans l’ambiance pour demain…

Les récentes nouvelles dans le monde du cyclisme et du ski de fond au Québec n’aident en rien à l’ambiance morose de ce samedi.

On apprenait plus tôt cette semaine que le GP de Saguenay, ben c’est fini. La ville a coupé les subventions à l’événement, qui représentaient le quart du budget d’environ un million de dollars. La ville affirme qu’elle a dû prendre des décisions difficiles afin de boucler son budget.

Rappelons que le GP de Saguenay était une épreuve UCI America Tour de sanction 2.2, comme le Tour de Beauce.

Voilà qui souligne de façon évidente à quel point les organisations d’épreuve au pays sont laissées à eux-mêmes pour boucler leur budget, une situation portée à mon attention à de nombreuses reprises par des organisateurs de course eux-mêmes. Depuis des années, Cyclisme Canada s’est tourné vers la piste, délaissant la route. Derrière les Houle, Duchesne et Woods qui, plus jeunes, ont bénéficié de structures leur permettant de progresser comme ces courses ou les équipes SpiderTech ou Garneau, c’est le désert pour les jeunes coureurs canadiens d’aujourd’hui qui peinent à trouver au pays les structures pour leur permettre de franchir des étapes. L’exil est devenu la seule alternative, avec une nuance: le retour salutaire d’une équipe Canada sur le dernier Tour de l’Avenir.

Mais réjouissez-vous, le Canada a cartonné sur la piste de Cochabamba en Colombie lors des récents Jeux panaméricains…

On apprend également que la belle « loppet » du Tour du Mont Vallin en ski de fond est menacée de disparaitre, faute de budget pour 2020. J’ai participé à cette épreuve il y a deux ans, et plus de 450 fondeurs étaient au départ l’an dernier. L’épreuve équivalente en vélo de montagne au même endroit avait pour sa part disparue fin 2015.

On apprend que le Ski Marathon d’Oka connait actuellement certains enjeux de renouvellement de son comité organisateur, ce qui menace l’édition 2020 de cette épreuve importante au calendrier des courses de ski de fond au Québec, et à laquelle je participe depuis plusieurs années.

Chaque année, l’organisation de la Gatineau Loppet – tellement un bel événement! – fait également face à son lot de défis afin de boucler le budget et assurer une participation significative.

C’est donc une part très significative du calendrier des maitres fondeurs de l’Association des maitres en ski de fond du Québec qui est actuellement menacée.

Je ne comprends pas toujours bien ces difficultés à la lumière du nombre de fondeurs qui m’apparait en hausse partout au Québec. Il y a 15 ans un soir de semaine à la frontale dans le Parc de la Gatineau, je croisais davantage de chevreuils et de porc-epics que d’êtres humains. L’hiver dernier, ce sont des hordes de fondeurs qui s’entrainaient dans la montée du lac Pink un mercredi soir entre 19 et 20h, par -20 degrés… et je ne vous parle pas du nombre de skieurs à roulettes qu’on peut croiser ces jours-ci un matin de fin de semaine dans certaines sections du Parc de la Gatineau.

On apprend enfin que l’usine Louis Garneau en banlieue de Québec ferme sa division textile, pour se concentrer sur son « nouveau modèle d’affaire » qui s’oriente vers la commercialisation, le marketing digital et le « branding ». Autrement dit, on sous-traite la production en Asie, là où les salaires sont moins élevés et les avantages sociaux quasi-inexistants, et on se concentre sur la vente en ligne, le marketing et surtout, surtout, ce fameux « branding » qui consiste à vous faire croire que le produit X de telle marque, qu’on a bourré de « concepts », est meilleur que le produit Y d’une autre marque. Les deux ont pourtant été faits au même endroit, en Chine… et parfois même dans la même unité de production! Quant à ces fameux concepts, ils sont le plus souvent creux.

Plus que jamais, je me tourne vers Assos, une compagnie familiale avec des valeurs à la bonne place: ils ont conservé leur production en Europe, point final. Oui, quand je paye (cher) un cuissard Assos, je paye non seulement une qualité et un fond de cuissard state of the art, mais aussi un fond de pension d’un(e) employé(e) bulgare.

C’est comme pour le climat: ca s’appelle la responsabilisation.

Fouillez nos archives!