Le Tour de l’actualité: récents résultats, et retraite de Dominique Rollin

Ca fait un moment qu’on a pas fait ensemble le tour de l’actualité cycliste:

1 – Flèche Brabançonne. C’est un peu le “prologue” des Ardennaises qui débutent ce week-end avec l’Amstel Gold Race, et qui font place aux Flandriennes dont la der était Paris-Roubaix dimanche dernier.

Philippe Gilbert s’est donc imposé sur l‘épreuve au terme d’un final assez débridé, ouvert, et au bout d’un sprint disputé dans un légère bosse. Gilbert l’a joué à l‘économie, ne se dévoilant qu’au dernier instant pour aller chercher la victoire. Il avait cependant fourni un effort plus conséquent plus tôt dans la course pour revenir sur le groupe Gerrans, prouvant qu’il est à son poids de forme dans les bosses. Ca promet pour la suite, et malgré que Gilbert la joue modeste “Je suis prêt à perdre les courses, je ne ferai pas le travail pour tout le monde.“ il sera assurément un des favoris pour le triptyque Amstel-Flèche-LBL, surtout s’il est secondé par Van Avermaet, Evans et VanGarderen…

Soulignons aussi la belle 3e place du Français Tony Gallopin qui vient enfin faire un résultat pour l‘équipe belge Lotto, en manque ces dernières semaines. Lui aussi sera à surveiller sur les Ardennaises.

Le quadragénaire et multi-récidiviste David Rebellin est pour sa part classé 7e de l‘épreuve, une belle place mais je suis pas certain que cela me fasse plaisir…

2 – Ces lieux qui font le printemps, ou un intéressant montage permettant de découvrir les hauts lieux des Classiques du début de saison.

3 – Robert Gesink vient de mettre sa carrière en veilleuse, le temps d’essayer de régler des problèmes d’arythmie cardiaque liée au stress et à l’anxiété causés notamment par la pression de la compétition. C’est un coureur plutôt sympathique et je nous souhaite de le retrouver très bientôt dans le peloton pro, pour son punch en vue d’une ligne d’arrivée.

En lien avec cette nouvelle, l‘émission Le Code Chastenay de Télé-Québec a récemment parlé des effets potentiellement néfastes sur le coeur d’un entrainement intensif voire d’un surentrainement. De plus en plus d‘études scientifiques, réalisées avec des échantillons significatifs, semblent montrer que pousser la machine humaine à fond peut poser des problèmes à long terme, lorsque les athlètes vieillissent. Ceci étant, il convient de ne pas oublier tous les bénéfices également!

4 – Tour de l’Alberta. Bonne nouvelle, l‘épreuve cycliste du Tour de l’Alberta, dont la première édition a eu lieu l’an dernier, a confirmé son financement jusqu’en 2016. Disputée du 2 au 7 septembre prochain, l‘épreuve passe évidemment par Calgary et Edmonton et constitue une excellente mise en jambes pour les équipes pro européennes traversant l’Atlantique pour venir disputer les GP de Québec et Montréal, une semaine après.

5 – Intéressant petit tour en photo des technologies utilisées par les équipes pro lors du récent Paris-Roubaix.

Et ici, un intéressant petit vidéo d’ambiance sur le Secteur pavé #8 de Paris-Roubaix, vidéo proposé par l’ami Jean-Michel Guidez.

6 – Encore un réseau de dopage, notamment touchant des équipes cyclistes amateurs, de démantelé en… Espagne. Comme quoi il convient d‘être encore très vigilant…

Et que dire de cette mystérieuse histoire d’une boite de pilules retrouvées dimanche sur le bas côté de la route de Paris-Roubaix, une fois les coureurs passés?

7 – La limite UCI de 6,8 kg pour les vélos bientôt révisée? C’est ce que laisse entendre le site Matos Vélo, et il me paraît urgent que l’UCI revoie en effet cette limite qui n’a pas bougé depuis des années… On sait aujourd’hui fabriquer des cadres, des roues et des groupes sûrs permettant de s’approcher des 6 kg en toute sécurité.

8 – Dominique Rollin. Le coureur québécois a finalement informé la semaine dernière le public et ses fans de sa situation, après des mois de mutisme. Et pour “The Horse”, c’est tout simplement la retraite sportive, à 31 ans.

De toute évidence, Dominique Rollin en a gros sur le coeur (avec raison), s‘étant dévoué au service de ses leaders des années durant, et n’ayant pas vu le fruit de ce travail récompensé durant l’hiver par le renouvellement de son contrat. C’est frustrant pour lui bien sûr, et pour nous. Il faut dire qu’avec la disparition de plusieurs formations professionnelles durant l’inter-saison, notamment Vacansoleil et Euskaltel, le marché de l’emploi chez les coureurs pro a été particulièrement difficile au cours des derniers mois. Même Samuel Sanchez, champion olympique 2008, a eu du mal à se replacer!

Pour Rollin, cette fin de carrière nous laisse à tous un goût d’inachevé. Nombreux étions-nous à penser que Dominique Rollin pouvait faire beaucoup mieux au plus haut niveau, notamment grâce à une puissance et une caisse hors norme. Il n’a malheureusement que très rarement pu jouer sa carte personnelle, et n’a donc pas pu se bâtir un palmarès digne de ce nom, notamment sur des courses comme Paris-Roubaix ou Paris-Tours, voire des étapes des grands tours. Il l’a payé cher au cours des dernières semaines et le milieu s’est montré impitoyable.

À titre personnel, j’en veux à Marc Madiot de ne pas avoir repris Dominique au sein de sa formation FDJ.fr qui dispose pourtant de deux sprinters de premier plan, Bouhani et Demare. Il me semble que Rollin est un coureur parfait pour lancer efficacement un sprinter en vue de la ligne. Préférence nationale? Points UCI? Mésentente avec d’autres coureurs au sein du groupe?

Quoi qu’il en soit, les départs de Rollin, Parisien et Veilleux durant l’inter-saison auront porté un dur coup au cyclisme québécois au sein du World Tour. Restent Boivin, Duchesne et Houle pour le moment.

Lance is back!

Rigolo. Par contre, faudra lui montrer comment placer un déblocage rapide sur la roue avant…

Roulette russe sur Paris-Roubaix!

Celle-là, je pense qu’on n’a pas fini d’en parler!

C’est à un Paris-Roubaix très ouvert et surtout très tactique qu’on a assisté hier. Son vainqueur, Niki Terpstra, est celui qui a tiré le gros lot à la toute fin, non sans un bel effort dans les tous derniers kilomètres, ne laissant aucun doute sur sa forme et son mérite.

Au sprint, Degenkolb et Cancellara ont complété le podium, Vanmarcke est 4e, Sagan 6, Thomas 7e, Wiggins 9e et Boonen 10e. Que du beau monde!

Le point tournant de la course?

Selon moi, c’est la reprise de ce qui apparaissait alors comme la bonne échappée (groupe Cancellara, Sagan, Vanmarcke, Degenkolb et Stybar) par un groupe de 6 coureurs au sein duquel on retrouvait Boonen et Terpstra, Wiggins et Thomas, De Backer (Giant-Shimano) et Langeveld.

Du coup, onze coureurs se retrouvaient en tête à moins de 10 bornes de l’arrivée, dont… trois Omega Pharma-Quick Step, deux Sky et deux Giant-Shimano. À ce moment, la situation de Sagan, Cancellara et, dans une moindre mesure de Vanmarcke, était donc bien compliquée!

La suite fut limpide, les Omega Pharma jouant parfaitement l’avantage numérique en envoyant Terpstra devant. La pression de chasser se retrouvait alors surtout sur les Giant-Shimano, puisque le sprinter Degenkolb disposait encore d’un équipier, De Backer. Les autres n’ont pas bougé. Sky aurait pu en faire plus…

LA question qui tue: pourquoi donc Cancellara, Sagan et Vanmarcke ont-ils laissé le groupe des six rentrer dans le final? Ma seule explication est qu’ils étaient probablement plus assez frais pour faire la différence, qui plus est dans un vent souvent défavorable. Et la présence de Sagan et Degenkolb, deux sprinters, dans ce petit groupe de 5 les gênait très certainement, mais il fallait tenter de s’en débarrasser!

Quoi qu’il en soit, il est très clair pour moi que Cancellara, Sagan et Vanmarcke ont perdu Paris-Roubaix en permettant au groupe de six de rentrer sur eux. L‘équilibre des forces basculait alors complètement et Cancellara, en particulier, se retrouvait avec une situation difficilement gérable, avec trois Omega Pharma, deux Giant-Shimano et deux Sky.

Et même cuit, je demeure convaincu que Cancellara a commis l’erreur de ne pas produire un gros effort dans le secteur du Carrefour de l’Arbre. Les résultats montrent que des onze, beaucoup étaient sérieusement entamés, Sagan compris. Même cuit, Cancellara était peut-être le moins cuit de tous et Sagan ainsi que Degenkolb auraient peut-être cédé… mais on ne le saura jamais. Chose certaine, la présence de Stijn Devolder, équipier de Cancellara, aurait complètement changé ce final j’en suis sûr!

Je donne encore une fois un petit carton rouge à Vanmarcke qui se préoccupe beaucoup de Cancellara, mais qui entretemps n’assume pas ses responsabilités de leader de la Belkin en faisant sa propre course à lui.

Par ailleurs, j’ai bien aimé la course d’offensive des OmegaPharma, qui ont lancé Boonen à 65 kms de l’arrivée. Pendant 20 bornes, ce dernier nous a donné l’impression qu’il était parti pour faire un sacré truc. Un Omega Pharma en cachait un autre… et leur collectif n’a pas été pris en défaut.

Par contre, l‘échec du collectif est à placer du côté des BMC, qui ont fait la course pour finalement s‘éteindre complètement dans les 25 derniers kilomètres. Seule consolation pour eux, Thor Hushovd était visiblement de retour à son niveau, après deux années difficiles. Hoshovd termine à une très respectable 19e place, à un peu plus d’une minute du vainqueur.

Des deux Québécois au départ, seul Hugo Houle chez AG2R – La Mondiale a rallié le vélodrome de Roubaix, un bel accomplissement qu’il pourra chérir le restant de sa vie. Antoine Duchesne chez Europcar n’a pas terminé, pris dans une chute.

Cancellara pour l’Histoire!

Paris-Roubaix – La Reine des Classiques. Ambiance.

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Ca roule au pays basque

Superbe étape hier sur le Tour du Pays basque, avec un festival d’attaques dans la dernière ascension vers la ligne. Avec à la clef une victoire de Wout Poels (on attendait plutôt Kwiatkowski!) et que du beau monde dans les 20 premiers. Les acteurs des Ardennaises qui arrivent très vite maintenant sont à chercher parmi eux. Parmi les énigmes, Philippe Gilbert et Ryder Hesjedal, pour le moment pas au mieux.

Contador reste en tête de la course, avec une priorité de 12 secondes sur Valverde. Encore une étape accidentée aujourd’hui, et demain samedi le chrono de 26 bornes. Passionnant!

Backstage sur le Ronde

Magnifique vidéo autour de l’expérience des Orica-GreenEdge sur le récent Tour des Flandres.

Mes nuances dans l’histoire Arnaud Papillon

La volonté exprimée par Arnaud Papillon, ce prometteur coureur cycliste trouvé positif à l’EPO il y a 2 ans, de revenir à la compétition au sein du club cycliste de Boucherville a défrayé la chronique au cours de la semaine dernière suite à la sortie de l’ex-coureur pro François Parisien qui a refusé de partager la même tribune que M. Papillon lors du prochain camp de formation de l‘équipe.

La nouvelle a même été reprise par Simon Drouin de La Presse vendredi dernier.

Plusieurs d’entre vous m’ont demandé ce que j’en pense.

Premièrement, je tiens à rassurer François, et vous tous: je suis fermement contre le dopage dans le cyclisme (en doutiez-vous?!), et je lutte à ma façon depuis plus de 10 ans contre ce cancer du cyclisme. Comme François, comme Lyne, comme plusieurs autres, je suis révolté par les coureurs qui osent se doper, car ces derniers volent tout simplement la carrière, les revenus et pire encore les rêves d’autres athlètes qui, eux, respectent les règles.

Je vous rappelle qu’il est faux de croire que tous les coureurs se dopent, comme il est faux de croire que parmi ceux qui se dopent, tous se dopent de la même façon.

Anyway comme François, j’en veux à Michael Barry et Ryder Hesjedal de l’avoir parfois volé de places sur l‘équipe nationale.

Comme Lyne, j’en veux à Geneviève Jeanson d’avoir limité son épanouissement sportif. Intrinsèquement, Lyne était pourtant une athlète plus douée physiquement que Geneviève.

Comme vous tous, j’en veux à Lance Armstrong d’avoir fait tant de tort au cyclisme tout entier par ses mensonges éhontés des années durant. J’en veux aux innombrables coureurs pro dopés ces 15 ou 20 dernières années d’avoir placé ce si beau sport là où il est aujourd’hui dans l’opinion publique: un sport de triche, un sport peu crédible.

Et comme François, j’ai toujours estimé que les sanctions à l‘égard des dopés n‘étaient pas assez sévères. Je l’ai souvent exprimé sur ces pages.

Bref, je comprends tout à fait la position de François Parisien. Elle a l’immense mérite de laisser clairement voir les frustrations que le dopage amène parmi les coureurs sains, d’une façon différente de celle de Christophe Bassons ou Gilles Delion. Les autorités devraient en prendre acte. La justice concerne aussi les victimes!

Ceci étant, est-il acceptable voire moral qu’Arnaud Papillon revienne au cyclisme?

Je pense que oui.

Il a en effet payé sa dette selon les règles. La sanction est-elle suffisante? C’est une autre question qui concerne d’autres acteurs, notamment les institutions chargées de la gouvernance du cyclisme.

Arnaud a également reconnu s‘être dopé. Ce n’est pas tous les piqués positifs qui le font, au mépris même de l’intelligence des amateurs de cyclisme.

Arnaud a donc assumé la responsabilité de ses actes.

Dans notre société de droit, chaque faute a une sanction. Une fois la sanction purgée, je suis d’avis que tout le monde a le droit à une deuxième chance.

Comme Érik Lyman avant lui, comme Benjamin Martel à la fin de la saison dernière, je suis donc d’avis qu’Arnaud Papillon doit pouvoir – s’il le souhaite et en trouve les moyens – ré-intégrer le peloton. Il sera peut-être davantage surveillé par les autorités dans l’avenir, c’est normal.

Ayant avoué avoir commis une erreur, repentant, je suis même d’avis que son expérience peut servir les plus jeunes à éviter de tomber dans le piège du dopage. Quoi de mieux côté crédibilité qu’un ex-alcoolique pour parler lors d’une soirée des AA? En ce sens, Arnaud peut oeuvrer pour le bien commun en partageant ses dérives pour faire de la prévention.

Je rejoins donc l’opinion de Simon Lambert-Lemay en quelque sorte, en ajoutant cependant que Simon devrait comprendre les frustrations de François qui sont légitimes.

J’apporte cependant une nuance très importante à cette position.

Si le fait qu’Arnaud Papillon ou d’autres ex-dopés reviennent EN COURSE après avoir purgé une suspension pour dopage me parait recevable, je suis absolument catégorique quant à permettre aux ex-dopés d’occuper, une fois la retraite sportive arrivée, des emplois dans l’univers du cyclisme lorsque ces emplois sont liés à l’encadrement – entrainement ou autre – de coureurs, quels qu’ils soient, en activité. C’est non.

L’UCI a d’ailleurs adopté, en 2011, une politique visant à interdire que des ex-dopés puissent travailler au sein d‘équipe: l’UCI ne leur délivre tout simplement pas de licence à cet égard. L’esprit de ce règlement est très clair: tu t’es dopé durant ta carrière? Une fois celle-ci terminée, tu ne peux pas travailler dans l’entourage de cyclistes ou encadrer d’autres athlètes. Point final. Do something else.

Ainsi, la présence de Bjarne Riis ou Alexandr Vinokourov comme managers des équipes Tinkoff-Saxo et Astana m’apparait absolument intolérable. Comme la présence d’Erik Zabel au sein de l’encadrement chez Movistar, et tant d’autres encore. Pas surprenant dans ce contexte que le cyclisme peine à s’en sortir et que l’omerta soit toujours la règle #1…

C’est une question de confiance rompue: coureur, on peut toujours tester plus souvent ces repentis qui reviennent à la compétition. Dans l’encadrement, comment s’assurer, une fois les portes closes, de leurs bons conseils face à de jeunes coureurs qui demandent ce qu’il faut faire pour réussir au plus haut niveau?

Le vrai scandale est là selon moi: tous ces ex-dopés qui travaillent aujourd’hui encore avec de jeunes coureurs ou de jeunes pros rêvant de percer au plus haut niveau. Comment leur faire confiance le jour où, détruit par une course terminée loin derrière, le jeune néo-pro pose les vraies questions?

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