Froome: Epic Ride!

C’est assez monstrueux ce qu’a fait Chris Froome hier lors de la 19e étape du Giro, une étape vraiment difficile avec notamment le passage du Colle Delle Finestre, Sestrières et la montée finale de Jafferau.

Ce qui m’a impressionné le plus, c’est que Froome a osé attaquer de loin: à 80 bornes de l’arrivée! 80 bornes!

Froome nous avait plutôt habitué à accélérer dans les derniers hectomètres des étapes de montagne, pas d’attaquer aussi loin de l’arrivée.

Son attaque a été bien préparée par son équipe, le dernier à offrir un gros relais étant Élissonde. Après, ce fut solo sans rien lâcher, pas même dans les descentes où Froome a réussi à augmenter significativement son avance.

Derrière, ce fut la déroute pour beaucoup: exit Yates, qui s’est complètement effondré, exit Aru (abandon), exit Pozzovivo (qui lâche 8 minutes), il n’y a que Dumoulin, Pinot, Lopez et le surprenant Carapaz pour limiter les dégâts.

Je n’explique pas l’effondrement de Yates, qui a cédé en quelques mètres seulement. Grosse fatigue? Il semblait tellement dominant et facile il y a à peine une semaine… Comment est-ce possible?

Pinot a fait la bonne opération du jour hier, remontant sur le podium de ce Giro. Il devrait y rester demain.

Avec 40 secondes d’avance et une sacré équipe autour de lui, je ne vois pas comment Froome peut dorénavant perdre ce Giro. Dumoulin semblait dans ses derniers retranchements hier dans le final, et l‘étape d’aujourd’hui n’est pas plus facile. Il suffira à Froome de produire une bonne accélération dans les derniers kilomètres pour mettre à mal le champion néerlandais.

Plusieurs parlent, dans les médias, d’une journée hier qui restera dans l’histoire du Giro. Oui, certainement, car on n’a pas souvent assisté à de tels raids dans le cyclisme moderne. Le dernier en date est probablement celui d’Alberto Contador sur la Vuelta 2012, lors de l‘étape de Fuente Dé, où il avait renversé l‘épreuve et dépossédé Joaquim Rodriguez de son maillot amarillo, sur une seule étape.

Un grand champion, Froome? Je ne sais pas, je ne sais plus trop quoi penser avec l’affaire du Salbutamol. Ceci étant, c’est certainement avec ce genre d’exploit hier qu’une légende se forge…

Giro: rien n’est joué!

28 secondes.

C’est le retard qu’accuse Tom Dumoulin sur le maillot rose Simon Yates, qui a montré hier des premiers signes de faiblesse en craquant dans les trois derniers kilomètres de l‘étape, et cédant rapidement environ 25 secondes.

Il reste deux grosses étapes de montagne, demain et samedi. Rien n’est donc joué sur ce Giro! Voilà qui prouve également qu’une course de trois semaines est bien difficile à gérer: Yates semblait intouchable durant la 1ere et la 2e semaine, il a montré certaines limites hier.

Jour sans? Possible. Mais le doute s’est probablement installé dans son esprit, et la confiance qu’il est “prenable” dans l’esprit de ses adversaires.

La clé dans tout ca? Chris Froome et son équipe Sky!

Pointé à plus de trois minutes, Froome n’a pas le choix, il doit attaquer. Dumoulin le sait, et voudra profiter du travail des Sky pour mettre à mal Yates. Froome peut compter sur un Wout Poels excellent hier, capable de l’accompagner jusque dans le dernier kilomètre lors des arrivées en altitude. Si le verrou saute dans les deux prochains jours, ca pourrait bien venir du travail de la Sky, Poels tout particulièrement.

Dumoulin, en tout cas, a un bon coup à jouer à 72h de l’arrivée.

Quant à Yates, il a un atout, et cet atout s’appelle Mikel Nieve.

Woods: la victoire d‘étape

Autre élément qui est très clair: Woods passera à l’attaque aujourd’hui ou demain. Il a fait gruppetto hier, ce qui veut clairement dire qu’il ne joue plus le général mais bien une victoire d‘étape. Désormais pointé à plus de 26 minutes du maillot rose, il n’est une menace pour personne et voudra donc profiter d’une certaine liberté pour viser l‘étape. Je pense qu’il sera particulièrement actif aujourd’hui… wait and see!

Chose certaine, Woods et son équipe ont fait le bon choix: finir 12e ou 25e du Giro n’a pas d’importance. Une victoire d‘étape aurait un retentissement tout autre…

Pinot, que faire?

La situation est moins claire pour Pinot, 5e du général à un peu plus de quatre minutes. Il voudra probablement aller chercher lui aussi une étape, tout en préservant sa place au général, même si le podium semble désormais hors d’atteinte. La meilleure stratégie dans son cas est probablement de viser une victoire d‘étape dans le dernier kilomètre, car ses adversaires ne le laisseront pas partir de loin.

La suite aujourd’hui et demain s’annonce passionnante!

La farce Aru

C‘était LE test de ce Giro, un chrono de 35 bornes hier.

En gros, la logique a été respectée, Rohan Dennis s’est imposé, Dumoulin et Froome sont parmi les meilleurs. Dumoulin n’a probablement pas performé au niveau attendu, preuve que sa condition physique sur ce Giro n’est pas celle qu’il avait l’an dernier à pareille date.

Froome quant à lui prend du mieux à chaque étape, et devrait finir ce Giro assez fort. Une surprise? Pas vraiment, le gus a l’expérience des grands tours et manifestement une sacré capacité de récupération.

Simon Yates a bien limité les dégâts, et repart désormais sur son terrain avec de belles étapes de montagne à venir. Sauf incident, il a gagné ce Giro. Dumoulin sera 2e, Froome peut-être troisième s’il parvient à combler l‘écart sur Pozzovivo, ce que je crois probable.

Les déceptions viennent de Thibault Pinot, victime d’un jour sans hier, au plus mauvais moment. Désormais 5e, il peut sauver son Giro par une victoire d‘étape… mais la question est de savoir quelle énergie cela lui coutera-t-il en prévision du Tour de France en juillet prochain? 5e du Giro, s’il est entre 5 et 10e du Tour pour des raisons de grosse fatigue, quelle impression laissera-t-il de sa saison 2018?

Le Canadien Mike Woods a également lâché pas mal de temps, et pointe désormais à plus de 11 minutes au général. Voilà qui devrait être bon pour obtenir un billet de sortie sur les prochaines étapes, et laisser sa marque sur le Giro 2018. Les victoires d‘étape sont définitivement son objectif à partir d’ici.

Sinon, LA surprise de ce chrono est la… 8e place de Fabio Aru, le sicilien grimpeur de poche. Il était en fait classé à la 6e place à… deux petites secondes derrière Chris Froome si ce n’avait été d’une pénalité de 20 secondes pour avoir pris la roue d’un adversaire, évidemment interdit sur un chrono.

Aru le grimpeur qui fait jeu égal avec Froome voire avec Dumoulin sur un chrono tout plat de 35 bornes, après avoir été à la ramasse durant plusieurs étapes de montagne sur ce Giro, c’est quant même assez surprenant.

L’Italien nous a abonné aux performances en dents de scie, ce qui regarde toujours assez mal… Tantôt très bien, il s’effondre souvent subitement, sans raison apparente, pour renaître tout aussi subitement quelques jours plus tard. J’avoue que ces écarts de condition me laissent perplexe… comment raisonnablement écarter le recours à des moyens illicites comme les auto-transfusions, capables évidemment d’expliquer ces variations atypiques dans sa condition?

On verra dans les prochains jours si Aru peut battre à la pédale tous les grands de ce Giro, Yates y compris. Sur ce qu’il a montré sur ce chrono, il devrait en être capable!

Demain, le Zoncolan!

Très beau week-end sur le Giro!

Demain, le Zoncolan. Manquez pas ca! Pentu, toujours spectaculaire, ceux qui veulent gagner ce Giro doivent se dévoiler demain. Je pense que c’est la chance de coureurs comme Pinot, Pozzovivo, Aru ou bien sûr Yates. Ce dernier voudra probablement creuser les écarts pour se doter d’un coussin de sécurité en vue du chrono de lundi prochain.

Tom Dumoulin devra rester au contact des grimpeurs. C’est le test!

Dimanche, autre belle étape dans les Dolomites, sur 176 bornes. Les jambes seront lourdes, et le final est très casse-pattes avec trois ascensions sans répit jusqu‘à l’arrivée, au terme d’une légère montée.

Jusqu’ici, je ne vois pas comment Yates peut perdre ce Giro, mais des surprises sont toujours possibles.

Et cet équatorien Richard Carapaz, 24 ans, qui pointe actuellement en 5e place à moins de 2 minutes du maillot rose? Il terminait 8e du Giro l’an dernier… c’est peut-être la surprise à venir de l‘épreuve!

Yates a-t-il gagné le Giro, Froome l’a-t-il perdu?

À quelques jours d’entrer dans le vif du sujet sur ce Giro, deux questions se posent: Yates a-t-il déjà gagné le Giro, et Froome l’a-t-il déjà perdu?

Yates déclarait hier que l‘étape cruciale pour lui, c’est le chrono de 35 bornes lundi prochain. Voilà un moment que je vous dis que pour le grimpeur Mike Woods, ce chrono sera aussi le grand test pour savoir s’il peut jouer une belle place au général.

Et ca sera la chance de Tom Dumoulin, c’est certain.

Mais bon, pour moi Yates a déjà gagné ce Giro. Tous les indices laissent croire que ce coureur est actuellement en état de grâce. Il est facile partout, gagne, et maitrise. Je pense que le chrono lundi ne sera pas un problème pour lui, quand tu as les jambes, tu peux faire n’importe quoi. Il perdra très certainement un peu de temps sur Dumoulin – champion du monde de la discipline – mais pas suffisamment pour menacer son maillot rose.

Et pour moi, Froome a déjà perdu ce Giro. Je pense qu’il n’est pas serein. Il connait des fautes constamment. Va au tapis. Perd du temps. Sa forme n’est pas optimale, et la prochaine semaine ne pardonnera pas. Je m’attend à ce qu’il coule définitivement sur les pentes impitoyables du Zoncolan samedi, une étape à ne pas manquer, spectacle garanti!

L’affaire du Salbutamol aurait-elle rattrapé Froome? Je pense que oui. Le gus n’est pas tranquille dans le peloton. Plusieurs de ses adversaires ont parlé publiquement que sa présence les gênaient. Il n’a plus d’amis, et son avenir même au Tour est incertain. Enfin, le support du public a certainement diminué dans son cas. Tout cela finit par jouer sur le moral, et ca parait dans les moments critiques des courses, où il faut savoir se dépouiller.

GP de Contrecoeur: putain, ça fait du bien!

Je participais dimanche dernier au GP de Contrecoeur chez les M2.

La journée était splendide, grand soleil, pas froid du tout, pas de vent, le bonheur.

Ca faisait surtout du bien de retrouver les potes du peloton M2 au Québec. Les mecs, vous m’avez manqué ces derniers mois!!! Merci Vincent, merci Alain, entre autres, de votre accueil. Pour le mort que je suis ces temps-ci, c’est inestimable.

Mais je ne savais pas que pour être “in” dans le pack cette année, fallait porter la barbe “hipster style”… Z’auriez dû me prévenir!

J’ai découvert une très belle organisation, réglée au quart de tour. Bravo aux organisateurs, les Dynamiks de Contrecoeur, qui ont été “sur la coche” toute la journée. Rien à dire! Ou plutôt ceci: si vous pouviez mettre un ou deux cols hors catégorie dans le parcours l’an prochain, les petits grimpeurs format poche comme moi apprécieraient…

Autrement dit, ca n’a pas chômé dans le peloton: 43 de moyenne sur 80 bornes. Remarquez, c‘était une chance: j‘étais un peu juste pour le souper de la Fête des mères à Gatineau… Merci les boys!

À cette vitesse, bonjour pour s‘échapper… je crois même que Tony Martin ou Tom Dumoulin n’y seraient pas arrivés. J’ai bien tenté de partir avec Alain (tout le monde connait Alain, non?!) dans l’avant dernier tour, mais notre tentative n’a pas duré 300m. Presque ridicule. La faute d’Alain, bien sûr.

Du coup, c‘était clair que ça se jouerait au sprint, la faute à pas de vent.

Et c‘était clair qu’il y aurait du matos plié. La faute à 120 mecs (sur environ 140 au départ) qui restent dans les roues toute la course et qui, soudainement à la flamme rouge, se retrouvent une pèche d’enfer.

Ben ca n’a pas loupé. Chute dans le dernier virage, à environ 800m de la ligne. Les boys, certains d’entre vous virent comme des cadets. Je ne donnerai pas de noms, mais j’ai les numéros de dossard! Je ne voudrais pas vous voir dans les premiers kilomètres de la descente du col du Galibier, côté Lautaret, ni dans celle du col du Chat, côté Chambéry.

Je jouais personnellement un top-10. Marco Pantani n’a jamais gagné un sprint sur les Champs-Élysées non plus.

Bien positionné à l’amorce du dernier virage, presque dans la roue d’Alain, j‘étais confiant dans mon “snap” comme il dirait…

Ben j’ai perdu mon momentum avec cette chute sur ma gauche. Alain aussi d’ailleurs. Le temps de ré-accélérer et de finir, la victoire – et le top-10 – étaient joués. Un petit malin me saute sur la ligne, entre le stand des commissaires et moi, dans un trou de souris. Bravo champion, prise maximale de risque pour finir 31e au lieu de 32e… Une chance que je roule droit. J’espère que t’a gardé la photo au moins…

Enfin, peu importe. Bilan donc, 32e du sprint. Pas de quoi pavaner, sinon que je suis sur la première page des résultats… non mais qu’est ce qu’on s’en fout!

Je suis surtout reparti avec toutes mes dents, ce qui n’est pas le moindre des succès. C’est important, les dents. Surtout en cyclisme, où le moins que tu en as, le plus que tu vas vite… dans tous les sens du terme! Mon coéquipier Richard n’a pas eu cette chance chez les M3, chutant lourdement dans le sprint final. Prompt rétablissement Rich!

Bref, une très belle journée, je me suis éclaté avec vous les boys. Merci aux organisateurs, merci à la Fédération, aux commissaires, aux bénévoles. Mention très bien. Molto bene. Molto forte.

Les choses sérieuses commencent bientôt, notamment avec le GP du Nordet. Ca, ca sera une autre paire de manches. On aura besoin de beaucoup de dents à ce moment… Vous avez trois semaines pour perdre vos bedaines de bière les boys! Et je vous préviens tout de suite: j’aurai une arme secrète pour le Nordet…

Après, ce sera la grande lessive pour moi: Gavia, Mortirolo, San Christina. Oui, dans la même journée. Non, pas au Giro.

Tous les résultats de Contrecoeur sont ici.

Des photos circulent sur Facebook (Olivier Racine, M.A. Vachon). Merci à tous les photographes, dont M.A Vachon pour la photo ci-bas. Well done! Même pas retouchée dans PhotoShop…

Yates: c’était prévisible!

J’aime le cyclisme parce que c’est un sport assez prévisible, et c’est une partie de son charme.

Dans un sport aussi dur, on voit souvent venir les résultats de loin, comme les grands champions.

L’Etna l’a encore prouvé hier: on savait depuis le prologue que Simon Yates était en grande condition. Un grimpeur ne devance pas un Tony Martin sur un chrono de 10 bornes sans avoir des jambes exceptionnelles.

Yates a confirmé hier sur l’Etna, et on l’attendait précisément là. Beau joueur, il a laissé la victoire à son coéquipier Esteban Chaves, échappé durant l‘étape, se “contentant” de ravir le maillot rose à un Rohan Dennis certes valeureux, mais malheureux.

Vous allez maintenant voir: j’ai l’impression que Yates a signé un bail avec le maillot rose et qu’il pourrait bien le garder un moment. À moins que l‘équipe ne décide de le laisser quelques jours à un coureur qui s‘échapperait et qui ne serait aucunement une menace au général?

Chose certaine, Yates risque fort de confirmer au GranSasso dans trois jours. Je pense que ce sera l’homme à battre sur ce Giro.

Le chrono de la 16e étape vient de prendre une importance capitale pour Dumoulin ou Froome: c’est leur seule chance selon moi de reprendre du temps à Yates, car ils auront du mal en montagne.

Yates pourra de surcroit compter sur son coéquipier Chaves pour l’aider, un allier précieux.

Bien évidemment, personne n’a encore gagné ce Giro. Pinot, Dumoulin, Froome, Aru ne sont pas encore battus. En revanche, certains l’ont déjà perdu, par exemple Meintjes ou encore Gesink ou Lopez.

LA question: Chaves et Yates sauront-ils bien cohabiter chez Michelson-Scott durant cette épreuve? Le Giro a parfois exacerbé les tensions entre co-équipiers… je me rappelle de Simoni-Cunego ou encore Garzelli-Pantani dans les années 2000, voire Roche-Visentini en 1987!

Un mot sur le Canadien Mike Woods: il limite pour l’instant bien les dégâts, ayant terminé à une petite minute de Chaves hier sur l’Etna et pointant à la 14e place du général, avec 1min39 de retard sur le maillot rose. C’est très bien! Beaucoup de coureurs devant lui “sauteront” au cours des deux prochaines semaines.

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