Le point sur les capteurs de puissance

Pas de doute, et je l’ai déjà écrit, le monde des capteurs de puissance pour vélo se démocratise (ce site ici en a dénombré plus de 150 modèles disponibles!). L’offre a en effet beaucoup augmenté ces dernières années, et les prix sont globalement à la baisse.

C’est ainsi qu’aujourd’hui au sein du peloton pro, on retrouve plusieurs marques de capteurs de puissance. Le site Matos Vélo a récemment proposé cet excellent survol de la situation actuelle. SRM demeure partenaire de six équipes, et quatre supplémentaires utilisent aussi ce capteur parmi les premiers à voir le jour à la fin des années 1980 et restant en quelque sorte la référence absolue dans le domaine.

Deux équipes utiliseront cette année le capteur Pioneer, comme deux équipes utiliseront les Power2Max. Enfin, les capteurs Quarq et Stages Cycling seront utilisés par une seule équipe, respectivement.

Il existe aussi d’autres systèmes utilisés sur une base plus “ad hoc”: Garmin Vector, Look Keo Power et PowerTap notamment.

Avant d’investir, il convient toutefois de bien évaluer la précision de l’appareil désiré, car il semble qu’il existe de grandes variabilités. Pousser 340 watts, ou 370 watts, ce n’est pas la même chose.

À ce titre, il s’agit de ne pas manquer l’excellent article là encore produit par Matos Vélo quant au capteur Stages Cycling. La conclusion? Cet appareil ne tiendrait pas ses promesses au niveau de la fiabilité et de la précision de la mesure.

D’autres analyses très détaillées sur certains capteurs de puissance ont été publiées sur le site DCRainMaker, notamment pour les Garmin Vector et Power2Max.

Mon avis? Le système SRM demeure probablement le plus précis à ce stade-ci, mais comporte également plusieurs irritants. Le premier, son prix, le deuxième, sa complexité au niveau de l’installation, l’appareil ne pouvant pas être permuté facilement d’un vélo à un autre. Enfin, sa calibration, ainsi que le changement de piles au niveau des gauges de contrainte, sont aussi des limites importantes.

La meilleure alternative à mon sens est le système Power2Max, avec une offre de manivelles impressionnante et une fiabilité au rendez-vous. Compatible ANT+, calibration aisée comme le changement de pile, c’est le SRM, en (presque) mieux!

Nouveau parcours de 160 kms sur le GranFondo Mont Tremblant

La vie est parfois bien mal faite: deux événements qui me tiennent vraiment à coeur seront en 2015 –  comme en 2014 – disputés au même moment.

Je vous parle ici d’un week-end exceptionnel, à ne pas manquer, fin mai début juin.

Les 30 et 31 mai, c’est en effet le Défi Gatineau Mont Tremblant dont je vous parle depuis un moment, et pour lequel j’ai décidé de m’impliquer davantage en 2015.

L’autre, le samedi 30 mai, c’est le très beau GranFondo Mont Tremblant que j’ai découvert en 2013, lors de sa deuxième édition, qui se déroulait à l‘époque en septembre. Une organisation là encore impeccable, sympathique, et de très beaux parcours, dans le cadre enchanteur des Laurentides.

Il est donc évident que tout cyclosportif qui se respecte ne devra pas passer à côté de ce week-end d’enfer en mai prochain!

Deux solutions, pour deux clientèles

Le Défi Gatineau Mont Tremblant, c’est deux jours de vélo dans un cadre informel (bien que le premier peloton, dont je serai, roule très vite): on s’arrête pour diner le midi, on s’organise entre nous sur la route, l’ambiance est franchement amicale et conviviale, et le repas et l’hébergement sont hors pair le samedi soir à Tremblant. Et c’est pour une excellente cause, celle de faire partie, indirectement, du Grand Défi Pierre Lavoie. On s’inscrit ici.

Le GranFondo Mont Tremblant, sur une seule journée, satisfera davantage les cyclosportifs recherchant une épreuve plus formelle, avec chronométrage officiel et une expérience s’approchant, à certains égards, d’une réelle expérience de course cycliste même si la convivialité au sein du peloton domine. Du côté de l’organisation, je vous assure que tout est en oeuvre pour maximiser le bonheur des participants, tant au niveau logistique que sportif: pour preuve, l‘événement commence par un cocktail de bienvenue le vendredi soir.

Cette année, le GranFondo Mont Tremblant offre un nouveau parcours de… 160 kilomètres, soit un réel défi par delà le fameux Nordet. Je salue cette initiative puisque l’esprit des cyclosportives, du moins à leur création au début des années 1980 avec La Marmotte notamment, était de proposer un réel grand défi, difficile et long. La tendance ces dernières années au Québec a été clairement vers l’allongement des cyclosportives, avec notamment le nouveau parcours du Défi Vélo Mag et la création d‘épreuves comme le GranFondo Mont Sainte-Anne, elles-aussi assez longues. Il faut s’en réjouir.

Je vous invite donc à profiter de cette nouvelle distance de 160 bornes sur le GranFondo Mont Tremblant, ça sera l‘épreuve-reine sans aucun doute (et ça fait durer le plaisir).

Si vous êtes un peu à court de condition, les parcours de 125, 80 voire 45 kilomètres sont toujours disponibles: vous n’avez ainsi aucune excuse!

Les inscriptions au GranFondo Mont Tremblant sont ouvertes depuis peu et des tarifs avantageux sont offerts d’ici le 1er mars prochain.

Si vous ne pouvez pas me rejoindre sur le Défi Gatineau Mont Tremblant les 30 et 31 mai prochain (avec moi vous allez vous éclater!), assurez-vous de participer au GranFondo Mont Tremblant, je vous assure que vous ne serez pas déçu du voyage.

Et qui sait, si je roule assez vite, j’arriverai peut-être assez tôt à Tremblant le samedi 30 pour saluer mes amis du GranFondo (Pat, Luc, Sarah, Marie-Elaine, etc.) et prendre une bière avec eux (mais juste une…) chez La Diable!

Optimisation au sein d’une équipe pro: l’exemple de la FDJ.com

Intéressant petit vidéo sur le travail de collaboration qu’exige l’optimisation de la performance des coureurs d’une équipe pro, ici avec l’exemple de la FDJ.com. Après, on peut discuter d‘à quel point les détails font la différence. Pour gagner propre, probablement que ces détails font une belle différence oui. Et ils font aussi avancer le cyclisme de façon générale, avec, à terme, nous les amateurs qui bénéficions aussi des découvertes.

Entrevue avec Louis Barbeau, DG de la FQSC (partie 2)

On poursuit aujourd’hui notre entrevue avec Louis Barbeau, directeur général de la FQSC.

La Flamme Rouge : L’incident de la course à St-Raymond nous a tous rappelé l’importance de la sécurité en course, près des aires d’arrivées et, de façon plus générale, lors de la pratique du cyclisme. Quels sont les dossiers sur lesquels la FQSC travaille actuellement pour améliorer la sécurité en course et des cyclistes en général?

Louis Barbeau : Je vais répondre en deux volets, d’abord la question de la sécurité en course et notamment aux abords des arrivées, ensuite la question de la sécurité des cyclistes en général.

Sur la question de la sécurité en course, rappelons d’entrée de jeu que la FQSC est présente sur les sites de compétition via ses commissaires, et qu’ils sont responsables de faire appliquer les règles et faire respecter le cahier des charges par l’organisateur. J’essaie personnellement d’assister à beaucoup d’événements mais il faut voir que certains week-ends, nous avons parfois trois événements sur route en même temps, sans compter le fait qu’en tant que directeur général, je dois également assister à certains événements dans les autres disciplines.

Pour le GP de St-Raymond l’an dernier, il a certainement eu quelques erreurs, commises de bonne foi, je tiens à le dire, qui sont survenues et depuis, nous avons faits les suivis nécessaires pour assurer une meilleure sécurité cette année. J’ajoute que nous faisons aussi des suivis auprès des nouveaux organisateurs, que ce soit en personne ou par courriel, pour nous assurer de la sécurité sur les nouveaux événements.

Mentionnons ensuite qu’un des éléments cruciaux de cette sécurité en course est le choix de la zone départ-arrivée. L’idéal est un site comme celui dont dispose le GP de St-Calixe, où la circulation automobile jouit d’une déviation permettant d’avoir une zone réservée aux coureurs, entièrement protégée des contraintes de la circulation. Malheureusement, cette situation est rarement possible.

Par ailleurs, côté gestion de la ligne d’arrivée, les choses sont claires : tu dois avoir un responsable 200 m après la ligne qui est en communication avec un autre responsable qui, lui, est positionné environ 1 km avant la ligne. Ces deux personnes doivent communiquer ensemble à l’approche des pelotons pour assurer la sécurité à l’approche de la ligne d’arrivée, et notamment pour pouvoir avoir la complète largeur de la route lors des fins de course.

Pour la sécurité des cyclistes en général, la FQSC a déposé un mémoire à la Table québécoise de la sécurité routière dans le cadre d’un groupe de discussion visant à moderniser les articles du code de la sécurité routière visant exclusivement les cyclistes. Il faut savoir que ces articles du code n’ont pas été révisés depuis 1979. Suite à ces travaux, un rapport a été déposé auprès du Ministre des transports, Robert Poëti, et doit déboucher sur des modifications au code, qui entreraient probablement en vigueur en 2016. C’est donc un processus enclenché. Une de nos demandes d’amendement au code visait les événements cyclistes, à savoir l’obligation pour tout véhicule arrivant à contresens des coureurs de s’immobiliser sur le bas-côté de la route. Cet amendement, je le précise, a fait l’objet d’un soutien quasi-unanime de tous les autres intervenants présents sur le groupe de discussion pour la sécurité des cyclistes.

Ce changement devrait faciliter l’encadrement des coureurs dans le cadre d’un événement, et assurer évidemment une meilleure sécurité des coureurs. Il pourrait même limiter les frais de présence policière, puisqu’un simple véhicule officiel bien identifié en ouverture de course pourrait désormais obliger les automobiles à s’immobiliser sur le bas-côté de la route. Il faudra bien évidemment faire connaître cette nouvelle règle, éduquer la population en ce sens.

LFR : Le Québec n’a jamais eu autant de coureurs World Tour et pro en Europe. Comment faire pour poursuivre le développement de notre élite et mieux soutenir ces coureurs en Europe? Récemment, Hugo Houle et Antoine Duchesne ont contesté une décision de Cyclisme Canada de les priver de subventions.

LB : Hugo et Antoine ont en fait été déboutés récemment. Il faut toutefois comprendre que, même s’ils sont en World Tour ou en équipe Pro Continentale, leur statut demeure assez précaire, comme leur salaire, qui tourne autour de celui d’un néo-pro. Si on compte les charges qu’ils doivent assumer (charges sociales, appartement, frais de déplacement pour aller en Europe, etc.), je peux te dire qu’il ne leur reste pas beaucoup d’argent en fin d’année, et en ce sens, les subventions qu’ils reçoivent du Québec et du Canada représentent une proportion non négligeable de leur gains annuels. La décision de Cyclisme Canada va donc les priver d’un important manque à gagner. Et en cyclisme, le professionnalisme ne veut pas nécessairement dire la même chose que dans d’autres sports, comme le tennis, où les bourses sont plus importantes.

Pour revenir à la question plus générale, je pense qu’il faut avoir l’honnêteté de reconnaître l’effet SpiderTech dans l’explication de la situation actuelle. Cette équipe a permis à plusieurs coureurs canadiens et québécois, qui présentaient un talent certain, de hausser leur niveau. Lorsque l’équipe s’est arrêtée, elle a cependant honoré ses contrats, permettant donc à d’autres équipes de mettre la main sur des coureurs à peu de frais. Il y a donc eu aussi un effet de conjoncture, outre le talent des coureurs.

Pour la relève, c’est difficile de dire ce qu’il va advenir au cours des prochaines années. Nous n’avons pas le même niveau de course ici qu’en Europe, il faut le reconnaître, et les coureurs sont moins exposés à l’élite internationale. Par ailleurs, Cyclisme Canada privilégie actuellement le cycliste sur piste, et moins d’emphase est mise sur la route, notamment au niveau de l’équipe canadienne, qui offre actuellement peu de soutien aux cyclistes sur route. Par exemple, l’équipe canadienne ne dispose actuellement pas vraiment de base bien établie pour les routiers en Europe, qui permettrait aux athlètes de vivre là-bas et de prendre part à des compétitions. J’estime donc qu’il y a un danger, un risque pour les athlètes talentueux d’aujourd’hui dans leur chance de réussir à percer au plus haut niveau.

Je pense en fait, qu’actuellement, la voie offrant le maximum de chance de succès est celle du circuit américain, et ce fut notamment la voie prise par David Veilleux avant de joindre Europcar en Europe. Guillaume Boivin et Pierrick Naud y seront d’ailleurs cette année, chez Optum-Kelly Benefit. On trouve aux États-Unis un cyclisme d’un excellent niveau.

La FQSC s’est aussi mobilisée à la fin 2014, avec d’autres acteurs comme Serge Arsenault, pour manifester à Cyclisme Canada son inquiétude par rapport au soutien apporté au développement du cyclisme sur route. On attend un nouveau Plan d’action de Cyclisme Canada à ce sujet prochainement. Une des discussions ayant pris place dans ce contexte est l’absence d’une série de courses nationales au Canada, comme on l’a vu dans le passé avec la série Canadian Tire, qui comportait tout près d’une quinzaine d’épreuves partout au Canada, et qui attirait d’ailleurs des coureurs d’équipes américaines. Il faut voir que nous avons, au Canada, plusieurs courses de haut niveau, comme les deux épreuves WorldTour, le Tour de l’Alberta, de Beauce, du Saguenay, etc. On a aussi de belles épreuves provinciales. Mais entre les deux, il n’y a plus grand chose! Donc je crois que le développement de notre cyclisme passe aussi par la relance d’une série nationale, et l’existence d’une telle série permettrait fort probablement d’attirer plus facilement des commanditaires dans le milieu du cyclisme, ici.

Enfin, côté commanditaires, il faut voir que la plupart des entreprises partenaires des équipes World Tour sont européennes, car c’est là-bas que ca se passe. Il y a, somme toute, assez peu de grandes multinationales présentes dans le peloton, et c’est la même chose ici. Pour le haut niveau, notre défi est de trouver des entreprises qui ont à la fois des intérêts en Europe et en Amérique du Nord. On peut comprendre que c’est difficile.

LFR : Je crois depuis longtemps que le développement du cyclisme québécois passe aussi par la création d’un vélodrome couvert. Où en sommes-nous sur ce dossier, voyant que celui de Milton en Ontario vient d’ouvrir?

LB : Je peux te dire qu’il y a des projets, plusieurs projets, qui sont très sérieux pour la construction de vélodromes couverts au Québec. Il y a des gens qui travaillent très fort sur ces dossiers actuellement.

L’ouverture du vélodrome intérieur de Milton est loin de nous nuire, au contraire. Je dirais que ça nous aide beaucoup dans la promotion des projets au Québec.

Une des pierres angulaires de ces projets sont évidemment les coûts d’opération, outre les coûts de construction. Il faut donc des modèles d’affaires solides, et un des rôles de la FQSC est de fournir aux gens travaillant sur ces dossiers un maximum d’information pour soutenir ces projets. Et c’est ce que nous faisons. Une des façons de rentabiliser ces infrastructures est de s’allier à d’autres fédérations sportives qui pourraient utiliser le centre de la piste comme structure d’entraînement, et même pour y tenir des événements. Toutes les possibilités sont envisagées, et nous travaillons actuellement avec d’autres fédérations dans ce but.

Rappelons enfin que Cyclisme Canada a fait du cyclisme sur piste une priorité, donc ça nous aide dans le dossier du vélodrome. Moins par contre pour le développement du cyclisme sur route!

Bref, même si on n’a actuellement aucune garantie absolue, il faut réaliser que de gros efforts sont faits au Québec pour permettre la construction d’un vélodrome couvert, et ces dossiers cheminent bien.

LFR : Dopage dans le cyclisme: en faisons-nous assez selon toi pour lutter contre ce fléau ?

LB : On a eu plusieurs cas malheureux au Québec, comme ailleurs, au cours des dernières années, on ne peut le nier. Mais pour moi, c’est une question d’équilibre ; est-il raisonnable de mettre 40 ou 50 000$ dans la lutte contre le dopage, au détriment d’autres projets pouvant servir le développement du cyclisme? Il y a toujours des choix à faire, un équilibre à viser, car on ne peut pas tout faire.

D’autre part, il faut miser sur deux éléments dans ce domaine : la coercition et l’éducation. Il faut avoir des sanctions pour punir ceux qui trichent, c’est évident. Les tests étant cependant chers, on ne pourra jamais en faire suffisamment pour enrayer le dopage. Donc, on doit simultanément faire beaucoup d’éducation en la matière, et on a d’ailleurs produit une vidéo intéressante visant à promouvoir la saine pratique du sport, grâce à la participation de plusieurs cyclistes de diverses disciplines. Joëlle Numainville y a eu cette formule choc : « avaler des kilomètres plutôt que des drogues! ».

Donc, on a fait des progrès, et on a introduit, à la demande de l’ACVQ, des tests antidopage chez les Maîtres, il y a quelques années. On reste à l’écoute de l’ACVQ pour la suite.

En terminant Louis, je te propose une petite entrevue en mode « rafale » qui permettra aux lecteurs de mieux connaître l’homme derrière la FQSC. Alors, Anquetil ou Poulidor ?

LB : Poulidor.

LFR : Maillot vert ou maillot à pois ?

LB : Maillot à pois.

LFR : Poggio ou Stelvio ?

LB : Stelvio.

LFR : Grand ou petit plateau ?

LB : Grand.

LFR : Pneus ou boyaux ?

LB : Pneus.

LFR : Pierre Chany ou Antoine Blondin ?

LB : Antoine Blondin.

LFR : Camilien Houde ou Côte de la Montagne ?

LB : Côte de la montagne, mais elle est juste un peu trop courte par exemple !

LFR : Oreillettes ou Bjarne Riis ?

LB : Bjarne Riis.

LFR : Pauline Ferrand-Prévost ou Emily Batty ?

LB : Pauline Ferrand-Prévost.

LFR : L’Équipe ou La Flamme Rouge ?

LB : La Flamme Rouge. Ce n’est pas de la basse flatterie, j’estime qu’il est important que des gens s’intéresse aussi au cyclisme québécois, et La Flamme Rouge amène aussi cette perspective québécoise.

LFR : Au nom de tous les lecteurs de La Flamme Rouge, merci Louis pour cette entrevue et à bientôt j’espère!

Le Tour de l’actualité

Pas mal de nouvelles à couvrir en ce début de semaine, et pas des moindres!

1 – Tour Down Under. Le podium de l‘épreuve est entièrement australien, quoi de mieux pour les fans de cyclisme “down under”? Rohan Dennis chez BMC termine premier devant Richie Porte, qui confirme ainsi son titre de champion d’Australie au chrono, et Cadel Evans qui se retire donc du cyclisme professionnel avec une belle performance chez lui.

Pour Rohan Dennis, 24 ans et ancien pistard, c’est la première grande victoire au niveau du cyclisme pro sur route, après une 2e place au général du Tour de Californie l’an dernier. On a assurément affaire à un très bon coureur en devenir, aussi retenez ce nom! Et pas plus tard que le 8 février prochain, Dennis s’attaquera au… record de l’heure sur piste, actuellement détenu par Mathias Brandle depuis octobre dernier.

Pour le reste, je retiens la 4e place de Tom Dumoulin, la 6e de Pozzovivo ainsi que la 12e de Machado, dans la perspective des prochaines Classiques européennes.

2 – Tour Down Under, la suite. Bientôt une autre date dans le calendrier pour l‘épreuve australienne? Cela semble être envisagé par l’UCI qui, rappelons-le, planche sur une réforme assez majeure du calendrier de courses WorldTour pour 2017.

Personnellement, je ne suis pas sûr de cette éventualité: il me semble qu’actuellement, le Tour Down Under s’insère assez bien dans la logique du calendrier, notamment comme course de rentrée pour les coureurs européens.

3 – Tour de San Luis. Victoire finale – et quelque peu surprise – du coureur argentin Dany Diaz chez Funvic. Comme l‘évoque cependant Joe dans un commentaire laissé sur ce site, l‘équipe Funvic suscite toutefois quelques doutes désagréables: il convient à ce titre de lire cet article du journal L‘Équipe. Ex-dopés, performances extraordinaires, retraits d’apparence injustifiés en cours d‘épreuve, l‘équipe n’est pas exempte de tout soupçon…

Comme le mentionne L‘Équipe, la révélation de l‘épreuve est plutôt le jeune sprinter Fernando Gaviria (encore un Colombien, qui sprinte celui-là!), qui a eu le dessus sur… Mark Cavendish à deux occasions, excusez-un-peu.

4 – Lance Armstrong. Dans une rare interview disponible ici, c’est un Lance Armstrong vieilli et manifestement au prise avec des mois difficiles derrière lui qui a affirmé que placé dans le contexte de 1995 et à la question “le referiez-vous”, la réponse serait probablement oui. Et Armstrong d’ajouter que ce qu’il ferait de différent, c’est l’attitude qu’il employait dans ses relations avec les autres.

Beaucoup de médias ont, depuis, repris cette réponse, souvent hors contexte, faisant à quelque part passer Lance Armstrong pour un mec qui n’a toujours rien compris.

Je trouve ça dommage.

Je sais pas vous, mais j’ai trouvé cette entrevue d’Armstrong poignante de franchise. Peut-être pour la première fois, j’ai eu l’impression qu’il était franc envers nous, et surtout envers lui-même. Mes impressions reposent sur son langage corporel, sur sa façon de reformuler ses réponses, sur l’intensité qu’il met dans l’entrevue.

Et à quelque part, sa situation continue de me faire pitié: il morfle, son bannissement à vie de toute épreuve le faisant clairement souffrir, alors que d’autres comme Riis ou Vinokourov sont, eux, toujours là… C’est intolérable.

Je l’ai déjà écrit, je le ré-écris: le fait qu’il soit le seul – ou presque – à morfler dans tous ces scandales de dopage des années 2000 est une honte et une vraie occasion de manquée pour le cyclisme. Comprenez-moi bien: je trouve normal et souhaitable qu’il soit puni: mais tous doivent l‘être. Ce n’est pas le cas actuellement…

5 – Très beau petit vidéo de l’ami Jean-Michel sur le lancement récent de l‘équipe Cofidis, au sein de laquelle évoluera cette saison le Québécois Dominique Rollin, engagé notamment pour amener les sprints d’un certain Nacer Bouhanni. La rentrée en course est imminente du côté de Majorque. Ca roulera aussi du côté de Marseille, avec le GP La Marseillaise dimanche prochain!

6 – À l’aube des Mondiaux de cyclo-cross, un nom à retenir: Mathieu Van Der Poel. La jeune sensation néerlandaise vient de remporter la dernière manche de la Coupe du Monde de la discipline. À 19 ans, c’est tout simplement exceptionnel!

7 – Samuel Sanchez. Le coureur espagnol, champion olympique en 2008, a signé de nouveau chez BMC pour 2015, sur la base d’un contrat d’un an revu à la baisse financièrement. Pas facile la vie de coureur pro: on vous laisse en rade question de bien vous inquiéter, et on vous fait signer pour une bouchée de pain alors que la saison débute. Je souhaite à Sanchez d’en claquer une belle en 2015, ce serait une belle revanche sur le système!

8 – Vigorelli. Pour les amateurs de cyclisme qui connaissent leur histoire, ce nom résonnera certainement. Le Vigorelli de Milan, c’est un vélodrome mythique. Selon Podium Café, les autorités de la ville aurait récemment décidé de sauver de l’abandon ce haut-lieu de l’histoire du cyclisme, question de permettre aux jeunes générations de rouler sur cette piste. Et au coeur de ce sauvetage, des bénévoles. Je dis bravo!

9 – Demain, la suite de notre entrevue avec Louis Barbeau, DG de la FQSC. Je vous invite à ne pas manquer ça, convaincu que certaines questions – et leurs réponses – sauront vous intéresser!

Entrevue avec Louis Barbeau, DG de la FQSC (partie 1)

Directeur général de la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes (FQSC) depuis 2003, Louis Barbeau est une figure influente et connue du cyclisme québécois. Louis a accepté de répondre à mes questions en ce début d’année, lors d’une rencontre en personne, question de mettre la table pour une saison 2015 qu’on espère tous réussie, et de parler des grands chantiers en cours à notre Fédé.

La Flamme Rouge : Louis, merci d’accepter cette entrevue, et bienvenue sur La Flamme Rouge.

Louis Barbeau : Ça me fait plaisir Laurent !

LFR : En ce début de saison 2015, comment se porte le membership route de la FQSC ?

LB : Assez bien en fait ! On avait 1553 coureurs licenciés en 2014, un chiffre qu’on peut comparer, par exemple, à 2004 où on en dénombrait 1110. En fait, le total en 2014 est notre plus haut total après l’année 2012, où on en avait dénombré un peu plus, soit 1592 coureurs. Il y a donc clairement une légère hausse depuis une dizaine d’années.

Évidemment, si on décortique en fonction des catégories, il y a quelques variations, par exemple une légère hausse récemment chez les jeunes, et une certaine stabilité chez les Maîtres. La santé du secteur route est donc globalement bonne, et il est évident qu’on aimerait que le nombre de coureurs licenciés s’accroisse davantage. Mais cela repose sur beaucoup de choses, parfois indépendantes de nos actions, comme par exemple la popularité du sport, sa visibilité dans les médias, et le fait d’avoir un grand nombre d’événements télédiffusés comme les épreuves WorldTour. La présence de coureurs québécois qui s’illustrent au niveau international, notamment Hugo Houle, Dominique Rollin et Antoine Duchesne cette année, ne nuit pas non plus.

Je tiens aussi à ajouter qu’une grosse partie du membership découle du travail très important que font les clubs cyclistes pour recruter des coureurs, et à ce chapitre, certains clubs font un travail exceptionnel.

LFR : Et chez les coureurs Maîtres en particulier ?

LB : Il y a des statistiques intéressantes dans le rapport d’activité route et piste présenté lors de notre dernière assemblée générale . Ces statistiques montrent en fait une certaine stabilité chez les Maîtres au cours des 5 dernières années, soit environ 600 coureurs chaque année. Il faut dire que cette moyenne représente une hausse importante par rapport à l’effectif de coureurs observé au début des années 2000.

Il y a toutefois un faible nombre de Maîtres femmes licenciées à la FQSC, en dépit du fait que beaucoup de femmes pratiquent le cyclisme au Québec. On peut peut-être expliquer ça par le fait que la compétition répond moins aux attentes des femmes. La création de la cyclosportive L’Échappée Belle visait notamment à créer une épreuve dans laquelle les femmes se reconnaitraient davantage et qui répondrait mieux à leurs besoins, possiblement pour leur faire découvrir une passion pour le vélo et, qui sait, en encourager certaines à participer à des courses cyclistes.

LFR : Et pour ce qui est des courses sur route?

LB : Le calendrier préliminaire des courses en 2015 est actuellement disponible sur le site de la FQSC et je crois que l’offre est intéressante. Certains événements sont encore en cours d’élaboration, notamment le retour du GP Ottawa Bicycle Club dans le Parc de la Gatineau. La FQSC travaille fort avec des gens d’Ottawa via CycleFit Chicks pour ramener cette belle épreuve au calendrier.

De façon plus générale, la FQSC se mobilise aussi pour soutenir l’offre de courses cyclistes provinciales au Québec. Un exemple : la FQSC travaille sur un document qui dressera le portrait moyen du budget (revenus et dépenses) des courses sur route provinciales au Québec, ceci dans le but de mieux informer et d’outiller les gens intéressés à organiser de tels événements.

Outre le fait d’évaluer la viabilité financière des courses sur route au Québec, ce document permet en effet de décomposer les dépenses par poste budgétaire, et ainsi de permettre une meilleure planification. Car du côté des revenus, c’est assez simple, il s’agit des frais d’inscription en majeure partie, car les commandites et les subventions sont habituellement limitées. Par contre, côté dépenses, on retrouve plusieurs postes et certains des coûts qui y sont associés sont plutôt fixes (commissaires, bourses, photo-finish, etc.) D’autres coûts sont plus variables, dépendamment de la capacité des organisateurs à obtenir des services directs, par exemple une plate-forme pour le site départ-arrivée ou encore un système de sonorisation.

Pour terminer sur cette question, rappelons enfin que chaque année, des événements disparaissent, d’autres sont créés. Récemment, on a perdu le Tour de Québec, les courses à Saint-Jovite et à Ottawa ou encore les Championnats québécois à Rivière-du-Loup. Il y a eu, par ailleurs et à peu près au même moment, la création des GP de Saint-Calixe, de Saint-Alphonse de Rodriguez, qui ont compensé un peu.

LFR : On connait tous la décision annoncée par la SQ de facturer leurs services lors d’événements sportifs. Dans quelle mesure cette décision pourrait-elle affecter les organisateurs de courses cyclistes, et quel rôle la FQSC peut-elle jouer pour aider dans ce dossier?

LB : Il y a un danger pour un certain nombre d’événements, il ne faut pas le nier. Suite à cette annonce, je peux te dire que la FQSC a rencontré la Sureté du Québec, et cet organisme fait face à la même réalité qu’ailleurs, c’est-à-dire des ressources financières plus limitées. Comme la marge de manœuvre était déjà réduite, la SQ n’a d’autres choix actuellement que de se recentrer sur ses mandats premiers, notamment celui d’assurer la sécurité routière. L’encadrement d’événements sportifs sur le réseau routier ne fait pas partie de sa mission première, donc on peut comprendre leur décision. Par contre, je peux aussi te dire que la Sureté du Québec ne souhaite pas voir l’arrêt de ces événements!

Rappelons aussi que nous avons été choyés au Québec, comparativement à ailleurs au Canada, puisque dans les autres provinces, la facturation des services policiers existe depuis longtemps dans plusieurs cas.

À cela, il convient d’ajouter que tous les événements n’ont pas besoin des mêmes effectifs policiers, ces derniers étant souvent plus nombreux sur les courses internationales que sur les courses provinciales. Donc l’impact de cette décision ne sera pas toujours le même d’un événement à un autre.

À partir de là, il y a des choses qui peuvent être faites pour limiter l’impact de cette décision.

Prenons le choix du parcours, qui est fondamental dans ce dossier: l’emprunt d’axes routiers passants peut être problématique, car il nécessite forcément une présence policière plus importante. Il faut donc en être conscient lors du choix du parcours.

On essaie aussi de voir comment les organisateurs d’événements peuvent assurer un encadrement de qualité des courses, notamment en misant sur une présence accrue de motos de sécurité (groupe EMC par exemple). Ces gens ont une formation spécialisée et leur présence va probablement aller de manière croissante, car ils peuvent suppléer, dans une certaine mesure au travail des policiers, dont le mandat premier n’est pas l’encadrement d’événements.

Je souhaiterais ajouter qu’à la suite de nos discussions, la SQ est en recherche de solutions pour l’impact d’une facturation pour leurs services lors d’événements, et pour ne pas pénaliser les organisations qui sont plus éloignées géographiquement.

Une fois tous ces ajustements possibles, il faudra voir si la FQSC devra assurer davantage les coûts de la sécurité en course. Si tel est le cas, on ne peut exclure un effet possible sur le prix d’inscription aux courses, par exemple un 5$ de plus pour couvrir ces frais. Mais ça reste à voir. Pour le moment nous privilégions, comme tu peux le constater, d’autres ajustements comme de réduire nos besoins en effectifs policiers, sans évidemment négliger la sécurité en course. Dans ce dossier, il faut que tout le monde travaille ensemble pour trouver des solutions.

LFR : La FQSC a introduit une réforme des catégories Maîtres en 2014, parfois contestée. Je crois qu’un certain nombre de changements/ajustements seront mis de l’avant en 2015. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet?

LB : Rappelons d’abord que la réforme a été introduite à la demande de l’Association des Cyclistes Vétérans du Québec (ACVQ) et son président d’alors, Stephane LeBeau. Le but de cette réforme était de tenir davantage compte des habiletés et du niveau des coureurs, plutôt que de leur âge seulement. Il faut voir qu’au sein des catégories aîtres, on a des fourchettes de 10 ans, donc assez larges pour divers niveaux d’habiletés.

Au départ, je n’étais pas forcément très chaud à l’idée, mais suite à de longues discussions eues dans le cadre de la Commission d’orientation de 2013, nous avons décidé d’aller de l’avant avec les propositions de l’ACVQ. Nous savions que c’était un essai et que nous aurions probablement à faire des ajustements. Il fallait essayer la formule pour pouvoir ensuite apporter des améliorations.

Au terme de la dernière saison, nous avons réalisé un sondage détaillé auprès des coureurs Maîtres pour mesurer leur niveau d’appréciation de la nouvelle formule. Environ 150 coureurs ont répondu à ce sondage, soit tout près de 30% de l’ensemble des membres. Les résultats ont été colligés par Pierre-Étienne Grégoire, qui a fait un travail remarquable pour dégager les grandes conclusions. Parmi celles-ci, la majorité nous a dit être favorable à la réforme, et 75% d’entre eux nous ont aussi dit qu’ils étaient opposés à un retour en arrière.

Quelques éléments ont toutefois été moins appréciés par les membres, et c’est sur ces éléments qu’on a procédé à des ajustements. Je t’en propose quatre (on retrouve ici les règlements complets en vigueur en 2015 chez les Maitres).

Premièrement, pour 2015, la catégorie Maîtres 4 sera réservée exclusivement aux coureurs de 60 ans et plus, puisque nous supprimons le sous-classement de deux catégories (ex : cycliste de 40-49 ans ne pourra plus courir M4), et que le sous-classement ne sera désormais autorisé que si ce faisant, un coureur se retrouve dans un autre départ de course. Or comme les Maîtres 3 et les Maîtres 4 courent ensemble (avec classements distincts), un coureur de 50-59 ans ne pourra pas demander un sous-classement dans la catégorie M4. La prémisse derrière le sous-classement est de permettre à un cycliste de se retrouver dans un peloton où il pourra suivre et non de lui permettre d’obtenir un meilleur résultat au terme de la course. Avec l’abolition du sous-classement de deux catégories, cela signifie également qu’on ne verra pas de maîtres A (30-39 ans) dans le peloton des Maîtres 3.

Deuxièmement, ce sera la même chose chez les femmes, le peloton des coureuses Maîtres 1 et 2 sera strictement composé de coureuses du groupe d’âge correspondant.

Troisièmement, le système de surclassement de catégorie ne sera plus possible en cours de saison. Ça s’appliquera désormais seulement avant le début de la saison. Donc, si un coureur cumule suffisamment de points en cours de saison pour passer de la catégorie Maîtres 3 à Maîtres 2, ce surclassement sera effectif qu’en fin de saison.

De même, on a prévu des règles pour le maintien, ou non, de ce surclassement d’une année à l’autre, en fonction des résultats de la saison. Ce système de surclassement a été critiqué, mais il faut voir que deux coureurs surclassés sur trois ont eux-mêmes demandé ce surclassement. De plus, ces coureurs surclassés ont également très bien fait dans leur nouvelle catégorie, en principe plus forte, prouvant qu’il était en quelque sorte justifié de les surclasser ainsi.

Quatrièmement, on crée en 2015 une catégorie Maîtres 5, soit une catégorie d’introduction à la course sur route pour les cyclistes de 30 à 49 ans qui n’ont aucune expérience de course, toutes disciplines confondues. Ces personnes peuvent toujours s’inscrire directement en Maîtres 1 ou 2, mais ils auront maintenant la possibilité de s’introduire à la course au sein d’un peloton peut-être plus approprié pour eux, afin de voir s’ils aiment la compétition à vélo.

Ces Maîtres 5 courront avec les Maîtres 3 et 4, auront un classement distinct, mais pas de classement général en fin de saison, ni de bourse. Ce statut Maitre 5 ne pourra être maintenu que sur une seule année et le coût de la licence sera moindre, puisque ces coureurs ne seront pas membres de l’ACVQ.

Tous ces ajustements ont été présentés à l’automne dernier à l’assemblée générale de l’ACVQ et dans la cadre de la commission d’orientation de la FQSC, et les commentaires ont été favorables puisqu’ils se concentrent sur deux irritants manifestes de la réforme introduite en 2014, soit les enjeux du sous-classement de deux catégories et du surclassement.

Fin de la première partie de l’entrevue. Retrouvez la deuxième partie sur La Flamme Rouge plus tard cette semaine!

Réponse à Stef

Stef a laissé un commentaire en réaction à mon récent “Tour de l’actualité“ qui m’interpelle quant au traitement que je réserve sur ce site aux affaires de dopage. Dans ce texte, je réagissais à l’annonce de la suspension à vie de Geert Leinders, ancien médecin Sky et Rabobank, ainsi qu’aux soupçons planant sur Mario Zorzoli, médecin en chef à l’UCI et impliqué dans la lutte contre le dopage (du moins en apparence).

Stef évoque un traitement à deux vitesses, évoquant mon autre texte “L‘étrange histoire de l’eau de Malartic“ ou j’affirmais qu’il était d’une part difficile de voir clair dans cette histoire et, d’autre part, que l’explication avancée par la famille du jeune athlète positif m’apparaissait crédible.

Alors, traitement à deux vitesses qui reposerait – c’est sous-entendu – sur un manque de jugement, voire un parti-pris?

Clairement, non.

J’estime qu’il ne faut pas tout mélanger. J’estime qu’il ne faut pas dénoncer à l’aveugle les situations de dopage. J’estime qu’il ne faut pas dénoncer pour dénoncer. J’estime qu’il faut plutôt user de jugement dans chaque nouvelle histoire.

Pour Stef mais aussi pour tout le monde, voici quelques éléments qui ont guidé mon jugement et ma prise de position dans ces deux histoires.

D’une part, l’histoire Leinders-Zorzoli s’inscrit dans le milieu du cyclisme professionnel, pas du cyclisme junior. Il y a tout de même des différences importantes, et on peut raisonnablement croire que l’usage du dopage est plus répandu au sein du milieu pro plutôt que dans le milieu junior, même de haut niveau.

D’autre part, il convient de prendre connaissance de cet article parlant d’une équipe de recherche de l’Université de Trois-Rivières qui développe une méthode pour connaître la quantité et la nature des drogues illicites consommées dans un certain secteur grâce au contenu des… eaux usées. Il est donc tout à fait possible – n’en déplaise à certains – de trouver des substances dans l’eau usée qui ne devraient pas y être. L’eau de Malartic est peu traitée chimiquement. Comment exclure dans ce contexte l’explication avancée par la famille du jeune coureur? Plus encore, l’histoire de l’eau de Malartic ne m’apparait pas être un problème spécifique à Malartic, mais peut être beaucoup plus répandu qu’on ne le croit. Il serait super-important d’aller au bout de l’histoire car une telle situation pourrait peut-être se répéter avec d’autres athlètes s’ils consomment de l’eau contenant des traces infimes de substances illicites (je vous rappelle également que les appareils de détection sont aujourd’hui capables de déceler des quantités infimes parmi les urines).

Je rappelle également que je n’ai pas affirmé que ce jeune coureur junior ne s‘était pas dopé: ma première phrase de l’article mentionne clairement que j’estime qu’il est difficile de trancher dans cette histoire. J’affirme simplement qu‘à mes yeux, l’explication avancée par la famille est plausible.

Enfin, la domination de l‘équipe Sky en 2012 a été outrageuse. L’histoire des 20 dernières années nous a démontré que dans ces cas, l’explication fut rarement celle qu’on a bien voulu nous faire croire (le travail, la préparation pour Lance Armstrong, le programme “marginal gains” chez Sky). Les accusations à l’endroit de Leinders et Zorzoli proviennent de témoignages d’anciens coureurs – dont Rasmussen – consignés par la très crédible USADA. Dans ce contexte, et à la lumière des 20 dernières années, je pense prendre peu de risques en dénonçant comme je l’ai fait la situation au niveau du cyclisme professionnel.

Pour preuve, d’autres personnes, et pas les moindres, pensent comme moi: on n’a qu‘à prendre connaissance des récentes déclarations de Floyd Landis, qui soulève bien des questions quant à la transformation d’un Bradley Wiggins d’un grimpeur moyen à un grimpeur extraordinaire justement au moment ou Leinders travaillait chez Sky. Il est bien placé pour distinguer ce qui est crédible de ce qui ne l’est pas, et n’a aucune raison aujourd’hui de mentir.

Quoi qu’il en soit, comptez sur moi pour ne jamais dénoncer à l’aveugle ou “par principe” une situation liée au dopage. J’estime qu’il faut chaque fois faire preuve de jugement, considérer le contexte, ceci afin de ne pas se livrer à des affirmations gratuites pouvant porter préjudice à certaines personnes.

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