De la connerie des médias…

Publié hier dans le journal Granby Express, un article signé d’un certain Éric Patenaude qui rapporte les propos de Jacques Guénette, vulgum pecus, simple citoyen, être humain lambda qui mérite autant notre respect que notre indifférence totale, dénonçant une “manœuvre risquée” d’un groupe de cyclistes qui dévalait récemment le Mont Shefford en Estrie.

On peut lire dans cet article ”Dépassé par le comportement de ces cyclistes téméraires, Jacques Guénette a acheminé sa vidéo à la Sûreté du Québec (SQ). (…) «Sincèrement, ces cyclistes ont mis des vies en danger.

Je n’en reviens pas de constater que les médias sont rendus à publier ce genre d’article!

Du journalisme? On en est selon moi bien loin!

On peut vraiment se poser la question à savoir en quoi cet article sert l’intérêt commun, informe la population de façon efficace?

D’une part, on ne présente que l’avis d’une personne, sans présenter bien sûr le point de vue des cyclistes, qui auraient peut-être une autre histoire à raconter.

Plus encore, on fait confiance à un citoyen qui n’est probablement jamais monté sur un vélo pour juger de la témérité du comportement des cyclistes. On croit rêver!

Le clou? M. Guénette affirme «On a l’impression qu’ils sont au Tour de France».

Aie aie aie!!!

Avis au journaliste Patenaude et à M. Guénette: je me sens très souvent bien plus en sécurité à dévaler un col, une montagne comme Whiteface ou une côte du Parc de la Gatineau à plus de 80 km/h (et je ne porte pas de casque…) qu‘à rouler à 18 km/h sur une piste cyclable fréquentée, à devoir jongler entre matante à droite qui sort pour la première fois de la saison son biclou avec 8 pouces de spacer entre la potence et le guidon, Thérère en short et en roller-blade à gauche qui pousse Bébert dans la poussette, et Max la Testo au centre qui est sur un temps canon sur son 5 km de course dominical et qui ne veut surtout pas perdre une seconde malgré le dépassement complexe qui s’en vient…

Des cyclistes qui dévalent des pentes à 80 km/h et qui dépassent des voitures, c’est huit mois par année dans tous les cols de France, ou presque… Absolument rien là. Je vous invite à voyager un peu… Et je vous assure qu’on est très loin du Tour de France.

M. Patenaude, l‘éthique journalistique aurait également exigé de connaître l’autre point de vue, celui des cyclistes. C’eut été un minimum compte tenu que l’expertise de M. Guénette en matière de cyclisme n’est de toute évidence pas particulièrement approfondie … Ces cyclistes pensaient-ils qu’ils mettaient la vie de quiconque en danger? Auraient-ils plutôt aperçu ou évité une manoeuvre dangereuse d’une voiture à ce moment, et auraient réagi ainsi?

Sans l’histoire complète, ce travail négligé ne fait qu’envenimer la situation entre automobilistes et cyclistes, ne servant en rien l’intérêt public qui voudrait plutôt que chacun comprenne bien le point de vue de l’autre, le but étant évidemment un sain partage de la route, entre usagers légitimes de la voie publique.

Oui des cyclistes de performance ça existe, et il y en a de plus en plus au Québec. Oui ces cyclistes de performance roulent très, très vite, c’est d’ailleurs le but. Oui, ces cyclistes de performance sont très souvent davantage en danger sur des pistes cyclables que sur les routes, donc ils y sont pour rester quoi qu’il advienne.

Plein le cul de ce genre d’article bâclé! Pour peu, on nous ressortait l’argument des plaques d’immatriculation et du permis de conduire…

Les leçons du Tour

Avec un peu plus de recul, on peut certainement évoquer quelques leçons apprises de ce récent Tour de France. Et vous avez été nombreux à laisser des commentaires passionnants suite à mon texte d’hier, commentaires qui ont permis de susciter des réflexions parmi nous.

Première constatation, les équipes sont inégales, et cela nuit au spectacle. Plusieurs d’entre vous évoquez un plafond salarial, comme dans d’autres sports. Je suis parfaitement d’accord! Sans un tel plafond, la Sky peut engager Froome, Thomas, Kwiatlowski et Landa grâce à ses millions d’euros que d’autres équipes n’ont pas. Plus encore, cela nuit au spectacle car plusieurs  de ces excellents coureurs pourraient être leaders d’une autre équipe! Au lieu de ça, ils roulent pour Froome… et empochent les millions d’euros. Landa est un excellent exemple, pourquoi a-t-il quitté Astana où il roulait pour Aru pour la formation Sky où il roule pour Froome, plutôt que pour une formation où il aurait été le leader?

Je suis donc favorable à un plafond salarial dans le cyclisme professionnel, nous sommes rendus là.

Deuxième réflexion, les “marginal gains” et la force collective des Sky en juillet, ils nous refont le coup chaque année. C’est quand même un peu surprenant de voir autant de domination en juillet pour une équipe qui, le reste de l’année, ne domine pas autant. Marginal gains? Chose certaine, la Sky fleurte avec la limite de la légalité au sujet des AUT, et dispose d‘énormes moyens pour mettre les coureurs dans les meilleurs conditions possibles en juillet. Récemment, l‘équipe se serait intéressée au dopage du… cerveau, permettant de reculer les seuils de tolérance à la douleur. On est dans la science fiction!

Chose certaine, la Sky a le sens du timing: tous les coureurs arrivent en forme au bon moment. Et mine de rien, si Landa avait terminé sur le podium, on aurait eu deux Sky et un ex-Sky aux trois premières positions de ce Tour de France!

Troisième réflexion, le parcours. On annonce l’an prochain un contre-la-montre par équipe, ce qui rendra la présence d‘équipiers solides encore plus nécessaire. Sans changement, la disparité des équipes pourrait ressortir davantage encore. Si je n’ai rien contre le chrono par équipe (c’est une discipline intéressante du cyclisme), pourquoi ne pas ré-introduire le chrono en côte, style ascension du Ventoux contre-la-montre, pour équilibrer le tout? C’est peut-être un élément fort qui a manqué ces dernières années au parcours du Tour de France.

Quatrième réflexion, comment inciter les favoris à attaquer plus souvent, et limiter la capacité d’une seule équipe de cadenasser la course? On peut penser à diverses mesures: par exemple, réduire le nombre de coureurs par équipe de 9 à 8, voire 7 coureurs. Cela permettrait davantage d‘équipes au sein du peloton sans en changer le nombre de coureurs, et limiterait la capacité des équipes de contrôler la course du km 0 jusqu‘à l’arrivée.

On pourrait aussi donner des bonifications en temps en cours d‘étape, un peu façon sprints intermédiaires… Avec un col situé en début de course et des bonifs en temps en haut, voire au pied de la descente suivante, on inciterait les leaders à partir de loin. Et on obligerait le maillot jaune à davantage d’agressivité aussi.

Cinquième réflexion, les oreillettes. Vous connaissez mon avis… j‘étais encore désolé cette année de voir des coureurs se lancer dans des échappées vouées à l‘échec, les oreillettes permettant de tout contrôler derrière. Il faut s’en débarrasser, la sécurité n’a rien à voir là dedans!

En conclusion, on pourra retenir de ce Tour de France le ras-le-bol du public français face à la domination Sky, Chris Froome ayant été copieusement hué à de nombreuses reprises sur les dernières étapes, et notamment dans le stade-vélodrome de Marseille. Sans plafond salarial, certaines équipes pourront démarcher des coureurs afin de s’octroyer la capacité de tout cadenasser. La réforme du cyclisme passe peut-être par une revue du calendrier et de la redistribution de l’argent, mais aussi par l’imposition d’un plafond salarial.

Avec quatre Tours de France en poche, il est clair que Froome voudra égaler Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain dès l’an prochain. Le cyclisme a un an devant lui pour préserver l’intérêt de la course… en variant les genres et en n’hésitant pas à innover. C’est l’innovation qui a aussi construit la légende du Tour!

Un Tour intéressant… mais un maillot jaune terne

Chris Froome a donc remporté son 4e Tour de France hier, après avoir dominé ses principaux adversaires dans le chrono de Marseille samedi.

Rigoberto Uran termine 2e, personne ne l’avait prévu à un tel niveau il y a trois semaines. C’est aussi un ex-coureur Sky!

Romain Bardet termine 3e, c’est une position de moins bien que l’an dernier… Bardet a fini ce Tour de France sur les vapeurs, c’est évident.

Bilan de ce Tour de France? Je l’ai trouvé bien intéressant sauf… le maillot jaune lui-même!

Les coureurs français d’abord, qui nous ont emballé: Warren Barguil, Lilian Calmejane, Arnaud Demare, mais aussi Tony Gallopin qui aura essayé à de nombreuses reprises, les coureurs de l‘équipe Fortuneo… le cyclisme français se porte bien et ça fait du bien!

Seule déception, Thibault Pinot, totalement inexistant sur ce Tour de France et ayant été contraint à l’abandon à l’amorce de la 3e semaine. De tous les coureurs ayant participé au dernier Giro, seul Mikel Landa sera parvenu à briller sur ce Tour de France, terminant 4e à une petite seconde de la 3e place.

La course au maillot vert ensuite, entre Marcel Kittel et Michael Matthews, une lutte acharnée sprint par sprint jusqu‘à la chute et l’abandon de Kittel, alors que rien n‘était joué.

La course au maillot à pois a également été intéressante, avec un Thomas de Gendt volontaire et motivé qui attaquait dès le départ de presque toutes les étapes depuis 10 jours. Son geste à l’endroit de Barguil, alors qu’il rendait les armes il y a quelques jours, restera dans les mémoires comme un beau moment de sport.

La course au maillot blanc entre Simon Yates et Louis Meintjes a également été serrée par moment, et aura requis de Yates des efforts constants.

On retiendra également de ce Tour qu’il s’est essentiellement joué dans les deux courts chronos, puisque c’est là que Froome a creusé les écarts sur ses adversaires. En montagne, les leaders n’ont pas pu se départager et on regrettera bien sûr leur manque d’initiative. Seul Alberto Contador a osé, une fois de plus. Pourquoi diable un Fabio Aru n’a pas décidé d’accompagner l’Espagnol dans les Alpes?

On retiendra enfin de ce Tour une confirmation: désormais, les courses par étape se jouent aussi dans les descentes. Car c’est en descente peut-être souvent plus que durant les ascensions qu’on a vu le plus d’attaques! Les descentes se sont souvent faites à bloc, ce qui a notamment couté cher à Richie Porte… C’est une confirmation d’un nouveau cyclisme, celui où on se départage aussi dans les descentes et sur les coups de bordure.

Seul Chris Froome et son équipe Sky auront été d’un ennui… Froome remporte ce Tour de France sans aucune victoire d‘étape, un fait tout de même assez rare dans l’histoire du Tour. Son équipe Sky a tout contrôlé en montagne, notamment avec un surprenant Michal Kwiatlowki, mais aussi les Henao, Landa, Nieve voire Kiryenka. Aucune autre équipe n‘était au même niveau que les Sky sur cette épreuve, c’est une évidence. C’est pas compliqué, par moment je me disais, à le voir évoluer, que Kwiatlowski avait ce qu’il faut pour s’imposer sur le Tour lui aussi!

Ils sont passés au travers

Plusieurs coureurs avaient des responsabilités sur l‘épreuve et sont passés à travers leur Tour de France, leur mettant la pression pour le reste de la saison.

Je pense à des coureurs comme Andrei Greipel, Nacer Bouhanni, Alexandr Kristoff, Nairo Quintana, Tony Martin, Greg Van Avermaet, Esteban Chaves, Andrew Talansky, John Degenkolb, Pierre Rolland, Romain Sicard ou encore Peter Sagan, éliminé pour sprint illégal.

Certaines équipes repartent également avec un très maigre bilan, et aucune victoire d‘étape: Cofidis bien sûr, mais aussi Bahrain Merida, Movistar, Orica, Emirats, ou Wanty Groupe Gobert. Vous avez vu un coureur Bahrain Merida ces trois dernières semaines vous?

Les révélations

Warren Barguil sans conteste, qui a joué avec succès la carte de la fraicheur physique. Il explose sur ce Tour et révèle ses qualités, notamment en établissant le record de l’ascension du col de l’Izoard, en un peu plus de 38 minutes (faudra voir ce que donne les analyses de puissance sur ce coup-là…). En trois semaines, il a changé complètement de statut en France et dans le monde du cyclisme.

Marcel Kittel, 5 victoires d‘étape avec une facilité déconcertante, il s’est affirmé comme LE meilleur sprinter du peloton en ce moment dans le peloton pro.

Michal Kwiatlowski selon moi, le super-domestique capable d’amener Froome très, très loin dans les cols. Impressionnant de force!

Mon coup de coeur

Le moment qui m’aura fait le plus vibrer ces trois dernières semaines? Je crois bien que c’est les derniers kilomètres de l‘étape remportée par Lilian Calmejane, alors qu’il était au prise avec des crampes à 5 kms de l’arrivée. Un beau moment de sport, où le coureur a dû et a su puiser dans ses dernières réserves pour aller chercher la consécration. C‘était beau!

Froome: il a la pression!

Le bilan des deux grandes étapes alpestres est simple:

  • la plupart des coureurs du top-10 se sont contentés de suivre, hormis Contador, Martin, Bardet et Barguil. Dommage car ce n’est pas ainsi qu’on gagne une course! Aru était trop juste, embêté par un début de bronchite (ha! la bronchite chez les coureurs italiens, déjà Marco Pantani…), Uran s’est contenté de suivre (dommage…) tout comme Meintjes et Yates, et enfin Landa bossait essentiellement pour Froome.
  • le grand perdant de cette traversée des Alpes est sans conteste Aru, suivi de Quintana qui a lâché prise.
  • le grand gagnant de cette traversée des Alpes est… une équipe, Sunweb. Une victoire d‘étape hier avec Barguil au sommet de l’Izoard, sa 2e du Tour, le maillot à pois acquis sur les épaules du Breton, et le maillot vert qui abouti avec Michael Matthews suite à l’abandon sur chute de Marcel Kittel. Le carton plein pour la Sunweb qui ramènera deux maillots distinctifs à Paris, et au minimum quatre victoires d‘étape!

Le Tour se jouera donc samedi dans les rues de Marseille, 29 secondes séparant les trois premiers, soit Froome, Bardet et Uran.

Dans l’exercice, Froome part favori sur le papier, et Bardet peut être inquiet de perdre sa 2e place aux mains de Rigoberto Uran, solide rouleur et dont on ignore les réserves actuelles. En fin de Tour ainsi, la fraicheur physique et la récupération sont des éléments clé.

Ce sera une étape intéressante car Froome aura… la pression! Avec seulement 23 et 29 secondes d’avance sur Bardet et Uran, il se devra de rouler à bloc dans les rues de Marseille, et devra prendre des risques qui pourraient le pousser à la faute. Une simple chute sans conséquence pourrait lui faire perdre le Tour s’il met 30 secondes à se relever et repartir!

Tout peut donc arriver samedi sur cette étape ponctuée de nombreux virages serrés, et disputée en milieu urbain. Par chance pour les coureurs, il fera beau et pas de pluie.

Les derniers chronos sur le Tour ont souvent été une formalité pour le maillot jaune tant son avance était conséquente au départ de l‘étape: pas samedi!

Alliance française dans l’Izoard?

Je sais pas vous, mais j’ai été surpris de voir Tony Gallopin donner un gros relais à Romain Bardet alors à la chasse derrière Mikel Landa hier dans le haut du col de l’Izoard. Gallopin affirme pourtant ne pas avoir vu Bardet dans sa roue et à avoir simplement cherché à relancer son allure.

Je n’en crois personnellement pas un mot, et je suis sûr qu’une certaine solidarité nationale a alors existé à ce moment de la course. Des renvois d’ascenseurs pourraient être vus dans les prochaines courses…

La fraicheur physique

Et si la clé du Tour était la fraicheur physique? Blessé en début d’année, on craignait que la saison de Warren Barguil en soit une autre de galère… or il n’en fut rien, signant son meilleur Tour de France, et de loin! Barguil est en quelque sorte la révélation de ce Tour de France et il semblait avoir une énergie inépuisable. Lui-même a affirmé que sa fraicheur physique avait fait la différence.

Bien sûr, la même recette ne saurait être appliquée à tout le monde tant les organismes sont différents… mais il y a certainement des leçons à retenir de la préparation Barguil des derniers mois.

Le geste sportif

J’ai beaucoup apprécié la main tendue de Thomas DeGendt à l’endroit de Warren Barguil au pied du col de l’Izoard, ainsi que la petite tape dans le dos, question de lui dire “on s’est bien battu, tu gagnes, bravo“. Le meilleur du cyclisme, ce sport tellement difficile qu’il force habituellement le respect entre les coureurs.

Le cyclisme comme j’aime!

Encore une superbe étape hier vers Romans-sur-Isère, une étape où la tactique a été cruciale en raison d’un vent violent, surtout dans le final.

On savait avant le départ que la Sunweb avait trois intérêts dans cette étape: renforcer le maillot de meilleur grimpeur pour Warren Barguil, se rapprocher du maillot vert de Marcel Kittel pour Michael Matthews et, bien sûr, la victoire d‘étape.

Ben ça n’a pas loupé et les Sunweb ont superbement manoeuvré!

Exit le maillot vert et la plupart des sprinters dès les premiers kilomètres, avec Barguil qui passe en tête au sommet du col du Rouvey au km 65 au sein d’un premier peloton déjà réduit.

Les Sunweb ont ensuite roulé pour prévenir un regroupement général, c‘était beau à voir.

Matthews empochait du coup le sprint intermédiaire situé à une cinquantaine de kilomètres de l’arrivée.

Dans le final, les Sky ont joué la bordure, les Sunweb ont terminé le travail avec la victoire au sprint de Matthews. Romain Bardet aura eu chaud, ré-intégrant in-extremis le premier peloton grâce aux efforts et à la vigilance d’Olivier Naesen le champion de Belgique. Bardet peut lui dire merci, Naesen lui a peut-être sauvé une place sur le podium du Tour…

Parmi les piégés derrière, Contador, Martin, Meintjens. Contador n’est plus parmi le top-10 du Tour aujourd’hui, une situation peut-être bénie pour l’Espagnol qui aura ainsi davantage de liberté pour attaquer durant les deux grandes étapes alpestres.

Bref, une étape tactique comme je les aime, où les coureurs ont su faire d’une étape de transition une classique d’avril, en jouant les bordures. Molto bene!

Hors ligne, le sprint de Matthews?

John Degenkolb s’est plaint à l’arrivée hier d’avoir été gêné par Michael Matthews dans le sprint final à quelques mètres de la ligne.

Je suis plutôt d’accord: il est clair que Matthews sent un coureur sur sa droite et décide d’aller au plus près de la balustrade, en prenant bien soin cependant de ne pas complètement fermer la porte afin d‘éviter le déclassement. La tactique est classique, et je crois que Matthews a eu beaucoup de chance de bénéficier ainsi de la clémence des commissaires… un traitement que Peter Sagan n’a pas eu bien évidemment!

Et de toute façon, le plus rapide dans les derniers 100m hier, c‘était… Edvald Boasson Hagen!

Matthews peut-il gagner le maillot vert?

29 points seulement séparent désormais Marcel Kittel de Michael Matthews. Considérant qu’une victoire d‘étape en rapporte 30, et qu’il reste deux étapes où les sprinters pourront en découdre (vendredi vers Salon-de-Provence et dimanche sur les Champs Élysées), la course au maillot vert est passionnante comme l’est celle au maillot jaune.

L‘étape de vendredi sera capitale, et un bis repetitas de celle d’hier. La Sunweb voudra certainement de nouveau faire péter les sprinters dès le départ, sur des routes accidentées, notamment dans les cols de Lebrault et de Sarraut tôt dans l‘étape. Il faudra ensuite rouler afin de prévenir un regroupement général, le col du Pointu à 50 bornes de l’arrivée offrant cependant une nouvelle occasion de lâcher les sprinters en fin d‘étape.

Dimanche sur les Champs, c’est avantage Kittel puisque la puissance brute parlera. Si Matthews et Kittel en gagnent chacun une, la différence se fera lors des sprints intermédiaires et sur les places de 2e ou 3e dimanche…

Les Alpes

On y est, les deux grandes étapes alpestres de ce Tour de France.

Je pense toutefois que le Tour se jouera jeudi, sur les pentes de l’Izoard, puisque l’arrivée se jugera en haut. Ce Tour de France se gagnera probablement par quelques secondes, je crois que les principaux favoris voudront se marquer aujourd’hui pour essayer de se départager dans l’Izoard jeudi.

Chose certaine, spectacle garanti notamment avec… Alberto Contador?

Aru, le mieux placé?

Beaucoup d‘énergie déployée ce week-end sur les deux étapes du Massif central pour, au final, peu de changement au classement général. Le fait du week-end est évidemment le passage du maillot jaune de Fabio Aru à Chris Froome.

Même si Aru a été battu à la pédale samedi, probablement en raison d’une faute de placement au pied de la dernière bosse par manque d‘équipiers, je pense que l’Italien doit être rudement content de s‘être débarrassé du maillot jaune. Il demeure à une poignée de secondes de Froome, et son équipe et lui n’ont plus à assumer le poids de la course. C’est parfait pour lui, il pourra s’employer à passer à l’attaque mercredi et jeudi prochain.

AG2R: pourquoi?

Sur la route vers le Puy-en-Veley hier, je n’ai pas compris pour les AG2R – La Mondiale ont continué de rouler une fois que Froome ait réintégré le peloton de tête après son incident mécanique au pied du col de Peyra Taillade. À ce moment, la responsabilité de la course revenait aux Sky, sans aucun doute.

Au lieu de ça, Chris Froome était bien trop content de trouver dans l‘équipe de Chambéry des coureurs qui faisaient parfaitement son jeu. Je ne comprendrai jamais ce genre de comportement, y’a pas de cadeaux à faire sur le Tour!

Les Alpes

Les étapes de mercredi et jeudi devraient faire bouger le classement général sans nul doute. Avec quatre coureurs à moins de 30 secondes du maillot jaune et avec seulement six étapes à faire, c’est un Tour de France très serré qui se déroule sous nos yeux. N’oublions pas non plus Dan Martin et Mikel Landa, qui sont tous deux à un peu plus d’une minute de Chris Froome.

C’est peut-être dans les derniers kilomètres de l‘étape de jeudi, sur les pentes du col d’Izoard, que le Tour sera décidé… tout en n’oubliant pas le dernier chrono samedi à Marseille, à l’avantage de rouleurs comme Froome et Uran.

Crédible, Landa?

Les deux étapes du week-end vers Rodez et le Puy-en-Velay ne devraient pas trop changer la donne dans la lutte pour le maillot jaune à Paris. C’est l’occasion de faire le point sur la course, avec cette journée de repos qui arrive lundi.

La courte étape vers Foix a prouvé une fois de plus qu’en cyclisme sur route, pas besoin de tracer des étapes de 240 kilomètres pour voir du mouvement. Ce fut une très belle étape encore une fois, qui nous a tenu en haleine jusqu’à la toute fin.

Les Français sont à la fête sur ce Tour, Warren Barguil signant une magnifique victoire d’étape avec le maillot à pois sur le dos. Il efface du coup sa déception de Chambéry, et nous prouve que la fraicheur physique est peut-être l’élément essentiel à considérer dans la préparation en vue de l’épreuve. Blessé il y a quelques semaines encore, Barguil a en effet peu couru jusqu’au départ du Tour, et il a vraiment de bonnes jambes. Une leçon à retenir pour Quintana et les autres coureurs présents sur le Giro en mai dernier?

J’ai également adoré Alberto Contador une fois de plus, qui a démarré dès le premier col du jour, comme pour dire : « j’ai peut-être perdu le Tour, mais je déciderai en partie de celui qui le gagnera ! ». Amenant Landa avec lui, ce dernier venait causer de sérieux maux de tête à Aru et les Astana… son ancienne équipe ! (rappelez-vous, Landa et Aru étaient équipiers en 2015 sur le Giro, notamment dans cette magnifique étape du Mortirolo, à la lutte avec Alberto Contador en rose).

Au terme de l’étape et de leur échappée, Quintana (qui a aussi bien manœuvré durant l’étape) et Landa rejoignent au général les coureurs qui peuvent encore rêver gagner à Paris : Aru, Froome, Bardet, Uran, Martin et Yates. Ils sont donc huit coureurs à moins de 2min07 du maillot jaune, de quoi garantir une traversée des Alpes compliquée et passionnante la semaine prochaine !

Les probabilités de victoire

Pour moi, Froome reste le favori compte tenu du dernier chrono à Marseille la veille de l’arrivée. Il n’a cependant pas l’air au mieux dans les forts pourcentages, et je crois que ses adversaires devront le tester dans le col du Galibier, au delà de Plan Lachat, dans les pentes les plus difficiles de ce col, et par delà 2000m d’altitude. L’autre occasion sera dans les rampes menant à la Casse Déserte sur le col de l’Izoard, là aussi dans des pentes plus raides. C’est l’occasion de lui administrer le KO, si jamais le KO est possible !

Aru a manifestement de bonnes jambes dans les forts pourcentages, mais il est très, très isolé. S’il pourra probablement compter sur les AG2R-La Mondiale pour contrôler la course, les deux Sky – Froome et Landa – seront capables de lui créer bien des soucis dans les Alpes. À un certain moment, tu ne peux pas courir après tout le monde…

Bardet, c’est l’inconnu : jusqu’où peut-il aller ? Pour s’imposer sur ce Tour, il devra compter au moins 2 minutes d’avance sur Froome en prévision du dernier chrono. Il doit passer à l’attaque dans les Alpes, probablement en attendant les derniers hectomètres du Galibier, puis de l’Izoard. Ou alors, dans la descente du Galibier ?

Uran, c’est l’autre inconnu, le joker de ce top-8. Deux fois 2e du Giro, il a la caisse et se débrouille bien dans les chronos. Il n’a surtout aucune pression, rien à perdre. Je le vois bien sur le podium à Paris !

Landa, c’est l’autre joker de ce top-8. La Sky le relancera très certainement à l’attaque dans les Alpes pour obliger Aru et Bardet à faire des efforts. Froome pourra alors contrer au besoin. Ceci étant, je pense que le premier à rire jaune sera Chris Froome lui-même si jamais on devait ne pas revoir Landa, et que ce dernier allait chercher le maillot jaune. En d’autres mots, si Froome trouve la situation intéressante pour le moment, son rival le plus important pour la gagne à Paris est peut-être son propre équipier, tant Landa semble avoir de bonnes jambes en ce moment !

Quintana, Martin et Yates n’ont pas de pression eux non plus, surtout Yates qui cherchera surtout à ne pas perdre à Louis Meintjens son maillot blanc de meilleur jeune.

Bref, avantage Sky c’est évident à l’amorce de cette dernière semaine, mais Froome la trouvera moins drôle si Landa devait se montrer plus solide que lui…

Quel Tour !

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