Tous les jours, la passion du cyclisme

Le déclic

T’as été encabané de décembre à avril au Québec.

Alors t’a fait du home-trainer, ou du ski de fond, sachant bien que ce n’est pas tout pour préparer une saison de vélo.

La reprise dehors début avril a certes été une délivrance. La joie de remonter sur ton vélo, de te sentir enfin de nouveau libre en pédalant, a cependant été affectée par ce petit quelque chose que tu connais bien: un peu juste.

Après 120 minutes dans le vent du printemps, souvent la panne de cannes.

Tu n’as pas encore cédé à la tyrannie des watts, mais tu sais bien que la mesure ne serait pas à la hauteur de ce que tu peux faire, de tes attentes.

Alors tu as roulé.

Et encore roulé.

Le plus souvent, presque tout le temps en fait, solo.

Tu as pesté aussi, notamment contre ce diable de vent du printemps. Un vent froid, soutenu, usant, et curieusement si souvent de face. Baisser la tête.

Les oies dans le ciel au dessus de ta tête d’ailleurs évoluent en voiliers. Tu n’as pas eu ce luxe.

Tu t’es accroché. Tu es sorti souvent, même quand tu n’en avais pas envie. Tu as souffert en silence, seul, sachant qu’un kilomètre seul compte double.

Tu as eu les mains et les pieds gelés.

Tu as fait tes devoirs, ces intervalles durs, souvent jusqu’à l’épuisement. Parfois, la rage au coeur.

Et tu t’es posé une tonne de questions. La plus difficile, pourquoi?

Pendant des semaines, pas de réponse. Tu sais juste que tu t’es déjà posé cette question avant dans ta vie, et que la réponse d’alors n’est pas forcément celle que tu trouveras aujourd’hui. Ça pourrait te lâcher.

Mais tu as continué sur le chemin, des fois en mettant ton cerveau à off. Ta passion du cyclisme t’a soutenu dans cette quête, sans même le savoir. Parfois, tu as roulé avec les images de Mathieu, de Wout, de Julian, de Greg, de Sean, de Bernard et de Laurent dans la tête.

Parfois, la tête vide.

La réponse vient tout juste de te parvenir.

La réponse, c’est le déclic.

Une seule sortie, et tu as compris.

Tu as compris que tu reviens. Que les efforts des dernières semaines n’ont pas été vains.

Enfin, la bonne patte. Parti comme une balle, solo encore une fois, ca a tenu cette fois-ci sur ta sortie. Dans le final, tu t’es fait vraiment plaisir à en remettre une couche, surpris que tes jambes répondent encore malgré la violence des efforts jusque là, et les kilomètres encaissés.

La moyenne est stratosphérique pour un effort en solitaire dans le vent. Tu t’es surpris.

Donc tu sais.

Tu sais aujourd’hui que le chemin emprunté est le bon. Hard work always pays off. Ouf, c’est encore vrai.

Tu sais aujourd’hui que cette année encore, tu seras dans le coup. À ton meilleur niveau.

Surtout, tu sais que tu auras une opportunité, si précieuse parce que tu vieillis comme tout le monde: celle de pouvoir, si tu t’entraines encore fort, te battre toi-même.

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15 Commentaires

  1. Steph

    « Surtout, tu sais que tu auras une opportunité, si précieuse parce que tu vieillis comme tout lemonde: celle de pouvoir, si tu t’entraines encore fort, te battre toi-même. »

    Une démarche un tantinet autodestructrice au fond… 😉

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  2. Serge

    Moi quand ces maux ne rattrapent, je pense à deux copains, Michel qui est maintenant dans un fauteuil roulant après un accident « bête » en vélo et Julien parti à 35 ans d’un cancer . Je me dis quelle chance que j’ai de pouvoir me poser ces questions et de pouvoir apporter des réponses…Roules Serge, roules.

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  3. noirvélo

    Oui , tous les ans se rajoute … un an !! et au bout d’un moment , ça chiffre !! et au bout d’un moment tu stagnes !! et au bout d’un moment , tu baisses , doucement avec l’âge… Tu te dis alors , « je dois m’entrainer plus , mieux … (alors que tu es déjà sérieux!) mais , plus tu vieillis et moins tu « peux » alors que tu devrais « plus » …
    Alors tu ne peux plus compter que sur la philosophie comme « sparring partner » avec ses trois acolytes « moral , mental & fierté  » en essayant d’éliminer et d’oublier au mieux ce faux ami qui te suit depuis toujours … « orgueuil » … Oui Laurent , en tant que passionnés de sport , (mais aussi de « VIE » !) nous passons tous par là , inexorablement …

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  4. Martin Cléroult

    J’adore.

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  5. mica

    D’ abord la photo, magnifique, un clair obscur, ou plutôt un obscur clair vers une lumière irréelle sur une route miroir…..un cycliste fragile discret et vulnérable, comme nous le sommes tous devant des motorisés voraces.
    Une phrase inspirée « les oies évoluent en voilier »…….auraient elles « inventé » la bordure? Les cyclistes ne feraient ils que les copier ; quel atavisme peut il les guider ?
    Les lois de l’ aérodynamique sont aussi valable pour ces volatiles que pour nous, jusque à la notion de relai, ou partage du travail plutôt que collaboration , aux sinistres relents.
    Et puis les doutes, toujours, des périodes de galère.
    Comme le disait Pierre Roques dans une de ces merveilleuse chroniques:
    « Quel cycliste ne s’ est écrié (tout haut ou mentalement): Qu ‘ est- ce que je f…ici ? « ……..oui, il y a des jours ou on se demande…. et quand tout va mieux, ou un peu mieux, alors, dixit P. Roques encore, « on se demande…..pourquoi les autres ne font pas aussi du vélo ».
    Merci Laurent pour ton évocation…….et, il m’ étonnerai que Plasthmatic( l’ ais je bien écrit ? ) ne prenne pas sa plume !
    3 autres, ci dessus, l’ ont déja fait avec brio…..

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  6. Muddler

    Pourquoi tout ça? Pour la douche après.

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    • Claudio

      Surtout pour la sieste!!

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    • noirvélo

      Au printemps , on a même la douche « avant » … Celle d’après est d’autant plus appréciée !! Je l’écris parce que une fois de plus vécues cette année …Et pour faire « passer la pilule » on se prend pour un « Flahute » échappé sur le Ronde dans une année … pluvieuse évidemment !!!

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  7. Alain

    Simplement merci Laurent!

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  8. Wolber

    Tout ça pour quoi ? Pour rien , tout simplement.

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  9. Lemond

    Rien à ajouter, c’est exactement ce qu’on ressent au mois d’avril!
    Mais qu’est-ce qu’on l’attend cette fameuse sortie ou les sensations sont enfin de retour!
    Et qu’est-ce qu’on en bave pour y arriver!

    Félicitations pour ce superbe texte Laurent!

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  10. Edgar Allan Poe

    C’est vrai, c’est chouette.
    Je suis toujours méfiant des sensations à l’entraînement. Pour moi, le seul juge de paix est la compétition. Les exploits fantasmés, les grimpées de cols d’anthologie, les kom… à l’entrainement, je ne suis pas fan. Je reconnais être un peu particulier à ce niveau. L’an dernier, je suivais péniblement des coureurs de mon club à l’entraînement en juillet. Reprise des courses en aout, aucun d’eux n’a jamais fini dans le premier groupe en course avec moi, et je leur ai mis 20 minutes mini sur les 2 cyclos que nous avons courues. Je ne l’explique pas, si ce n’est à dire que le mental joue énormément en course.
    Rouler ne sert à rien… quelle débauche d’énergie et de temps ! Rouler est essentiel et primordial, car nous allons bien, beaucoup mieux que nos collègues de travail même beaucoup plus jeunes, et beaucoup mieux aussi que nos congénères (belles motivations Serge)
    Aujourd’hui, galère sans nom, queue de comète du Covid, douleurs et souffrances du début à la fin des 4 heures de vélo… Et ben pourtant … vivement demain que j’y retourne!
    Pourquoi tout ça ? Les paysages, le sentiment de liberté avant tout, une bière parfois, et du chocolat tout le temps !
    Vive le vélo !

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  11. noirvélo

    C’est vrai que la photo est magnifique , seul , nature , vélo , liberté , espace , soleil , nous comprenons tous pourquoi nous aimons le vélo ! c’est un cliché ? oui et non , donc …

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  12. J’aime beaucoup ce texte, il est très bien écrit 😉

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