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Catégorie : Dopage Page 24 of 26

Les fans se font toujours flouer…

"On apprend aujourd’hui que l’équipe T-Mobile a suspendu de leurs fonctions les deux médecins responsables de leur programme anti-dopage cette saison":http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-30755988@7-37,0.html, programme annoncé comme très innovateur, très complet et apportant des garanties quant à la moralité des coureurs de l’équipe, équipe profondément renouvellée d’ailleurs durant l’intersaison pour s’éloigner du scandale Ullrich. Ils ont été suspendus parce que dénoncés par Jef d’Hont, cet ancien soigneur chez Deutsche Telekom entre 1992 et 1996 et qui affirme que les deux médecins en question, Andreas Schmid et Lothar Heinrich, auraient encouragé l’usage d’EPO parmi les coureurs de l’époque, dont évidemment Bjarne Riis et Jan Ullrich. Si l’information est vraie (et on voit mal pourquoi Jef d’Hont mentirait…), c’est une preuve de plus qu’on prend vraiment les fans pour des cons en essayant de capitaliser sur leur ignorance du milieu. T-Mobile a annoncé en grande pompe son programme anti-dopage en 2007, programme présenté, avec le renouvellement en profondeur de l’effectif des coureurs, comme un autre élément témoignant de la virginité nouvelle de l’équipe. Il n’en est finalement rien, les mêmes médecins verreux étant toujours dans le giron des équipes (on pourrait discourir également des individus qui siègent sur la commission anti-dopage de l’UCI…). C’est probablement la même chose chez les CSC de Bjarne Riis qui ont, eux-aussi, instauré un soit-disant programme anti-dopage assez complet et supposé apporter la garantie que les coureurs sont clean. Nous avons également lu récemment que certains coureurs comme Cancellara chez CSC continuent évidemment de travailler avec les médecins sulfureux de la dernière décennie, notamment les Ferrari, Cecchini et Padilla ou leurs disciples. Bref, on prend une fois de plus les fans pour des cons. Pour La Flamme Rouge, c’est une preuve de plus qu’aujourd’hui, on ne peut plus prétendre être pro en Europe tout en étant à l’eau claire. Le dopage sanguin est aujourd’hui nécessaire et les scandales à répétition ne changent rien sur le fond. On fait simplement plus attention aux apparences et on complexifie les réseaux de distribution. La vigilance est plus que jamais à l’ordre du jour!

Les dopages

"De toute façon, ils sont tous dopés donc c’est encore le meilleur qui gagne". Combien de fois, et encore récemment, avons-nous entendu cet argument concernant le dopage. Les gens ne semblent tout simplement pas comprendre qu’il n’y a pas *UN* dopage dans le cyclisme, mais bien *DES* dopages. Explications. Il existe fondamentalement deux formes de dopage dans le cyclisme: le dopage *régulier* et le dopage *sanguin*, plus sophistiqué. Le premier fait appel aux substances "classiques", c’est à dire amphétamines, anabolisants et stéroides. Très souvent, dans le dernier cas, il suffit de prendre des petites pillules par voie orale et le tour est joué. Le dopage "classique" est un dopage très accessible, présent à tous les niveaux, dans toutes les catégories de pratique. La plupart d’entre vous ont probablement déjà été exposé à ce dopage, les clubs de fitness et salles de musculation étant souvent des endroits ou l’on peut se procurer facilement de tels produits qui pourront être utiles pour développer la masse musculaire et la résistance à l’effort, la capacité d’entrainement. Autre point fondamental, ce dopage est très accessible parce que bon marché. L’autre dopage est le dopage sanguin. Ici, plus d’improvisation. C’est d’abord un dopage par injection, il faut donc avoir les couilles de se piquer et savoir le faire. C’est un dopage sophistiqué, fait de protocoles précis à respecter. Le non respect de ces protocoles peut entrainer de sérieux risques pour la santé, voire entraîner la mort. C’est également un dopage hyper-cher, une seule ampoule d’EPO se détaillant près de 2000$CAN au Canada. Très souvent, ces cures sont de véritables cocktails, mariant hormones de croissance, testostérone et autres produits connexes (ferritine par exemple), d’ou leurs coûts très élevés. Il n’est donc accessible qu’à l’élite, qu’aux coureurs qui ont les moyens de se payer de telles cures. L’efficacité du dopage sanguin est redoutable, décuplant les capacités aérobiques et anaérobiques de l’organisme. On parle parfois de gains d’efficacité de l’ordre d’au moins 15%. Alors, quelle proportion du peloton professionnel a accès au dopage sanguin? En Amérique, nous croyons que c’est une minorité de coureurs, les revenus étant nettement insuffisants pour assumer les coûts d’un tel dopage. Le dopage sanguin existe bel et bien, mais demeure peu répandu et surtout peu utile pour des épreuves souvent courtes et demandant beaucoup de puissance (critériums par exemple). D’ou le peu de cas positifs au cours des années récentes. En Europe, nous croyons que le dopage sanguin est beaucoup plus répandu. D’une part, les réseaux de distribution sont bien développés, l’affaire Puerto l’ayant prouvé. D’autre part, le niveau des coureurs est très élevé et les épreuves très exigeantes physiquement, obligeant presque le recours à de telles pratiques pour seulement pouvoir suivre le rythme des courses. Nous croyons que les domestiques européens ont accès au dopage sanguin pour préparer certains objectifs majeurs, comme le Tour par exemple. Pour les leaders, le dopage sanguin est accessible à l’année, le cas Virenque en 1998 l’ayant prouvé avec un budget annuel dopage assez impressionnant. Alors, qu’est ce que les grands leaders ont de plus? Un programme complet, garanti par les plus grands médecins du dopage de ce monde (notamment les Ferrari, Cecchini, Fuentes, Sabilla, etc.). Ces médecins leur offre un programme "d’entrainement" complet en fonction de leurs objectifs, un programme d’entrainement très détaillé, avec non seulement les efforts à faire sur le vélo mais aussi les produits à prendre, quand et en quelle quantité, avec les dosages. Ils offrent surtout la garantie d’être tranquille lors des contrôles, ce qui justifie le prix de tels programmes de dopage "clef en main". D’ou la richesse de certains médecins comme Cecchini qui roulent en Ferrari et ont des cliniques à St-Moritz en Suisse… Tous à armes égales, les pros européens? Loin de là. Il nous apparaît évident qu’Anthony Charteau, modeste grégario du Crédit Agricole, n’a pas accès aux mêmes produits qu’un Ivan Basso chez CSC l’an dernier…

Six questions autour des rebondissements de l’affaire Puerto

La nouvelle du jour est évidemment le départ d’Ivan Basso de chez Discovery. C’est un nouvel événement dans l’affaire espagnole Puerto qu’on croyait sans suite il y a à peine un mois. Force est de reconnaître aujourd’hui que les choses évoluent de nouveau très vite, à notre entière satisfaction on doit dire. Il y a peut-être de l’espoir dans la lutte contre le dopage dans le cyclisme… On vous propose ce soir quelques commentaires sur tous les événements récents. 1 – *Le départ de Basso est-il réellement volontaire?* On peut en douter. Il faut comprendre que Basso était vu, jusqu’à récemment, comme une carte maîtresse dans la stratégie de l’équipe Discovery visant à trouver un nouveau sponsor suite à l’annonce, par le sponsor actuel, de la fin de son engagement dans le cyclisme au terme de la saison. Avec Basso, Bruyneel et Armstrong pouvaient approcher d’éventuels sponsors en leur disant qu’ils avaient LE coureur susceptible de remporter le Tour dès cette année et pour quelques années encore, un élément fondamental de leur stratégie lorsqu’on sait que les Américains ne s’intéressent, lorsqu’il s’agit de cyclisme, qu’au seul Tour de France. Rattrapé par l’affaire Puerto, Basso s’est récemment transformé en véritable boulet pour Bruyneel et Armstrong. Comment vendre non seulement le coureur Basso mais également toute l’équipe, menacée de ne pas participer au Tour par Christian Prudhomme si elle persistait à vouloir y aligner un coureur soupçonné dans l’affaire Puerto ? Conséquemment, Bruyneel et Armstrong ont probablement vendu cette sortie à Basso, lui faisant comprendre qu’il en allait non seulement de sa sortie à lui, mais aussi de l’avenir de tout un groupe sportif. 2 – *Comment se porte le cyclisme professionnel américain?* On peut vraiment se poser la question. D’une part, il est loin d’être sûr que Bruyneel et Armstrong retrouveront un sponsor pour l’année prochaine. Les affaires commencent à sérieusement miner la crédibilité de ce sport qui reste peu populaire aux States lorsqu’on le compare au golf, au basket, au baseball, au football américain voire au hockey. D’autre part, sans Basso, Johan Bruyneel et Armstrong n’ont aucun coureur actuellement chez eux pouvant garantir de prétendre au podium du Tour de France, la seule course cycliste qui intéresse les Américains. Leipheimer? Il a montré ses limites depuis fort longtemps et à près de 34 ans, il est en fin de carrière… Danielson est plus jeune, mais il a lui-aussi montré ses limites, tout comme Popovytch qui tarde vraiment à confirmer tout le bien qu’on voyait chez lui il y a quelques années. Bref, avec les Armstrong et Landis déjà out, avec un Hamilton visiblement pas au bout de ses peines face au dopage (on y reviendra plus loin), avec des Hincapie, Leipheimer et Julich sur le bord de la retraite et l’absence de nouveaux champions en devenir (Zabriskie? vraiment?), le cyclisme professionnel américain de haut niveau se trouve aujourd’hui dans une bien mauvaise situation et nous sommes d’avis que son avenir est aujourd’hui sérieusement compromis. Seule l’équipe montée par Jonathan Vaughters tiendra peut-être la route dans l’avenir…notamment grâce à un programme anti-dopage très musclé passant par un suivi longitudinal précis. 3 – *Jusqu’où ira l’affaire Puerto?* Notre moral avait pris un sérieux coup suite au classement sans suite de l’affaire, il y a quelques semaines. Fort heureusement, certains, dont les Italiens, ont eu le courage de reprendre et de poursuivre plus loin. Les résultats sont aujourd’hui éloquents: on parle d’un rapport final de plus de 6000 pages (!!!), on parle également d’une cinquantaine (50!) de cyclistes supplémentaires impliqués dans l’affaire, portant à plus de 100 (plus de 100!) le nombre de cyclistes pro potentiellement impliqués. C’est presque la moitié du peloton européen! Ceux dont les noms circulaient déjà devront probablement se soumettrent prochainement à des tests d’ADN comme Basso. On pense notamment à Hamilton, mais aussi à Jaksche, Botero, Sevilla, Unai Osa et son frère Aitor, Gutierrez Cataluña, Roberto Heras et Zaballa. On verra pour les autres, mais gageons qu’ils ne perdront rien pour attendre. Bref, tout cela n’est pas pour nous déplaire puisque si la police détient des preuves tangibles comme des poches de sang, elle devrait pouvoir aller au bout de l’affaire et porter des accusations menant à des suspensions. Il y a un mois, nous n’y croyions plus mais voilà aujourd’hui que l’espoir renaît. 4 – *Quelles sont les prochaines étapes?* D’une part, Basso se soumettra à l’ADN dans les prochains jours. Ca pourrait être la fin de sa carrière, comme ce fut le cas pour Ullrich. D’autre part, ASO, l’UCI et les groupes sportifs se réuniront vendredi prochain pour entendre les positions du Tour de France quant aux invitations sur son épreuve et quant à sa position dans toutes ces histoires de dopage. L’espoir renaît chez nous aux vues des prises de position fermes de Christian Prudhomme qui semble bien avoir compris, contrairement à Pat McQuaid, que l’avenir du Tour et du cyclisme tout entier est bel et bien dans la balance actuellement. Car combien de temps les sponsors continueront-ils à vouloir investir dans le cyclisme si le milieu souffre encore longtemps de telles affaires de dopage? 5 – *Quel bilan depuis l’affaire Festina?* Le bilan est très lourd. Sont tombés face au dopage à peu près tous les grands champions de la dernière décennie: Riis, Ullrich, Pantani, Armstrong, Landis, Heras, Musseuw, Virenque, Zulle, Brochard, Camenzind, Hamilton, Botero, Perez, Gotti, Basso, Mancebo, etc. Ceux qui seront passés à travers s’appellent Indurain, Tafi, Zabel, Julich, Voigt, Bettini, Merckx, Boogerd, Hincapie. Les prochains scandales s’appellent probablement Vinokourov, Katchechkin, Kloden, Boonen, Cancellara, Valverde, Cunego, Schleck, etc., des coureurs qui travaillent encore, comme les générations précédentes, avec les médecins controversés voire leurs disciples. 6 – *Le milieu est-il aussi pourri qu’on peut le croire et qu’on le laisse croire sur ce site?* Malheureusement, c’est probablement encore pire. Plus que jamais, il convient d’être vigilant et très critique face aux performances offertes actuellement dans le cyclisme professionnel. Le "milieu" n’hésitera jamais à abuser de la crédulité des fans…

é-c-o-e-u-r-é

Ce soir, La Flamme Rouge vous fait part de tout son écoeurement le plus complet face à la situation du cyclisme professionnel. À vrai dire, vous aurez probablement déjà constaté cet écoeurement, la qualité des textes de ce site s’étant nettement dégradée au cours des derniers mois. Notre charge de travail professionnel explique en partie la situation, mais aussi et surtout l’état actuel du vélo. Les deux derniers épisodes de dopage, c’est à dire "les 7 autres échantillons positifs de Landis":http://www.lequipe.fr/Cyclisme/breves2007/20070423_151813Dev.html ainsi que "la suspension, aujourd’hui même, d’Ivan Basso par son équipe Discovery":http://www.lequipe.fr/Cyclisme/breves2007/20070424_174927Dev.html, sont les catalyseurs de notre écoeurement. Nous sommes écoeurés devant tant de conneries par les dirigeants du cyclisme, par tant de mauvaise foi d’une majorité de cyclistes pro mais aussi de dirigeants d’équipe et soigneurs, par tant de mépris aussi à l’égard des fans qu’on continue de prendre pour des connards à qui ont peut tout faire croire. Nous lisions récemment une entrevue avec Fabian Cancellara dans Cycle Sport: il travaille étroitement avec le Dr. Cecchini en Italie… Nouvelle génération de coureurs avec de nouveaux principes vous dites M. McQuaid? O’Grady a remporté Paris-Roubaix à l’eau claire devrions-nous penser, l’équipe CSC ayant mis sur pied en début d’année un ambitieux programme anti-dopage au sein du groupe… Un champion, Floyd Landis? L’homme nous dévoile depuis des mois l’ampleur de ses limites intellectuelles et toute sa médiocrité par des déclarations toujours plus ridicules et arrogantes de surcroît. On nous prend vraiment pour des valises. En réalité, ne vous méprennez pas: le cyclisme est pourri jusqu’à la moelle des os: cancer généralisé, intraitable. Bref, nous trouvons vraiment de plus en plus difficile de nous passionner pour ce sport. Pourtant, l’histoire de ce sport, ses épreuves, ses endroits de légende, ses façons de constamment jeter des ponts entre passé et présent, sa difficulté extrème, continuent de nous interpeler. Espérons que ce n’est qu’une mauvaise passe… Espérons surtout que le peu d’hommes valables dans ce milieu – les "Christian Prudhomme jusqu’à preuve du contraire":http://www.lequipe.fr/Cyclisme/breves2007/20070424_234435Dev.html ainsi que les trois organisateurs des grands tours, les Antoine Vayer, les Marc Madiot, les Éric Boyer, les Christophe Bassons, les Damien Ressiot, sauront nous remotiver dans les prochaines semaines! La Flamme Rouge tient donc à s’excuser auprès de ses lecteurs pour les récents mois de textes moins intéressants, nettement en deça du moins de notre niveau habituel de qualité. Nous essaierons, si la motivation revient, d’améliorer la situation dans les prochaines semaines et de resserer nos contrôles quant aux commentaires émis qui devront, rappelons-le, être pertinents à l’égard du thème du jour. Quelques nouvelles par ailleurs: 1 – pool de cyclisme: c’est fait. Comme le maillot irisé, ce pool nous semble parfois maudit, chaque année une tuile s’abattant sur nous au moment ou nous devons constituer le fichier de départ, une opération longue et fastidieuse. Enfin, c’est fait et nous avons les premiers résultats, que nous dévoilerons jeudi après la Flèche Wallonne. C’est intéressant… 2 – Deux équipes québécoises, Calyon et Vallée de l’aluminium, participent au Tour de Virginie actuellement. "Le prologue, long de 8 kms, s’est remporté aujourd’hui à la moyenne de… 59,5 km/h, excusez un peu":http://www.cyclingnews.com/road.php?id=road/2007/apr07/virginia07/virginia071. C’était dans une descente? Dominique Perras a été le meilleur Québécois, ce qui suggère au contraire que le prologue était en côte!!! 3 – "Damiano Cunego est à l’heure pour le Giro":http://www.cyclingnews.com/road.php?id=road/2007/apr07/trentino07/trentino071. Attention à lui cette année sur les grands tours. Et il a de la chance en plus, Basso étant probablement déjà sur la voie de garage pour le Giro et le Tour… un adversaire de moins! Ne vous méprenez cependant pas, toute cette nouvelle génération travaille cependant avec les mêmes médecins-gourou que les ex-champions cyclistes des années 1990 et qui ont fait les Furlan, Berzin, Bobrik, etc. Il y a probablement des poches de sang aussi en circulation en Italie et surtout, dans tous ces ex-pays de l’Est frontaliers des pays de l’Europe de l’Ouest et où les contrôles sont probablement nettement moins rigoureux et fréquents. 4 – "On court la 71e édition de la Flèche Wallonne demain en Belgique":http://www.cyclingnews.com/road/2007/apr07/flechewallonne07/. Notre pronostic ? 550 watts dans le mur de Huy… 5 – Un lecteur fidèle et coureur cycliste québécois, Alexandre Odulinski, nous a informé que des photos assez intéressantes "étaient disponibles ici":http://www.acvq.ca/album/folderview.asp?folder=Saison%202007/01-Classique+Chlorophylle+22+avril+2007 concernant la première course de la saison au Québec, la classique Chlorophylle. L’occasion, pour ceux qui n’y étaient pas comme nous, de voir les petits copains en action et d’être aux premières loges pour voir une chute dans les derniers mètres de la course des Maîtres A. La chute fut sans gravité apparemment, raison pour laquelle nous en parlons. Merci à Alexandre pour l’info.

La puissance, version 2007

1 – L’UCI et de nombreuses équipes, dont T-Mobile et CSC, ont mis en place cette année de nouvelles règles antidopage, permettant de croire qu’il sera encore plus difficile pour les tricheurs de passer à travers les mailles du filet. Qui dit moins de dopage dit, logiquement, des moyennes moins élevées sur les courses et des temps à la hausse pour un même parcours. Les observateurs du cyclisme devraient donc être à même de juger, dans une certaine mesure, de l’efficacité des nouvelles dispositions. L’expert français dans l’entrainement et le calcul des puissances développées par les coureurs, Frédéric Portoleau, nous a fait parvenir ce court texte au soir de la victoire d’étape d’Alberto Contador sur Paris-Nice. C’était en haut de la côte de Mende. _Contador a gravi la côte de Mende cet après midi en 9min40s à 19,24 km/h. La pente moyenne est de 10,26%. Le temps de Contador est très proche de celui du trio Armstrong/Ullrich/Basso (9min33s) lors du Tour de France 2005. C’était en fin de Tour de France lors de l’étape Albi-Mende (189km). La difficulté de l’étape était à peu près la même. Le contexte était cependant différent, celui de la fin d’un grand Tour._ _La puissance moyenne de Contador est de 480 watts (puissance étalon 78kg). Ce premier calcul 2007 montre que le niveau des meilleurs coureurs ne devrait vraisemblablement pas baisser cette année._ 2 – Voici un intéressant site, "Cartovélo":http://www.cartovelo.com/, ou vous pouvez commander des ouvrages régionaux pour découvrir les voies cyclables et les beaux circuits en France. L’idéal pour préparer un séjour cycliste dans la vieille France en s’assurant d’éviter les grands axes routiers, toujours très achalandés. Si le site renferme surtout des documents sur la France, de nombreux autres pays sont aussi couverts, dont le Canada (Cyclotourisme au Québec, par l’éditeur Ulysse).

Ca continue à se fissurer…

L’édifice cycliste continue à se fissurer et les champions des années 1990 continuent de perdre de leur gloriole: "une télévision belge a fait un reportage destructeur sur le dopage dans le cyclisme des années 1990":http://www2.vrtnieuws.net/cm/vrtnieuws.net/sporza/wielrennen/070325_panorama_doping, principalement au sein de l’équipe Team Telekom. Selon les journalistes, qui se basent sur les témoignages des principaux intéressés, c’est Uwe Ampler, le coureur pro de l’Allemagne de l’Est, qui aurait introduit l’EPO au sein de la formation allemande tôt au début des années 1990. Le reportage confirme surtout que Bjarne Riis avait un taux d’hématocrite supérieur à 60 (apparemment 64!!!!) lors du Tour de France 1996, qu’il a gagné de façon arrogante, humiliant ses adversaires, notamment Indurain, à de nombreuses occasions (on se souviendra de la montée d’Hautacam…). Le reportage nous apprend qu’aujourd’hui, Riis souffrirait de rhumatismes sévères, conséquence probable de son utilisation massive de produits dopdants au cours de sa carrière. Les témoignages confirment également la morale exemplaire d’un coureur toujours dans le peloton, Erik Zabel. S’il aurait essayé l’EPO, il s’en serait vite passé, estimant qu’il pouvait gagner sans ce produit. On dit souvent que ce sont les coureurs qui ont une hygiène de vie exemplaire qui durent: Zabel en est une preuve supplémentaire et des coureurs comme Evgueni Berzin, Georgio Furlan ou Vladislav Bobrik, véritables étoiles filantes du sport tous chez Gewiss en 1994, confirment aussi la règle. Rappelons que Walter Godefroot était le manager de cette équipe Team Telekom et qu’il est toujours actif dans le cyclisme comme manager de l’équipe ProTour Astana cette année. Le reportage écorche enfin Patrick Lefevere qui semble perdre son calme et avouer à mi-mots l’évidence: il a déclaré sur un ton agressif _Just what do you want, anyway? Do you want every rider to get down on his knees and confess?_. Oui, Patrick, ce serait un bon début pour montrer toute l’étendue du problème, pour convaincre que les Manzano, Bassons et autres repentis du sport disent vrai et que l’UCI – surtout son personnel – doit vraiment être réformé en profondeur si le cyclisme veut retrouver une certaine crédibilité. Parce qu’en ce moment, le sport n’en a aucune et devient progressivement la risée générale. "CyclingNews a fait ce reportage sur le travail des journalistes belges":http://www.cyclingnews.com/news.php?id=news/2007/mar07/mar26news2. Les temps sont difficiles pour le cyclisme en Belgique!

La chute du Kaiser

La nouvelle du jour est évidemment la retraite de Jan Ullrich, annoncée aujourd’hui par le principal intéressé lors d’une conférence de presse tenue à Berlin. C’est selon nous un jour triste dans le monde du cyclisme, Jan Ullrich quittant en quelque sorte par la petite porte, impliqué dans l’affaire Puerto en juillet dernier et qui lui colle à la peau depuis. Incapable de se retrouver une équipe intéressante malgré quelques propositions probablement largement inférieures (en terme salarial) à sa valeur propre, Ullrich a préféré arrêter les frais dès maintenant. S’il a commis de nombreuses erreurs en cours de carrière, sachons reconnaître qu’il prend là probablement la meilleure décision de sa carrière. Pourquoi? Parce que cette retraite lui évite probablement de se retrouver dans la spirale infernale qu’a connu Marco Pantani, soupçonné de dopage sans jamais avoir été pris positif lui aussi. Car c’était bien la suspicion, les soupçons et l’idée d’être un bouc émissaire, de payer pour tout le monde, qui ont tué Pantani. Ullrich décide de dire stop avant de vivre la même chose, très certainement. Basso a eu la chance de recevoir une offre intéressante des Américains de Discovery et de relancer sa carrière loin de l’Europe. Comment ne pas penser que l’UCI ne fait décidemment pas son travail en ne mettant pas davantage de pression pour que les affaires Puerto et Landis aboutissent ? Si les tests sont fiables et les coureurs positifs, on devrait pouvoir les suspendre rapidement. Si les tests sont contestables, il faut rapidement investir pour les perfectionner et ainsi se donner les moyens d’assainir le sport. Mais dans les deux cas, il faut faire quelque chose, la situation actuelle n’étant plus tolérable. Quoi qu’il en soit, nous sommes d’avis que le cyclisme perd aujourd’hui un surdoué qui n’a malheureusement pas su se donner les moyens d’accomplir ce qu’il aurait pu accomplir dans le vélo compte tenu de ses moyens physiques. Car que reste-t-il d’autre chez les observateurs attentifs du cyclisme qu’un amer goût d’inachevé dans le cas de Jan Ullrich ? Il laisse néanmoins un palmarès qui force le respect: champion du monde amateur à Oslo pendant qu’un certain Lance Armstrong gagnait l’épreuve professionnelle, on le retrouvait déjà 2e du Tour en 1996, derrière Riis. Il remportera sa plus belle victoire, le Tour de France, l’année suivante alors qu’il n’avait que 24 ans, dominant Virenque et Pantani. À ce moment, pour les observateurs du cyclisme, l’avenir lui appartient et certains vont même jusqu’à prédire qu’Ullrich sera le premier coureur à battre le record de 5 victoires sur le Tour alors détenu par Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain. Sa victoire au Tour 1997 restera pourtant sa seule. Comment ne pas penser que ce succès lui monta quelque peu à la tête ? Ayant connu une enfance difficile, ayant quitté sa mère (son père était absent) très tôt pour intégrer une école des sports est-allemande, il était peut-être normal que le jeune homme veuille s’épanouir un peu et profiter de tout ce que lui apportait la vie après sa victoire sur le Tour. D’un mental très influençable, Ullrich allait connaître un hiver catastrophique en 1997-98 et allait se présenter en mars avec un important surplus de poids, une situation qui se reproduira presqu’à chaque année durant sa carrière. Ce manque de sérieux durant les inter-saisons lui aura coûté un palmarès plus important, notamment sur les courses d’un jour au mois d’avril. Car nous sommes convaincus qu’il aurait pu remporter des Ardennaises sans problème… On retiendra enfin que depuis sa victoire sur la Grande Boucle en 1997, il terminera encore 4 fois sur la deuxième marche de l’épreuve et une fois sur la troisième, en faisant le véritable Poulidor des temps modernes. De 1998 à 2006, il signera quelques autres victoires prestigieuses, notamment le titre olympique en 2000 à Sydney, la Vuelta en 1999 ainsi que deux titres de champion du monde du clm, en 1999 et 2000. Ullrich n’aura enfin connu que deux équipes dans sa carrière, T-Mobile (auparavant nommée Deutsche Telekom) de 1996 à 2002 et de 2004 à 2006, ainsi que Bianchi en 2003. Il sera resté fidèle jusqu’au bout à quelques hommes de confiance, notamment son entraineur Peter Becker et son directeur sportif Rudy Pavenage. Ullrich devrait rester impliqué dans le cyclisme auprès de l’équipe continentale autrichienne Volksbank en tant que représentant.

Comment vous dopez-vous ?

Grâce à quelques lecteurs passionnés en ce moment, les débats font rage sur La Flamme Rouge. Nous avons retenu deux commentaires plus particulièrement et sur lesquels nous revenons ce soir: 1 – ASO. Il est vrai qu’on pourrait comparer, à moindre échelle, ASO à l’UCI. L’un comme l’autre ont tendance à vouloir exercer une hégémonie sur le cyclisme, l’un au niveau national français, l’autre au niveau international. Nous voyons toutefois une nuance importante: selon nous, c’est le Tour de France et ASO (anciennement L’Auto puis L’Équipe), par son prestige et sa popularité, qui a été la locomotive du cyclisme français. Sans le développement de ces épreuves phares, beaucoup d’autres n’auraient pas vu le jour. On pense notamment au Critérium du Dauphiné qui doit une partie de sa popularité à sa place dans le calendrier, ce qui en fait une épreuve de préparation importante à la Grande Boucle. L’UCI, au contraire, vise par son ProTour a obtenir tous les bénéfices des épreuves pourtant développées par d’autres. Pourquoi ? Pour les droits télé bien sûr, d’importants revenus s’il en est. Pour aussi mieux attirer de gros sponsors dans le cyclisme en pouvant leur garantir dès leur venue une place parmi les plus grandes épreuves assurant un maximum de visibilité. Ou est la nuance ? Par son système, l’UCI ne met en place aucun avantage pour les plus petits sponsors, condamnés à être systématiquement à la marge des grandes épreuves s’ils n’obtiennent pas de licence ProTour. On garantit donc le cyclisme de haut niveau, mais on tue le reste et notamment les petites équipes et les petites épreuves qui perdent de leur intérêt pour les retransmissions télé. ASO et le Tour de France, pour leur part, sont effectivement de gros poissons en France. Mais ils n’ont jamais hésité à soutenir d’autres épreuves moins importantes comme par exemple Paris-Nice ou Paris-Tours qu’ils ont repris à leur compte alors que ces organisations traversaient des difficultés financières (parlez en à Laurent Fignon!). ASO est certes un gros joueur sur la scène française mais il faut selon nous les voir comme la locomotive qui tire le train, pas comme le fossoyeur de son cyclisme national. Le projet de l’UCI, quant à lui, n’a strictement rien de bon. L’organisme devrait se concentrer sur l’urgence d’assainir le sport afin de lui redonner une crédibilité plutôt que de tenter de s’imposer commercialement. 2 – Un lecteur nous demande de parler un peu des suppléments alimentaires, ces aides à la performance qu’on retrouve bien souvent en vente libre un peu partout. Premièrement, il convient de dire que tous les suppléments alimentaires ne sont pas du dopage. Il convient, comme toujours, de faire les nuances. Voici les nôtres: *Les vitamines*: la prise de suppléments de vitamines, à raison d’un comprimé chaque matin, ne constitue selon nous pas une forme de dopage, ni d’aide à la performance. La vie quotidienne d’aujourd’hui, le stress du travail, les contraintes de la vie familiale et professionnelle entraînent une alimentation parfois carrencée. Nous ne voyons donc aucun problème à ce que certains d’entre nous prennent des vitamines. La Flamme Rouge en prend-t-elle ? Oui, seulement durant les mois de janvier, février et mars, à raison d’une pastille de vitamine C de 500 mg chaque matin. C’est tout. Cela nous aide, selon nous, à combattre les petits rhumes en entretenant notre système immunitaire dans un état raisonnable. *Les autres éléments, notamment les minéraux*: ici, on parle de fer, de zinc, de magnesium, de ginseng, de spiruline, de gelée royale, de radis noirs et autres concoctions de tous acabits. Leur efficacité est loin d’être scientifiquement prouvée, tout comme leurs conséquences à long terme sur l’organisme. Selon nous, la prise de tels suppléments relève davantage du psychologique que du physique: pour ceux qui veulent bien y croîre, c’est peut-être efficace… Ceci étant dit, il ne s’agit pas selon nous de dopage là encore. Nous ne prenons actuellement aucun produit comme tel. À la sortie de l’hiver, en mars prochain, nous ferons cependant une cure de 2 semaines de Surdynamisant, un produit Overstim’s, question (psychologique, on précise encore une fois!) de recharger les batteries après un hiver passé à perdre des minéraux en suant sur un home-trainer dans le sous-sol. *Les autres produits (poudres de protéines, créatine, glutamine, BCAA, etc.)*: La Flamme Rouge ne prend aucun produit de cette famille que nous considérons comme la première forme de dopage du sport, la créatine étant, dans certains pays, interdite. Leur efficacité pour le cyclisme est loin de faire l’unanimité et leurs effets à long terme sur l’organisme humain sont assez méconnus. Nous croyons que ces produits sont toutefois largement utilisés aux niveaux régional et provincial, notamment l’hiver en période de musculation pour certains. Les autres produits pouvant améliorer les performances sont évidemment du dopage pour nous: amphétamines, cortico-stéroides, etc. Aux niveaux régional et provincial, nul doute pourtant que ces produits sont parfois utilisés. Il s’agit d’un dopage "par la bouche", se résumant à avaler des petites pillules de temps en temps. Un dopage sérieux et éminement condamnable car représentant un réel avantage sur les adversaires qui courent "à l’eau claire". Enfin, le dernier stade du dopage, assez inaccessible pour les coureurs modestes, est évidemment le dopage sanguin. Les cocktails sont bien connus: ferritine sous cutanée, testostérone, EPO, hormones de croissance, etc. On parle ici d’un dopage "à la seringue" et nécessitant un certain suivi médical, sous peine de s’exposer à de graves ennuis de santé. Nous croyons que cette forme de dopage n’a pas cours aux niveaux régional et provincial car trop cher. C’est au niveau national élite seulement que ce dopage commence à être pratiqué, de même qu’au niveau professionnel. Hautement efficace, cette forme de dopage peut permettre à des coureurs de franchir d’importants palliers. Il convient évidemment de nuancer: dans certains cas, le dopage sanguin est probablement utilisé même sur des cyclosportives. Nous voulons croire que c’est cependant une infime minorité de cyclistes qui a recours à ce genre de préparation pour affronter une Marmotte ou une Étape du Tour… Que prend donc La Flamme Rouge sur une saison ? Ca se résume à cela: de la vitamine C pendant 3 mois l’hiver, une cure de 2 semaines de Surdynamisant en mars et c’est tout. Rien d’autre. Le reste, c’est de l’eau claire, des pâtes, de l’hydrixir dans les bidons et quelques gels Red Tonic, des produits Overstim’s, pour les compétitions et les moments plus difficiles à l’entrainement. Nous n’avons jamais affronté la classique Montréal-Québec avec autre chose que cela et deux ou trois petites boites vertes d’Extran… Et vous ?

Quel débat!

Nous étions loin de nous douter que notre petite entrée d’hier susciterait tant de réactions parmi vous aujourd’hui. En fait, certains commentaires ont suscité une réaction chez d’autres lecteurs et ainsi de suite, résultant en 21 commentaires ce soir à 21h. Merci du ton généralement correct de ces échanges entre nous. Attention cependant à certains qui ont utilisé des qualificatifs assez échevelés (…) pour attaquer les autres. Nous vous rappelons que nous attachons une très grande importance à la qualité de ce site et que nous ne tolererons pas longtemps les dérapages. S’il vous plaît, aidez-nous à garder ce site crédible. Nous croyons fermement qu’il y a toujours moyen d’exprimer un désaccord avec les autres tout en restant poli et respectueux. Nous sommes également ravis de constater que certains de nos lecteurs sont des gens engagés dans le cyclisme voire proches de certains coureurs pro. Aussi, nous sommes tout à fait d’accord avec Patrick B. qui affirme que certains coureurs pro se battent pour une meilleure lutte au dopage dans ce sport. Il est évident que notre commentaire d’hier concernant les coureurs en général portait sur leur association, et non les individus qui la compose. Comme d’habitude, un regroupement parle pour la majorité et les individus qui forment le groupe ne sont pas toujours d’accord sur tout. Ce même lecteur nous pose une intéressante question sur les home-trainers: quels sont les modèles qui sont capables de fidèlement générer assez de puissance ? Le problème est bien réel, l’ayant nous même constaté sur notre Tacx Flow. À notre connaissance, ce sont les CompuTrainer qui sont les plus précis et les plus aptes à générer assez de résistance notamment lorsque le cycliste fait usage de petits braquets. Chez Tacx, c’est le Fortius qui a apporté un début de réponse, le frein étant beaucoup plus puissant que sur les modèles antérieurs. Nous ignorons la capacité des home-trainers Elite par ailleurs. À part ca, dans l’actualité, Boonen continue son festival sur le Tour du Qatar. Si vous voulez apprendre comment on fait de la bordure, "il faut regarder les images de l’étape!":http://grahamwatson.com/gw/imagedocs.nsf/updateframesetcall?openform&07qatarSt4 "Pas trop mal comme vélo, mais Dieu qu’on n’aime pas la selle!":http://www.cyclingnews.com/tech/2007/probikes/?id=tmobile_giant_linus_gerdemann Elle apporte une sensation de lourdeur sur un vélo pourtant à priori assez aérien…

Au tour de la Belgique…

Le cyclisme écope une nouvelle fois en public avec l’affaire Lefevere en Belgique. Cette histoire a désormais pris une ampleur considérable puisque "même le ministre des sports de Belgique a appelé le monde du cyclisme flamand à participer à une table ronde afin de discuter du problème":http://veloptimum.net/velonouvelles/7/ART/1jan/7sur7_24C.html. Vous avez bien lu, le ministre. Comment l’UCI peut-elle encore se regarder dans le mirroir, ses problèmes les plus criants étant désormais pris en charge par les autres ? Cette affaire est importante puisque même s’il ne s’agit que de déclarations qui seront difficiles à prouver lors d’éventuels procès judiciaires, Musseuw a avoué ses pratiques dopantes au même moment. Et comme son directeur sportif était Lefevere, voilà en quelque sorte une confirmation de l’exactitude des déclarations des derniers jours… Nous serions surpris que cette affaire amène à des suspensions après des procès. L’absence de preuves est un frein important pour la suite des choses. Mais l’affaire est suffisamment crédible pour que les organisateurs des trois grands tours, qui ont repris fort heureusement le contrôle de leurs épreuves, interdisent de départ l’équipe Quick Step et Patrick Lefevere en 2007. Gageons que l’UCI, pour sa part, nomera dans les prochains mois Lefevere à la tête de son comité anti-dopage… Par ailleurs, "les déclarations du coureur anonyme et encore en activité quant à l’usage de stupéfiants lors de soirées":http://www.velo-club.net/article?sid=36239#go n’est pas une surprise pour nous : le scandale Festina a déjà montré dans le passé que les coureurs font tellement usage de produits dopants pour mieux performer sur les courses qu’ils en deviennent progressivement accro. Ces drogues deviennent alors une nécessité quotidienne et ils ne peuvent plus s’en passer durant de longues périodes. On appelle ca de la toxicomanie. Enfin, on a beaucoup apprécié la réaction récente de… Jens Voigt, un coureur qui mérite décidemment tout notre respect. Voigt est très pessimiste pour l’année 2007 et pour l’avenir du cyclisme. Comment ne pas penser qu’il vise directement l’UCI en déclarant _Whoever didn’t get the wake-up call after everything that happened last year is probably not capable of being helped._ Plus encore, Voigt prouve être un homme intelligent en déclarant, à propos des contrôles antidopages (il en a déjà subi deux cette année): _Anything that leads to an improvement of our image is good. We have to be ready to go a step further than other sports — even if it were better, when we didn’t have a reason to._ On est loin des propos lamentables de Bettini ou de Valverde concernant les tests d’ADN.

Vers deux cyclismes distincts ?

"C’est une mini-bombe qui secoue de nouveau le monde du cyclisme professionnel aujourd’hui puisqu’on apprend qu’Oscar Pereiro, officiellement 2e du Tour mais potentiellement son vainqueur si Floyd Landis était convaincu de dopage à la testostérone, a fait usage de salbutamol durant le Tour, les échantillons prélevés lors de la traversée des Alpes en contenant significativement":http://veloptimum.net/velonouvelles/7/ART/1jan/Monde18.html. Rappelons que le salbutamol est un béta-2-agoniste retrouvé dans les pompes utilisées couramment par les individus souffrant d’asthme. De telles pompes sont très en vogue dans tous les pelotons du monde puisqu’elles dilatent les bronches et améliorent du fait même leur capacité de faire transiter l’oxygène vers le sang. L’affaire ne sort que maintenant puisque Pereiro avait fourni, suite à son contrôle positif, une de ces fameuses autorisations d’utilisation à des fins thérapeutiques (AUT) délivrée par l’UCI. L’UCI avait donc classé l’affaire sans suite. Mais l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) n’entend pas en rester là et a contacté Pereiro pour lui demander les raisons médicales de cette AUT, soupçonnant que les AUT servent, dans de nombreux cas, à cacher une pratique dopante. Advenant le cas ou Pereiro serait incapable de justifier une telle AUT, l’AFLD pourrait ouvrir une procédure disciplinaire contre le coureur. Il pourrait connaître des sanctions allant de la dépossession de sa 2e place sur le Tour 2006 voire son exclusion du Tour 2007. Pereiro a jusque jeudi prochain pour fournir les documents. Que peut-on dire de cette nouvelle affaire ? Premièrement, le cas Pereiro soulève tout le problème des AUT, un problème bien connu depuis des années maintenant puisque "leur nombre a été fortement à la hausse récemment":http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3242,36-811030,0.html. L’UCI tarde à faire le ménage là dedans, plutôt occupée à préserver ses intérêts avec le ProTour. Saluons le courage et la détermination de l’AFLD – en collaboration avec Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD) et ASO – qui ose enfin aller plus loin, peu importe s’il leur faut faire cavalier seul et peu importe si le cadre d’action légal est dépassé. Cela bouscule les habitudes, cela défonce quelques portes, cela remet en question les règles actuelles mais cela est tellement nécessaire, la preuve étant faite qu’avec les outils actuels, la lutte contre le dopage est très limitée. Mais surtout, cette affaire nous montre toute la sclérose de l’UCI, plus que jamais de connivence avec les équipes pour minimiser le dopage dans le cyclisme. Le ProTour demeure son moyen d’action privilégié pour lui permettre d’imposer ses règles et sa vision du cyclisme, peu importe ce qu’en pensent les organisateurs de courses cyclistes, pourtant souvent là bien avant l’UCI. Fort heureusement, l’UCI n’est plus assez forte pour maintenir le couvercle sur la marmitte qui est désormais pleine à craquer. Les affaires de dopage se multiplient comme les conflits avec de nombreux autres acteurs du cyclisme et du sport en général. La barque prend l’eau et dans ce contexte, il nous apparaît très sain que de plus en plus d’organismes osent défier l’UCI, osent s’en dissocier. Ce fut d’abord l’AMA, puis ASO et maintenant le regroupement des organisateurs des trois grands tours. L’AFLD, la Fédération Française de Cyclisme, le CPLD sont également de plus en plus critique envers l’inaction de l’UCI. Dans ce cas-ci, l’AFLD n’hésitent pas à aller plus loin que l’UCI et vérifie elle-même pourquoi l’AUT a été délivrée. Dans ce contexte, deux cyclismes sont peut-être en train d’émerger progressivement: celui de l’UCI et du ProTour d’un côté et celui des organisateurs des trois grands tours de l’autre. Celui de l’UCI vous offrira un sport-spectacle sur fond d’une mondialisation utopique du cyclisme. Il vous offrira aussi un cyclisme mensonger puisque la lutte contre le dopage sera réduite au minimum. Il vous conviera à vous extasier des exploits d’un Vinokourov sur-vitaminé dans un pseudo Tour de France réduit à 2 semaines seulement (raison évoquée, pour lutter contre le dopage!) ou dans des épreuves d’un jour comme la Hew Classic ou le tout nouveau GP du Japon. De l’autre, celui proposé par les organisateurs des trois grands tours vous offrira un cyclisme reposant sur ses racines historiques, soit les plus grandes épreuves qui ont façonné la légende de ce sport. Vous y trouverez un peloton peut-être moins nombreux, mais vrai car les coureurs soupçonnés ou convaincus de dopage en seraient exclus et ceux présents astreints à des règles d’éthique strictes et un suivi de performance méthodique. Vous y trouveriez des courses probablement plus vivantes parce qu’animées par de petites équipes locales aussi sélectionnées par l’organisateur et ayant un fort désir de faire la course, de se montrer. Si jamais cela se produit, notre choix est clair!

Dopage: ca semble vouloir avancer…

Les affaires de dopage trainent en longueur et dans ce contexte, comment reprocher aux amateurs de cyclisme de perdre patience et de devenir cyniques ? Il semble toutefois y avoir de l’espoir quant à quelques dossiers qui pourraient avancer très prochainement: 1 – Affaire Landis: "le coureur américain est convoqué le 8 février prochain devant l’Agence française de lutte contre le dopage – AFLD":http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3242,36-854645@51-854647,0.html. La sanction pourrait, semble-t-il, tomber le jour même. "Il est intéressant de lire cet interview avec Pierre Bordry":http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3242,36-835180@51-854647,0.html, le président de l’AFLD, qui permet de mieux comprendre les raisons derrière le mutisme apparent du labo français jusqu’ici. Landis ne respecterait pas les procédures habituelles dans ce genre de dossier (encore le non-respect des procédures!). 2 – "L’AFLD ouvrira également les dossiers de 12 coureurs contrôlés positifs lors du dernier Tour mais n’ayant pu être sanctionnés puisqu’ils présentaient tous une AUT":http://www.velo-club.net/article?sid=36031 (autorisation à usage thérapeutique), vraie plaie dans le cyclisme professionnel actuellement puisque c’est une majorité de coureurs qui bénéficient d’une telle autorisation. L’AFLD veut vérifier le bien fondé de tels documents. Ce sera intéressant de voir si l’AFLD peut faire le ménage là dedans, puisque l’UCI ne veut pas y toucher… 3 – "Le sang de Jan Ullrich pourrait bientôt faire l’objet d’un test d’ADN pour le comparer avec une poche de sang retrouvée dans le labo du Dr Fuentes":http://www.lequipe.fr/Cyclisme/20070114_162127Dev.html. Si cette pratique permet de confondre le coureur allemand, une nouvelle ère dans la lutte contre le dopage pourrait s’ouvrir. 4 – "Position intéressante du directeur du Tour d’Allemagne: si une équipe aligne ne serait-ce qu’un coureur impliqué de près ou de loin dans l’affaire Puerto l’été dernier, la course ne sera tout simplement pas retransmise à la télé sur la chaine ARD":http://www.cyclingnews.com/news.php?id=news/2007/jan07/jan15news. Très courageux et ce genre de mesure va dans le bon sens selon nous. On est ici très loin du ridicule de l’association des équipes du ProTour qui a ré-intégré l’équipe Discovery la semaine dernière après avoir menacé de l’exclure en décembre dernier.

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