Les commentaires sont nombreux sur La Flamme Rouge ces derniers jours. Le point de départ de ces échanges nourris est l’annonce, par ASO, société responsable du Tour de France comme d’autres épreuves du calendrier cycliste professionnel, que le prochain Tour sera disputé sous l’égide de la Fédération Française de Cyclisme (FFC) et non l’Union Cycliste Internationale (UCI), cette dernière étant en charge de l’administration du cyclisme à l’échelle internationale. Autrement dit, ASO a placé le Tour de France au calendrier national et non à celui de l’UCI qui gère le calendrier dit international.
Évidemment, si le Tour de France est au calendrier national français et est placé sous la responsabilité de la FFC, cela veut aussi dire que les contrôles antidopages relèveront de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) et non de l’UCI.
Il s’agit évidemment d’un rude coup porté à l’UCI qui y voit une contestation ouverte de son leadership. ASO a pris cette décision dans le contexte où elle est en conflit ouvert avec l’UCI depuis environ 4 ans sur des questions comme le ProTour et ses règles d’admissibilité aux épreuves tout comme la lutte contre le dopage.
L’UCI a évidemment vivement réagi à la nouvelle, estimant que la décision d’ASO est "mauvaise pour le cyclisme". L’UCI a également refusé de mettre à disposition d’ASO les informations du passeport biologique des coureurs, passeport en place depuis le début de l’année. ASO se tourne donc vers le contrat qu’elle a exigé des équipes qui veulent participer au Tour et qui comporte des obligations de localisation des coureurs. L’AFLD pourra donc, au cours des prochaines semaines,effectuer des contrôles innopinés sur les coureurs dont le Tour figure à leur programme. ASO annonce également que des contrôles capillaires seront ajoutés cette année à l’arsenal dont disposent les autorités pour lutter contre le dopage sur le Tour de France.
Que faut-il penser de tout ca ?
Ma première réaction est que tout ce merdier expose encore une fois les problèmes profonds du cyclisme sur la place publique. Les polémiques n’en finissent plus dans ce sport ! Quand ce ne sont pas des scandales de dopage (l’année 2008 nous a épargné jusqu’ici…), ce sont des guerres ouvertes sur la place publique entre les instances dirigeantes. Quel bordel! Je déplore grandement cette situation parce que j’aime profondément ce magnifique sport. Personne ne peut nier que le cyclisme doit s’attaquer à de nombreux défis pour retrouver une crédibilité auprès du public et des éventuels sponsors. Ces défis sont suffisemment importants et difficiles qu’il me semble que tout le monde devrait travailler dans le même sens. Or, ce n’est pas le cas et cela me désole.
Ma deuxième réaction est d’être plutôt sympathique à la position adoptée par ASO. Je doute fortement qu’ASO ait de quelconques ambitions de prendre le contrôle de quoi que ce soit. ASO défend tout simplement ce pour quoi elle existe: des épreuves cyclistes. Société à but lucratif, ses revenus dépendent en grande partie de la crédibilité de ses épreuves. Or, le dopage menace directement cette crédibilité (qu’en reste-t-il aujourd’hui ?) depuis toujours, mais particulièrement depuis l’Affaire Festina il y a 10 ans. ASO a d’abord fait confiance à l’UCI pour réagir vigoureusement au cancer qui ronge le cyclisme. Or, depuis l’Affaire Festina, les scandales se sont enchainés à un rythme effarant, une situation en partie liée au peu de mesures antidopage adoptées depuis par l’UCI qui a longtemps défendu la position que le dopage était le cas de coureurs isolés dans le peloton, donc un problème mineur. Lassée de cette situation et échaudée par les scandales majeurs des deux derniers Tours de France, ASO a décidé de désormais entreprendre elle-même la lutte et, pour ce faire, s’en donne les moyens, quitte à ruer dans les brancards. Peut-on leur en vouloir de défendre ainsi le Tour et les épreuves connexes qu’elle organise, surtout dans la mesure où c’est le Tour qui "tire" toutes les autres épreuves du calendrier et qui donne au cyclisme une grande partie de sa popularité ?
Ma troisième réaction est que l’UCI doit encore faire son examen de conscience, en commençant par faire le ménage parmi ses hauts dirigeants. Hein Verbruggen, ex-président, tire encore de nombreuses ficelles par exemple. En imposant sans consultation le ProTour, un système tout de même lucratif pour l’UCI et qui a déjà entrainé de nombreuses difficultés pour les petites épreuves cyclistes délaissées de ce label, ne peut-on pas y voir la volonté de l’UCI d’étendre son influence sur le cyclisme international, au détriment de ceux qui, concrètement sur le terrain, organisent des épreuves cyclistes en démarchant les sponsors et en négociant avec les autorités locales ? La création du ProTour était-elle vraiment une priorité à poursuivre ces dernières années alors que le sport lui même est menacé par le cancer du dopage ? L’organisme responsable du cyclisme international n’aurait-il pas dû réagir plus vigoureusement et mettre en place plus tôt le passeport biologique ?
Enfin, je pense que dans le contexte actuel du cyclisme, tout le monde essaie un peu de sauver sa peau. Le récent volte-face des organisateurs du Giro, qui ont invité à la dernière minute l’équipe Astana, pourtant d’abord exclue, ne peut-il pas être interprété comme une tentative d’augmenter l’intérêt de l’épreuve, et donc les cotes d’écoute ? ASO essaie aussi de sauver la crédibilité de son épreuve et, n’ayant pour le moment pas trop de problème de cotes d’écoute, tente de limiter les risques d’un scandale de dopage qui serait dévastateur pour le Tour comme pour le cyclisme en général. La Vuelta, quant à elle, envisage une autre solution encore, celle de proposer une épreuve originale en deux temps où seules quelques équipes qualifiées sur la base des résultats des premiers 10 jours de course seraient invitées à poursuivre l’épreuve.
Chose certaine, la situation manque de cohérence et n’est pas simple. Malheureusement, c’est encore et toujours le cyclisme qui trinque…