Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Auteur/autrice : Laurent Page 30 of 354

La couverture du cyclisme a changé

Le cyclisme a changé, la couverture du cyclisme a aussi changé.

Le magazine papier est en voie de disparition. Impossible, dans le monde d’aujourd’hui, d’être rentable sur cette voie.

Les véhicules porteurs, ce sont les sites Internet, Facebook, Twitter ainsi que les chaines YouTube. Parce que ça peut rapporter.

Récemment, YouTube surtout. Je suis estomaqué, depuis 12 mois, de voir le nombre de chaines YouTube fleurir proposant des analyses pré- ou post- courses. Tout le monde peut être spécialiste du cyclisme! Ca s’étend de Lance « has been » Armstrong avec « The Move » et « Butterfly Chris Horner » jusqu’à l’ado de 16 ans dans son sous-sol qui a décidé de mettre en ligne son analyse de la dernière course pro.

Certains de ces vidéos-programmes sont intéressants, mais ils sont peu nombreux. Le plus souvent, « Joe Toutlemonde » is out. On entend tout, et son contraire. Mais ca finit toujours par « Make sure you’d like this video by clicking on the button below« …

Sur Internet, on est à l’ère de la convergence. On nous sert les mêmes reportages, ou presque, sur nombre de sites. Les mêmes photos. Plus grand monde n’a les moyens d’envoyer leurs propres photographes sur les événements cyclistes, alors on achète de quelques gros joueurs comme Getty.

Les sorties de nouveaux produits sont savamment orchestrées sur les sites de nouvelles, question de maximiser le buzz partout dans le monde. On paye les sites « influenceurs », sous le masque de sites professionnels d’information. C’est devenu difficile de distinguer.

L’indépendance est malmenée. Je n’ai pas de problème avec le contenu sponsorisé, du moment où on le mentionne très clairement dès le début du reportage. Très peu de sites aujourd’hui le font. J’y vois un manque de professionnalisme et d’éthique.

Beaucoup de ces sites sont de plus en plus pollués visuellement par toute sorte « d’adds » qui te font la publicité de tout et de rien: des produits x, y, z sans lien avec le cyclisme, beaucoup de « top-7 trucs » (parce qu’aujourd’hui, même un top-10 c’est trop d’effort…), y compris des sites de rencontres (dating). C’est quoi, le rapport?

Beaucoup de sites ont même maintenant des vidéos qui démarrent de façon intempestive, automatique, sans avertissement. Dérangeant… le son avec!

Les articles sont de plus en plus courts, superficiels. 4-5 paragraphes et basta! L’attention du lecteur n’est de toute façon plus là. Peu de profondeur. Twitter l’a compris.

Mais tout n’est pas négatif!

On a de la chance en cyclisme, nous n’avons pas (encore) notre Donald Trump et ses fake news!

On trouve quand même encore certains sujets plus détaillés, et je dirais presque surtout sur les sites francophones, bien que certains sites anglophones en offrent de temps en temps. Le plus souvent, payant bien sûr, c’est à dire contenu réservé aux abonnées. Par exemple, L’Équipe propose encore assez régulièrement des dossiers en profondeur, je me souviens d’un récent sujet sur la santé mentale du peloton pro, fort intéressant et bien documenté. Il y a encore de la qualité, mais il faut la chercher plus fort. Et la payer, ce qu’on peut parfois faire à la pièce.

Il y a aussi d’autres aspects intéressants. Certains produits médias clairement sponsorisés offrent de beaux contenus, permettant de vivre le cyclisme « de l’intérieur ». J’ai récemment aimé ce vidéo de Wout Van Aert, sponsorisé par Agu sa bonneterie, parce qu’il m’a permis de mieux comprendre qui est Wout Van Aert et sa passion pour le cyclisme. À noter qu’Agu a eu le bon goût de placer son logo dès le départ du vidéo, exprimant ainsi clairement que ce contenu est sponsorisé. C’est ce qu’il faut faire selon moi, et nombre de ce type de vidéos n’affiche le sponsor qu’à la fin seulement.

On peut vivre le cyclisme davantage en « temps réel » aussi. 30min après la fin d’une course, tu as déjà en ligne un paquet de vidéos et d’articles te permettant de comprendre l’événement auquel tu viens d’assister: interviews de coureurs, vidéos d’équipes cyclistes vus de l’intérieur, vidéos embarqués dans les voitures des directeurs sportifs, etc. Tu vis presque l’émotion en temps réel et ça, c’est fort. Merci Marc Madiot!

Les sujets offerts sont moins analysés en profondeur certes, mais ils sont souvent plus variés ; ainsi, on peut aujourd’hui lire un peu sur le cyclisme féminin, sur le gravel bike, sur les ultra- et bien d’autres choses encore. On reste superficiel certes, mais sur un plus grand nombre de disciplines ou de sujets.

Enfin, tout s’est accéléré: l’espérance d’une nouvelle aujourd’hui sur un site est de moins d’une heure. Peut-être pas dans le vélo, mais on n’échappe pas à la tendance: il faut toujours avoir du nouveau contenu, plusieurs fois par jour. Les cadences sont infernales et pour suivre, forcément, tu rognes sur la profondeur et tu ratisses large.

Je suis curieux de savoir ce que vous en pensez!

Et demain, le sujet sera « La Flamme Rouge a-t-elle changée?! » Enfin, des réponses à vos questions sur les derniers mois.

Le cyclisme a changé

Nos récents échanges sur Milan SanRemo m’ont inspiré l’article d’aujourd’hui: le cyclisme a changé.

Comment?

Le calendrier est aujourd’hui plus long, plus international. De février à novembre, on trouve des courses de haut niveau. C’est important, car on peut s’entretenir (presque) à l’année. On peut se fatiguer davantage aussi, ne serait-ce que par les voyages qu’un tel calendrier implique.

La condition des coureurs est globalement moins variable. On le voit en particulier cette saison: Bernal et Pogacar, par exemple, les deux plus récents vainqueurs du Tour, étaient déjà sur l’avant-scène des Strade Bianche, et Pogacar a déjà gagné cette saison le Tour des Émirats arabes unis.

La condition des coureurs est moins variable parce qu’ils s’entretiennent à l’année. Contrairement aux coureurs des années 1970, 1980, 1990 voire 2000, plus d’inter-saison suivi d’une période de « rentrée »: on effectue simplement des « micro-coupures », souvent d’environ deux semaines, plusieurs fois par année et ca suffit. On revient ainsi plus rapidement au top, on reste sur le rasoir et on peut programmer les pics de forme à répétition durant l’année.

Les techniques d’entrainement ont donc évolué, et on y a adjoint davantage de musculation, de gainage, de plyométrie. Aujourd’hui, les coureurs sont plus complets. Pour preuve, Van Der Poel, Van Aert, Pidcock, pour ne nommer que ceux-là, sortent d’une grosse saison de cyclo-cross. Van Aert était récemment à l’entrainement à Tenerife et terminait ses séances sur le vélo par de longues courses à pied! D’autres étaient auparavant dans le Mtb (Bernal par exemple). Sans compter les liens entre la piste et la route: Ganna n’est-il pas quadruple champion du monde de poursuite et champion du monde du chrono ?

On tourne davantage les jambes qu’il y a 30 ans aussi. En partie parce que les vélos sont aujourd’hui équipés de 11 ou 12 vitesses, permettant un éventail plus grand de braquets. Les pros n’hésitent plus à monter des 29 voire des 32 dents, chose impensable il y a 30 ans. On allie plus qu’avant puissance et vélocité. On monte moins en force.

Les capteurs de puissance sont un outil ultra-utilisé à l’entrainement. On peut ainsi calibrer les séances au millimètre, et mesurer scientifiquement les progrès d’un athlète, qu’on suit à distance, peu importe sa localisation dans le monde. Les sensations demeurent importantes, mais elles sont relativisées à la lumière des watts qui eux ne trompent jamais. La dictature du FTP!

On offre un encadrement plus complet qu’avant; outre le traditionnel « soigneur-masseur », on a aujourd’hui des osthéo, des psychologues du sport, des médecins, des diététiciens, des cuisiniers, des spécialistes du sommeil aux chevet des coureurs, on offre de la cryothérapie, et d’autres techniques de récup.

Les équipes ne sont plus constituées de neuf coureurs, mais plutôt sept ou huit, selon l’épreuve. Cela change le cyclisme: on peut moins facilement contrôler la course, même si les oreillettes ont permis des gains. En cas d’abandon durant les courses par étape, l’équipe peut se retrouver à effectif très réduit, ce qui limite le rayon d’action si on a un maillot à défendre. On peut devoir recourir à des alliances. Pourquoi diable plusieurs coureurs d’autres équipes se sont récemment mis au service de Roglic sur la dernière étape de Paris-Nice?

On a vu un exemple éloquent de la difficulté de contrôler la course sur la 1ere étape du Tour de Catalogne avant-hier, alors que la Movistar a pris les choses en main en milieu d’étape pour disparaitre complètement dans le final. Loupé!

Globalement, les étapes sur les courses par étape sont moins longues, pour favoriser une course de mouvement. Les chronos sont moins longs aussi. Aujourd’hui, on trouve rarement des chronos de plus de 40 bornes ; il y a 30 ans, notamment à l’époque d’indurain, on avait souvent des chronos de plus de 75 bornes… de quoi creuser des écarts… d’autres diront de quoi bloquer la course.

Les chutes sont plus fréquentes, je pense surtout en raison des oreillettes: tous les directeurs sportifs demandent aux coureurs de remonter à l’avant au même moment. Le peloton est donc plus nerveux, n’importe quelle course est aujourd’hui chaudement disputée.

La pression médiatique est plus forte: outre le fait de devoir répondre aux journalistes, les coureurs doivent aujourd’hui soigner leur image sur les médias sociaux, question de pouvoir monnayer leur image d’ambassadeur du sport. Un Sagan, un Evenepoel, une Émily Batty l’ont compris. Certains monayent d’ailleurs très bien en dépit de résultats en demi-teinte; l’important, c’est d’être un bon ambassadeur.

Du coup, les enjeux de santé mentale n’ont jamais été si importants dans le peloton. C’était récemment Tom Dumoulin, et avant lui Marcel Kittel, Tyler Phinney ou encore Adrien Costa. La pression est forte, et au moindre faux pas, l’équipe te lâchera pour protéger son existence. Il n’y a plus de marge de manoeuvre. Certains craquent.

Bref, le cyclisme a beaucoup changé selon moi, et il existe probablement d’autres changements que je n’ai pas mentionné. Alors qu’on arrive au coeur de la saison cycliste 2021, il convient de garder tout ca à l’esprit pour comprendre ce qui se passe dans le peloton pro.

Retour sur Milan SanRemo

Merci à tous de vos commentaires sur Milan SanRemo, que ce soit ici sur le site ou sur la page Facebook de LFR.

Plusieurs d’entre vous ont semblé apprécier le final très incertain de la course, et l’attaque surprise de Jasper Stuyven.

Et je suis d’accord!

Comme j’ai écris dimanche « Saluons sans réserve l’intelligence de Jasper Stuyven, qui a eu la lucidité de partir au bon moment, et les jambes aussi.« 

Et d’accord avec vous tous: Stuyven est un vainqueur légitime bien sûr. Il a eu raison, il a gagné.

Je continue toutefois de croire que les grands favoris n’ont pas pris leurs responsabilités et que la course aurait pu être autrement plus animée tant le plateau était de qualité.

Pourquoi, par exemple, laisser Ganna imposer son rythme dès le pied du Poggio? À 82 kilos, je doute que le colosse italien aurait pu demeurer avec les meilleurs puncheurs du monde dans une pente variant entre 3 et 5%. Il faut l’accélérer, sa carcasse!

Mais au train, il était dans son domaine et a pu imposer un rythme très soutenu qui a compliqué les affaires de bien du monde, et fait celles de Caleb Ewan. Je l’avais écris avant la course, avec un VDP qui attaque au pied du Poggio, la course aurait été très très différente, même si ce dernier avait sauté plus haut. Même Mathieu l’a reconnu!

Pourquoi les équipiers de Ganna chez Ineos (Pidcock, Kwiatkowski) ne sont-ils pas entrés en action une fois son relais terminé? Parce qu’ils n’avaient pas les jambes pour le faire me direz-vous? Ben si t’as pas les jambes, tu le dis (on est au niveau WorldTour je vous rappelle). Imaginez un instant que Ganna se soit présenté au pied de la descente du Poggio sans avoir fourni l’effort qu’il a fait samedi dernier… c’était peut-être lui la meilleure carte d’Ineos pour tenter le coup du kilomètre! Je vous rappelle qu’il est quadruple champion du monde de poursuite…

C’est peut-être Ganna qui était le plus costaud samedi.

VDP ? Niet. Il ne peut pas toutes les gagner certes. Il a droit à des coups de moins bien, c’est certain. Mais il a eu les ressources pour suivre sur le haut du Poggio, derrière Alaphilippe et Van Aert. Quelle était sa tactique? Je ne sais pas.

Pour Caleb Ewan, l’occasion était rêvée en haut du Poggio, mais il lui aura manqué cruellement un équipier en bas de la descente. Il a fait ce qu’il a pu, et a remporté le sprint du paquet. De quoi être un peu amer.

Sagan, Matthews, Colbrelli, Turgis ont bien joué leurs cartes en tant que sprinters.

En fait, si on regarde la composition du premier groupe sur la ligne, sur les 17 coureurs présents, on a 14 équipes représentées. En gros, tout le monde (ou presque) était isolé. Ce qui explique probablement la fin de course.

Je souligne enfin le manque d’originalité des coureurs: pourquoi ne pas tenter un truc dans la Cipressa? Ca aurait d’abord le mérite de créer un joyeux bordel. Je croyais qu’un VDP tenterait peut-être quelque chose de plus loin samedi, le type nous ayant démontré qu’il n’a pas froid aux yeux. La Cipressa, ca peut être une belle rampe de lancement: le premier kilomètre est à près de 6%, et c’est plus long que le Poggio (6km au lieu de 3,8). Et si tu fais le forcing à cet endroit, tu peux voir des sprinters lâchés derrière, ce qui limiterait la volonté de certaines équipes de rouler jusqu’au pied du Poggio…

Bref, insaisissable Milan SanRemo. Certains la gagnent rapidement dans leur carrière, d’autres courent après le succès à SanRemo toute leur vie. Merckx l’a gagné 7 fois en 10 participations! Et c’est peut-être le… vent (de dos samedi dernier) qui explique le plus la course que l’on a vu: c’est toujours très compliqué de faire la différence vent de dos.

(Très) décevant Milan SanRemo

On avait tous anticipé une lutte à finir entre les trois géants du cyclisme actuel que sont Van Der Poel, Van Aert et Alaphilippe.

Ben non.

Rien.

Vous avez compris Ganna et Ineos vous?

Jusqu’au pied du Poggio, le scénario classique: échappée matinale reprise, ca roule vite. Bien.

Puis rien. La grande bataille n’a pas eu lieu.

Au pied du Poggio, Ganna, le dragster italien de l’équipe Ineos, a mis en route. Pour qui, pourquoi ? Kwiatkowski? Pidcock? Vraiment?

Du coup, Caleb Ewan a saisi l’aubaine. Au sommet du Poggio, c’était l’immense gagnant. Inespéré même: le gus est au sommet d’une montée de 3,6 kms avec des puncheurs comme VDP, Van Aert et Alaphilippe. On croyait rêver.

La merde, c’est qu’il n’avait plus d’équipier. Philippe Gilbert à la trappe.

Le seul qui a tenté quelque chose sur le Poggio, c’est Loulou Alaphilippe, mais bien trop tard, et bien trop peu. Van Aert a certes relayé, mais sans efficacité. VDP? Rien. S’est contenté de suivre. C’est vrai que Ganna avait imprimé un rythme très soutenu depuis le pied.

Saluons sans réserve l’intelligence de Jasper Stuyven, qui a eu la lucidité de partir au bon moment, et les jambes aussi. En présence d’une aussi belle brochette de favoris et de sprinters, et au niveau professionnel ou la stratégie d’équipe joue beaucoup, la chance sourit souvent au premier qui prend l’initiative.

Une fois parti, ben les autres derrière ne voulaient plus risquer de perdre. Donc personne n’a relayé.

Je pense que Stuyven doit sa victoire au relais que lui a servi Soren Kragh Andersen. Sans ce relai, Stuyven se serait fait reprendre à 50m de la ligne et c’est Ewan qui aurait gagné.

Peter Sagan 4e, quant tu sais que le bonhomme est hors de condition, tu te dis que même si le rythme était soutenu sur le Poggio, ca n’a quand même pas roulé à bloc.

Le grand perdant du jour s’appelle Caleb Ewan. En haut du Poggio, il avait gagné. En bas, il avait perdu. Incroyable.

Les autres perdants presque honteux, c’est Ineos. Je suis sévère certes, mais à quoi aura servi l’effort de Ganna dans le Poggio? Rien. Sweet nothing.

Pidcock a certes tenté de relancer dans la descente, mais trop peu trop tard: il fallait partir à mi-pente du Poggio! Et si Kwiatkowski a fait rouler son équipe pour lui, je lui suggère de ne pas faire le coup trop souvent: ses équipiers n’ont pas dû apprécier. Sur la ligne, les Ineos sont 15e (Pidcock) et 17e (Kwiatkowski). Pas vraiment un succès.

Bref, une édition à oublier. Qui dans un an se souviendra de la victoire de Stuyven?

Personne.

Ambiance

Ambiance course.

La Primavera

112e édition de Milan SanRemo demain samedi. Ça s’annonce grandiose, ne manquez pas ça!

« La Primavera » parce que c’est la première grande classique de la saison cycliste professionnelle.

Une course mythique, dont le parcours a très peu changé depuis des plombes. Seul point à mentionner, on ne passe pas actuellement par le Turchino à mi-course, les tunnels étant en réfection, mais plutôt par le (moins difficile) Colle Del Giovo.

Au menu de Messieurs les coureurs donc, 299 kilomètres entre Milan et SanRemo.

Ca se joue (presque) toujours dans les 25 derniers kilomètres, entre le pied de la Cipressa, le Poggio par la suite puis l’arrivée sur la Via Roma. Si échappée matinale il y aura très certainement, celle-ci est très souvent revue soit juste avant, soit juste après la Cipressa.

Le Poggio peut être considéré comme le juge de paix de cette course. Pas difficile, le Poggio: 3,6km, pente maxi de 5%.

Sauf que.

Sauf que après 290 bornes dans les cannes et une approche très nerveuse de cette bosse car tout le monde veut être devant à cet endroit stratégique, c’est une autre paire de manche. Et on y roule très vite. Les attaques y sont toujours spectaculaires!

Météo annoncée assez clémente, mais un peu frais (13 degrés maxi). Il ne devrait pas pleuvoir.

Les favoris

Trois coureurs se détachent du lot, et se présentent au départ comme archi-favoris: Mathieu Van Der Poel, Wout Van Aert et Julian Alaphilippe.

Tous les trois ont été impressionnants ces dernières semaines, en particulier VDP et Van Aert.

La rivalité de ces deux là s’est transposée des circuits de cyclocross à la route ces derniers mois, et c’est très bien pour nous les passionnés de cyclisme, car le spectacle n’en est que plus captivant. On dit souvent que pour faire de grands champions, ca prend des grands rivaux (Coppi-Bartali, Anquetil-Poulidor, Merckx-Ocana, Hinault-Fignon, etc.) et c’est certainement le cas avec Mathieu et Wout.

Wout a une certaine revanche à prendre sur Mathieu suite à son sprint perdu à la fin de la saison passée, sur le Tour des Flandres. Et il est le champion en titre.

VDP aura peut-être avantage à lancer son attaque de plus loin que Alaphilippe et Van Aert, c’est à dire peu après le pied du Poggio. Il a une si grosse caisse qu’il peut les faire tous péter au train, et aura besoin d’un peu de route devant lui pour créer un écart confortable s’il veut finir seul sur la Via Roma.

Si ca arrive au sprint avec ces trois-là, Alaphilippe aura perdu. Van Aert vient de s’offrir Caleb Ewan au sprint. Et Mathieu a montré sur le Ronde qu’il peut aussi nous sortir un gros sprint.

Pour Alaphilippe, sa situation présente certains avantages: il a moins de pression que les deux autres, et possède dans son équipe Davide Ballerini qui pourrait être un sprinter présent lui-aussi dans le final. Alaphilippe pourra donc la jouer fine, retarder son attaque aux derniers hectomètres du Poggio, et en prenant ou non des relais dans une éventuelle échappée sur le final si son sprinter est juste derrière.

Les outsiders

Outre VDP, Van Aert, Alaphilippe et Ballerini, quelques autres coureurs seront à surveiller de près.

C’est notamment le cas de Mads Pedersen, toujours très imprévisible. Le gus a une résistance hors du commun sur les longues courses, et dispose d’une belle pointe de vitesse. Attention à lui, et l’équipe Trek-Segafredo est à son service.

Je pense aussi à Michael Matthews, vu plutôt à son avantage dernièrement. Il a beaucoup d’expérience et sait courir au millimètre en se faisant oublier, pour surgir au bon moment.

Le grimpeur Schachmann ne peut être exclu non plus, récent vainqueur de Paris-Nice. S’il pouvait s’envoler dans la Cipressa au sein d’un bon petit groupe, pourquoi pas?

Je mets sur cette courte liste trois autres coureurs: Arnaud Demare, Alberto Bettiol ainsi que Thomas Pidcock. Ce dernier choix pourra vous surprendre mais ce dernier est en forme et n’a strictement rien à perdre. Redoutable puncheur, il pourrait créer la surprise comme animateur dans le Poggio.

Ganna? Kwiatkowski? Bennett? Gaviria? Van Avermaet? Nibali? Sagan? Bouhanni? Je n’y crois pas.

Un autre coureur du peloton sera motivé différemment: Philippe Gilbert chez Lotto-Soudal. Milan SanRemo est le seul « monument » du cyclisme qui manque à son palmarès puisqu’il a déjà remporté le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège et le Tour de Lombardie. Gilbert a montré des signes de bonne condition ces dernières semaines, et il demeure un coureur de grande classe.

À ma connaissance, aucun coureur canadien n’est annoncé au départ cette année.

https://www.youtube.com/watch?v=658B_okND1o

Flashback: Milan SanRemo 1988

https://www.youtube.com/watch?v=Eo_oFJHlZQA

Canyon au Canada

Je vous disait le 9 octobre dernier que Canyon allait débarquer au Canada.

Ben c’est fait.

Les consommateurs canadiens peuvent désormais acheter des vélos Canyon, fabriqués et envoyés depuis Coblence en Allemagne via UPS.

La société Canyon annonce également qu’une entente avec Vélofix a été conclue afin de fournir une certaine assistance aux consommateurs canadiens avec l’assemblage et l’entretien de leurs vélos Canyon.

Déjà, on mise sur des « ambassadeurs » comme Lionel Sanders, Émily Batty et, plus récemment pour le Québec, Laurie Arsenault, afin d’assurer la promotion de la marque dans toutes les régions du Canada.

Importants dans le monde d’aujourd’hui, les « ambassadeurs ». Ils peuvent assurer la promotion d’un produit… jusqu’à ce qu’ils changent. Pour Sanders, c’était Louis Garneau. C’est maintenant Canyon. Ça sera peut-être Pinarello, Trek ou Cannondale demain.

Idem pour Batty: longtemps ambassadrice Trek, elle assurera désormais la promotion des vélos de Mtb Canyon, en vous assurant que ce sont là les meilleurs vélos du monde.

Anyway. Une carrière cycliste est courte, il convient de passer à la caisse tant que l’opportunité se présente.

Je vous parlais aussi, le 9 octobre dernier, du modèle d’affaire Canyon, qui fait fi des détaillants pour plutôt miser sur la vente directe via Internet. On supprime ainsi un intermédiaire, donc on coupe les prix.

Le nouveau Canyon Aeroad version Fenix-Alpecin, le même vélo utilisé par l’archi-super-star du vélo Mathieu Van Der Poel, est ainsi annoncé à 11,449$CAN, un prix défiant toute concurrence lorsqu’on songe que le vélo de Julian Alaphilippe, le Specialized Tarmac SL7 est affiché à… 15,899$CAN actuellement.

Il convient pourtant de faire attention selon moi. Pour preuve, le récent « stop ride » émis par Canyon suite à l’incident du guidon de Mathieu Van Der Poel sur le Grand Prix du Samyn il y a deux semaines.

La fameuse innovation Canyon – une exclusivité – introduite en grande pompe l’automne dernier, un guidon télescopique permettant de passer aisément d’un 42 à un 44 ou un 46 cm, brisé dans le final de course. Les conséquences auraient pu être dramatiques.

Du coup, Canyon a ordonné à tous les propriétaires d’un tel guidon d’en stopper l’usage sur le champ.

L’emmerde.

Pas pour Mathieu bien sûr. Mais pour le proprio lambda qui se retrouve du jour au lendemain immobilisé.

Et par la poste, c’est forcément plus compliqué. Gênant aussi d’aller trouver son détaillant local pour le supplier de nous sortir de cette mauvaise passe.

Cadences infernales

L’industrie du vélo a tellement changé depuis 20 ans.

Aujourd’hui, les grandes compagnies sont obligées de sortir de nouveaux vélos, de nouveaux produits (casques, chaussures, etc.) tous les ans, chaque fois bien sûr surpassant le modèle précédent, ceci pour toujours acquérir de nouvelles parts de marché.

En gros, c’est au moins un nouveau vélo top end par an. Ce n’était pas ainsi avant: je me souviens de ma paire de godasses Sidi Ergo2 restée des années le fleuron de la gamme. Aujourd’hui, un an et tu es « has been ».

Tous ces nouveaux produits annuels sont aujourd’hui lancés en grande pompe, simultanément sur tous les sites.

On orchestre les mises en marché pour un jour précis. Ce jour-là, c’est la convergence absolue: tous les sites vous parle du nouveau vélo x, le même jour. L’opération a été méticuleusement préparée et financée des semaines avant, articles et vidéos léchés à l’appui. Souvent, ces articles sont les mêmes d’un site à l’autre.

On a atteint des sommets à l’automne 2020 selon moi. Je peux fournir des exemples.

Du coup, les cadences de production sont infernales. On peine à alimenter le marché du nouveau vélo 2021 que déjà, on planche sur le vélo 2022 qu’on devra annoncer l’automne prochain. Bien sûr, 10% plus rigide, 10% plus aérodynamique, nouvelle fibre, nouvelle géométrie…

L’assurance qualité souffre, forcément. Plus important ça, l’assurance qualité, on n’a plus de temps pour ce détail et on refile la facture au consommateur en majorant toujours plus les prix. Je demeure convaincu qu’aujourd’hui, vous n’achetez plus 1 vélo ; vous en achetez 1,5.

Fissure? Défaut? On vous en fournira un autre, les emmerdes avec. Et de toute façon, vous serez le premier à juger votre vélo « has been » dans deux ou trois ans…

Imaginez quand c’est par la poste.

Bref, comme je l’écrivais en octobre dernier, si vous êtes totalement autonome dans l’assemblage et l’entretien de votre vélo, y compris les purges des freins à disque et l’intégration des cables dans le cadre, Canyon peut être une belle option pour un vélo top end, à moindre coût.

Autrement, c’est plus compliqué et le service après vente vaut encore son pesant d’or selon moi.

Et l’achat de vélos « main stream » de compagnies qui jouent la guerre des parts de marché vient plus que jamais aujourd’hui avec certains risques associés à la qualité selon moi. L’affaire du guidon de Mathieu est là pour nous le prouver.

Dernière heure

Selon le site CyclingNews, Canyon a annoncé ces dernières 24h que les mesures pour remplacer le guidon défectueux sont repoussées à l’automne prochain, et que la compagnie se penche aussi sur des problèmes de tige de selle.

Pas rassurant pour les consommateurs!

Van Aert s’offre Ganna!

L’actualité cycliste m’empêche pour le moment de vous donner quelques explications de mon long silence des derniers mois. Ca s’en vient.

Pour l’heure, place à Tirreno-Adriatico.

Avec les récents exploits de VDP, on avait presque oublié Wout Van Aert.

Ce super-champion s’est rappelé hier à notre bon souvenir en signant une performance hors norme lors de la dernière étape de Tirreno-Adriatico, un chrono de 10 bornes « dead flat » comme on dit, plat comme une crêpe.

Sur le papier au départ, on misait tous sur Filippo Ganna pour la victoire d’étape. Le surpuissant coureur italien est l’actuel champion du monde de la discipline et il est intouchable depuis 12 mois (il a gagné tous ses chronos sur cette période sauf… hier!).

Ben non.

Van Aert s’est imposé à 54,6 km/h de moyenne après 11min06 d’effort, excusez-un-peu. Si le record du parcours établi l’an dernier par Ganna en 10min42 (56,6 km/h!) n’a pas été battu, c’est la faute à un bon petit vent de face sur la fin du parcours hier.

Ganna tirait hier un 58×13. Plateau avant 58 donc. Essayez, pour voir… Je suis d’ailleurs perplexe: le 58×13 donne un développement d’environ 9m53. Le 54×12 donne 9m62, assez proche. On m’a souvent dit qu’à développement égal, faut mieux choisir plus petit devant et moins de dent derrière?

Peut-être que le 58×13 donnait de meilleures possibilités de tomber sur le 12, voire le 11, ou au contraire d’aller vers le 14 et le 15?

Quoi qu’il en soit, voilà qui nous rappelle à tous que Van Aert est un sacré coureur disposant d’une puissance peu commune. J’aime.

Je serais même tenté de dire qu’il présente actuellement une polyvalence plus intéressante que son éternel rival, Mathieu Van Der Poel. Van Aert est excellent en cyclo-cross, il peut sprinter, il peut rouler, il peut même grimper lorsqu’il le faut, pour preuve son Tour de France l’an dernier au service de Primoz Roglic.

En ce sens, Van Aert pourrait prétendre remporter le Tour si jamais il progressait encore dans la montagne. Si vous pensez qu’Alaphilippe le peut, alors il faut mettre à votre liste Van Aert!

Pogacar, aussi hors norme

Ce dernier chrono hier nous offre d’autres belles informations.

Tadej Pogacar en premier lieu: le Slovène termine ce chrono en 4e place, à environ une petite seconde de Filippo Ganna.

Cherchez l’erreur! et surtout, les différences de gabarit!!!

Pogacar jeu égal avec Ganna, ouf. Voilà qui montre la puissance dont dispose Pogacar. Et surtout, lorsqu’on divise cette puissance par la masse corporelle des deux, y’a plus photo. Avantage Pogacar dans les cols!!!

Le Slovène remporte donc Tirreno-Adriatico, mine de rien c’est sa deuxième belle victoire cette saison après celle acquise sur le Tour des Émirats Arabes Unis. Et il a terminé 7e des Strade Bianche alors qu’il était acteur du final.

Belles perfs hier également de Benjamin Thomas (5e) et Thibault Pinot (15e) à la FDJ. De quoi réjouir Marc Madiot pour la suite de la saison.

J’ai retenu deux autres belles perfs, celles d’Alberto Bettiol (6e) et de Joao Almeida (7e) de ce chrono. Attention à ces deux là sur les prochaines grandes classiques, Bettiol a gagné le Tour des Flandres en 2019.

Scandale Sky

Moi, je trouve que ca sent vraiment mauvais. J’écrivais il y a des années qu’on ne saurait que bien plus tard à quoi carbure la surpuissante Sky de Bradley Wiggins et Chris Froome.

On commence à mieux comprendre. Et c’est toujours pareil.

Désespérant.

La résilience de Primoz Roglic

Résilience: capacité à vivre, à réussir, à se développer en dépit de l’adversité.

Ce terme est à la mode depuis une vingtaine d’années et l’a certainement été depuis un an avec la pandémie.

En cyclisme, ce mot va bien à Primoz Roglic, qui n’a pas été épargné par les déconfitures au cours des 12 derniers mois.

Et encore ce dimanche dans la 8e étape de Paris-Nice où, solide leader au départ, il n’était même plus dans le top-10 à l’arrivée un peu plus de deux heures plus tard, et après un petit 93 bornes d’une étape qui s’annonçait pourtant simple pour la formation Jumbo-Visma.

Sitôt la ligne franchie, Roglic est allé féliciter le vainqueur, Maximilian Schachmann. Beau geste sportif alors qu’il était encore « à chaud ». Quelques minutes plus tard, dans son entrevue d’après course, on sentait toute la résilience de Roglic:

J’ai tout donné, mais voilà… Le monde ne va pas s’arrêter. Je n’en veux pas à Maximilian (Schachmann), c’est une course de vélo, on n’est pas là pour se faire des politesses. C’est le sport. Je reviendrai.

Primoz roglic

L’an passé sur le Tour, ce fut pareil: il était allé rapidement féliciter Tadej Pogacar à la Planche des Belles Filles, et était souriant le lendemain au départ de la dernière étape.

Deux semaines plus tard, il remportait Liège-Bastogne-Liège puis la Vuelta.

Il s’était également relevé d’une lourde chute quelques semaines avant le Tour, sur le Dauphiné.

Une étape folle que je comprends mal

Cette 8e étape de Paris-Nice aura été folle de bout en bout. Pourtant, 93 petits kilomètres à parcourir seulement sur un parcours certes casse-pattes.

La deuxième chute de Roglic à 25 kms de l’arrivée a été l’événement déclencheur d’une course très chaotique par la suite.

Va pour l’attitude devant des Bora-Hansgrohe et d’Astana, qui avaient Schachmann et Vlasov pour le général. C’est la course. C’est plutôt derrière que je n’ai pas compris.

Il est évident que la Jumbo-Visma n’a pas été assez rapide à s’organiser une fois Roglic derrière suite à sa 2e chute. Il avait notamment des coéquipiers devant qui ont tardé à se relever pour l’attendre.

Bennett, Oomen et Kruijswijk étaient-ils usés de l’étape de la veille? Pas impossible, car ils avaient travaillé dans le final. Il faut savoir tirer les leçons: la victoire de Roglic sur la 7e étape n’était peut-être pas nécessaire si c’est le général qu’on visait… surtout qu’on avait déjà deux victoires d’étape dans l’escarcelle à ce moment.

Surtout, je n’ai pas compris pourquoi la FDJ, Campenaerts ou encore Van Poppel et Bouhanni ont aidé Roglic dans le final de la dernière étape? Van Poppel ou Bouhanni croyaient-ils vraiment pouvoir remporter l’étape au sprint? Pourquoi relayer Roglic alors?

La FDJ voulait-elle ramener Demare? Dans quel but?

Bref, l’histoire se répète chez Jumbo-Visma: archi-forte, l’équipe continue de pêcher par manque de sens tactique selon moi… ou par excès de confiance!

Deux chutes, vraiment?

Je me pose aussi la question: deux chutes pour Roglic, vraiment? Ça fait beaucoup. Il n’a peut-être été que malchanceux. D’autres raisons possibles? Sa deuxième chute, en particulier, semble être survenue au bas d’une descente. L’équipe Jumbo-Visma utilise cette saison des roues Shimano, montées sur pneumatiques Vittoria. Et des freins à disque.

Milan SanRemo: ca s’annonce dantesque!

Quel début de saison!

En plus de 30 ans, je ne me souviens pas d’avoir connu pareil début de saison, avec des vainqueurs du Tour déjà pleinement opérationnels (Bernal, Pogacar, Thomas).

Je ne me souviens pas d’avoir vu le récent champion du monde de cyclo-cross détruire l’opposition sur les grandes courses sur route de février et de mars. D’ordinaire, ce sont les vacances pour les cyclocross men.

Je ne me souviens plus quand nous avons vu un champion du monde aussi affuté et devant, si tôt dans la saison.

Bref, ils sont tous là, et répondent présents du tac au tac. Y’a peut-être juste Chris Froome – si jamais vous le considérez encore comme un vainqueur potentiel du prochain Tour! – qui traine solo (ou presque) du côté de Ténérife ces jours-ci.

Que du VDP

Et du lot, un coureur se distingue tout spécialement, loin d’être un inconnu: Mathieu Van Der Poel.

C’est tout simplement impressionnant. Une classe à part.

Elles sont où, ses limites?!

Son récital sans bavure sur les Strade Bianche a été grandiose de maîtrise, de confiance et de puissance. Il était évident à l’approche de la dernière rampe que VDP savait qu’il lâcherait là et quand il voudrait Alaphilippe et Bernal. Et dès qu’il a accéléré (plus de 1300 watts!), les deux autres ont cédé illico. Fort.

Il nous a remis ca depuis sur Tirreno. Son étape d’hier, 60 bornes solo devant dans la pluie et le froid, force l’admiration. S’il a beaucoup souffert dans les derniers 15 et a fini complètement détruit, ce genre de truc nous interpelle forcément. Quelle énergie! Et après une belle saison de cyclocross, un sport pas tout à fait reposant…

La Primavera

Du coup, le spectacle sera certainement grandiose sur Milan SanRemo samedi prochain, la 112e édition de cette course à part, longue (299 kms), tactique, et qui, depuis 20 ans, se termine souvent par un sprint, ou par le coup du kilomètre de préférence en petit comité.

Et que dire de la plongée sur la Via Roma depuis le haut du Poggio, prise de risques maximale… et avec la fatigue en plus, c’est aussi à celui qui sait bien garder son sang-froid à ces vitesses. Et rappelons que la position couchée sur le tube horizontal sera interdite.

Un favori: Mathieu Van Der Poel. Comme on dit dans le milieu, il aura la pancarte – une grosse pancarte – dans le dos.

Derrière lui, Alaphilippe le puncheur bien sûr, Van Aert, Pogacar, Yates, selon la startlist. Roglic, un autre homme en forme actuellement, s’est disloqué l’épaule sur Paris-Nice et ne fera sa prochaine course qu’au début avril afin de préparer la suite de sa saison. Deux chutes dans le final de l’épreuve auront couté à Roglic le classement général de ce Paris-Nice, au profit de Maximilian Schachmann.

Quelque chose me dit que ca n’arrivera pas au sprint cette année à SanRemo. Si ca devait, il faudra faire attention à des coureurs comme Mads Pedersen, Michael Matthews, Arnaud Demare ou Davide Ballerini, qui pourraient passer le Poggio avec un peu de chance. Sam Bennett? Je n’y crois pas une seconde.

Un coup intelligent serait de partir pour surprendre dès la Cipressa: ca fait un moment qu’on n’a pas vu ca. Avec une échappée royale composée des leaders d’équipe, ca peut le faire. C’est pas impossible, c’est un peu ce qu’on a vu sur les Strade Bianche. Surtout si Julian amène avec lui un certain Rémi Cavagna!

Hugo Houle

Le Québécois chez Astana occupe actuellement la… 13e place du général de Tirreno-Adriatico, une performance que je juge remarquable étant donné le plateau relevé qui est présent sur cette course.

Hier, dans des conditions climatiques difficiles, il a terminé 16e de l’étape, et 2e de son équipe derrière Fabio Felline, 4e. Et devant Nibali, Yates, ou Quintana.

J’y vois le signe qu’Hugo est assurément en train de confirmer les progrès de l’an dernier. Je serais Astana que je commencerais à lui donner un statut un peu différent au sein de l’équipe, par exemple comme coureur protégé sur certaines épreuves d’un jour pouvant lui convenir.

Chose certaine, c’est bien parti pour une grande saison!

Bouc émissaire

Un mot en terminant sur l’affaire Richard Freeman chez Sky (aujourd’hui Ineos), ce médecin récemment condamné pour avoir commandé de la testostérone qui était clairement destinée à des coureurs de l’équipe.

Il est évident pour moi que Freeman est le bouc émissaire de pratiques très douteuses chez Sky au début des années 2010. On comprends mieux aujourd’hui comment les Bradley Wiggins et Chris Froome ainsi que leur armada ont pu dominer le Tour de France et d’autres épreuves, posant la Sky comme la meilleure équipe du monde.

Voilà qui nous rappelle que toute domination outrancière d’une seule équipe à ce niveau de professionnalisme que celui du WorldTour est suspecte, que les pratiques dopantes étaient et sont probablement toujours bien en usage au sein du peloton pro, tout en étant plus cachées via des intermédiaires et autres prête-noms. On a appris: c’est comme en économie et en fiscalité, avec les compagnies à numéro et les montages off-shore, vous permettant de compliquer tellement la situation que plus personne ne peut comprendre les ramifications d’une grande entreprise.

Et qu’on cherche évidemment à protéger Dave Brailsford dans l’affaire, le grand manager de l’équipe Ineos, qui cautionnait certainement tout cela. Pratique les bouc émissaires, t’es en 2e ligne à l’abri même si c’est toi qui tire les ficelles!

Astana – Ride for Glory

C’est au goût du jour: voici un autre vidéo diffusé récemment par une équipe cycliste pro, Astana-Premier Tech cette fois-ci. Un autre regard au coeur d’une équipe professionnelle de premier plan.

Code Yellow (documentaire Jumbo-Visma sur le Tour 2020)

Il ne faut pas manquer ce documentaire réalisé par la chaine de télévision néerlandaise NOS sur l’équipe Jumbo-Visma lors du dernier Tour de France.

1h15min à partager la vie d’une équipe de tout premier plan et qui jouait la gagne avec Roglic et Dumoulin. Plusieurs séquences sont intéressantes, inédites jusqu’ici: la déception de Dumoulin, les ajustements que l’on fait sur la combinaison chrono du maillot jaune et, bien sûr, toute la déception de l’équipe entière après le dernier chrono, objet des 10 dernières minutes du vidéo.

https://www.youtube.com/watch?v=pwoAtDyiCVE

Et déjà, la controverse! On y entend Roglic et Dumoulin se questionner sur les performances plus que stratosphériques du jeune Tadej Pogacar lors de l’avant-dernière étape, le chrono de la Planche des Belles Filles.

Deuxième du jour, Tom Dumoulin ne comprend tout simplement pas comment Pogacar a pu lui prendre 1min21sec.

Je ne vois aucune solution. Comment diable aurais-je pu faire pour aller une minute et demie plus vite?

Tom Dumoulin

Je ne peux pas y croire. Deux minutes. C’est une énorme différence. Sur 36 kilomètres en plus ! Ils (les observateurs) doivent calculer le type de watts nécessaire pour cela.

Primoz Roglic

Les watts nécessaires pour cela Primoz, on les connait. Grâce à Frédéric Portoleau et Antoine Vayer, qui ont été très clairs sur ce qu’on a vu sur ce dernier chrono du Tour.

Ca se résume très simplement: mutant. 475 watts de moyenne sur les 5,9km de la montée pour Pogacar (50 watts de plus que Pinot!), pour 6,85 watts par kilo. À 21 ans! Rappelons que la montée arrivait après 30 bornes de chrono et 20 jours de course, pour un total de 36 bornes pour l’étape ce jour-là. Pogacar égale le record de la montée établi par Aru quelques années avant lui, à la différence qu’Aru était resté bien au chaud dans le peloton avant de lâcher les chevaux dans l’ascension finale. Pogacar, lui, était seul en mode chrono (donc à bloc) depuis 30 bornes!

Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas seulement Pogacar: c’est toute cette jeune génération remplie de prodiges hallucinants et qui débarquent bille en tête, sans complexe, sûrs d’eux et très précoces. Il semble qu’on va ré-écrire, dans les prochaines années, les livres d’histoire du cyclisme. La question sera de savoir à quoi tout cela carbure-t-il… Pour Vayer, ce qu’on a vu en 2020, ce n’est pas moins que le retour de l’ère (triste) d’Armstrong.

Et rappelons que Roglic et Dumoulin ne sont pas non plus au-dessus de tout soupçon, notamment du côté de l’Affaire Aderlass…

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