Le cyclisme a changé, la couverture du cyclisme a aussi changé.
Le magazine papier est en voie de disparition. Impossible, dans le monde d’aujourd’hui, d’être rentable sur cette voie.
Les véhicules porteurs, ce sont les sites Internet, Facebook, Twitter ainsi que les chaines YouTube. Parce que ça peut rapporter.
Récemment, YouTube surtout. Je suis estomaqué, depuis 12 mois, de voir le nombre de chaines YouTube fleurir proposant des analyses pré- ou post- courses. Tout le monde peut être spécialiste du cyclisme! Ca s’étend de Lance « has been » Armstrong avec « The Move » et « Butterfly Chris Horner » jusqu’à l’ado de 16 ans dans son sous-sol qui a décidé de mettre en ligne son analyse de la dernière course pro.
Certains de ces vidéos-programmes sont intéressants, mais ils sont peu nombreux. Le plus souvent, « Joe Toutlemonde » is out. On entend tout, et son contraire. Mais ca finit toujours par « Make sure you’d like this video by clicking on the button below« …
Sur Internet, on est à l’ère de la convergence. On nous sert les mêmes reportages, ou presque, sur nombre de sites. Les mêmes photos. Plus grand monde n’a les moyens d’envoyer leurs propres photographes sur les événements cyclistes, alors on achète de quelques gros joueurs comme Getty.
Les sorties de nouveaux produits sont savamment orchestrées sur les sites de nouvelles, question de maximiser le buzz partout dans le monde. On paye les sites « influenceurs », sous le masque de sites professionnels d’information. C’est devenu difficile de distinguer.
L’indépendance est malmenée. Je n’ai pas de problème avec le contenu sponsorisé, du moment où on le mentionne très clairement dès le début du reportage. Très peu de sites aujourd’hui le font. J’y vois un manque de professionnalisme et d’éthique.
Beaucoup de ces sites sont de plus en plus pollués visuellement par toute sorte « d’adds » qui te font la publicité de tout et de rien: des produits x, y, z sans lien avec le cyclisme, beaucoup de « top-7 trucs » (parce qu’aujourd’hui, même un top-10 c’est trop d’effort…), y compris des sites de rencontres (dating). C’est quoi, le rapport?
Beaucoup de sites ont même maintenant des vidéos qui démarrent de façon intempestive, automatique, sans avertissement. Dérangeant… le son avec!
Les articles sont de plus en plus courts, superficiels. 4-5 paragraphes et basta! L’attention du lecteur n’est de toute façon plus là. Peu de profondeur. Twitter l’a compris.
Mais tout n’est pas négatif!
On a de la chance en cyclisme, nous n’avons pas (encore) notre Donald Trump et ses fake news!
On trouve quand même encore certains sujets plus détaillés, et je dirais presque surtout sur les sites francophones, bien que certains sites anglophones en offrent de temps en temps. Le plus souvent, payant bien sûr, c’est à dire contenu réservé aux abonnées. Par exemple, L’Équipe propose encore assez régulièrement des dossiers en profondeur, je me souviens d’un récent sujet sur la santé mentale du peloton pro, fort intéressant et bien documenté. Il y a encore de la qualité, mais il faut la chercher plus fort. Et la payer, ce qu’on peut parfois faire à la pièce.
Il y a aussi d’autres aspects intéressants. Certains produits médias clairement sponsorisés offrent de beaux contenus, permettant de vivre le cyclisme « de l’intérieur ». J’ai récemment aimé ce vidéo de Wout Van Aert, sponsorisé par Agu sa bonneterie, parce qu’il m’a permis de mieux comprendre qui est Wout Van Aert et sa passion pour le cyclisme. À noter qu’Agu a eu le bon goût de placer son logo dès le départ du vidéo, exprimant ainsi clairement que ce contenu est sponsorisé. C’est ce qu’il faut faire selon moi, et nombre de ce type de vidéos n’affiche le sponsor qu’à la fin seulement.
On peut vivre le cyclisme davantage en « temps réel » aussi. 30min après la fin d’une course, tu as déjà en ligne un paquet de vidéos et d’articles te permettant de comprendre l’événement auquel tu viens d’assister: interviews de coureurs, vidéos d’équipes cyclistes vus de l’intérieur, vidéos embarqués dans les voitures des directeurs sportifs, etc. Tu vis presque l’émotion en temps réel et ça, c’est fort. Merci Marc Madiot!
Les sujets offerts sont moins analysés en profondeur certes, mais ils sont souvent plus variés ; ainsi, on peut aujourd’hui lire un peu sur le cyclisme féminin, sur le gravel bike, sur les ultra- et bien d’autres choses encore. On reste superficiel certes, mais sur un plus grand nombre de disciplines ou de sujets.
Enfin, tout s’est accéléré: l’espérance d’une nouvelle aujourd’hui sur un site est de moins d’une heure. Peut-être pas dans le vélo, mais on n’échappe pas à la tendance: il faut toujours avoir du nouveau contenu, plusieurs fois par jour. Les cadences sont infernales et pour suivre, forcément, tu rognes sur la profondeur et tu ratisses large.
Je suis curieux de savoir ce que vous en pensez!
Et demain, le sujet sera « La Flamme Rouge a-t-elle changée?! » Enfin, des réponses à vos questions sur les derniers mois.
