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Enfin! on s’attaque aux auto-transfusions

Ca va devenir intéressant, c’est moi qui vous le dit.

L’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) annonce ce matin qu’elle a des "indices sérieux" de cas d’auto-transfusions sanguines sur le dernier Tour de France et surtout, qu’elle disposera très bientôt d’un moyen fiable pour prouver qu’il y a bel et bien eu auto-transfusion pour ces cas. Des noms devraient tomber bientôt. On parle toujours d’une trentaine de coureurs suspects. Ca fait du monde.

Il faudra décerner à l’AFLD un prix nobel. Elle peut désormais non seulement détecter la présence de la fameuse CERA, mais pourra aussi très bientôt détecter les auto-transfusions. Ne manque plus qu’un test pour les hormones de croissance et on sera sérieusement outillé dans la lutte contre le dopage.

Même si on ne doute pas que vous avez toujours une longueur d’avance, l’étau se resserre, Messieurs les coureurs pros!

Rappelons que les auto-transfusions sanguines, ou transfusions autologues, sont très répandues dans le peloton puisque jusqu’ici indétectables. La technique est simple: vous faites une cure d’EPO et d’hormones de croissance tranquillement chez vous, durant l’hiver, une période où les risques de contrôles anti-dopage sont moins élevés que lors des compétitions. Vous vous prélevez alors 4 ou 5 poches de 250 ml de sang, que vous congelez à -120 degrés. Pour compenser rapidement cette prise importante de sang, vous continuez une petite semaine votre cure d’EPO, question de remplacer rapidement les globules rouges perdus et ne pas avoir de baisse de régime afin d’attaquer la saison en bonne condition. Plus tard dans la saison, disons à la veille d’attaquer quelques grosses étapes de montagne ou un clm important sur un grand tour, vous vous ré-injectez deux poches de 250 ml de votre propre sang "traité" (comme c’est votre sang, c’est ni vu, ni connu… du moins jusqu’à aujourd’hui). On estime que vous améliorerez votre apport en oxygène de… 20%, soit largement assez pour "faire la différence" par rapport aux autres coureurs qui, s’ils ne prennent rien, commencent eux à fatiguer…

Rappelons aussi que Hamilton, Vinokourov et Kashechkin ont été les premiers piqués aux transfusions homologues, c’est à dire faites avec un donneur compatible. C’est différent.

Les perles des derniers jours

Découragé par le seul constat qui se dégage des scandales de dopage des jours – les coureurs et directeurs sportifs nous prennent vraiment, nous les amateurs de cyclisme, pour des cons – je verse ce soir dans l’humour puisque les événements des derniers jours ont conduit à quelques déclarations particulièrement risibles. À vous de juger!

La meilleure nous vient de Patrick Lefevere, manager depuis des décennies d’une équipe cycliste professionnelle de premier plan et futur employeur en 2009 de Schumacher: "we did our (Quick Step) own intense testing on Schumacher and didn’t find anything." Ce type méprise tout le monde. Qui l’arrêtera ?

Pat McQuaid, président de l’UCI: "La sauvegarde des intérêts des coureurs qui n’ont rien à se reprocher, qui constituent la grande majorité du peloton, impose la fermeté et la mise en oeuvre de tous les moyens. La rigueur s’impose à tous." La grande majorité du peloton ? Vraiment ? Je trouve la liste des dopés sacrément longue depuis 10 ans…

Pat McQuaid encore: "la convergence entre les résultats obtenus par l’AFLD et les informations récoltées dans le cadre du passeport biologique confirme la fiabilité de cet outil, introduit cette année et bientôt pleinement opérationnel." Fiabilité du passeport biologique ? Schumacher n’en avait pas, c’est bien ca ?

Pat McQuaid toujours (c’est un fuoriclass des déclarations loufoques): "We are weeding out the bad apples, make no mistake about it. No one can say the UCI and cycling authorities are not doing their utmost to find cheats and get them out of the sport." Ca fait juste 10 ans, M. McQuaid, qu’on connaît l’ampleur du dopage sanguin et que les coureurs Français ne gagnent plus une course professionnelle de premier plan…

Hans-Michael Holczer, manager de la Gerolsteiner, l’équipe de Schumacher: "he cheated the whole team, especially me, and I will sue him until the last cent I have in my pocket." Mauvaise nouvelle pour Schumacher…

Hans-Michael Holczer encore: "Schumacher was tested nine times for the biological passport." Ca vous donne une idée de l’efficacité du passeport biologique défendu par Pat McQuaid… Fiable vous dites ?

Franck Vandenbroucke, à propos de son 19e come-back (le vrai spécialiste des come-back, c’est pas Armstrong, c’est lui!): "I will live as a priest." Comme un moine Franck, comme un moine. Parce que vivre comme un prêtre, ca pourrait laisser penser à autre chose… et n’as-tu pas eu assez de problèmes avec la justice comme ca ?

Alexandre Vinokourov, à propos de son affaire de dopage sur le Tour 2007: "Cette histoire (du Tour 2007) était bizarre." Bizarre ? La seule chose bizarre dans l’affaire, c’est que tu ne te sois pas fait prendre sur la Vuelta 2006 ou ta domination fut outrageuse.

Lance Armstrong, à propos de ses sept victoires sur le Tour: "Nous avons gagné de manière propre et honnête. Où est l’embarras là-dedans ?" Et moi je suis Benoît XVI.

Je salive déjà à l’idée du contenu des déclarations de Bjarne Riis si jamais un de ses coureurs CSC est pris positif à la CERA, surtout à propos de son "meilleur programme anti-dopage de l’histoire du cyclisme"…

Dopage: l’AFLD ouvre le bal comme prévu…

L’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) et son excellent directeur, Pierre Bordry, en charge des contrôles sur le dernier Tour de France en raison du conflit qui opposait alors l’UCI et ASO, avaient annoncé la couleur la semaine dernière: des tests de dépistage de la CERA, cette EPO retard, allaient débuter sur les échantillons sanguins prélevés lors du dernier Tour de France. Plus encore, on allait cibler ces contrôles sur les coureurs – environ une trentaine, ce qui est loin d’être négligeable – qui présentaient des anomalies sanguines.

Rappelons que jusqu’ici, les tests pour la CERA avaient porté sur les échantillons urinaires, et non sanguins. C’est ainsi qu’on a déjà chopé Ricco.

Et bien, on n’est pas déçu de ces nouvelles analyses. Les premiers résultats – rappelons que d’autres suivront probablement cette semaine – sont à la fois inquiétants et prometteurs: Piepoli et surtout l’Allemand Schumacher, vainqueur des deux clm du Tour 2008, sont aujourd’hui tombés, tous deux positifs à cette fameuse CERA.

Prometteurs parce que cela veut dire qu’on a enfin un test fiable pour la CERA qu’on sait très répandue dans le peloton depuis au moins 2 ans, sinon plus. Prometteurs parce que si trente coureurs présentent des profils sanguins suspects, ces tests devraient permettre d’en confondre quelques uns de plus.

Inquiétants parce qu’au delà de créer un tort considérable une fois de plus au sport qu’est le cyclisme, ces nouveaux cas positifs montrent qu’au fond, rien n’a changé: les coureurs continuent à se doper autant qu’avant, espérant toujours avoir une longueur d’avance sur les méthodes de détection. Le fond du problème est là: comme la prévention a ses limites, les instances doivent rattraper leur retard afin d’être eux aussi à jour dans les produits dopants et la façon de les détecter. 

Inquiétants parce qu’on ne peut s’empêcher de se poser la question: si l’UCI avait été en charge des contrôles anti-dopage sur le dernier Tour de France, aurions-nous aujourd’hui de telles révélations ?

Inquiétants enfin parce que ces nouveaux cas positifs sont la preuve que plus que jamais, il convient d’être vigilants devant les performances offertes par les coureurs pro. J’attends toujours à ce sujet qu’on m’explique le Giro 2007 d’Andy Schleck ou l’ascension de l’Alpe d’Huez de Carlos Sastre cette année, une ascension plus rapide que lors de son chrono en 2004…  

Quoi qu’il en soit, je ne suis pas surpris des nouveaux cas positifs aujourd’hui. Pour Piepoli, c’était tellement évident que son équipe Saunier Duval l’avait déjà licencié, même sans contrôle positif ! L’annonce du contrôle positif leur donne définitivement raison. Exit Piepoli, et on ne s’ennuiera pas de lui. Ses victoires d’étape au Giro 2007 et 2008 ? On vous laisse le soin de juger…

Pour Schumacher, 27 ans, je ne suis pas surpris non plus. Ce coureur était déjà suspect depuis fort longtemps et je l’avais déjà évoqué sur La Flamme Rouge il y a plusieurs mois. Positif à la cathine en 2005, il avait été exclu des Mondiaux 2007 pour paramètres sanguins irréguliers, ce que j’avais dénoncé. Un contrôle sanguin effectué suite à un accident de la route avait également montré, quelques jours plus tard, des traces d’amphétamines dans son organisme. Junkie vous dites ? Il a aussi le look, en plus ! Menteur ? Ca oui, un sacré menteur si on considère l’aplomb de ses propos à l’automne dernier lors de la dernière tourmente. Remarquez que depuis l’Affaire Jeanson, un sommet dans le domaine du mensonge éhonté, plus rien ne me surprend…

Rappelons que Schumacher avait remporté, un peu à la surprise générale, les deux clm du dernier tour. C’est surtout la veille de l’arrivée, dans le contre-la-montre de Saint Amand Montrond, qu’il avait selon moi le plus impressionné, repoussant Cancellara à plus de 20 secondes, ce dernier n’étant pourtant pas un manche dans ce genre d’exercice et étant logé à la bonne enseigne, celle de l’équipe CSC… Je demeure convaincu que le dernier clm d’un grand tour demeure très révélateur des performances suspectes puisqu’il témoigne de façon éloquente des capacités de "récupération" des coureurs…

On ne s’ennuiera donc pas non plus de Schumacher. Deux ans de suspension pour Ricco, deux ans pour Piepoli, deux ans pour Schumacher, Valverde et Frank Schleck soupçonnés dans Puerto, DiLuca au prise avec la justice italienne… Ca dégage, ca dégage… Tant mieux. Je l’ai toujours dit: un Tour de France avec des équipes continentales voire amateurs serait tout aussi intéressant.

La suite maintenant ?

Si les contrôles effectués par l’AFLD devaient en rester là, ce serait déjà un succès puisque deux coureurs suspects auront été chopés. Mais d’autres coureurs pourraient tomber cette semaine et c’est à souhaiter, malgré le tort que cela peut causer au cyclisme à court terme. C’est un mal nécessaire selon moi car il envoie aux coureurs un signal fort, celui que la lutte contre le dopage s’intensifie et que les scientifiques font des progrès importants quant au dépistage.

Ceci étant, je vous avoue être découragé ce soir, découragé et très fâché contre les coureurs pros d’abord, mais aussi contre les directeurs sportifs qui, de façon incroyable, continuent de jouer les vierges offensées à l’annonce qu’un de leur coureur est positif. C’est évident, ca crève les yeux, tout ce joli monde – sauf rare exception comme Madiot ou Boyer – continue de se foutre de notre gueule… et du cyclisme.

Quels coureurs pourraient tomber cette semaine ? À mon avis, il s’agit de n’importe qui chez CSC et surtout les frères Schleck ou Cancellara, mais aussi Sastre, Evans, Menchov, Kohl, Vande Velde ou encore Sanchez, auteur d’une saison surprenante à plusieurs égards, ainsi que Kirchen, Kreuziger, Popovytch, Bruseghin et Nibali. 

Pourquoi enfin ne pas enfin suggérer à l’UCI d’autoriser l’AFLD d’analyser les échantillons sanguins prélevés lors du Giro et de la Vuelta ? On aurait le coeur net sur Contador et les autres… De plus, ce serait tout un geste d’affirmation de la volonté de l’UCI de vraiment traquer les dopés… 

On attend la suite, et vite ! Crevons l’abcès de cette saison 2008.

Schleck et les contrôles

Un communiqué émanant de l’équipe CSC Saxo-Bank ce matin annonce que Frank Schleck est suspendu temporairement du programme de course de l’équipe, le temps que la Fédération luxembourgeoise de cyclisme fasse la lumière dans toute cette histoire.

Rappelons que Frank Schleck jure ne s’être jamais dopé et avoir commis une erreur en transferant ce montant d’environ 7000 euros au Dr. Fuentes, montant qui aurait servi à couvrir des honoraires pour obtenir des conseils d’entrainement de la part du médecin espagnol.

Comment tout ca va-t-il se conclure ?

Par un non-lieu, tout simplement. Comment voulez-vous que la Fédé luxembourgeoise puisse identifier à quoi précisement a servi l’argent ? Le dossier Puerto vient tout juste d’être clos en Espagne! Je ne vois pas comment on pourra aller plus loin dans cette histoire. En fait, il y a bien quelqu’un, quelque part, qui sait: le Dr. Fuentes lui-même. Mais il ne parlera pas.

Alors, l’Affaire Frank Schleck aura-t-elle été utile ? D’un côté, certains regretteront qu’on aura sali une nouvelle fois le nom d’un coureur cycliste et, par le fait même, le cyclisme en entier et ce, pour aboutir sur aucune accusation au final. Ca a permis de faire vendre du papier pendant une semaine… De l’autre, on pourra se satisfaire d’avoir appris quelque chose puisque Schleck a bel et bien payé le Dr. Fuentes pour un service dont on ne connaît pas la nature. Cela nous alerte quant au besoin de rester vigilant face aux performances du coureur luxembourgeois et, par association, de son frère. J’ajouterais même que c’est toute la CSC qu’il faut garder à l’oeil.

La grande conclusion dans tout ca à mon avis ? Une question: pourquoi diable les contrôles ne permettent pas de piquer davantage de coureurs ? Si Schleck est dedans, comment se fait-il que les contrôles subis depuis 2 ans ne l’aient pas piqué au passage ? Il faut probablement y voir une autre preuve qu’en matière de dopage, les coureurs et leurs médecins ont toujours une bonne longueur d’avance et que des techniques simples pour brouiller les pistes – le coup de la poudre pour machine à laver par exemple – demeurent efficaces.

Comprendre l’Affaire Puerto

Nouveau rebondissement – malheureux – dans l’Affaire Puerto aujourd’hui: le juge espagnol Antonio Serrano a décidé de classer le dossier "sans suite", mettant un terme juridique à toute cette histoire.

C’est pour moi l’occasion de faire le point sur cette affaire, ceci afin d’en comprendre tous les impacts.

L’Affaire Puerto, c’est vraissemblablement le plus gros scandale de dopage de l’histoire du cyclisme. Cette affaire avait débuté le 23 mai 2006 avec l’arrestation du Dr. Eufemiano Fuentes, un médecin oeuvrant dans le monde du cyclisme et suspecté d’être l’artisan d’un vaste système de dopage chez les coureurs cyclistes professionnels. Peu de temps avant, des perquisitions effectuées dans des appartements anonymes de Saragosse et de Madrid avaient permis la saisie de quantité de poches de sang congelées, de plasma sanguin, de stéroides, d’hormones de croissance, d’EPO, de matériel médical comme des centrifugeuses ainsi que d’ordinateurs contenant des fichiers présumés de clients.

Si l’affaire a commencé doucement, c’est dans l’antichambre du Tour de France 2006 qu’elle pris vraiment de l’ampleur, rattrapant les grands favoris de l’épreuve en cette première année sans Lance Armstrong : Jan Ullrich, Ivan Basso et, dans une moindre mesure, Fransceco Mancebo. Tous trois seront privés de départ et Basso avouera quelques semaines plus tard avoir effectivement été un client du Dr. Fuentes dans son intention – notez bien le mot, intention – de se doper. Basso jure toujours ne jamais s’être dopé mais seulement en avoir eu l’intention. Je n’en crois personnellement pas un mot, son Giro 2006 étant trop faste pour cela et son équipe d’appartenance du moment étant la CSC de Bjarne Riis, un homme qui a déjà vu une seringue dans sa vie.

Dans le cas d’Ullrich et de Mancebo, ces coureurs auront choisi une autre stratégie, celle de prendre immédiatement leur retraite du peloton. Depuis, Ullrich s’est enfermé dans un certain mutisme, non sans avoir pourtant promis qu’il parlerait "un jour". On attend toujours ce jour… Mancebo, quant à lui, est revenu dans le peloton continental espagnol depuis deux saisons, sans grand résultat. Il traine sa misère… n’ayant rien d’autre à faire que de pédaler. Quant je vous dis que ce sont les coureurs qui ont besoin du Tour, pas l’inverse…

D’autres noms de coureurs avaient circulé en 2006 pour leur possible lien avec le Dr. Fuentes: Contador, Valverde et Hamilton sont les plus connus. Si les soupçons sont forts, ils n’auront jamais pu être suspendus comme Basso puisque Fuentes fonctionnait par nom de code (Basso fut trahi par le nom de son chien!).  En l’absence d’aveux, impossible donc de les suspendre, démontrant bien que la seule règle intelligente à suivre pour un coureur soupçonné de dopage est de nier tout en bloc, une stratégie qu’utilisent actuellement Cancellara, Frank Schleck et Contador.

L’Affaire Puerto a déjà été classé "sans suite" une première fois en mars 2007. Le Conseil Supérieur des Sports en Espagne, sorte de ministère des sports, avait alors fait appel de cette décision avec l’appui de l’UCI et permis la réouverture de l’enquête judiciaire, toujours instruite par le même juge Serrano. C’est ce juge qui, aujourd’hui, classe pour la deuxième fois le dossier Puerto "sans suite". Pourquoi ?

Parce que selon le juge Serrano, les lois en vigueur en Espagne en 2006, soit au moment de l’affaire, ne permettent pas d’aller plus loin. Aucune loi anti-dopage n’existait alors en Espagne. Si de l’EPO a bel et bien été retrouvé dans les poches de sang congelées, les quantités ne constitueraient pas une menace pour la santé, privant le juge de l’opportunité de porter cette cause comme un problème sanitaire. C’est donc le cul-de-sac et une conséquence évidente du laxisme de l’Espagne en matière de dopage, laxisme qui a toutefois été corrigé timidement par l’introduction, en novembre 2007, d’une loi anti-dopage. Comment se fait-il qu’en France le dopage fasse l’objet de lois en limitant la circulation et l’usage depuis presque 10 ans déjà ? Cyclisme à deux vitesses vous dites ?

Quoi qu’il en soit, le Conseil Supérieur des Sports a déjà annoncé qu’il porterait de nouveau la décision en appel, cette fois devant une audience nationale compétente pour les situations complexes. L’UCI, l’AMA et le CIO ont également fait part de leur intention d’appuyer toute initiative visant à la ré-ouverture du dossier Puerto. C’est évidemment la bonne chose à faire selon moi, surtout compte tenu des nouveaux rebondissements, dont le possible lien entre l’Affaire Puerto et les coureurs Fabian Cancellara et Frank Schleck.

Mon intuition ? L’Affaire Puerto est effectivement le plus gros scandale de dopage de l’histoire du cyclisme et a toujours le potentiel de faire tomber les Valverde, Contador, Schleck, Cancellara et probablement bien d’autres encore, jusqu’à 50 coureurs professionnels ayant probablement été clients du Dr. Fuentes, dont peut-être (probablement ?) Lance Armstrong lui-même et toute l’armada américaine qui n’avaient probablement pas choisi Gérone comme camp de base pour rien… Il faut aller au bout de cette histoire, tout en traquant sans relâche les nouveaux Dr. Fuentes de ce monde dont nombre se terrent probablement encore en Espagne mais aussi en Italie, en Autriche et dans les pays de l’Est.

L’Espagnole Moreno positive aux JO

En complément de notre article hier soir, le premier cas officiel de dopage aux JO est pour l’Espagne en la cycliste Maria Isabel Moreno, plusieurs fois championne d’Espagne au cours des dernières années. La logique est respectée!

Dopage: voici venue l’ère du GW1516…

Une récente étude publiée dans la revue américaine de biologie moléculaire Cell pourrait avoir un impact non-négligeable dans le monde du sport et du dopage.

Des chercheurs ont en effet mis au point une simple pillule qui, lorsqu’ingérée par des souris durant une période de 4 semaines, a décuplé l’endurance de ces dernières, même sans entrainement aucun ! Les chercheurs suggèrent des améliorations dans les temps de course de ces animaux de l’ordre de 70%, des résultats pour le moins spectaculaires.

Appelé GW1516 et agissant, via deux substances appelées PPARd et AICAR, sur un gêne, l’AMPK, responsable de la production d’énergie des cellules du corps (consommation des graisses), ce médicament ouvre de nouvelles pistes de traitement – spectaculaires il ne va sans dire – pour les patients souffrant de désordres métaboliques comme l’obésité, le diabète de type 2 et l’hypertension artérielle

Combinée à un entrainement de pointe, ce nouveau produit pourrait évidemment décuplé les capacités des athlètes qui l’utiliseraient. En reprogrammant la fonction du gêne AMPK pour qu’il brûle davantage et mieux les graisses et donc produise plus d’énergie, le produit se présente donc comme une forme de dopage génétique au niveau cellulaire. The next frontier. On y est.

Les chercheurs qui ont mis au point ce nouveau produit (bientôt très riches) ont déjà parlé avec l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) afin de les alerter sur leur récente trouvaille et le danger qu’elle représente pour le sport de haut niveau. Il faut évidemment saluer bien bas leur présence d’esprit. Aucun test de dépistage ne sera toutefois prêt à temps pour les JO de Pékin. Même si le produit n’a pas encore été testé sur des êtres humains, il semble que les risques que des athlètes utilisent déjà ce produit sont bien réels. Il conviendra donc d’être vigilants dans les prochains mois lorsque se présenteront des performances nouvelles, uniques et hors normes.  

Il faudra aussi trouver des tests pour les produits connexes ou génériques qui pulluleront prochainement, c’est à prévoir… 

Le monde du dopage est décidemment fascinant et il apparaît facile pour les athlètes de toujours avoir une longueur d’avance…

Sella positif à la CERA

De retour de petites vacances d’une dizaine de jours, La Flamme Rouge reprend aujourd’hui le fil de l’actualité et couvrira plusieurs sujets au cours des prochains jours. De l’action donc en perspective sur ce site très prochainement! Une mise à jour du pool de cyclisme après le Tour de France sera également disponible dès demain. Beaucoup de changements au classement, surtout avec le contrôle positif de Ricco qui perd tous ses points depuis le début de l’année.

Mon retour à l’actualité cycliste est cependant résolument déprimant avec plusieurs nouvelles très inquiétantes à l’égard des affaires de dopage.

D’une part, on apprend aujourd’hui que Sella a été contrôlé positif à la CERA (EPO retard) lors d’un contrôle inopiné le 23 juillet dernier. Rappelons que Sella avait dominé outrageusement les étapes de montagne du dernier Giro, en gagnant trois, dont deux de suite. On comprend désormais à quoi marchait ce jeune Italien… Il s’est fait prendre, cela prouve deux choses: d’une part, que les contrôles, notamment inopinés, sont de plus en plus efficaces. D’autre part, cela prouve qu’il convient toujours de demeurer extrèmement vigilant devant les performances des coureurs pro, certaines restant hors normes et donc suspectes.

Dans ce contexte, comment expliquer que Carlos Sastre a gravi l’Alpe d’Huez plus rapidement en 2008 et après 200 bornes qu’en 2004 lors d’un contre-la-montre ou il partait frais du bas ? Simple amélioration de ses performances avec le temps?

Par ailleurs, on apprend que Vladimir Gussev, un autre qui marchait fort depuis quelques mois, a été exclu de l’équipe russe des JO suite à son licenciement de l’équipe Astana pour paramètres sanguins anormaux. Ca se dope, ca se dope encore pas mal !

Enfin, et plus déprimant encore, ces contrôles positifs à l’EPO de deux jeunes coureurs italiens dont Giovanni Carini, champion d’Italie des moins de 23 ans en 2008. On nous affirme, notamment du côté de l’UCI, que les mentalités changent chez les jeunes coureurs… Pour moi, il n’en est rien: réussir au plus haut niveau exige toujours un dopage sanguin important et les jeunes qui n’ont d’autre avenir que le cyclisme n’hésitent toujours pas à faire le saut, question d’obtenir un contrat professionnel et vivre de leur sport en espérant gloire et argent.

À quand un contrôle positif de Nibali, de Chichi, de Cancellara, de Voigt ou encore de Valverde ? Comment ne pas croire que l’eldorado du dopage demeure pour l’instant l’Italie et l’Espagne ?

Dur retour pour La Flamme Rouge!

Le verdict des Pyrénées…

À ne pas manquer, cette excellente analyse des puissances développées par les principaux acteurs du Tour dans les Pyrénées ces derniers jours, analyse produite par Frédéric Portoleau relayée par nos confrères de Cyclismag. C’est éloquent !

Affaire Ricco: ca s’étend…

Le contrôle antidopage positif de Ricco a des conséquences désastreuses pour toute l’équipe Saunier-Duval. Elle s’est d’abord retirée en entier du Tour, privant le sponsor principal – une marque de chaudières domestiques… – d’une partie très importante de sa visibilité annuelle.

On apprend ce matin que Ricco a été logiquement licencié de son équipe, mais aussi Piepoli. Raison évoquée, non-respect du code d’éthique de l’équipe. Si le licenciement de Piepoli peut surprendre, ce dernier n’ayant pas échoué jusqu’ici de contrôles antidopage (ca viendra peut-être pour son étape d’Hautacam…), on peut saluer le courage des dirigeants de l’équipe, les performances de ce petit grimpeur italien étant assez surprenantes depuis un ou deux ans.

On apprend également que le sponsor Saunier-Duval se retirera fort probablement du cyclisme très rapidement. En clair, cela veut dire de nombreuses personnes au chômage: outre les coureurs, dont certains n’ont peut-être rien à se reprocher, on pense aussi au personnel de l’encadrement, mécanos, chauffeurs de bus, massothérapeutes, etc. Voilà qui, espérons-le, donnera à réfléchir aux coureurs professionnels, un contrôle positif ayant de nombreuses conséquences non seulement pour eux, mais aussi pour de nombreuses autres personnes.

Enfin, certains journalistes évoquent la possibilités d’un dopage organisé au sein de l’équipe Saunier-Duval. Que doit-on en penser ?

Mon avis est que d’une part, les directeurs sportifs, qui jouent aux vierges offensées (on ne savait pas…), sont loin d’être innocents. Ancien coureur pro, Mauro Gianetti, le directeur sportif chez Saunier-Duval, a une réputation sulfureuse face au dopage. Son "accident" lors du Tour de Romandie en mai 1998, alors qu’il a fait un très sérieux malaise menaçant même sa vie, est de source quasi-sûre puisque reportée par de nombreux ex-coureurs, dû à un usage excessif de PFC, des hydrocarbures perfluorés censés améliorer le transport de l’oxygène et abandonnés depuis car jugés trop dangereux et non-maîtrisables pour le corps humain.

Dans ce contexte, je pense qu’un dopage organisé au sein de l’équipe est tout à fait possible, mais relève probablement d’un petit nombre de coureurs, les plus en vue. Je pense qu’un dopage organisé a pu prendre place autour de Ricco et Piepoli, les deux "leaders" de cette équipe, sous la supervision d’un Gianetti qui connaît tout du dopage sanguin.

Prudhomme a-t-il eu raison d’évoquer le passé trouble de Gianetti ? Certains lecteurs de ce site pensent que c’était indigne de sa part. Personnellement, je pense que c’est bien: il faut dénoncer ces gens lorsque les soupçons sont très forts comme c’est le cas pour lui. A-t-on bien fait d’appeler Bjarne Riis sous le colibet de "M. 60%" pendant des années, même sans preuve formelle ? La réponse est oui puisque la vérité est venue de sa bouche, des années plus tard. Gianetti est selon moi à placer dans cette catégorie, tout comme Lance Armstrong. Ses performances en 1995 notamment (victoire à l’Amstel, victoire dans la Doyenne, grande course devant dans les très difficiles Mondiaux de Duitama en Colombie) restent très suspectes.

Dans notre prochain texte, on s’interrogera sur une question très intéressante: pourquoi les grands scandales de dopage surviennent uniquement sur le Tour de France depuis des années ? Pourquoi rien sur les deux derniers Giro, où Ricco et Piepoli ont pourtant été vu à leur avantage ? Une instance cycliste internationale aurait-elle pu protéger l’image du cyclisme en étouffant des affaires sur les courses qui relevaient de son autorité ? 

Saunier-Duval out

Comme je l’espérais, l’équipe Saunier-Duval toute entière s’est retirée du Tour de France ce matin en ne prenant pas le départ de la 12e étape. Ce retrait fait évidemment suite à l’annonce du contrôle positif à l’EPO de synthèse CERA de Riccardo Ricco. Selon le directeur sportif Joxean Fernandez Matxin, le retrait de Saunier-Duval ne se limitera pas seulement au Tour de France et concernera aussi les prochaines courses. Saunier-Duval suspend donc ses activités pour un moment.

Tour et dopage: au tour de Ricco!

Bombe ce matin dans le Tour de France, mais une bombe qui ne surprendra personne: Riccardo Ricco, vainqueur de deux étapes jusqu’ici, est positif à l’EPO de synthèse CERA (Continuous Erythropoietin Receptor Activator), commercialisée par les laboratoires Roche. Selon le journal L’Équipe, cette information aurait été confirmée par l’Agence française de lutte contre le dopage et Ricco aurait quitté la course pour être interrogé par la police. Il est bien connu que la Cera ainsi que la Dynepo sont les nouvelles molécules EPO dites de "troisième génération" à la mode dans le peloton. Jusqu’à peu de temps, elles étaient encore indétectables aux contrôles antidopage.

Cette nouvelle affaire de dopage est la troisième sur le Tour après Beltran et Duenas. Ca commence à faire beaucoup et je pense pouvoir affirmer ce matin que le Tour de France 2008 est de nouveau sérieusement plombé par le dopage, Ricco étant un coureur de premier plan ayant déjà remporté deux étapes. On apprend en plus ce matin que du matériel médical et une multitude de produits, dont certains prohibés et d’autres inconnus, ont été retrouvés dans la chambre de Duenas lors d’une perquisition, ce qui montrerait que les coureurs voyagent toujours avec des produits nouveaux et interdits sur le Tour. Enfin, comment croire que les autres équipiers de Ricco, Piepoli et Cobbo en particulier puisque auteurs d’une grande étape vers Hautacam, ne sont pas dopés eux-aussi ?

Dans ce contexte, espérons qu’ASO excluera de la course l’équipe Saunier Duval toute entière, leur domination en montagne (n’oublions pas De La Fuente qui fait aussi un bon Tour) étant outrancière. Pour Ricco, ca risque de faire mal et de stopper net la progression de sa carrière. Il a comme idole Pantani… dommage qu’il s’en soit inspiré à ce point  !

Intéressant également dans le contexte actuel de lire cette analyse d’Antoine Vayer, ex-entraineur de l’équipe Festina et grand spécialiste du dopage, qui avait bien vu les performances surhumaines de certains coureurs dont certains sont encore en course, on pense à l’équipe CSC par exemple. Espérons que les CSC, Voigt (un coureur qui jouit pourtant d’une bonne réputation dans le cyclisme), Cancellara et les frères Schleck, feront eux-aussi l’objet d’une surveillance étroite dans les prochains jours. Le Giro 2007 d’Andy Schleck m’a toujours causé une certaine gêne…

D’autres cas pourraient donc ressurgir dans les prochains jours. Le cas Moreau reste suspect, surtout qu’on connaît bien la réputation du coureur en matière de recours à des produits dopants.

Chose certaine, cette nouvelle affaire est un autre très dur coup au cyclisme puisqu’il prouve qu’en dépit de ce que les autorités essaient de nous faire croire (la nouvelle génération de coureur a une autre mentalité, les coureurs se dopent moins, etc.), le dopage dans le cyclisme demeure bel et bien très répandu, les coureurs – certains se sachant même surveillés étroitement comme Ricco – n’hésitant pas à recourir aux derniers produits disponibles pour se doper. Plus que jamais, il convient donc de rester prudent, de continuer d’utiliser les analyses de puissance pour détecter les performances hors-normes et de ne pas croire tout ce que les autorités – UCI en particulier – veulent nous faire croire. 

Enfin, comment ne pas penser que ces trois cas de dopage ne sont pas des petites victoires pour les coureurs français, très critiqués depuis quelques jours pour leur absence sur la course ? Comment ne pas croire qu’ils ont raison de dire qu’il existe toujours un cyclisme à deux vitesses ?

La Flamme Rouge suivra évidemment l’évolution de ce dossier de près et vous pouvez compter sur moi pour commenter l’actualité dans les prochains jours.

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