C’est reparti pour un tour: pour ou contre le port obligatoire du casque à vélo?
Le coroner en chef de l’Ontario et les quatre centres hospitaliers universitaires du Québec se sont prononcés en faveur d’une réglementation. La Fédération Québécoise des Sports Cyclistes a aussi récemment émis un communiqué soutenant cette approche.
Vélo Québec préconise par ailleurs une approche non coercitive, basée sur le libre choix.
Je suis d’accord avec la position de Vélo Québec et je trouve les arguments avancés par le coroner en chef ainsi que par les centres universitaires faciles et peu responsables d’un point de vue de société.
C’est sur la base de l’examen de 129 décès de cyclistes sur une période de 5 ans, soit entre 2006 et 2010, que le coroner en chef de l’Ontario en est venu à une telle recommandation. Le coroner en chef teinte son jugement en affirmant cependant que des évaluations de l’effet d’une législation obligeant le port du casque sur l’activité cycliste devront être menées, l’hypothèse étant qu’une telle législation réduirait l’usage du vélo.
Les quatre CHU du Québec recommandent pour leur part que le port du casque soit obligatoire pour les moins de 18 ans. Chez les enfants, je me suis déjà prononcé en faveur d’une telle mesure l’an dernier.
Réglons d’entrée un élément: nous nous entendons tous pour affirmer haut et fort qu’un seul décès lié à la pratique du vélo est un décès de trop. Idem pour un seul décès sur les pentes de ski, ou lié à une autre activité. C’est donc réglé.
Revenons à nos 129 décès sur 5 ans. Savez-vous, comme le souligne avec justesse Suzanne Lareau de Vélo Québec, combien de décès provoque le tabagisme en une seule année? Savez-vous combien de Canadiens meurent frappés par la foudre sur une période de 5 ans?
Afin de mieux quantifier le problème lié à la pratique du cyclisme et afin de le mettre en contexte par rapport à d’autres comportements à risque, il aurait été préférable que le coroner exprime les statistiques sous forme de quotients de mortalité. Le hic, c’est le dénominateur de ces quotients: comment calculer les personnes soumises au risque? Pas simple de quantifier le total des déplacements à vélo en Ontario sur une période de 5 ans!
Chose certaine, on s’entend tous pour émettre une hypothèse raisonnable: le quotient de mortalité des cyclistes est très probablement extrêmement faible, beaucoup plus faible en tout cas que celui des fumeurs voire de d’autres comportements à risque. D’un point de vue de santé publique, ce dont le coroner est responsable, il y a bien d’autres urgences pour améliorer le bilan des morts prématurés chaque année…
Et savez-vous ce que coûte le tabagisme au système de santé puisqu’avant de décéder, les malades du tabac font souvent face à de graves problèmes de santé souvent couplés de pertes d’autonomie durant des mois, voire des années?
Vous voyez où je veux en venir: soyons cohérents s’il vous plait.
Autre point, le rapport du coroner n’indique pas les circonstances des 129 décès de cyclistes entre 2006 et 2010. Mme Lareau souligne que le tiers de ces décès sont survenus le soir. Avez-vous essayé le cyclisme sur route AVEC un casque à 21h le soir, pas de lumière sur votre vélo?
Encore une fois, soyons cohérents.
Enfin, Mme Lareau souligne que c’est aux Pays-Bas, pays cycliste s’il en est et où moins de 5% des cyclistes portent un casque, que l’on trouve le meilleur bilan routier à cet égard.
Je le répète encore, soyons cohérents. Et vous voyez où je veux en (re)venir.
La meilleure approche qui soit, si on veut améliorer le bilan routier à l’égard des cyclistes, c’est à mon sens l’éducation des gens. En particulier l’éducation des automobilistes. Les cyclistes ont certes leur tort: dans ma propre équipe cycliste, je vois très (trop) régulièrement des comportements inappropriés qui fâchent légitimement les automobilistes. Éduquons les cyclistes aux règles de la route, et éduquons les automobilistes aussi. Actuellement, très peu est fait à cet égard et ce ne sont pas les quelques panneaux « Partageons la route! » présents sur un nombre limité de routes du Québec qui vont faire une différence à cet égard. Des campagnes de publicité à la télé expliquant aux automobilistes comment dépasser de façon sécuritaire un cycliste et expliquant aux cyclistes leurs responsabilités seraient un grand pas dans la bonne direction.
Comme le souligne Mme Lareau, continuons aussi de développer nos infrastructures routières de façon à construire des routes complètes rassemblant espaces pour les automobilistes, les cyclistes, le transport en commun et les piétons. Êtes-vous déjà allé faire un tour à Genève? C’est un modèle dans le genre.
Bref, il n’y a pas selon moi davantage de justification basée sur les statistiques de mortalité (dont je suis un spécialiste dans mon emploi professionnel) pour le port du casque à vélo que pour d’autres activités à risque. Qui plus est, le risque zéro n’existe pas. Comme pour le tabagisme, le patin à roues alignées, les sports nautiques ou de glisse, il faut en appeler aux responsabilités individuelles. Ce qui ne signifie pas pour autant que la société n’a pas de responsabilités: elle doit mettre en garde des dangers, sensibiliser, elle doit surtout éduquer pour faire comprendre aux gens que nous vivons tous au sein de cette société et que dans ce contexte, il faut prendre en considération les autres. C’est dans ce contexte que l’approche de Mme Lareau et Vélo Québec me semble beaucoup mieux articulée, cohérente et porteuse d’un réel changement à long terme dans plusieurs sphères de la société, pouvant améliorer durablement le bilan des décès liés à la pratique du vélo.