Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Auteur/autrice : Laurent Page 160 of 354

Guy Thibault vous répond

Les récents articles portant sur l'Entrainement Par Intervalles Courts (EPIC) publiés sur La Flamme Rouge ont attiré votre attention. Suite à notre entrevue complémentaire avec Guy Thibault, vous avez été nombreux à laisser des commentaires et des questions.

Guy a eu l'amabilité de m'envoyer un texte en réponse à ces questions. Je le publie aujourd'hui en guise de complément d'information. 

Je tiens également à remercier Guy pour tous les récents échanges. Manifestement, cela a suscité un grand intérêt et nous sommes désormais nombreux, je pense, à avoir intégré l'EPIC à nos entrainements!

Je laisse donc la "parole" à Guy:

Alain a raison : plutôt que « Chacune des 9 séries du premier bloc », il fallait lire « chacune des 3 séries du premier bloc ». Mais je voulais bien dire « à intensité très faible entre les séries », car dans la formule d’origine que je décrivais, la récupération entre les blocs n’est pas différente de la récupération entre les séries. Toutefois, les cyclistes qui veulent allonger la séance peuvent très bien s’allouer, entre les blocs, une récupération plus longue que les 2 minutes prescrites.

Marmotte demande si une PMA de 320 watts pour un poids corporel de 75 kg est un bon résultat. C’est excellent, surtout après 4 mois sans entraînement, bien que l’élite mondiale se situe à un niveau pas mal plus élevé. Pour construire un bon plan d’entraînement, vous pourriez vous inspirer de mon dernier livre disponible en France chez Amphora (Sports d’endurance, entraînement & performance) et au Québec chez Vélo Québec Éditions, sous un autre titre (Entraînement cardio; sports d’endurance et performance). L’amélioration de la PMA dépend de votre «traînabilité»; il en est question dans mon livre.

Patrick évoque la difficulté grandissante de faire de l’EPIC après un certain âge. En réalité, il y a des cyclistes âgés qui sont pas mal plus aptes à faire de l’EPIC que des jeunes moins entraînés. Ce qui change le plus après un certain âge, c’est l’aptitude à récupérer. Âgé de 55 ans, je savoure régulièrement des séances intensives, mais je m’alloue tout le temps nécessaire pour me refaire une santé avant la prochaine séance excitante.

Louis se dit déçu que je ne fournisse aucune balise objective quant à la puissance à utiliser pour les fragments d’effort et de récupération de la séance « ultime ». Je fais exprès! Pourquoi? Parce que je crois que cette formule se prête bien à la spontanéité, qu’elle permet d’apprendre à doser son effort sans nécessairement avoir une rétroaction sur la puissance de pédalage, et surtout parce qu’il est très amusant de varier la façon de répartir l’effort d’une séance à l’autre ou même d’un bloc à l’autre. Par exemple, dans mon groupe d’entraînement, on réduit beaucoup l’intensité pendant la récupération entre les répétitions, afin de pousser un cran plus fort dans les fractions d’effort. Mais à d’autres moments, on fait le contraire, c’est-à-dire qu’on réduit moins l’intensité pendant la récupération entre les répétitions, pour s’imposer un stress qui ressemble à celui vécu dans des situations de course. Dans ce dernier cas, c’est pratiquement comme si les périodes d’effort sont de 3 minutes. On s’éloigne d’une formule d’EPIC, mais c’est intéressant en pleine saison, quand on a préalablement fait pas mal d’EPIC.

Mais si j’avais à proposer une intensité relative de pédalage pour les fractions d’effort de 40, 30 et 20 secondes de la séance d’EPIC, je dirais 90-100 %, 95-105 et 100-110 % de la PAM, respectivement, pour une séance d’un degré de difficulté élevé (sous toute réserve, car je n’ai pas fait de vérification). Mais il faut se rappeler qu’il n’est pas nécessaire de faire des séances épuisantes pour s’améliorer.

Et Sébastien demande à quelle cadence de pédalage il devrait exécuter les fractions d’effort. En réalité, les effets bénéfiques peuvent se faire sentir peu importe la cadence. Mais je recommande de faire la majorité des fractions d’effort à une cadence courante, soit environ 90 rpm pour les novices et 100 rpm pour les cyclistes chevronnés, mais de se réserver quelques répétitions à chaque séance à exécuter à une cadence aussi basse que celle qu’on utilise généralement en montée (moins de 80 rpm) et quelques autres répétitions à un cadence aussi élevée que celle qu’on utilise en peloton sur le plat en vent de dos (plus de 110 rpm), mais en s’assurant de ne pas perdre la qualité de la gestuelle.

Suivre Tirreno-Adriatico à la télé

Cette semaine, les Québécois pourront suivre toutes les étapes de Tirreno-Adriatico à la télé sur les chaines RDS et RDS2. 

Un lecteur nous en informe et on l'en remercie.

La programmation est ici

Tel qu'annoncé il y a plusieurs semaines, les animateurs sont Louis Bertrand et Dominique Perras.

On verra bien ce que ça donne!

La France, ou l’Italie ?

Les grandes Classiques du calendrier UCI World Tour se pointent: Milan SanRemo, GP E3, Gent-Wevelgem, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, l'Amstel, la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège.

Tout cela en à peine plus d'un mois, entre le 17 mars et le 22 avril !

Pour beaucoup de coureurs donc, on ne veut pas se louper: il faut arriver dans cette période au "top" de la condition physique. 

Il convient donc de bien se préparer. 

Et on peut se questionner: quelle est la meilleure préparation finale? Paris-Nice ou Tirreno-Adriatico

Paris-Nice débute dimanche prochain avec un prologue en banlieue de Paris, prologue qui emprunte la Côte des dix-sept tournants en vallée de Chevreuse. La course se conclut le dimanche suivant comme elle a débuté, avec un contre-la-montre de 10 bornes environ. Cette fois-ci, les coureurs auront à escalader le mythique col d'Eze, des années durant le final de la "Course au soleil".

Le plateau de coureurs annoncé est pas mal: Boonen, Chavanel, Leipheimer, Martin (le champion défendant), Nuyens, Anton, Sicard, Van Garderen, Hushovd, Phinney, Millar, Haussler, Roche, Moncoutié, Taaramae, Fédrigo, Coppel, Voeckler, Andy et Franck Schleck, Kloden, Cunego, Basso, Renshaw et Degenkolb. 

D'autres ont toutefois choisi une autre approche: le spectaculaire "Strade Bianche" ce week-end en Italie, suivi de Tirreno-Adriatico, la "course des deux mers". 

C'est notamment le cas de Philippe Gilbert, de Cadel Evans, de Van Avermaet, de Cancellara, de Sagan, de Nibali, de Pozzato, de Van Summeren, de Hesjedal, de Scarponi et bien d'autres encore.

Bref, chaque saison, le peloton se "coupe" en deux l'espace de quelques jours avant Milan SanRemo.

Qui a raison ?

Probablement personne. Mais les dernières années ont souvent montré que la météo est meilleure en Italie qu'en France si tôt en saison. D'ailleurs, on attend encore pas mal de pluie en France en début de semaine prochaine. 

À choisir, j'opterais probablement pour le Strade Bianche suivi de Tirreno-Adriatico en raison d'une météo souvent plus clémente, bien qu'il n'y ait aucune garantie nulle part.

Paris-Nice se terminant un bon six jours avant Milan SanRemo, il est toutefois plus facile de recharger les batteries avant La Primavera si on participe à l'épreuve française.

Quoi qu'il en soit, à voir le plateau des deux courses, la tendance est claire: beaucoup de coureurs français en France, beaucoup de coureurs italiens en Italie! Normal.

Un autre enjeu ?

L'an dernier, ASO avait publié le nom des équipes invitées sur le Tour le 20 janvier.

Cette année, l'annonce tarde et on peut penser que certaines équipes présentes sur Paris-Nice voudront se montrer, surtout Cofidis, Saur-Sojasun et Project 1t4i. Une solide performance sur Paris-Nice pourrait possiblement leur valoir une invitation sur le Tour. Cofidis a d'ailleurs annoncé la présence de Taaramae, Moncoutié et DiGregorio et c'est probablement eux qui jouent le plus gros, les résultats ayant été moyens au cours des deux ou trois dernières années.  

Le Tour de l’actualité

1 – Plusieurs réactions au texte d'hier sur la possibilité de voir les bords de route payants lors des compétitions cyclistes sur route.

Effectivement, de nombreuses compétitions, souvent en circuit comme les critériums d'après-Tour ou les Championnats du monde, sont déjà payants. 

Comme le souligne un lecteur, l'UCI doit aussi revoir ses pratiques puisqu'elle exige actuellement que les organisateurs défraient tous les coûts associés à l'organisation de l'épreuve ET à la venue des équipes. Pour les GP de Québec et Montréal où les équipes doivent traverser l'Atlantique, on imagine ces coûts très importants…

Chose certaine, l'UCI réfléchit à ces questions actuellement devant les graves problèmes de budget auxquels font face les organisateurs de plusieurs courses cyclistes espagnoles comme la Volta Ciclista a Catalunya, la Volta Ciclista al Pais Vasco et la Clasica Ciclista San Sebastian

Davantage de moyens financiers pourrait soutenir les organisateurs de courses cyclistes et contribuer au développement du sport. Selon Patrick Lefevere, le cyclisme demeure toutefois encore un "sport marginal". Mouais.

Chose certaine, tout n'est pas rose dans le monde du cyclisme professionnel en ce moment et j'ai personnellement l'impression que l'équilibre est bien précaire…

2 – Paris-Nice débute dimanche prochain. Pierre Rolland a déjà annoncé son forfait, trainant une douleur au genou. Dommage, j'aurais aimé voir ce que ça donnait pour lui après un Tour 2011 éblouissant.

3 – Europcar toujours. Thomas Voeckler ne serait pas apprécié au sein du peloton. Ce n'est pas nouveau, ça fait un moment qu'on le sait. Si une partie de sa réputation vient du fait qu'il ose attaquer, ce qui est plutôt bien, une autre partie vient de son attitude parfois gênante. Ca me fait sourire, Voeckler faisant souvent référence à l'attitude parfois peu constructive des anciens: il répète probablement – mais différemment – la même chose envers les plus jeunes!

4 – Europcar encore. L'équipe a été retenue pour Liège-Bastogne-Liège. L'occasion pour le Québécois David Veilleux de se frotter à La Redoute?

5 – En revanche, l'équipe française Cofidis n'a pas été retenue pour les deux Ardennaises que sont la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège. Je ne me surprend pas de la décision, cette équipe ayant une feuille de route à mon avis très moyenne depuis 2 ou 3 ans. Il y a certes eu les perfs de David Moncoutié sur la Vuelta. Rein Taaramae a également montré de belles promesses, mais ça demeure à ce jour des promesses. Pour le reste, la victoire de Tony Gallopin sur la Coupe de France 2011 ne me paraît pas comme un résultat susceptible de satisfaire grand monde. 

Je pense que l'équipe d'Éric Boyer se doit de réussir un grand Tour de France… si elle est retenue!

6 – Très belle victoire du jeune Arnaud Demare (FDJ) sur Le Samyn en Belgique, anciennement le Grand Prix de Fayt-le-Franc. La vidéo des 7 derniers kms est ici. Il faut remarquer le sang-froid de la FDJ dans le final. Ils ont très bien joué leur carte selon moi, brouillant notamment les pistes en choisissant d'amener Demare plutôt que Hutarovitch qui, pour l'occasion, s'est mis au service de l'autre. Bien joué!

Demare confirme en quelque sorte son excellente 4e place sur Kuurne-Bruxelles-Kuurne dimanche dernier. C'est Marc Madiot qui doit être très content!

Ceci étant, encore des coureurs français dans les 10 premiers! Ils sont pas moins de 5 cette fois: Demare (1er), Petit (3e), Ravard (4e), Feuillu (7e) et Delpech (9e). Cette nouvelle saison 2012 apporte donc déjà une forme de confirmation de la tendance 2011: revoilà les coureurs français dans le coup après des années à s'être contentés d'accessits sur les grandes courses. 

Doit-on y voir un lien avec la baisse d'un marqueur de réticulocytes telle que rapporté dans un récent rapport de l'UCI portant sur son programme anti-dopage ? En tout cas, ça présente une certaine cohérence d'ensemble!

7 – Retour sur l'affaire Offredo, qui a été suspendu pour trois manquements au système Adams de géolocalisation. Plusieurs, dont lui bien sûr, se sont indignés des contraintes imposées aux coureurs cyclistes. Je rétorque qu'ils n'ont pas fait grand chose de bon au cours des 20 dernières années pour nous donner matière à avoir confiance en leur probité. Il ne faut pas se plaindre après des contraintes imposées… et qui sont probablement un mal nécessaire pour préserver le sport cycliste d'une déconfiture complète. Les récentes affaires Ciprelli-Longo, Contador et Ullrich – pour ne nommer que celles-là – n'ont pas amélioré l'image du vélo. 

Donc il y a des règles, elles sont les mêmes pour tous, oui elles sont contraignantes mais c'est le prix à payer.  

8 – Shimano Dura-Ace 11 vitesses, c'est apparemment pour l'an prochain. Le groupe est présentement testé par les coureurs de l'équipe Sky.

Bientôt payant, le cyclisme?

La question n'est peut-être pas aussi farfelue que vous ne le croyez.

Selon Cédric Vasseur, elle serait actuellement examinée par les autorités du cyclisme.

On pourrait en effet envisager faire payer les spectateurs des courses cyclistes sur certains secteurs stratégiques, comme une arrivée en altitude (Alpe d'Huez, Luz Ardiden, Courchevel, Tre Cime de Lavaredo, Lagos de Cavadongo, etc.), certains monts (le Bosberg, La Redoute, etc.), certains secteurs pavés (la Tranchée d'Arenberg…) ou encore sur des courses se déroulant en circuit urbain. Par exemple, il serait facile pour les organisateurs des GP de Québec et Montréal de rendre l'accès aux sites de la course payant.

Pourquoi rendre certaines courses payantes ? Parce que les organisateurs de courses cyclistes font face à des hausses constantes des coûts d'organisation et qu'il leur devient de plus en plus difficile de boucler leur budget. De nombreuses courses cyclistes ont déjà disparu, et certaines ont été sauvées par les deux grands organisateurs que sont ASO et RCS Sport, fort de leur capacité financière découlant des revenus tirés sur les quelques grandes courses cyclistes du calendrier que sont le Tour des Flandres, Paris-Roubaix, les trois Ardennaises, le Giro, le Tour et la Vuelta.

Des revenus tirés de la vente de droits d'accès, comme ça se fait dans une vaste majorité d'autres sports, permettraient aux organisateurs de pouvoir compter sur une source de revenus additionnelle pour boucler leur budget de fonctionnement.

Mais voilà, une telle décision risque de se heurter à la sensibilité du public puisque le sport cycliste sur route est, depuis toujours, un sport gratuit pour les spectateurs. Comment, dans ce contexte, faire passer la pilule ?

Pour ou contre ?

Ma première réaction a été dictée par l'émotion: payant, le bord des routes ? Voyons donc ! Non !

Mais si on y pense un peu plus rationnellement, c'est peut-être une façon de sauver des courses cyclistes de la disparition pure et simple ainsi que de contribuer au développement du sport. 

L'exemple du GP des Amériques est éloquent pour mieux comprendre. De 1988 à 1992, Serge Arsenault a oeuvré à l'organisation de cette course de Coupe du Monde sur le Mont Royal à Montréal. Il a dû fermer boutique en 1993, les dépenses liées à l'organisation et à la venue des équipes étant trop élevées. La disparition d'une telle course a privé des milliers d'amateurs de cyclisme en Amérique du Nord d'une occasion de voir les coureurs pros de près. Plus encore, on peut penser que l'absence de la course a pu freiner, durant quelques années, le développement du sport cycliste au Canada.

Si l'ajout d'un droit d'entrée permettrait aux GP de Québec et de Montréal de s'inscrire dans la durée, je ne suis pas contre! À quelques conditions près: que ce tarif soit raisonnable et justifiable, qu'il soit affecté aux frais d'organisation seulement et non pour générer des profits, et qu'il soit établi dans un contexte ou le public aura ensuite accès aux états financiers de l'événement sportif, question de transparence.  

Alors, payant le cyclisme ? Pourquoi pas ? Après tout, on paie pour voir nos sports préférés à la télé ! Le cyclisme se doit de lutter à armes égales avec les autres sports pour son développement… voire pour assurer son existence.

Le salaire des pros

C'est toujours intéressant: quel est le salaire moyen d'un coureur cycliste professionnel évoluant au sein des 18 équipes ProTeam du peloton? 

Réponse en 2012: 264 000 euros. En dollars canadiens, environ 350 000$. 

Évidemment, c'est une moyenne. Tous les statisticiens, dont je suis, savent que la moyenne est très influencée par les très hauts salaires, qui "tirent" cette moyenne vers le haut. Une autre mesure statistique, le revenu médian, permet d'éviter ce problème puisqu'il sépare la population en deux groupes exactement égaux: 50% au dessus, 50% en dessous.

Il est probable que si le rapport avait présenté le revenu médian, celui-ci aurait été largement inférieur, de l'ordre de 130 ou 150 000 euros par an.

On sait par ailleurs que l'UCI impose depuis quelques années un salaire minimum pour les coureurs ProTeam: environ 30 000 euros par an. Ca baisse à 27 000 euros pour les néo-pros. Ils sont probablement nombreux à gagner moins de 100 000 euros par an.

Quoi qu'il en soit, il est certain que les salaires ont augmenté au cours des dernières années. En 2009, le salaire moyen était d'environ 190 000 euros. Considérant que le statut de coureur cycliste professionnel est éphémère et volatile, c'est une bonne nouvelle.

Ces chiffres sont tirés d'un rapport de la firme Ernst&Young à la demande de l'UCI.

On y apprend aussi que le nombre de groupes professionnels (ProTeam et Continental) est assez stable depuis 2009, étant passé de 39 à 40 en 2012. 

Le budget de ces équipes pro a cependant considérablement augmenté, passant de 235 à 341 millions d'euros entre 2009 et 2012. L'UCI s'en réjouit. Effectivement, on peut y voir le signe d'une "professionnalisation" du sport cycliste qui ressemble un peu plus maintenant aux autres grands sports professionnels que sont le football, la Formule Un, le baseball, le basket ou encore le hockey.

On peut aussi y voir l'argument inverse: il en coûte de plus en plus cher pour faire partie du cercle du ProTeam, ces 18 équipes au sommet de la hiérarchie. Prix moyen d'une équipe ProTeam ou Continentale? 8 millions d'euros… ou presque 11 millions de dollars.

Pas facile d'attirer un sponsor dans ces conditions. Ce sponsor doit plus que jamais être une grande multinationale présente sur plusieurs marchés. Un nombre grandissant de directeurs sportifs, dont Johan Bruyneel et Bjarne Riis, ont évoqué leurs difficultés croissantes à attirer de grands sponsors dans le cyclisme, revendiquant du même coup une meilleure redistribution des revenus télé, question d'assurer aux équipes un meilleur financement de base.

Quoi qu'il en soit, voilà qui donne une meilleure idée du budget dont devra disposer Steve Bauer s'il veut élever l'équipe canadienne SpiderTech au statut de ProTeam dans les prochaines années ! D'ailleurs, Bauer ne s'en cache pas et sait que son budget actuel, de l'ordre de 2,5 millions de dollars canadiens par année, devra significativement être revu à la hausse s'il veut atteindre ses objectifs de ProTeam et d'une participation au Tour. L'objectif ? Au moins 15 millions de dollars!

Boonen mouché, Cavendish exaucé!

Très intéressant week-end de Classiques en Belgique avec le Het Nieuwsblad samedi et Kuurne-Bruxelles-Kuurne dimanche.

Très belle course samedi sur le Het Nieuwsblad, avec un Tom Boonen très actif dans le final. C'est lui qui a fait le forcing à environ 60 km de l'arrivée dans le Taaienberg, non sans contribuer à la chute assez spectaculaire de Lars Boom. Je dois dire qu'à ce moment, je cherchais du regard un BMC! C'est Thor Hushovd qui a réussi à recoller par la suite, non sans un gros effort. Chose certaine, Boonen avait condamné, par son forcing, un Philippe Gilbert encore un peu court.

Du coup, je pensais que Boonen était le client du jour ; c'était sans compter sur le jeune Sep Vanmarcke, 23 ans, très impressionnant dans les 40 derniers kms. C'est lui, et non Boonen, qui plaçait une sacré mine à 39 kms de l'arrivée dans l'ascension du Molenberg. Il remettait ça à 29 kms de l'arrivée, sur le plat excusez-un-peu, pour finir le travail et se dégager définitivement avec Boonen et Flecha, deux clients. 

Le trio s'est présenté au dernier km sans être rejoint. Là encore, je croyais à une victoire facile de Boonen. Vanmarcke a fait preuve d'une maitrise remarquable, restant sagement dans la roue de Boonen pour le déborder dans les 50 derniers mètres, Boonen ayant visiblement lancé son sprint trop tôt et sur un braquet trop petit. 

Bref, pour un jeune coureur de 23 ans, j'ai été très impressionné par Vanmarcke, déjà 2e l'an dernier de Gent-Wevelgem. 

Parmi les autres enseignements du jour, retenons une équipe BMC, pourtant surpuissante sur le papier, absente du final. Ni Gilbert, ni Hushovd, ni VanAvermaet, ni Ballan n'ont trouvé l'ouverture. Cuisant. 

Il faut aussi préciser que la course s'est déroulée sans oreillette. Cela a pu contribuer à désorganiser certaines équipes habituées à être bien informées avant de "rouler" derrière des échappées. Il est cependant encore trop tôt pour dire si la suppression des oreillettes favorisera de nouveau un cyclisme d'attaque, avec des échappées partant de loin.

Le Québécois Dominique Rollin a terminé à une bonne 28e place, dans le premier groupe derrière l'échappée et ce, malgré une chute dans le peloton. C'est le genre de course qui convient à Rollin! David Veilleux a eu une journée plus difficile, étant encore un peu court. La saison ne fait que débuter! L'équipe SpiderTech a quant à elle connu une journée problématique et Guillaume Boivin a été le seul à rallier l'arrivée.

Sur Kuurne-Bruxelles-Kuurne, c'est arrivé au sprint comme c'est souvent le cas. Mark Cavendish s'est imposé presque "logiquement", bien amené par ses équipiers chez Sky dont le travail cet hiver a manifestement été bien réalisé. Hutarovitch et Van Hummel complètent le podium.

Il faut remarquer la belle 11e place du Québécois Guillaume Boivin chez SpiderTech. Enfermé dans le sprint, il n'a pu donner sa pleine mesure mais il était là pour le sprint final et c'est déjà une réussite. Martin Gilbert, Kevin Lacombe, Hugo Houle ainsi que Dominique Rollin ont aussi complété l'épreuve que David Veilleux a abandonné, victime de plusieurs incidents. 

Les enseignements du week-end

Plusieurs choses à retenir:

1 – la bonne condition de Tom Boonen. Manifestement, il faudra compter avec lui cette année encore sur le Tour des Flandres et Paris-Roubaix.

2 – l'absence des BMC. Mais ils ont encore 4 semaines devant eux pour peaufiner leur condition physique ainsi que leur synchronisme.

3 – les bons résultats de la FDJ, l'équipe de Dominique Rollin. Matthieu Ladagnous termine 8e samedi, Hutarovitch et Demare respectivement 2e et 4e dimanche, Rollin dans le coup, l'équipe de Marc Madiot me semble très bien à l'approche des grands rendez-vous du printemps !

4 – la présence de l'équipe Sky. Assurément une des grandes formations du peloton 2012. Flecha 3e samedi, Cavendish qui gagne dimanche, et Boasson Hagen qui sera là sur les Classiques plus tard. Aie. De quoi donner du fil à retordre aux BMC!

5 – un Guillaume Boivin de retour. Après une saison 2011 loupée, le jeune Québécois semble revenir à son meilleur niveau. L'équipe SpiderTech pourra vraisemblablement compter sur lui dans les prochains rendez-vous. Ce qui serait bien, c'est que Guillaume en accroche une dans les prochaines semaines, question de bien se mettre en confiance.

D'autres résultats de course

Tour de Langkawi: pour l'instant, l'Américain Zabriskie domine le classement général. Mais rien n'est encore joué! Le grimpeur de poche Jose Rujano n'est pas très loin au classement et une sérieuse menace à l'approche d'étapes difficiles.

GP de Lugano: victoire de Capecchi (Liquigas) devant Cunego et Battaglin. Maxime Bouet et Nicolas Roche respectivement 12e et 13e. 

Classica de Almeria: victoire de Michael Matthews (Rabobank). Bozic est 2e. Et encore des coureurs français dans les 10 premiers de cette classique, comme des autres!

67e Omloop Het Nieuwsblad

Après trois jours loin de toute civilisation, retour au service normal sur La Flamme Rouge.

1 – début de la saison des Classiques dans le nord de la Belgique samedi avec la présentation de la 67e édition du Omloop Het Nieuwsblad (le nom est imprononçable!) à Gand. Jusqu'en 2008, cette course était tout simplement le Het Volk.

Remportée l'an dernier par Sebastian Langeveld, la course reprend plusieurs monts du Tour des Flandres, disputé dans un gros mois. Les favoris cette année sont Tom Boonen, Andrei Griepel, Bjorn Leukemans, Stijn Devolder, Fabian Cancellara, Thor Hushovd et Juan Antonio Flecha. Edvald Boasson Hagen manquera la course, au prise avec un bon rhume.

En préambule, et à ne pas manquer, cet excellent photo-reportage de la reconnaissance effectuée hier par l'équipe Lotto-Belisol

2 – en 9 minutes, présentation du matos utilisé par une grande partie des équipes pro cette saison. Cette année, je trouve la bonneterie bien fade et mon ensemble favori est celui de la petite équipe VC La Pomme-Marseille.

Guy Thibault répond à nos questions!

La Flamme Rouge publiait récemment un texte concernant l'Entraînement par Intervalles Courts (EPIC) à la suite de la conférence prononcée au centre sportif de Gatineau par Guy Thibault, expert reconnu internationalement des techniques d'entraînement. Selon ce dernier, l'EPIC serait actuellement une des méthodes d'entraînement les plus efficaces pour maximiser rapidement la puissance aérobie maximale (PAM).

Vous avez été nombreux à me faire part de vos commentaires à la fin de la conférence d'abord, par courriel ensuite puis sur ce site via les commentaires.

Je vous propose aujourd'hui une entrevue avec Guy Thibault afin de revenir sur quelques unes de vos questions.

La Flamme Rouge: merci Guy d'accepter cette entrevue sur La Flamme Rouge!

Guy Thibaut: Ça me fait plaisir!

LFR: pourrais-tu nous clarifier quel est le protocole exact de l'entraînement EPIC "ultime" que tu préconises pour des gains de PAM maximaux? Tu parlais, lors de ta conférence, d'une séance de 45 minutes, à raison d'un premier bloc de fractions d’effort de 40 sec entrecoupées de 20 sec de récupération, puis de 30-30 et enfin de 20-40. Merci de nous préciser au passage la récupération à suivre (passive, active, ou en prise) ainsi que la durée entre les blocs.

GT: C’est en fait la centième et dernière (d’où son nom : « Ultime ») séance d’entraînement que je propose dans mon dernier livre, Entraînement cardio, sports d’endurance et performance, Vélo Québec Éditions. Elle est amusante et donne d’excellents résultats. Mais attention! D’autres formules semblables pourraient donner d’aussi bons résultats. Loin de moi l’intention d’en faire une religion! Les cyclistes ont besoin de repères pour concevoir une variété de séances, et non pas de recettes toutes faites. Quoi qu’il en soit, le schéma de cette séance ultime est 3 blocs de 3 séries de 3 répétitions, pour un total de 27 fractions d’effort. Chacune des 9 séries du premier bloc : 3 fois 40 secondes à intensité élevée avec une récupération active « incomplète » (parce que trop courte et parce que l’intensité demeure quand même assez élevée) de 20 secondes entre les répétitions, et avec 2 minutes de récupération active à intensité très faible entre les séries. Même formule dans le deuxième bloc, sauf que les 9 fractions d’effort sont de 30 secondes et la récupération « incomplète » de 30 secondes. Même chose dans le troisième bloc, sauf que les 9 fractions d’effort sont de 20 secondes et la récupération « incomplète » de 40 secondes.

LFR: tu parlais, lors de ta conférence, de cyclistes ayant obtenu des gains de PAM de l'ordre de 60 watts en quelques semaines en s'entrainant par EPIC. Certaines personnes présentes dans la salle ont trouvé que cela fait beaucoup! Est-ce réaliste de croire à des gains aussi importants chez des cyclistes déjà très entrainés et ayant déjà maximisé une bonne partie de leur potentiel?

GT: J’ai moi-même été surpris par cette importante amélioration chez mon sujet qui s’est tapé une trentaine de séances d’EPI tirées du modèle graphique de l’EPI que j’ai mis au point pour que les entraîneurs et les athlètes puissent se concocter une infinité de séances « payantes ». J’ai même pensé que mon CompuTrainer (modèle de laboratoire, donc réputé valide et fidèle) avait fait défaut. Mais plusieurs entraîneurs ont obtenu des améliorations similaires et même supérieures pendant l’entraînement hivernal d’athlètes bien motivés. On peut faire l’hypothèse que les améliorations de mon « rat de la laboratoire aux pattes rasées » auraient été moins prononcées s’il ne s’était pas rendu à épuisement à chaque séance. Voilà une belle hypothèse à vérifier!

LFR: L'EPIC n'a-t-elle pas une forte composante anaérobique? Comment peut-elle alors pleinement développer la PAM?

GT: Précisons que j’appelle EPIC des séances où les fractions d’effort sont d’au plus 20 secondes. La séance « Ultime » décrite plus haut n’est pas une véritable séance d’EPIC, bien qu’elle donne toujours de bons résultats. Quoi qu’il en soit, il est vrai que dans cette séance et dans des séances d’EPIC, on pédale à des intensités supérieures à celle correspondant à la consommation maximale d’oxygène, le fameux VO2max. Suivant la vision traditionnelle mais, je crois, désuète, de programmation de l’entraînement, des telles intensités ne seraient utiles que pour le développement de la capacité anaérobie et n’auraient pas d’utilité pour ceux et celles qui cherchent plutôt à développer leur aptitude aérobie (VO2max, puissance aérobie maximale, endurance). Mais au cours de la dernière décennie, on a vu apparaître d’intéressants rapports de recherches menées au Japon, en Scandinavie et en Ontario, indiquant que des séances comprenant des pointes d’effort de 30, 20 et même 10 sec seulement s’accompagnaient d’importantes améliorations de l’aptitude aérobie. En réalité, une partie du travail effectué pendant les brèves fractions d’effort d’une séance d’EPIC profite de la présence d’oxygène dans la cellule musculaire (liée à la myoglobine). Pendant la récupération, le système cardiovasculaire doit « rembourser » la dette d’oxygène (recharger la myoglobine), d’où une amélioration « aérobie », même si le travail musculaire est plutôt dans le registre anaérobie. Par ailleurs, d’autres recherches indiquent que seules des séances de musculation et de sprints intenses s’accompagnent d’une amélioration de l’efficacité du coup de pédale, amélioration qu’on n’obtient pas avec l’entraînement à intensité modérée.

LFR: qu'en est-il de l'effet de l'EPIC sur le système nerveux central, aussi appelé en jargon cycliste "l'influx nerveux"? Il peut s'épuiser très vite!

GT: Je ne sais pas encore très bien quelle est la signification biologique de ce qu’on appelle dans le milieu cycliste « l’influx nerveux »! Mais peu importe. La bonne façon d’exécuter une séance d’EPIC (comme toute autre séance d’EPI), c’est d’en garder sous la pédale au début et d’intensifier d’un poil l’intensité de pédalage d’une répétition à la suivante, tout en cherchant à obtenir finalement un degré général de fatigue ni trop petit, ni trop élevé. Inutile, donc, de craindre un affaissement nerveux si l’on sait bien doser ses efforts. Rappelons qu’une séance d’EPI ne doit pas nécessairement être épuisante pour donner de bons résultats. Toutes choses étant par ailleurs égales, l’EPI donne toujours de meilleurs résultats que son contraire, l’entraînement continu; toujours!

LFR: tu proposes de débuter l'entraînement par des intervalles courts puis, plus tard en saison, d'allonger les durées d'effort. Quelle est la durée maximale à ne pas dépasser lors des efforts question de travailler efficacement?

GT: Il n’y a pas de règles précises en cette matière. Mais on peut raisonnablement penser qu’en débutant la préparation physique avec des séances misant sur un très grand nombre de fractions d’effort (plus de 50) de moins de 20 secondes, on se prépare très bien pour des séances futures où l’on pourra allonger les répétitions à 30, 45, 60, puis 90 secondes. A l’approche des compétitions qui comptent, on peut passer à de l’entraînement fractionné comprenant de plus longues fractions d’effort, par exemple : 4 à 8 fois 3 à 5 km à intensité proche de celle d’un contre-la-montre de 40 km. Cela ferait une belle progression de la « quantité » (gros volume à intensité cible élevée en début de saison, d’où une amélioration anticipée de plus grande importance des déterminants physiologiques de la performance) vers la qualité (on apprend à tenir longtemps l’intensité cible).

LFR: si on travaille bien en EPIC, est-il possible d'enchainer deux jours d'entraînement par EPIC de suite?

GT: On peut même en faire deux dans la même journée (c’est ce que font de plus en plus de nageurs). Mais en général, mieux vaut se refaire une santé et bien se donner dans les séances d’EPI. On en fait donc deux ou trois par semaine.

LFR: certains cyclistes de la région de l'Outaouais sont des adeptes de la formule d'intervalles de type "Gimenez", préconisant 9 blocs de 5 minutes se découpant ainsi: 4 minutes en "prise" suivi d'une minute à intensité élevée. Frédéric Grappe parle de la formule dans son bouquin "Cyclisme et optimisation de la performance". À choisir, EPIC ou Gimenez?

GT: Pourquoi pas EPIC en début de saison, et Gimenez quand on a enfin développé ses qualités physiologiques? De toute manière, ce dont les cyclistes ont besoin, ce n’est pas d’une formule miraculeuse (ça n’existe pas!), mais de repères pour se construire une grande variété de séances d’EPI dans les bonnes fourchettes de durées de fractions d’effort, de nombre de répétitions et d’intensités. C’est justement ce pourquoi j’ai développé un modèle graphique simple de l’EPI. Mieux vaut apprendre à s’en servir et diversifier ses séances, que de répéter sans cesse une même formule, qu’elle soit celle de Gimenez, votre EPIC préférée ou la séance dite « ultime ».

LFR: quelles sont selon toi les qualités fondamentales à développer dans le sport cycliste sur route?

GT: Comme disait mon ami Paul Jurbala, ex-entraîneur national : « le cyclisme sur route est un sport anaérobie sur fond aérobie »! À développer, dans l’ordre : la consommation maximale d’oxygène et l’efficacité du coup de pédale, la capacité anaérobie, et, finalement, l’endurance. Sans compter le « sens de la course ».

LFR: on affirme souvent que de nombreux athlètes amateurs et maîtres sont surentrainés. Qu'en penses-tu?

GT: J’ai connu de nombreux cyclistes qui s’entraînaient trop, d’où une amélioration qui tarde, mais peu de cyclistes véritablement surentraînés. Le surentraînement est un problème grave, mais quand même assez rare. Chose certaine, quand on ne sait pas comment concevoir et adapter judicieusement un plan d’entraînement, on a forcément tendance à rouler plus et plus vite, ce qui peut évidemment mener à un excès de fatigue, une contreperformance, voire au surentraînement. À cela s’ajoute que les maîtres doivent souvent composer avec des sources externes de stress (boulot, famille), qui se conjuguent avec celui de l’entraînement et des compétitions cyclistes. L’idéal, c’est de satisfaire le maso en soi en se tapant de bonnes séances d’EPI ou prolongées, puis de s’allouer tout le temps nécessaire pour en récupérer avec la prochaine séance intensive. De plus en plus d’athlètes de haut niveau s’entraînent ainsi et je crois que c’est bien, à condition d’avoir la santé et la base d’entraînement nécessaires.

LFR: tu as parlé du fameux entraînement de type Tabata lors de ta conférence. À choisir, pour le cycliste sur route, Tabata ou EPIC?

GT: Bien qu’elle jouisse d’une grande popularité, surtout en musculation, la formule Tabata (8 efforts de 20 secondes, récupération de seulement 10 sec) ne me semble intéressante pour les cyclistes que pour le « fine tuning » à l’approche des compétitions importantes : elle stimule l’aptitude à relancer quand ça chauffe! Mais je ne la recommanderais pas en début de saison (les véritables séances d’EPIC me semblent bien plus appropriées), car la récupération est trop courte et, surtout, le volume total de pédalage à intensité cible beaucoup trop petit (2 min 40 s!).

LFR: Dominique Rollin, David Veilleux, et d'autres québécois au sein de l'équipe SpiderTech se frottent dorénavant aux meilleurs cyclistes sur route de la planète. Un Québécois vainqueur d'une grande classique ou d'une étape du Tour prochainement, tu y crois?

GT: Je crois que le nombre trop petit de cyclistes canadiens actifs réduit les chances que l’on développe plusieurs grands champions. Mais il me semble que les cyclistes du Québec profitent souvent  ici d’un encadrement supérieur à celui généralement offert en Europe, où l’on est en quelque sorte victime de la tradition. C’est ce que j’ai constaté au cours d’un stage de perfectionnement que j’animais à Paris au bénéfice des entraîneurs de la Fédération française de cyclisme. On compte de plus en plus d’entraîneurs nord-américains qui ne s’empêtrent pas dans les traditions et qui font des choses très bien. Par exemple, Francis Paradis, premier entraîneur de David Veilleux, a fait des trucs intéressants. Et Pierre Hutsebaut a pris le relai en ajoutant des éléments qui m’apparaissent fort pertinents. Sa grande culture cycliste ne l’empêche pas d’innover, d’exploiter brillamment des connaissances nouvelles.

LFR: plusieurs, dont Bernard Hinault, ont critiqué, ces dernières années, le manque de résultats des coureurs français sur la scène internationale. À ton avis, dans quelle mesure les coureurs français du peloton international connaissent-ils et appliquent-ils l'entraînement EPIC?

GT: C’est vraiment à géométrie variable. Quand je conseillais l’entraîneur de Crédit Agricole, il n’arrivait à convaincre que ses coureurs non-français de faire ce que je proposais, par exemple de la musculation intensive ou de l’EPIC. Heureusement, mon copain Fred Grappe (Française des Jeux) fait de l’excellent boulot et la nouvelle génération de physiologistes de l’exercice européens est partante pour innover, par exemple le Basque Inigo Mujika, le Hollandais Vincent Villerius et le français Xavier Nési, pour ne nommer que ceux-là.

LFR: Au nom des lecteurs de La Flamme Rouge et du mien, merci Guy d'avoir pris le temps de répondre à nos questions et au plaisir de garder le contact avec toi!

GT: merci à toi Laurent de m’avoir donné l’occasion de faire ce que j’aime : vulgariser des connaissances scientifiques au bénéfice des cyclistes.

10e salon du vélo de Montréal

Le 10e salon du vélo de Montréal s'ouvre aujourd'hui à la Place Bonaventure. Le salon est ouvert jusque dimanche et il faut compter 11$ par adulte pour y accéder. Des forfaits "famille", "membres FQSC", "65 ans et plus" ainsi "qu'étudiants" sont disponibles, à tarifs réduits.

Cette année, le salon comporte un nombre impressionnant d'exposants, parmi lesquels on remarquera Basso, Campagnolo, Marinoni, Cyfac, Dedacciai, Eddy Merckx, Ekoi, la FQSC, le Groupe Centrifuge, Lapierre, Louis Garneau, Time, Token et Vélo Québec.  

En gros, beaucoup de compagnies, vous permettant de découvrir beaucoup de produits et services dans le monde du cyclisme, tout cela en quelques mètres carré. Un excellent point de départ à votre saison 2012!

À ne pas manquer, l'essai du nouveau groupe électrique Campagnolo EPS au stand Marinoni ou encore les nouveaux vêtements Louis Garneau, à la fine pointe de la technologie actuelle: compression, body fit, thermorégulation, confort incroyable. Personnellement, j'aime et je ne vois que Sportful qui, à l'heure actuelle, rivalise avec le fabriquant québécois. 

Les heures d'ouverture comme les différents tarifs sont ici.

Tests anti-dopage sur les courses ACVQ: des précisions

Vous êtes nombreux à réagir au texte publié plus tôt cette semaine annonçant que l'Association des cyclistes vétérans du Québec (ACVQ) a décidé d'effectuer des contrôles anti-dopage inopinés sur quelques unes de ses courses en 2012.

Globalement, la nouvelle est bien accueillie par les coureurs et c'est une source de satisfaction. Vous êtes en effet très nombreux à être bien informés des dérives du dopage et vous êtes prêts à faire votre part pour lutter contre ce fléau. 

Il faut dire que les récents événements sur la scène du cyclisme au Québec nous ont prouvé que des coureurs maîtres se dopent aussi. C'est donc une question d'équité des chances.

Vous êtes également nombreux à manifester vos inquiétudes, légitimes d'ailleurs, quant aux risques de tester "positif" suite à la consommation de produits et suppléments alimentaires. Nous sommes en effet très nombreux – c'est mon cas – à consommer des "produits de l'effort" ou des suppléments, qu'ils soient sous forme de boissons, de gels, de poudres, ou autres.

Voici quelques éléments qu'il vous faudra désormais considérer. 

1 – vous êtes seuls responsables des produits que vous consommez. Autrement dit, la consommation de produits et suppléments est "à vos risques et périls" et vous êtes entièrement responsables de toute substance interdite qui pourrait se retrouver dans votre organisme. 

2 – le Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES) considère que la plupart des suppléments et produits de santé naturels comporte un risque inacceptable pour les athlètes et leur carrière sportive. Ce risque inacceptable découle essentiellement de l'absence de règlementation gouvernementale en matière de production de tels suppléments et produits. C'est donc le "free for all" et les fabricants peuvent écrire à peu près n'importe quoi sur les emballages. Ou pire, ne pas écrire tous les ingrédients que ces produits renferment… sans oublier que bien des compagnies ne sont pas canadiennes…

3 –  le CCES vous donne accès à certaines ressources documentaires afin de mieux connaître les risques que vous pourriez prendre en consommant certains produits et suppléments. Une foire aux questions (très utile) sur les suppléments est disponible ici. Cet autre site, canadien, vous permet d'effectuer une recherche sur les produits les plus communs et vérifier leur statut à l'égard du dopage. Enfin, le livret de classification des substances autorisées et interdites par le CCES est disponible ici. J'ajoute qu'en cas de doute, je vous invite à écrire sans hésiter au CCES (conservez votre courriel et leur réponse!). Cela peut montrer votre transparence et votre souci d'honnêteté en cas de pépin.

En terminant, je crois qu'il ne faut pas avoir peur des contrôles anti-dopage. Il faut simplement être attentif aux produits et suppléments que nous consommons afin de s'assurer, dans la mesure du possible, de leur composition. C'est aussi une question de santé! En cas de problème, il faudra pouvoir documenter quel produit ou supplément a été ingéré et quand, permettant de défendre son cas face au CCES qui, je pense, fait preuve de discernement dans une telle situation.

Marco Pantani (1970-2004)


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