Entrevue avec Louis Barbeau, DG de la FQSC (partie 1)

Directeur général de la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes (FQSC) depuis 2003, Louis Barbeau est une figure influente et connue du cyclisme québécois. Louis a accepté de répondre à mes questions en ce début d’année, lors d’une rencontre en personne, question de mettre la table pour une saison 2015 qu’on espère tous réussie, et de parler des grands chantiers en cours à notre Fédé.

La Flamme Rouge : Louis, merci d’accepter cette entrevue, et bienvenue sur La Flamme Rouge.

Louis Barbeau : Ça me fait plaisir Laurent !

LFR : En ce début de saison 2015, comment se porte le membership route de la FQSC ?

LB : Assez bien en fait ! On avait 1553 coureurs licenciés en 2014, un chiffre qu’on peut comparer, par exemple, à 2004 où on en dénombrait 1110. En fait, le total en 2014 est notre plus haut total après l’année 2012, où on en avait dénombré un peu plus, soit 1592 coureurs. Il y a donc clairement une légère hausse depuis une dizaine d’années.

Évidemment, si on décortique en fonction des catégories, il y a quelques variations, par exemple une légère hausse récemment chez les jeunes, et une certaine stabilité chez les Maîtres. La santé du secteur route est donc globalement bonne, et il est évident qu’on aimerait que le nombre de coureurs licenciés s’accroisse davantage. Mais cela repose sur beaucoup de choses, parfois indépendantes de nos actions, comme par exemple la popularité du sport, sa visibilité dans les médias, et le fait d’avoir un grand nombre d’événements télédiffusés comme les épreuves WorldTour. La présence de coureurs québécois qui s’illustrent au niveau international, notamment Hugo Houle, Dominique Rollin et Antoine Duchesne cette année, ne nuit pas non plus.

Je tiens aussi à ajouter qu’une grosse partie du membership découle du travail très important que font les clubs cyclistes pour recruter des coureurs, et à ce chapitre, certains clubs font un travail exceptionnel.

LFR : Et chez les coureurs Maîtres en particulier ?

LB : Il y a des statistiques intéressantes dans le rapport d’activité route et piste présenté lors de notre dernière assemblée générale . Ces statistiques montrent en fait une certaine stabilité chez les Maîtres au cours des 5 dernières années, soit environ 600 coureurs chaque année. Il faut dire que cette moyenne représente une hausse importante par rapport à l’effectif de coureurs observé au début des années 2000.

Il y a toutefois un faible nombre de Maîtres femmes licenciées à la FQSC, en dépit du fait que beaucoup de femmes pratiquent le cyclisme au Québec. On peut peut-être expliquer ça par le fait que la compétition répond moins aux attentes des femmes. La création de la cyclosportive L’Échappée Belle visait notamment à créer une épreuve dans laquelle les femmes se reconnaitraient davantage et qui répondrait mieux à leurs besoins, possiblement pour leur faire découvrir une passion pour le vélo et, qui sait, en encourager certaines à participer à des courses cyclistes.

LFR : Et pour ce qui est des courses sur route?

LB : Le calendrier préliminaire des courses en 2015 est actuellement disponible sur le site de la FQSC et je crois que l’offre est intéressante. Certains événements sont encore en cours d’élaboration, notamment le retour du GP Ottawa Bicycle Club dans le Parc de la Gatineau. La FQSC travaille fort avec des gens d’Ottawa via CycleFit Chicks pour ramener cette belle épreuve au calendrier.

De façon plus générale, la FQSC se mobilise aussi pour soutenir l’offre de courses cyclistes provinciales au Québec. Un exemple : la FQSC travaille sur un document qui dressera le portrait moyen du budget (revenus et dépenses) des courses sur route provinciales au Québec, ceci dans le but de mieux informer et d’outiller les gens intéressés à organiser de tels événements.

Outre le fait d’évaluer la viabilité financière des courses sur route au Québec, ce document permet en effet de décomposer les dépenses par poste budgétaire, et ainsi de permettre une meilleure planification. Car du côté des revenus, c’est assez simple, il s’agit des frais d’inscription en majeure partie, car les commandites et les subventions sont habituellement limitées. Par contre, côté dépenses, on retrouve plusieurs postes et certains des coûts qui y sont associés sont plutôt fixes (commissaires, bourses, photo-finish, etc.) D’autres coûts sont plus variables, dépendamment de la capacité des organisateurs à obtenir des services directs, par exemple une plate-forme pour le site départ-arrivée ou encore un système de sonorisation.

Pour terminer sur cette question, rappelons enfin que chaque année, des événements disparaissent, d’autres sont créés. Récemment, on a perdu le Tour de Québec, les courses à Saint-Jovite et à Ottawa ou encore les Championnats québécois à Rivière-du-Loup. Il y a eu, par ailleurs et à peu près au même moment, la création des GP de Saint-Calixe, de Saint-Alphonse de Rodriguez, qui ont compensé un peu.

LFR : On connait tous la décision annoncée par la SQ de facturer leurs services lors d’événements sportifs. Dans quelle mesure cette décision pourrait-elle affecter les organisateurs de courses cyclistes, et quel rôle la FQSC peut-elle jouer pour aider dans ce dossier?

LB : Il y a un danger pour un certain nombre d’événements, il ne faut pas le nier. Suite à cette annonce, je peux te dire que la FQSC a rencontré la Sureté du Québec, et cet organisme fait face à la même réalité qu’ailleurs, c’est-à-dire des ressources financières plus limitées. Comme la marge de manœuvre était déjà réduite, la SQ n’a d’autres choix actuellement que de se recentrer sur ses mandats premiers, notamment celui d’assurer la sécurité routière. L’encadrement d’événements sportifs sur le réseau routier ne fait pas partie de sa mission première, donc on peut comprendre leur décision. Par contre, je peux aussi te dire que la Sureté du Québec ne souhaite pas voir l’arrêt de ces événements!

Rappelons aussi que nous avons été choyés au Québec, comparativement à ailleurs au Canada, puisque dans les autres provinces, la facturation des services policiers existe depuis longtemps dans plusieurs cas.

À cela, il convient d’ajouter que tous les événements n’ont pas besoin des mêmes effectifs policiers, ces derniers étant souvent plus nombreux sur les courses internationales que sur les courses provinciales. Donc l’impact de cette décision ne sera pas toujours le même d’un événement à un autre.

À partir de là, il y a des choses qui peuvent être faites pour limiter l’impact de cette décision.

Prenons le choix du parcours, qui est fondamental dans ce dossier: l’emprunt d’axes routiers passants peut être problématique, car il nécessite forcément une présence policière plus importante. Il faut donc en être conscient lors du choix du parcours.

On essaie aussi de voir comment les organisateurs d’événements peuvent assurer un encadrement de qualité des courses, notamment en misant sur une présence accrue de motos de sécurité (groupe EMC par exemple). Ces gens ont une formation spécialisée et leur présence va probablement aller de manière croissante, car ils peuvent suppléer, dans une certaine mesure au travail des policiers, dont le mandat premier n’est pas l’encadrement d’événements.

Je souhaiterais ajouter qu’à la suite de nos discussions, la SQ est en recherche de solutions pour l’impact d’une facturation pour leurs services lors d’événements, et pour ne pas pénaliser les organisations qui sont plus éloignées géographiquement.

Une fois tous ces ajustements possibles, il faudra voir si la FQSC devra assurer davantage les coûts de la sécurité en course. Si tel est le cas, on ne peut exclure un effet possible sur le prix d’inscription aux courses, par exemple un 5$ de plus pour couvrir ces frais. Mais ça reste à voir. Pour le moment nous privilégions, comme tu peux le constater, d’autres ajustements comme de réduire nos besoins en effectifs policiers, sans évidemment négliger la sécurité en course. Dans ce dossier, il faut que tout le monde travaille ensemble pour trouver des solutions.

LFR : La FQSC a introduit une réforme des catégories Maîtres en 2014, parfois contestée. Je crois qu’un certain nombre de changements/ajustements seront mis de l’avant en 2015. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet?

LB : Rappelons d’abord que la réforme a été introduite à la demande de l’Association des Cyclistes Vétérans du Québec (ACVQ) et son président d’alors, Stephane LeBeau. Le but de cette réforme était de tenir davantage compte des habiletés et du niveau des coureurs, plutôt que de leur âge seulement. Il faut voir qu’au sein des catégories aîtres, on a des fourchettes de 10 ans, donc assez larges pour divers niveaux d’habiletés.

Au départ, je n’étais pas forcément très chaud à l’idée, mais suite à de longues discussions eues dans le cadre de la Commission d’orientation de 2013, nous avons décidé d’aller de l’avant avec les propositions de l’ACVQ. Nous savions que c’était un essai et que nous aurions probablement à faire des ajustements. Il fallait essayer la formule pour pouvoir ensuite apporter des améliorations.

Au terme de la dernière saison, nous avons réalisé un sondage détaillé auprès des coureurs Maîtres pour mesurer leur niveau d’appréciation de la nouvelle formule. Environ 150 coureurs ont répondu à ce sondage, soit tout près de 30% de l’ensemble des membres. Les résultats ont été colligés par Pierre-Étienne Grégoire, qui a fait un travail remarquable pour dégager les grandes conclusions. Parmi celles-ci, la majorité nous a dit être favorable à la réforme, et 75% d’entre eux nous ont aussi dit qu’ils étaient opposés à un retour en arrière.

Quelques éléments ont toutefois été moins appréciés par les membres, et c’est sur ces éléments qu’on a procédé à des ajustements. Je t’en propose quatre (on retrouve ici les règlements complets en vigueur en 2015 chez les Maitres).

Premièrement, pour 2015, la catégorie Maîtres 4 sera réservée exclusivement aux coureurs de 60 ans et plus, puisque nous supprimons le sous-classement de deux catégories (ex : cycliste de 40-49 ans ne pourra plus courir M4), et que le sous-classement ne sera désormais autorisé que si ce faisant, un coureur se retrouve dans un autre départ de course. Or comme les Maîtres 3 et les Maîtres 4 courent ensemble (avec classements distincts), un coureur de 50-59 ans ne pourra pas demander un sous-classement dans la catégorie M4. La prémisse derrière le sous-classement est de permettre à un cycliste de se retrouver dans un peloton où il pourra suivre et non de lui permettre d’obtenir un meilleur résultat au terme de la course. Avec l’abolition du sous-classement de deux catégories, cela signifie également qu’on ne verra pas de maîtres A (30-39 ans) dans le peloton des Maîtres 3.

Deuxièmement, ce sera la même chose chez les femmes, le peloton des coureuses Maîtres 1 et 2 sera strictement composé de coureuses du groupe d’âge correspondant.

Troisièmement, le système de surclassement de catégorie ne sera plus possible en cours de saison. Ça s’appliquera désormais seulement avant le début de la saison. Donc, si un coureur cumule suffisamment de points en cours de saison pour passer de la catégorie Maîtres 3 à Maîtres 2, ce surclassement sera effectif qu’en fin de saison.

De même, on a prévu des règles pour le maintien, ou non, de ce surclassement d’une année à l’autre, en fonction des résultats de la saison. Ce système de surclassement a été critiqué, mais il faut voir que deux coureurs surclassés sur trois ont eux-mêmes demandé ce surclassement. De plus, ces coureurs surclassés ont également très bien fait dans leur nouvelle catégorie, en principe plus forte, prouvant qu’il était en quelque sorte justifié de les surclasser ainsi.

Quatrièmement, on crée en 2015 une catégorie Maîtres 5, soit une catégorie d’introduction à la course sur route pour les cyclistes de 30 à 49 ans qui n’ont aucune expérience de course, toutes disciplines confondues. Ces personnes peuvent toujours s’inscrire directement en Maîtres 1 ou 2, mais ils auront maintenant la possibilité de s’introduire à la course au sein d’un peloton peut-être plus approprié pour eux, afin de voir s’ils aiment la compétition à vélo.

Ces Maîtres 5 courront avec les Maîtres 3 et 4, auront un classement distinct, mais pas de classement général en fin de saison, ni de bourse. Ce statut Maitre 5 ne pourra être maintenu que sur une seule année et le coût de la licence sera moindre, puisque ces coureurs ne seront pas membres de l’ACVQ.

Tous ces ajustements ont été présentés à l’automne dernier à l’assemblée générale de l’ACVQ et dans la cadre de la commission d’orientation de la FQSC, et les commentaires ont été favorables puisqu’ils se concentrent sur deux irritants manifestes de la réforme introduite en 2014, soit les enjeux du sous-classement de deux catégories et du surclassement.

Fin de la première partie de l’entrevue. Retrouvez la deuxième partie sur La Flamme Rouge plus tard cette semaine!

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