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Comprendre la saison 2011 avec Frédéric Portoleau

Cette saison plus que les autres, plusieurs performances n'ont pas manqué de me surprendre.

On a premièrement vu des coureurs français briller sur les plus difficiles courses du calendrier, une situation qu'on ne voyait plus ces dernières années: Chavanel sur les Classiques printanières (2e du Ronde), John Gadret et Hubert Dupont au Giro, Thomas Voecker, Pierre Rolland, Jérémy Roy voire Arnold Jeannesson sur le Tour, etc. De plus, les grands tours voire certaines courses d'un jour ont été truffés, cette année, de performances inattendues comme celles de Cobo ou de Froome sur la récente Vuelta. Enfin, les analyses de puissance publiées à ce jour ont eu tendance à montrer que les puissances moyennes sur les grands cols du Tour étaient moindres que dans les années passées.

Bref, j'y ai parfois perdu mon latin, pardon mon cyclisme.

Pour nous aider à y voir plus clair, voici le premier d'une série d'opinions recueillies auprès de personnes particulièrement bien informées et susceptibles de nous permettre de mieux comprendre ce qui se passe dans le cyclisme actuel.

Frédéric Portoleau est ingénieur en logiciel embarqué pour l'aéronautique avec une formation initiale en physique et traitement du signal. Il est aussi passioné par les sciences du sport et l'analyse des performance en cyclisme depuis 20 ans. Enfin, il a pratiqué à titre de compétiteur en cyclisme à un niveau régional pendant trois ans puis cyclosportif.

"Tout d'abord, je ne me considère pas comme un expert du cyclisme ! Ce que je réalise est à la portée d'un grand nombre de personnes.

Cadel Evans et le Tour

Comme le point d'orgue d'une saison cycliste est le Tour de France, commençons par Cadel Evans. Selon notre indice de performance en puissance étalon 78 kg avec vélo, Evans n'a pas dépassé les 410 watts de moyenne sur les derniers cols des étapes de montagne du Tour. L'Australien apparait très régulier sur le Tour de France depuis 2005. On n'observe pas chez lui de grosses variations entre les saisons. De plus, il a réalisé un très bon début d'année 2011 en montant progressivement son niveau. Il n'a pas eu de pic de forme très marqué au mois de juillet, comme par exemple Lance Armstrong lors de ses années victorieuses au Tour de France.

D'autre part, la course s'est emballée loin de l'arrivée lors des deux grandes étapes alpestres. Les coureurs ont abordé le Galibier et l'Alpe d'Huez avec une certaine fatigue. Néanmoins, Evans apparait comme un vainqueur du Tour un peu plus crédible pour ses performances dans les longs cols que ses prédécesseurs. Sur le Tour de France, aucun coureur n'a dépassé en moyenne cette limite de 410 watts. Cependant, un certain nombre de prétendants au podium en grande condition avant le Tour, au Dauphiné en particulier, ont chuté en première semaine (Van den Broeck, Wiggins, Vinokourov, etc…).

La perf en 2011

L'échappée d'Andy Schleck lors de l'étape de l'Izoard me semble être une des grandes performances athlétique de l'année 2011. Montée de l'Izoard très rapide, vent de face sur le Lautaret et il n'a réellement faibli que dans le dernier kilomètre de la montée du Galibier.

Contador

S'il n'avait pas participé au Giro et sans ses deux chutes en début de Tour de France, je pense que Contador aurait facilement remporté la grande boucle. En effet, il a été impressionnant de facilité au Tour d'Italie. Sur le Giro, il a été à 420 watts de moyenne sans réelle opposition. Il s'échappait quand il le souhaitait et a distribué les victoires d'étapes à ses "amis" ! Je pense qu'il aurait pu remporter les étapes du Grossglockner, du Zoncolan et de Macugnaga pour porter son total de victoires d'étapes à cinq. Un leader court en fonction de ses adversaires et avec des concurrents plus coriaces, il aurait probablement eu besoin de développer encore plus de watts ! Sur le Tour, on a retrouvé du très bon Contador par intermittence au col de Manse (étape de Gap) et au Télégraphe après avoir battu un nouveau record de la montée.

La Vuelta

Dernièrement au Tour d'Espagne, nous avons eu deux coureurs qui ont été au dessus du lot, le revenant Cobo et Froome. Ces deux coureurs ont été particulièrement impressionnants sur la courte montée de Pena Cabarga avec 470 watts en puissance étalon pendant un effort de 17 minutes. La veille, Cobo avait développé 430 watts pendant la dernière demi-heure de l'Angliru. Il faut se souvenir qu'il avait développé 440 watts pendant 37 minutes à Hautacam en 2008. Donc son niveau 2011 n'est pas si éloigné de ce qu'il faisait en 2008 avec l'équipe Saunier Duval.

Les coureurs français

Si on regarde les trois grands tours, je pense que la baisse la plus marquée en 2011 est au Tour de France. Que penser des Français ? Le plus étonnant a été pour moi la résistance de Voeckler en jaune jusqu'à l'Alpe d'Huez. Son échappée dans le massif central correspondait à son registre habituel de baroudeur mais il n'avait jamais montré dans les Alpes et les Pyrénées de telles capacités de grimpeur (en watts) et de récupération. De plus, il aurait pu terminer sur le podium s'il n'avait pas cédé à la panique (ou son directeur sportif) lorsque Contador et Schleck ont attaqué dans le Télégraphe. En gérant mieux son étape, il n'aurait pas perdu autant de temps sur la montée de l'Alpe d'Huez.

Gadret aussi a été très bon au Giro mais mis à part Contador, le niveau n'était pas aussi fort que ces dernières années. Et puis Gadret est connu depuis longtemps pour ses qualités de grimpeur.

En conclusion

Enfin, pour terminer ce rapide tour d'horizon 2011, j'ai observé des performances de haut niveau en 2011 lors des montées courtes, comme celle de Philippe Gilbert à la Flèche Wallonne ou de Joaquim Rodriguez sur le Tour d'Espagne. Cela me fait dire que les performances sur les efforts courts de quelques minutes, de "puncher" qui demandent un mélange de capacité aérobie et anaérobie restent encore de très haut niveau en 2011."

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Le Tour de l’actualité

  1. Cyclick

    Bref, ils sont dopés ou non ces coureurs?

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  2. thierry mtl

    La vuelta était donc la course la plus dopé de l’année… pour certains coureurs, du moins.

    Au Tour de France, les coureurs semble plus prudent. La présence de l’AMA et de l’AFLD en est probablement la cause, en plus de l’exemple Contador 2010. En ce sens, même si la présence de plastique dans son sang ne pouvait être sujet de porusuite, le fait d’avoir nommé cette détection a pu modifié certaines pratiques, tous comme la détectiond e trace infime de clanbuterol. C’est l’effet dissusif et préventif.

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  3. alain39

    La conclusion semblerait privilégier une évolution du dopage qui serait plus crucial sur les efforts courts.
    A bien y réfléchir ce n’est pas si étonnant que cela avec le contrôle longitudinal.
    Les coureurs ont peut être du se résoudre à prendre d’autres produits qui semblent ne pas avoir les mêmes effets que les dopants utilisés par le passé.
    De là à dire que le précurseur est Gilbert il y a bien une tentation à le penser.
    Car en fait c’est bien là que réside la supériorité écrasante de Gilbert depuis près de 2 saisons.
    Confirmation que la vuelta est devenue de par ses vainqueurs et son parcours une course de second rang.
    Les dopés y font leur choux gras. Un sanctuaire de la dope.
    Déçu par l’analyse sur Contador qui est plutôt la preuve que ce dernier n’arrive plus à courir comme par le passé et je pense que l’évolution du dopage n’est pas étrangère à ce changement.
    Déjà l’an passé sa domination avait été bien contestée et cette année il finit 5eme. Certes quelques faits de course sont venus contrarier sa progression mais rien qui n’explique une telle baisse de rendement. Il se comportait non pas comme un coureur diminué et en souffrance mais au contraire avait opté pour une tactique de harcèlement et multipliait les attaques. D’ailleurs il est bon de voir que ses attaques ne s’inscrivaient pas dans la durée comme en atteste sa montée de l’alpe d’huez.
    Il a conservé cette faculté d’accélération mais ne peut maintenir son effort sur de longues distances.
    Et puis quelle baisse de rendement en montant l’alpe d’huez à la vitesse de feu Fignon.
    Cela rejoint ce que j’ai toujours pensé sur Contador à savoir qu’il a toujours démontré de grandes capacités d’accélération en pédalant en souplesse. Comme le faisaient les Millar, Breu, Caritoux.
    Ceci étant depuis 2007 s’était ajoutée cette capacité à tenir des rythmes effrénés pendant de longues minutes contrairement à ce que ce type de coureurs nous avaient habitués. Une métamorphose à la Armstrong qui enchainait des séances de moulinette sur 40 mn.
    Sur l’alpe d’huez il mouline mais n’avance pas plus vite que les autres.
    Pire il se fait rattraper et son écart sur les Schleck et autres est de 30 secondes.
    D’ailleurs un Rolland montait plus grand tout comme un Schleck qui sur son exploit du Galibier nous a ramené des années en arrière avec un coup de pédale plus en force.
    La moulinette a pris un coup et ce changement s’est même vu sur les chronos avec un Spartacus qui ne gagne plus.
    Et oui il ne peut plus maintenir de longs efforts comme en 2010. Toujours tranchant, toujours aussi puissant mais pas dans la durée.
    Ses prestations dans les classiques sont très révélatrices car il était très certainement le plus fort mais ne pouvait plus partir seul pour de longs raides.
    Sur le ronde un Chavanel le suit quand bien même il peut se permettre d’attaquer plusieurs fois sans pour autant emporter la décision.
    Cette perte d’endurance est-elle due au nouveau dopage ou à la perte de sa bonne fée.
    Peut-on considérer que si ces coureurs n’arrivent plus à dominer que leurs résultats du passé auraient alors pour raison d’être l’utilisation d’un dopage qui leur convenait mieux ou qu’eux seuls avaient encore accès?
    Un contador serait donc redevenu un super grimpeur complet mais pas un super champion imbattable.
    Il serait donc de la classe des Delgado et Van Impe mais pas des Hinault, Merckx, Anquetil et autres coureurs surpuissants et très endurants. Son physique a toujours milité en ce sens.
    Je n’ai pas de réponse mais à mon sens la question reste posée.

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