Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Auteur/autrice : Laurent Page 35 of 354

404 kms, 5000m de dénivelé, à 34 de moyenne! (solo)

La saison 2020 de cyclisme a été bien étrange: privés de courses ou d’événements, plusieurs d’entre nous nous sommes tournés vers d’autres objectifs, souvent extrêmes.

Par exemple, la mode du « everesting » n’a jamais été aussi présente que cette saison. Encore le week-end dernier du côté de Québec!

Plusieurs d’entre vous vous êtes battus contre vous-mêmes, simplement pour réaliser le truc.

D’autres s’attaquaient à un chrono, un temps à battre. Plus difficile.

C’est le cas d’Adam Roberge, récent champion du Québec dans le chrono, et qui vient de battre le record du Défi Bonneville 404.

404 kms à parcourir, 5 000m de dénivelé, réalisés à un peu plus de 34 de moyenne solo, excusez un peu.

Watts moyens sur toute la durée, 271 watts! Aie.

Adam a réalisé ce défi sur son vélo de chrono, près de 12h de selle dans cette position. Faut le faire.

Le récit de son défi est ici.

Demain, présentation du Giro.

Et après-demain, de la Doyenne, qui se disputera ce dimanche, sous la flotte. Défaillances garanties!

Hirschi, façon Alaphilippe

Celui qui accélère le premier dans le Mur de Huy, en vue de la ligne, est rarement le vainqueur.

Voyez l’an dernier avec Jakob Fuglsang.

Encore une fois, cette histoire s’est répétée hier dans le Mur, cette fois au détriment du Canadien Mike Woods, excellent 3e sur la ligne et ça fait plaisir. Mike a su rebondir de son demi-échec dimanche dernier lors des Mondiaux.

Mais il a fait l’effort trop tôt, un classique sur cette course.

Richie Porte aussi. Faut croire que le Mur de Huy n’est pas Willunga Hill!

Et sans surprise, c’est Hirschi, aux qualités décidément proches de celles de Julian Alaphilippe, qui s’est imposé, ayant attendu un peu plus longtemps que Woods avant d’accélérer. Il a su faire preuve d’un excellent sang-froid dans les derniers mètres de la course.

À 22 ans, il s’agit évidemment de la plus belle victoire de la jeune carrière de Marc Hirschi, protégé de Fabian Cancellara. Il s’impose surtout comme le nouveau Alaphilippe, étant proche du coureur français tant morphologiquement que par ses qualités sur le vélo. Et il semble plus puissant qu’Alaphilippe au niveau du punch que le Français au même âge!

Belle place de Benoit Cosnefroy par ailleurs, qui termine 2e en « sautant » Woods sur la ligne. Deux autres Français terminent dans le top-12, soit Barguil 4e et Madouas 11e.

Soulignons également la 20e place du Québécois Hugo Houle, remarquable à ce niveau sur une course qui ne convient pas forcément à ses dispositions physiques. Hugo est manifestement en grande forme actuellement, et peut envisager la course de dimanche prochain avec confiance.

Sinon, un scénario classique, et on pourra simplement retenir le sacré numéro d’un autre jeune (décidément…), Mauri Vansevenant, qui a été le dernier coureur de l’échappée matinale à rendre les armes, après une grosse résistance dans les derniers kilomètres de la course. Ce Vansevenant, je pense qu’on en reparlera dans l’avenir, une autre pépite chez Deceuninck-Quick Step, une équipe qui cumule les jeunes prodiges, et c’en est presque surprenant. Et rappelons que l’équipe belge est sur les rangs pour signer Cian Uijtdebroeks, annoncé meilleur que Remco Evenepoel, mais qui sera encore junior l’an prochain. Cian a toutefois été percuté par une voiture mardi, alors qu’il était à l’entrainement.

Le clash Hirschi-Alaphilippe-Woods sera bien évidemment très intéressant dimanche prochain sur Liège-Bastogne-Liège. Entre Hirschi et Alaphilippe, ce sera probablement une question de fraicheur physique, la Doyenne étant longue et usante. Pour Woods, une occasion de faire mieux que sa 2e place acquise en 2018.

Et puis il y aura les autres comme Kwiatkowski, Barguil, Uran, Cosnefroy, Dumoulin, etc., de quoi faire de cette Doyenne une épreuve assez ouverte merci. Jakob Fuglsang sera probablement au départ pour assurer sa propre succession.

84e Flèche Wallonne: Hirschi, pour rejoindre Alaphilippe?

On dispute aujourd’hui la 84e édition de la Flèche Wallonne en Belgique.

Une belle classique, qui se résume toutefois trop souvent à une course de cote dans la dernière ascension de son juge de paix, le fameux Mur de Huy. Soit 1 400m de long, 9% de moyenne, avec des passages à 24% dans certains virages.

Le départ aura lieu dans la banlieue de Liège, pour une arrivée 202 kms plus loin. Le circuit final comportant le Mur du Huy est à parcourir trois fois, et comporte deux autres bosses, ce qui sera assez casse-pattes merci. Comme d’hab quoi!

Les favoris

Plusieurs déceptions pour cette Flèche Wallonne: le nouveau champion du monde Julian Alaphilippe, double vainqueur de l’épreuve, a déclaré forfait, préférant s’accorder un peu plus de repos en prévision de Liège-Bastogne-Liège dimanche prochain, une course qu’il n’a jamais gagné. Comment lui reprocher?

Absent également, et c’est pour moi une surprise, Alejandro Valverde, recordman de victoires sur l’épreuve avec cinq succès. En l’absence d’Alaphilippe, Valverde avait une réelle chance je pense, fort de sa récente 8e place aux Mondiaux. Dommage!

Pas de Jakob Fuglsang ni de Primoz Roglic non plus, ni même de Sepp Kuss.

Du coup, les favoris sont sans l’ombre d’un doute Tadej Pogacar, Marc Hirschi, Daniel Martinez, Tim Wellens, Richie Porte, Benoit Cosnefroy, Mikel Landa, Michal Kwiatkowski et… Michael Woods, s’il prend le départ (certains sites l’annoncent forfait).

Je pense que Marc Hirschi, en particulier, sera le gros client de cette Flèche Wallonne, fort de son punch et de sa condition actuelle. Il a son équipe SunWeb à son service, et présente un beau tempérament d’attaquant. S’il parvient pour la gagne au pied du Mur, il sera difficile à battre je pense… s’il ne démarre pas trop tôt (inexpérience du Mur!).

S’il s’imposait, Hirschi pourrait se poser comme le prochain grand coureur puncheur du peloton, un peu comme l’a fait Alaphilippe il y a quelques années face à Valverde.

Tadej Pogacar est évidemment un autre gros client évident pour l’épreuve, compte tenu de ses aptitudes de grimpeur.

Les autres sont des outsiders très sérieux, et devraient jouer la gagne eux-aussi. Après, c’est les jambes qui parlent dans une telle rampe!

La liste des partants est ici. Trois Canadiens au départ en principe, soit Mike Woods (EF), Hugo Houle (Astana) et James Piccoli (Israel Start-Up Nation).

Ca devrait être un beau spectacle!

Cyclisme pro: la Covid-19 fait mal aux jambes!

On apprenait hier qu’un autre sponsor World Tour, NTT, une compagnie japonaise de télécommunications, mettait fin à son sponsorship en World Tour à la fin de l’année.

Rappelons que NTT, c’est l’équipe d’Edvald Boasson-Hagen, Victor Campenaerts, Louis Meintjes, Roman Kreuziger, Giacomo Nizzolo ou encore Michael Valgren.

Autrement dit, un gros budget. Bonneterie assurée par Assos.

Alors que la pandémie de Covid-19 reprend de plus belle partout en Europe et en Amérique du Nord,  l’avenir de plusieurs équipes World Tour est incertain. La Covid-19 fait mal, très mal au peloton World Tour.

Déjà, on sait que l’équipe CCC, c’est terminé en fin d’année. Jim Ochowicz, le manager général américain, est en recherche active d’un repreneur.

D’autres équipes ont dû couper drastiquement les salaires versés aux coureurs. C’est le cas notamment des équipes Astana, Lotto-Soudal, Education First, Bahrain-McLaren ou Mitchelton-Scott. Les coupures ont atteint, dans certains cas, 30% voire 50% du salaire des coureurs. Très significatif.

Bref, c’est un peu la merde. Et encore, la situation des coureurs WorldTour n’est pas la pire: celle des coureurs U23 et des coureurs « premières caté » qui visent à passer pro est bien pire encore.

Les transferts vont toutefois bon train dans certains cas. Rappelons les principaux:

Chris Froome chez Israel Start-Up Nation.

Greg Van Avermaet chez AG2R-La Mondiale.

Bob Jungels chez AG2R-La Mondiale.

Miguel Angel Lopez chez Bora-Hansgrohe.

Michael Woods chez Israel Start-Up Nation.

Daryl Impey chez Israel Start-Up Nation.

Daniel Martinez chez Ineos.

Adam Yates chez Ineos.

Laurens de Plus chez Ineos.

Richie Porte chez Ineos.

Mateo Trentin chez UAE Team Emirates.

Romain Bardet chez SunWeb.

Pierre Latour chez Total Direct Énergie.

Et au Canada, zéro équipe, zéro courses ou presque. Cyclisme Canada a diffusé hier un communiqué de presse annonçant son calendrier national 2021. On aborde le cyclisme sur route après avoir présenté la situation pour le vélo de montagne, le BMX et les GranFondo (je n’invente rien!!), c’est dire si le cyclisme sur route n’est pas la priorité en ce moment.

Et pour seules annonces, le chrono de Gatineau, la Beauce, l’Abitibi et les deux épreuves World Tour à Québec et Montréal, that’s it.

Y’a de quoi être inquiet pour l’avenir du cyclisme tant international que national, surtout au Canada.

Alaphilippe, molta grinta!

Ha mes amis(es), quel moment de sport hier!!! Parmi les plus beaux dix derniers kilomètres qu’il m’ait été permis de voir depuis des années. Sur le bout de ma chaise pendant les 15 dernières minutes de la course!

Car là réside le réel exploit de Julian Alaphilippe, le nouveau champion du monde: il fallait tenir!

Ben il a tenu. Et Marion, sur France Télévision, s’est tue…

Comme nous tous, grand moment d’émotion en voyant Julian franchir la ligne en vainqueur!

On savait qu’il allait attaquer dans la Gallisterna, il l’avait annoncé comme il l’avait aussi annoncé sur certaines bosses durant des étapes du récent Tour. Mais Alaphilippe cette saison n’avait pas toujours tenu par la suite.

C’est ce qui est en fait le plus dur en cyclisme: il ne s’agit pas juste de « sortir », d’attaquer; après, il faut tenir la distance. Quand vous êtes à bloc par la violence de l’effort pour sortir, quand vous êtes seul, c’est loin d’être évident.

C’est ce qui m’a impressionné le plus hier pour Julian: il a tenu. 10 km, c’est long quand tu n’as que 10, 12 voire 15 secondes d’avance maxi. La détermination était visible sur son visage, la souffrance aussi. Il s’est arraché dans toutes les relances avant d’entamer la dernière descente. N’a jamais coupé son effort. Il savait, comme Jalabert le disait à la télé, que s’il atteignait la flamme rouge avec 10 secondes, c’était gagné.

Vraiment, une magnifique victoire solo, mais aussi la victoire de toute l’équipe de France qui a exécuté le plan de match à la perfection. Les Français ont appuyé quant il le fallait, ont laissé faire quant il le fallait, et on su placer Alaphilippe sur chaque phase critique de course. Quentin Pacher, Nans Peters, Rudy Molard et Guillaume Martin en particulier ont accompli un boulot exceptionnel, et le sélectionneur national Thomas Voeckler, très proche des coureurs, a su bien souder le groupe autour d’Alaphilippe, ce qui n’est facile. Demandez aux italiens, l’unité nationale leur a souvent manqué!

Un sans faute pour l’équipe de France. Ça fait vraiment plaisir, 23 ans après « la Broche ».

Wout Van Aert

Dans les deux derniers tours, le belge faisait peur tellement il avait l’air facile partout. L’équipe de Belgique couvrait tous les coups, c’était à se demander comment on allait pouvoir s’en défaire. Il n’y avait probablement qu’un puncheur comme Alaphilippe à quelques mètres du sommet de la bosse la plus difficile pour pousser le belge dans les cordes. Et rappelons que Julian avait déjà décroché Van Aert de la même manière, c’était sur le haut du Poggio il y a quelques semaines.

Une fois en chasse, Van Aert a certes passé des relais appuyés, mais les autres comme Hirschi ou Kwiatkowski s’en méfiaient de toute évidence. Et ils ne sont jamais revenus.

Van Aert était rentré sur Alaphilippe dans la descente du Poggio, non sans que le Français lève un peu le pied, mais pas cette fois!

Le belge termine ces Mondiaux avec deux 2e places, sur le chrono et la course sur route. Un peu plus et il était double champion du monde comme… la néerlandaise Anna Van Der Breggen, qui a remporté les deux courses féminines. Ouf!

Ceci étant dit, Van Aert était très déçu de sa 2e place hier.

Michael Woods

12e hier, le Canadien a assuré en faisant une belle place, mais je pense qu’il a manqué de rythme dans la dernière ascension, une bosse qui, pourtant, correspondait bien à ses qualités: les quatre premiers sortent du Tour. À ce niveau, 1 ou 2% de moins ca ne pardonne pas.

Woods a déclaré à Simon Drouin de La Presse avoir manqué de concentration au pied de la dernière ascension:

« J’ai manqué de concentration dans les deux ou trois minutes avant la dernière montée. À cause de ça, j’étais trop loin quand il a attaqué. Je termine donc dans le deuxième groupe. Ce n’était pas le but. Je suis un peu déçu. Je pense que j’aurais pu faire mieux. »

À ce niveau de professionnalisme, dans l’un des grands rendez-vous de la saison, et quand ta seule job est de gagner des courses de vélo, c’est décevant, surtout que tout le monde savait que ca se jouerait à cet instant précis.

Mike était lui-aussi déçu à l’arrivée, espérons que la leçon sera apprise.

Tadej Pogacar

Je n’ai pas trop bien compris pourquoi Pogacar, voyant qu’il était seul en haut de la Gallisterna dans l’avant-dernier tour, a insisté solo: les belges étaient bien organisés, le peloton encore assez gros, c’était assez évident que c’était peine perdue pour un seul homme sur un tel circuit.

Il me semble que Pogacar aurait eu avantage à couper son effort (il était devant que de quelques secondes), récupérer dans les roues puis tenter d’accompagner dans la Gallisterna du dernier tour?

Avec deux Slovènes dans le groupe de chasse derrière Alaphilippe, ça changeait tout.

Marco Pantani

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la route dans la dernière ascension du circuit était couverte du nom de Marco Pantani. Il est vrai que l’épreuve se déroulait en Émilie-Romagne, pas très loin de Cesena, ville natale de Marco. Sa mémoire est bien vivante au coeur des Italiens!

Les Ardennaises

La suite c’est sans transition ce mercredi avec la Flèche Wallonne puis le week-end prochain avec Liège-Bastogne-Liège, deux très belles courses ou Alaphilippe sera encore un grand favori, cette fois-ci avec le maillot de champion du monde, donc probablement marqué à la culotte.

Il faudra aussi surveiller Mike Woods, manifestement dans une belle condition et qui voudra assurément être un acteur de ces classiques, appuyé par son équipe Education First. Il a une revanche à prendre.

Imola 2020: le parcours expliqué

Ganna, ce beau bestiau

Le deuxième plus court chrono (32kms) de l’histoire des Mondiaux du contre-la-montre a couronné hier un pistard spécialiste de la poursuite, l’Italien (qui jouait donc « à domicile » Filippo Ganna.

Rappelons que Ganna était parmi les favoris, fort de ses quatre titres de champion du monde de poursuite. Il détient le record du monde de la discipline, 4min 1,934sec. 60km/h de moyenne!

Et bientôt, le premier homme à descendre sous les 4 minutes dans la discipline? À voir.

Chose certaine, ce Ganna, c’est la classe. Une belle bête, bien posée sur sa machine, qui présente d’ailleurs un guidon de triathlète très particulier, peu conventionnel. Ce prolongateur est très relevé, épousant les avant-bras qui sont posés à 45 degrés vers le haut, et non à plat comme c’est souvent le cas. Ca semble être efficace!

Ganna a dominé le chrono, étant en tête à tous les temps intermédiaires pour finir 27 secondes devant son plus proche rival. Hier, il n’y a pas eu photo.

Deuxième justement, et c’est TRÈS impressionnant, Wout Van Aert, qui devance des spécialistes comme Stefan Kung, Geraint Thomas ou encore Rohan Dennis, excusez-du-peu. Dois-je vous rappeler que Van Aert a remporté deux étapes du Tour au sprint cette année, qu’il a écrémé le peloton dans la dernière ascension de plusieurs étapes de montagne de l’épreuve, et qu’il est également triple champion du monde de cyclo-cross!!!

Aujourd’hui, on sait que Van Aert sait aussi rouler. Ce type peut tout gagner, c’est certain, incluant le Tour s’il en fait un réel objectif et s’il s’y présente avec une équipe à son service. De quoi donner des idées justement à plusieurs équipes, qui pourraient voir en lui un réel grand leader.

Pour le reste, petite déception pour Tom Dumoulin, que je voyais mieux hier. Il termine 10e, à plus d’une minute de Ganna.

Mention très bien à Rémi Cavagna, 7e, le type (sympathique) a une sacré caisse.

Je termine en mentionnant que j’ai aimé le récent commentaire d’Éric à propos de ces Mondiaux du chrono, les 2e plus courts de l’histoire après ceux de 2017 en Norvège. Les Italiens auraient-ils dessiné un parcours favorable à un pistard habitué à une poursuite de 4 kms comme les Français avaient dessiné un Tour de France assez favorables à des coureurs français? La question mérite d’être posée!

Quoi qu’il en soit, place aujourd’hui à la course sur route des femmes. Ca devrait être assez débridé.

Et dimanche, les hommes. Les conditions météo ont changé, la pluie sera très certainement de la partie, ce qui compliquera les affaires. Des coureurs résistants comme Van Aert justement, fort de toute son équipe de Belgique, seront à surveiller de près. Les Slovènes aussi, avec en fer de lance Roglic et Pogacar. Feux d’artifice garantis.

Je serai devant ma télé!!!

Mondiaux à Imola: la course, les favoris

Drôle de saison, une semaine après la fin du Tour de France, nous voilà aux Championnats du monde!

Des Mondiaux qui se déroulent à Imola en Italie faut-il le rappeler, les Suisses et la ville de Martigny ayant fait faux bond dû à la Covid-19.

Aujourd’hui, c’est le chrono chez les hommes élite. Hier, c’est Anna van der Breggen qui s’est imposée chez les femmes, sans surprise. La surprise est plutôt venue de la chute spectaculaire de Chloe Dygart, la championne en titre.

Mes favoris aujourd’hui sont Tom Dumoulin, Stefan Kung, Filippo Ganna et surtout, surtout, Wout Van Aert. Le Belge ne semble pas avoir de limites! Deux Canadiens au départ, Hugo Houle et Alexander Cataford. Je vous avoue ne pas être certain duquel terminera devant l’autre, mais je suis certain qu’ils ne seront pas dans le top-5, ni même top-10.

La course sur route des femmes aura lieu samedi, celle des hommes dimanche. Rappelons que les catégories juniors et U23 ont été écartées de ces Mondiaux « light » pour raison de Covid.

Toujours une course spéciale que celle des Mondiaux, les coureurs portant à cette occasion le maillot de leur équipe nationale, et non pas celui de leur équipe de marque. Cela mène parfois à des situations de course inhabituelles, à priori inexplicables sauf si l’esprit se remet en mode « équipes de marque ». Wait and see dimanche!

La course est longue de 258 kms, soit 9 tours d’un circuit de 29 kms. Le circuit est usant, avec deux belles bosses d’environ 3 kms que les coureurs auront à affronter, dont des passages au delà de 14%. Pas un circuit pour purs grimpeurs donc, mais plutôt pour bons puncheurs qui sont capables de « tenir la distance » et d’enchainer les efforts violents à répétition. Y’a quand même presque 5000m de dénivelé à affronter!

Les conditions de course devraient être assez favorables, soleil annoncé dans la journée.

Les favoris

Wout Van Aert, encore lui. Il est un des rares coureurs à pouvoir prétendre s’imposer à la fois sur le chrono aujourd’hui et sur la course sur route dimanche. Il faudra surtout voir quel sera le soutien de son équipe de Belgique, au sein de laquelle évoluera également Greg Van Avermaet, lui aussi un candidat potentiel sur ce parcours. Enfin, Tiesj Benoot a également été vu en forme sur le récent Tour de France…

Pour les Danois, attention à Jakob Fuglsang, discret récemment mais en forme et toujours efficace sur des courses en circuit.

La Slovénie débarque à priori avec Roglic et Pogacar, forte de huit coureurs. Pour un si petit pays, c’est une grosse armada avec une vraie chance de victoire.

Les Italiens joueront les cartes Bettiol et Nibali, et les Français celle d’Alaphilippe surtout. Guillaume Martin pourrait brouiller les cartes.

Privés de Van Der Poel, les espoirs néerlandais sont du côté de Tom Dumoulin.

Côté Colombie, il faudra surveiller Lopez, Martinez et Uran, qui sortent tous les trois du Tour.

L’équipe d’Espagne tient la route, avec un Valverde en progression, mais aussi Bilbao, Landa, De la Cruz, Mas, Sanchez, Soler… beaucoup de beau monde. Je vois les Espagnols avec une vraie chance de briller sur ces Mondiaux… s’ils passent à l’attaque.

On compte plusieurs autres coureurs à surveiller parmi les nations moins représentées. Je pense à Richie Porte, Michal Kwiatkowski, Marc Hirschi l’attaquant et Alexey Lutsenko.

Quatre Canadiens au départ, soit Mike Woods, Hugo Houle, Alexander Cataford et Guillaume Boivin. Tous joueront la carte Woods, qui a affiché récemment une belle condition physique, fort d’une victoire d’étape sur Tirreno. Woods a une vraie carte à jouer dimanche comme en 2018, espérons qu’il sera dans le coup dans le final, et que Houle pourra le placer favorablement pour cette phase cruciale de course.

À la télé

Au Canada, c’est FloBikes. Mais on pourra aussi voir la course sur France Télévision, c’est à dire France3 dès 12h55.

Pour du live streaming, il y a toujours Tiz-Cycling qui marche bien.

Autour du Tour

Petit vidéo intéressant sur le thème « Autour du Tour ». Les coulisses du Tour, c’est aussi ça.

Bilan du Tour: les questions qui restent

Y’a pas à dire, ce Tour de France s’est terminé d’une façon spectaculaire, avec la prise de pouvoir inattendue de Tadej Pogacar la veille de l’arrivée, sur le chrono de la Planche des Belles Filles.

Une sacré perf!

Et comme c’est souvent le cas, des performances extraordinaires soulèvent des questions particulières. Cette édition du Tour n’y échappe pas.

Tadej Pogacar, peut-on y croire? Il a cumulé les exploits: records d’ascension pulvérisés à plusieurs reprises, plus jeune vainqueur du Tour depuis Henri Cornet en 1904, mais c’était dans un autre cyclisme, et une confiance en lui inébranlable, surprenante pour un jeune homme dans un sport aussi difficile et où l’on atteint souvent sa pleine maturité qu’au milieu de la vingtaine.

Plusieurs voix se sont élevées pour douter: Romain Feillu, Stéphane Heulot, tout récemment Guillaume Martin qui était au coeur du peloton du Tour, et surtout Antoine Vayer, fort des radars de watts.

Pogacar n’ayant échoué jusqu’ici aucun contrôle antidopage, il convient d’être prudent… mais aussi lucide. Ses perfs sur le Peyresourde, Marie-Blanque et à la Planche des Belles Filles sont assurément hors normes, il fait mieux que les meilleurs coureurs de l’ère Armstrong (Armstrong compris…), s’approchant des… 7 watts par kilo, ce que certains qualifient avec raison de « performance mutante ».

Le cyclisme slovène ainsi que l’entourage direct de Pogacar au sein de cette équipe UAE Team Emirates ne sont pas rassurants non plus. Manager général, Mauro Gianetti, un personnage peu recommandable en matière de dopage…

Autre question, Pogacar saura-t-il confirmer? Bernal, lui, pas vraiment. Pogacar a pris une autre dimension samedi dernier, désormais il devra vivre avec la célébrité, la pression des médias, les sollicitations, les attentes. Sur les épaules d’un jeune de 22 ans, c’est beaucoup.

Chose certaine, la précocité de plusieurs coureurs cyclistes professionnels est bluffante ces temps-ci: Egan Bernal, Tadej Pogacar, Remco Evenepoel, Cian Uijtdebroeks… Jusqu’ici, on voyait des talents poindre mais ils se développaient doucement jusque 23-24 ans avant de se lancer à l’assaut de la Grande Boucle, je pense aux Bernard Hinault, Laurent Fignon, Greg LeMond, Miguel Indurain (plus tardif encore), etc. Ca ne semble plus être le cas, et je n’ai pas d’explications.

Les autres

J’ai aimé la grâce de Primoz Roglic dans la défaite. Il n’a pas perdu son sourire. A salué la perf de son jeune compatriote. Il est allé jusque Paris, montant sur le podium avec son enfant. En gros, il nous a dit « la vie continue ». Et j’ai trouvé ca bien.

Les Colombiens: la plupart se sont effondrés en 3e semaine, Lopez compris sur le chrono. Quintana est au prise avec une sale histoire de perquisition dans sa chambre d’hôtel, les produits trouvés ayant conduits à la garde à vue de deux membres de son staff direct. Uran a été… Uran. Mention bien à Martinez, qui a gagné une belle étape. Les Colombiens auraient-ils manqué de cols au-delà de 2000m d’altitude pour faire la différence? C’est ce que la perf de Lopez semble indiquer: intouchable sur la Loze, à 2300m d’altitude, il s’est effondré sur la Planche.

Movistar: vous les avez vu, vous? J’ai cru apercevoir Marc Soler dans un contre sur une étape, quelque part, sinon rien. L’équipe s’impose au classement par équipe, apparemment une priorité pour eux. Tout le monde s’en fout. Pour une équipe avec un aussi gros budget, le bilan est maigre selon moi.

Les Français. Ils ont été battus par la malchance plus que sur leur condition physique. Bardet, Pinot, Martin sont tous allés au tapis. Alaphilippe a fait un beau Tour, c’était difficile de faire aussi bien que l’an dernier. Pour Pinot, saura-t-il rebondir? Il a été très digne dans la défaite. Pour moi, il a peut-être besoin de changer d’équipe! C’est le choix qu’a fait Bardet pour l’an prochain, une belle remise en question. Avec Madiot et Grappe, Pinot a peut-être atteint ses limites plus mentales que physiques.

Wout Van Aert. Celui-là a réussi tout un Tour de France, montrant toute l’étendue de son registre cycliste. De quoi lui donner des idées pour la suite! Peut-il aspirer gagner le Tour un jour? Je pense que oui, même s’il ne sera jamais un pur grimpeur. Si Miguel Indurain l’a fait, il peut le faire.

Les équipes qui, selon moi, ont réussi leur Tour: UAE Team Emirates, Jumbo-Visma, Trek-Segafredo, Deceuninck, Astana, Mitchelton-Scott, SunWeb, Lotto-Soudal, EF, Bora-Hansgrohe, AG2R La Mondiale.

Les équipes qui sont passées au travers: Direct Énergie, Arkea-Samsic, Movistar, Bahrain-McLaren, Cofidis, Ineos-Grenadier, B&B Hôtels, FDJ, Israel-Start-Up Nation, CCC, NTT.

Ambiance Tour!

En attendant un bilan complet du Tour prévu demain, je vous invite à découvrir ce beau petit reportage autour des supporters du Tour. On sera plusieurs à se reconnaitre parmi certains, moi le premier, alors que j’étais enfant.

Parce que le Tour, c’est beaucoup plus qu’une simple course cycliste. C’est chaque année un petit bout d’âme de la France et de ses habitants.

Sourires garantis!

Pogacar, c’est Merckx!

Ha! mes amis(es), quelle étape hier!

J’ai revécu le chrono du Tour 1989 entre Versailles et Paris, entre LeMond et Fignon.

Hallucinant!!!!!!!!!

Pogacar a fait aussi bien que Merckx, je ne croyais jamais écrire ca.

Un chrono d’anthologie. Roglic battu de presque deux minutes, et Dumoulin, champion du monde du chrono en 2017, relégué à 1min21. Il y avait Pogacar et les autres hier.

Durant l’étape, on était tranquille au départ, puis moins à mi-parcours, puis sur le bout de notre chaise au départ de la Planche des Belles Filles, et carrément sans mots au final.

Et au final justement, maillot jaune, maillot blanc, maillot à pois pour Pogacar, du jamais vu depuis Merckx.

Jamais je n’aurais cru pareil exploit réalisable. Je vous avais dit que Roglic avait Tour gagné. Je me suis trompé. Comme tout le monde!

Reste à voir ce que diront les analyses de watts sur ce chrono, ce qui nous permettra de nuancer le portrait général de cette performance unique de Pogacar. Selon moi, il doit bien avoisiner les 7 watts par kilo sur la dernière montée, ce qui le situerait dans une zone « mutante ». À voir…

Reste que cette 20e étape du Tour 2020 demeurera comme une grande, grande performance sportive dans l’Histoire du sport.

Chapeau bien bas également à Richie Porte qui a bien su profiter de l’écroulement de Miguel Angel Lopez pour monter sur le podium.

Un podium qui, avant-hier, me paraissait bien improbable. Pogacar l’a fait.

Le changement de vélo

Manifestement, il fallait changer de vélo hier sur ce chrono, au début de la Planche des Belles Filles. Et je ne suis pas sûr que Roglic avait planifié changer de vélo… Van Aert l’avait fait, Dumoulin était resté sur son vélo de TT, et a perdu 40 secondes sur son équipier belge. Je pense que Roglic et son staff se sont ajustés en cours d’étape, voyant que Pogacar changeait de vélo en réalisant une grande perf. C’était panique à bord du côté de Jumbo-Visma au pied de la Planche, et Roglic a commencé à s’effondrer à ce moment selon moi.

Crève-coeur

C’est toute l’équipe Jumbo-Visma au grand complet qui aura du mal à s’en remettre, après deux semaines passées à rouler en tête de peloton pour protéger Roglic. Et contrairement à Fignon en 1989, Primoz Roglic et toute son équipe devront souffrir une étape aujourd’hui en regardant le triomphe de leur adversaire… pendant plus de 100 bornes.

Je ne voudrais pas être à la place de Roglic aujourd’hui. Surtout que la UAE Team Emirates a également gagné le Tour du Luxembourg hier avec Diego Ulissi!!!

Le plus jeune vainqueur?

On peut dire que Tadej Pogacar est le plus jeune vainqueur du Tour. Henri Cornet, vainqueur en 1904 à 19 ans, avait bénéficié de nombreux déclassements pour s’imposer. Pogacar mieux que Bernal l’an dernier, oui, c’est fait!!!

Un chrono compliqué

Pour les premiers du général, le chrono d’aujourd’hui sera compliqué.

LA question: changer de vélo ou pas?

Les 15 premiers kms sont roulants, très roulants, puis c’est faux-plat ascendant, rien pour changer de machine. Mais au pied de la Planche des Belles Filles, le vélo de TT deviendra assurément un handicap.

Je pense que les 10-15 premiers du général ainsi que les spécialistes ayant des ambitions sur ce chrono voudront changer de machine. Ça sera intéressant à suivre. On peut facilement perdre 15-20 secondes si le changement n’est pas effectué correctement.

L’enjeu de cette avant-dernière étape est évidemment le maillot à pois car sauf surprise majeure, le podium du Tour ne bougera plus. Il faudrait que Pogacar ait une grosse défaillance, une grosse fatigue pour perdre sa 2e place au profit de Lopez. Pogacar sait rouler contre la montre!

Deux monstres

Je sais pas vous, mais j’ai trouvé monstrueux la vitesse à laquelle pouvaient rouler Rémi Cavagna en début d’étape hier, puis Andersen en fin d’étape. Parfois de grands moments au delà des 60 km/h, faut le faire sur un vélo. Impressionnant! On n’ose imaginer ces deux-là en duo sur un Trophée Baracchi!!! Hinault-Moser c’était déjà du très lourd, mais Cavagna-Andersen, ça serait intéressant.

Tour atypique

Tour atypique cette année: ils sont 4 coureurs à avoir remporté deux étapes, soit Caleb Ewan, Wout Van Aert, Tadej Pogacar ainsi que Soren Kragh Andersen. Tous 26 ans ou moins. Ajoutez à cette liste les autres coureurs de 26 ans ou moins qui ont gagné une étape (Peters, Hirschi, Martinez et Lopez) et vous totalisez 12 victoires d’étape pour 8 coureurs!

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