On était loin des circuits de cyclo-cross hier dans le final du Ronde.
Et pourtant, les deux grands champions de cyclo-cross des dernières années (six championnats du monde à eux deux, trois chacun!) s’y sont livrés un mano-à-mano d’anthologie.
Raymond Poulidor, le grand-père de Mathieu, avait Jacques Anquetil. Mathieu Van Der Poel, le petit-fils, a Wout Van Aert, quatre mois d’écart entre la naissance de ces deux-là.
Pour faire un grand champion, il en faut souvent un autre. Et dans les grands duels se forge la légende du cyclisme!
On se souviendra de ce sprint royal hier entre ces deux géants. Ils la voulaient celle-là, et il est évident qu’ils ont vraiment tout, tout donné dans ce sprint pour arracher la victoire. La détermination se lisait sur les visages dans ces derniers 200m, et même à 6000 kms de la ligne d’arrivée, de chez moi à Gatineau au Québec, je pouvais sentir la tension entre les deux coureurs dans le dernier kilomètre.
C’est qu’il y avait des comptes à régler.
Pour Mathieu, c’était une question de pouvoir se regarder dans un miroir cet hiver. C’est long, l’hiver. Une saison à réussir sur un sprint de 200m.
Pour Wout, c’était une question de confirmer une saison extraordinaire: le seul qu’il n’avait pas encore battu à la régulière, c’était Mathieu, son éternel rival. Une victoire et Wout passait dans une autre dimension.
Le sprint a été magistral, les deux étant à leur absolue limite jusqu’à la ligne. Mathieu a su résister avec l’énergie du désespoir à Wout qui remontait doucement sur sa gauche. La ligne d’arrivée aurait été 10m plus loin que je ne suis pas sûr si Mathieu aurait gagné!
Surtout, on retiendra deux choses: la maitrise dont ont fait preuve les deux coureurs en préparant leur sprint, et leur classe une fois le sprint lancé.
Il fallait en effet la jouer serré: ne pas faire d’erreur de braquet, ne pas partir trop tôt, ne pas se laisser surprendre, surtout pour Mathieu qui était devant. C’est loin d’être évident à gérer après une course de plus de 200 bornes, et les deux l’ont bien joué à ce niveau: pas de faute tactique, deux coureurs au sommet de leur art, rien à redire. Mathieu a eu raison de lancer en premier, prenant rapidement un léger avantage sur Wout. Ce dernier regrettera assurément de ne pas avoir lui-même lancé le sprint aux 300m.
J’ai aussi beaucoup apprécié la classe et le respect des deux coureurs: pas de bavure, pas de vacherie, pas de trajectoire déviée dans le sprint, un vrai mano-à-mano réglo, que le plus fort gagne.
Et ce fut Van Der Poel.
Van Aert ayant beaucoup gagné cette saison, c’est très bien ainsi. Mais le champion belge était très déçu à l’arrivée, et on le comprends.
Alaphilippe, les erreurs se succèdent
Le fait de course, c’est évidemment la chute spectaculaire de Julian Alaphilippe à quelques 30km de l’arrivée, ce dernier heurtant une moto.
Alaphilippe s’en tire avec une double fracture à la main droite, une blessure sans trop de conséquences sportives puisque sa saison se terminait de toute façon hier soir.
À qui la faute? Probablement à un peu des deux: la moto semble avoir ralenti trop rapidement à un endroit où rien n’en indiquait la nécessité, et Alaphilippe, 3e du trio à ce moment derrière Van Aert et VDP, semblait parler à l’oreillette lorsque VDP s’est décalé pour éviter le choc.
Évidemment, j’ai beaucoup regretté cette chute, le final aurait été autrement plus intéressant avec un remuant Alaphilippe qui était visiblement parti pour « se faire plaisir ». Le Patenberg aurait eu une autre gueule je pense!
N’empêche, Alaphilippe aura connu pas mal de déveine cette saison: un maillot jaune perdu sur le Tour la faute à un bidon, un Liège-Bastogne-Liège perdu la faute à des bras levés trop tôt sur la ligne, maintenant un Ronde perdu la faute à une moto… ca fait beaucoup.
Quant au rôle des motos sur les courses pro, je vous laisse commenter!!!
Mais côté chute improbable hier, y’a pire avec Gregor Mühlberger.
Hugo Houle progresse
44e sur la ligne hier à un peu plus de 4min du vainqueur, le Québécois Hugo Houle progresse c’est évident.
Le Ronde pouvait être vu comme un vrai test, compte tenu de la fatigue accumulée en raison d’une saison déjà bien remplie. Si, de l’avis du principal intéressé, il lui manque encore quelques watts pour passer les difficultés avec les meilleurs, ce qui est intéressant cette saison avec Hugo, c’est sa constance selon moi. Toujours bien placé sur les courses, il est fiable et régulier. Avec encore un peu de travail, et une hygiène de vie irréprochable question de gérer le poids, on peut espérer une belle saison 2021.
Un Giro à rebondissements!
Exit Pozzovivo et Fuglsang, Nibali qui montre des signes de faiblesse, Almeida qui résiste mieux que prévu et surtout, la SunWeb qui se pose comme l’équipe dominante de ce Giro, avec comme premier favori désormais le néerlandais Wilco Kelderman, qui pointe à un petit 15 secondes du maillot rose.
Et son équipier Jai Hindley 3e du général à 2min56, 1sec devant Tao Geoghegan.
Ce Jai Hindley, un Australien de seulement 24 ans, un autre jeune qui surprend, deux jours seulement après une belle perf lors du chrono du jeune américain de 22 ans Brandon McNulty.
L’année des jeunes se poursuit!
Chose certaine, cette étape hier vers Piancavallo a relancé la course au maillot rose. Si Kelderman se pose désormais en favori étant donné les difficultés à venir en haute montagne, on se demande jusqu’où pourra aller Tao Geoghegan, vainqueur hier – il était facile – en hommage à Nicolas Portal.
Les autres – Nibali, Pozzovivo, Fuglsang – sauront-ils rebondir?
Et je dois dire qu’Almeida est admirable dans la défense du maillot rose. Hier sur les pentes de Piancavallo, il n’a rien lâché, même lâché… si vous voyez ce que je veux dire. Volontaire, il n’abandonnera pas facilement sa tunique rose, et se battra de toute évidence jusqu’au bout du bout. Courageux Almeida.
Je croyais ce Giro un peu triste, je dois dire que la dernière semaine en haute montagne s’annonce plutôt très bien! Je serai rivé à L’Équipe TV. Très bien d’ailleurs L’Équipe TV, avec notamment Cyrille Guimard et Claire Bricogne.














