Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Auteur/autrice : Laurent Page 29 of 354

Asgreen, simplement le plus fort

Au terme de la dernière ascension du Oude Kwaremont, nous pensions tous que Mathieu Van Der Poel se dirigeait vers un 2e succès de suite sur le Tour des Flandres.

Il venait de lâcher Wout Van Aert, qui payait à cet instant ses efforts parfois inutiles au cours des kilomètres précédents, privé de l’aide de ses équipiers qui étaient nulle part dans ce final du Ronde.

Kasper Asgreen parvenait à s’accrocher à VDP, mais on se disait tous qu’il était en sursis, et que le Paterberg deux kilomètres plus loin l’achèverait.

Ben non. J’ai eu une première indication que Asgreen était dans un grand jour au sommet du Paterberg: c’est lui qui vire en tête, Mathieu dans sa roue.

Là, tu te dis que le Danois est sacrément costaud et que Mathieu ferait bien de s’en méfier.

Et tu te dis qu’Asgreen va tenter de la finir solo, parce que contre VDP au sprint, aucune chance.

Ben non. Deuxième erreur. Asgreen attendra patiemment le sprint, pour battre Mathieu fair and square. Sur les derniers 13 kms tout plat, les deux se sont partagés le travail équitablement, beau à voir. Très sportif.

Le plus fort a gagné, point barre.

Rien à ajouter. Asgreen a été réglo, a très bien couru, une bataille loyale qui s’est faite à la pédale.

Après, on peut refaire 100 fois le sprint. Mathieu avait-il une dent de trop? Je le pense, il a semblé avoir rapidement les jambes autour du cou. Peut-être avait-il mal aux jambes et c’est tout ce qu’il pouvait mettre comme braquet?

Chose certaine, un sprint à deux après 254 kilomètres, c’est très différent d’un sprint massif après 200 bornes. Surtout sur le Tour des Flandres, qui reste pour moi comme pour beaucoup de suiveurs la course d’un jour la plus difficile de la saison cycliste.

La Elegant-Quick Step l’a bien joué hier en misant rapidement dans le final sur la carte Asgreen. Alaphilippe a joué le collectif, donnant le feu vert à Asgreen pour attaquer alors qu’il était encore dans le coup.

Greg Van Avermaet sauve les meubles pour AG2R – Citroen en complétant le podium. Il peut dire ouf! C’était la dernière chance sur les Classiques flandriennes pour un bon résultat.

Mention très bien encore une fois à Anthony Turgis (8e), auteur d’un sacré truc dans le final lorsqu’il a bouché solo un trou d’une quinzaine de secondes pour revenir sur la bonne échappée devant qui, à ce moment, incluait VDP, Van Aert et Alaphilippe, excusez-un-peu. Manque de chance pour Turgis, ca a attaqué presqu’au moment où il a fait contact. Mais cet effort ne laisse aucun doute sur la caisse de Turgis en ce moment.

Chez les Français, Sénéchal est 9e et Laporte 12e, pas mal du tout à ce niveau.

Mention très bien également au québécois Hugo Houle, dans l’échappée matinale. Hugo s’est payé une belle sortie bien rythmée, avant de faiblir sans surprise sur la fin, c’est normal. Il a montré le maillot pour Astana! Une équipe Astana totalement inexistante outre Houle hier, le premier coureur Astana sur la ligne est… le Canadien Ben Perry, en 70e place, dans l’autobus qui contenait aussi Houle.

Antoine Duchesne et Guillaume Boivin étaient également de la partie (le startlist jeudi dernier n’en faisait pas mention). Boivin est allé au bout, mais pas Duchesne qui était arrivé au dernier moment comme remplaçant à la FDJ.

La suite

On commence aujourd’hui le Tour du Pays Basque, une course qui révèle toujours qui sera devant sur les Ardennaises prochainement. Le Pays Basque, c’est une course difficile, très difficile. À surveiller, un certain Mike Woods, ainsi que le « vieux » briscard Alejandro Valverde, qui vient de remporter solo le GP Miguel Indurain.

Mathieu Van Der Poel remontera quant à lui sur son vélo de Mtb plus tard cette semaine, question de débuter sa préparation pour son objectif principal cette saison, l’épreuve de Mtb des prochains Jeux Olympiques. Il y retrouvera un certain Nino Schurter.

Wout Van Aert a décidé de mettre l’Amstel à son programme, en remplacement de Paris-Roubaix, reporté en octobre prochain pour cause de pandémie en France.

100 kms de vélo sur la neige

Question d’amuser un peu nos lecteurs français, voici un petit video de moins de six minutes réalisé par Adam Roberge, coureur pro québécois, témoignant de son 100 kms de vélo sur la neige réalisé cet hiver par une température de -20 degrés Celsius.

Vous avez bien lu: -20 degrés Celsius.

Comme quoi, le vélo au Québec, c’est 365 jours par année!!!

Adam en profite pour nous parler de la différence entre la pratique naïve et la pratique délibérée. À l’aube d’une nouvelle saison de vélo sur route, cela pourra en inspirer certains afin de franchir de nouveaux paliers.

Je remercie Adam d’avoir porté ce vidéo à mon attention.

Le cheminement de Geneviève Jeanson

Je trouve la démarche très intéressante, utile. Admirable même.

Geneviève Jeanson a fait parvenir hier une lettre à l’UCI exprimant ses inquiétudes quant aux sanctions réservées à Patrick Van Gansen, l’ex-manager de l’équipe féminine Health Mate convaincu d’harcèlement physique et psychologique envers plusieurs coureuses.

Le cas avait fait du bruit: onze femmes ont rapporté des comportements inappropriés, et quatre plaintes formelles ont été logées auprès de la Commission d’éthique de l’UCI.

Van Gansen a été condamné par la Commission de discipline de l’UCI à un peu moins de trois ans de suspension, rétroactive, soit du 16 avril 2020 au 31 décembre 2022.

Jeanson trouve la sanction insuffisante. Je suis parfaitement d’accord avec elle.

Elle évoque, à titre de comparaison, qu’un(e) athlète pris pour dopage aujourd’hui écope de quatre ans de suspension, et d’une suspension à vie en cas de récidive. Elle mentionne également que dans la société civile, une agression sexuelle est passible d’une peine de prison. Bons points.

Difficile de trouver une personne mieux placée et plus crédible qu’elle pour témoigner des effets dévastateurs que peuvent avoir des entraineurs abuseurs sur de jeunes athlètes.

Et son initiative arrive à un très bon moment, alors que le Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports tient en France sa 2e convention nationale de prévention des violences dans le sport.

Des cas isolés? Détrompez-vous: les chiffres sont effarants. En France seulement, 407 affaires de violences sexuelles dans le sport au cours de la dernière année, mettant en cause 445 personnes et 48 fédérations sportives. Le cas de Sarah Abitbol est probablement le plus médiatique.

On attend toujours une décision de la Commission de discipline de l’UCI dans le dossier d’harcèlement sexuel opposant Marion Sicot et Mark Bracke. La Commission d’éthique de l’UCI a déjà statué que le code d’éthique avait bel et bien été enfreint par Bracke.

Au Canada et au Québec, Natation artistique Canada est actuellement même au coeur d’un gros scandale d’abus psychologiques de la part d’entraineurs envers plusieurs athlètes. Même l’ex-olympienne Sylvie Fréchette s’en est mêlée.

Faut que ca cesse. Et vite. Vivement cette plate-forme pour les lanceurs d’alerte, promise par l’UCI.

La réhabilitation de Jeanson

Je trouve le geste de Geneviève Jeanson admirable car il témoigne d’une volonté de contribuer aujourd’hui concrètement à prévenir ce genre de comportements totalement inacceptables et extrêmement préjudiciables pour les jeunes sportifs(ves).

Et de s’assurer que les abuseurs sont sanctionnés de façon appropriée. Devons-nous rappeler ici qu’André Aubut, son ex-entraineur, a récidivé depuis sur d’autres femmes?

Ce qui n’est pas pleinement compris se répète, dit-on.

Geneviève Jeanson aurait pu rester loin de tout ça.

En ce sens, son geste est courageux aussi, car il implique de se replonger dans un chapitre de sa vie certainement toujours douloureux pour elle. Sa lettre est manifeste en ce sens:

The abuse that I endured by my coach damaged me. I never thought I would be good at anything else, or be able to function in a normal society. I sought professional help in 2008, and stayed in therapy until 2019. I can proudly say that I am now living a healthy and happy life, but not all young women cyclists have the same opportunities to heal that I had: most will suffer in silence for the rest of their lives.

(…)

It took me 7 years to touch a bike after I was suspended and I retired. I will never know what would have become of my life if I would have had an enriching and healthy career. I’m still bitter about that. Can you believe that it took a failed EPO test and a 10 year suspension to save my life? That suspension allowed me to escape from the imprisonment of my abuser. 

Let’s not have that happen to other riders.

Genevieve jeanson

De toute évidence, Geneviève Jeanson a beaucoup cheminé depuis ses aveux en 2007. C’est tout à son honneur.

Lance Armstrong ne peut (toujours) pas en dire autant.

Dimanche, Vlaanderens Mooiste!

Ou « la plus belle des Flandres »!

105e édition du Tour des Flandres dimanche, un des cinq grands monuments du cyclisme.

Météo annoncée, plutôt beau temps, 14 degrés et peu de vent. Autrement dit, rien pour durcir la course.

Pandémie oblige, la course aura lieu cette année encore sans public. L’ambiance ne sera donc pas tout à fait la même pour les coureurs.

Le parcours n’a pas encore été confirmé, mais il devrait être identique à celui de l’an dernier: 254 kms à couvrir, 19 monts et 17 secteurs pavés. Pas de Muur de Geraardsbergen, il faut s’y faire, mais trois passages sur le Vieux Quaremont, et le Paterberg comme dernière ascension avant 13 kms tout plats jusqu’à l’arrivée. Cette section peut faire une différence en ce sens qu’un coureur solo devant qui aurait fait la différence dans le Paterberg peut se faire reprendre si la chasse est organisée derrière.

C’est à partir du km 120 qu’il faudra être en mode course: les monts s’enchainent parfois à tous les 5 kms, ca n’arrête plus.

Les favoris

Pas moins de cinq anciens vainqueurs sont au départ du Ronde dimanche: Alexander Kristoff, Peter Sagan, Niki Terpstra, Alberto Bettiol et Mathieu Van Der Poel.

Deux archi-favoris se dégagent en particulier: Mathieu Van Der Poel et Wout Van Aert.

Le match revanche! L’an dernier, Mathieu a eu le dessus sur Wout dans un des beaux sprints de la saison, le couteau entre les dents car les deux la voulaient, celle-là.

Si ca arrive au sprint dimanche, je donne Wout favori sur Mathieu.

Ce qui sera intéressant, c’est que leur stratégie sera imprévisible: chacun d’eux ont montré qu’ils n’ont pas peur d’attaquer de loin, et peuvent aussi se passer de leurs équipiers pour évoluer solo. Mathieu, en particulier, a intérêt à partir de loin.

Leur stratégie dépendra aussi sûrement des actions des autres équipes comme la Deceuninck, qui s’amène avec une grosse armada: Alaphilippe, Lampaerts, Asgreen, Sénéchal peuvent tous s’imposer dimanche!!

La Deceuninck a récemment montré qu’elle est capable de prendre la course en étau. Je m’attends à cela dimanche, car ils ne voudront pas se louper sur un rendez-vous aussi important. Je me surprends juste de l’absence du line-up de l’équipe d’un Davide Ballerini, en cas d’arrivée au sprint parmi un petit groupe.

De nombreux autres coureurs auront à coeur de profiter des occasions qui se présenteront entre les archi-favoris.

Je pense évidemment à AG2R – Citroen, qui a la pression pour un grand résultat cette saison, question de justifier le recrutement de l’inter-saison. Van Avermaet a montré une excellente condition sur À travers la Flandre. Sauront-ils enfin profiter du travail de la Deceuninck et passer à l’offensive au bon moment?

Je pense aussi à l’équipe Ineos-Grenadier, sur une bonne lancée. Dylan Van Baarle vient de gagner mercredi dernier, et Thomas Pidcock pourrait surprendre, c’est un équilibriste sur un vélo et il pourrait trouver dans la succession des monts un terrain le favorisant. Ce sont les « underdogs » dimanche.

Jasper Stuyven et Mads Pedersen (s’il est au départ) sont de sérieux candidats chez Trek-Segafredo.

Michael Matthews, Matteo Trentin, Soren Kragh Andersen, Giacomo Nizzolo et Stephan Kung sont tous des coureurs que je m’attends à voir dans les 50 derniers kms.

Que nous réserve ce diable de Peter Sagan? Au prise avec la Covid-19 plus tôt cette année, il a montré des premiers signes de forme récemment, et c’est le gars qui peut faire le mort pendant 253 kms et surgir dans le dernier kilomètre. En toute logique, la succession des monts devrait l’éjecter selon moi, mais on ne sait pas trop ce qu’il est capable de faire. Chez Bora-Hansgrohe, c’est peut-être Daniel Oss qui est le plus à craindre!

Chez les Français et outre Alaphilippe et Sénéchal, Anthony Turgis, Warren Barguil et Christophe Laporte portent de belles promesses, et on se croise les doigts pour un bon résultat. Avec tous les monts, je me demande jusqu’où peut aller Barguil?

Deux Canadiens au départ pour Astana, Hugo Houle et Ben Perry. Houle était grippé récemment, je m’attends à une course difficile pour lui.

Suivre la course en direct

Au Québec et au Canada, FloBikes est le diffuseur officiel.

En France, France3 dès 13h35.

Sinon, les sites de live! streaming habituels vont permettre de suivre la course également.

Et les meilleurs, ca reste la RTBF!

Autour du Ronde

Le peloton pro, de l’intérieur cette saison. Ca frotte!!!

Bizarre À travers la Flandre.

Il faisait beau hier en Belgique. L’air était doux. Peu de vent.

Mais la course ne s’est pas déroulée comme on l’avait imaginée!

La chaleur (près de 25 degrés) a peut-être joué des tours à certains coureurs, Alaphilippe et Van Der Poel en premier lieu, les organismes n’étant pas encore très acclimatés.

Van Der Poel, panne de jambes.

Alaphilippe, pas au mieux.

La Deceuninck qui passe complètement à travers. Lampaerts (4e) et Sénéchal (9e) sauvent les meubles pour le WolfPack, mais ils ont été largement inexistants durant la course.

Idem pour les AG2R – Citroen, avec un Van Avermaet 7e et Naesen 19e. Van Avermaet s’est montré l’un des plus volontaires derrière Van Baarle, il faut lui accorder cela. Chose certaine, la pression monte pour les coureurs belges de l’équipe française, et ils commencent à en avoir ras le bol.

Un excellent et volontaire Warren Barguil dans le final s’est même fâché une fois l’arrivée franchie: aucune collaboration dans le groupe de chasse derrière Van Baarle échappé solo devant, les coureurs jouaient une place plutôt que la victoire. Autrement dit, plusieurs couraient sur la défensive. Van Baarle en a profité, même s’il convient de rappeler que ses 50 bornes solo devant sont un véritable exploit qui force l’admiration.

Le problème, c’est qu’ils ne roulent pas, même pas pour faire deuxième… C’est complètement débile.

warren barguil, lu sur Direct vélo

Il faut dire que la course a été menée à bon train: près de 100 kms couverts dans les deux premières heures, ca roulait à 50 à l’heure. La course a été sélective.

À 28 ans, Van Baarle n’est pas vraiment un coureur qui gagne souvent. Dans ce contexte, on oublie peut-être qu’il a été champion des Pays-Bas du chrono en 2018, prouvant qu’il sait rouler vite. Il signe hier sa plus belle victoire professionnelle selon moi, et donne un atout de taille à l’équipe Ineos pour dimanche prochain.

Mention très bien à la fois pour Christophe Laporte chez Cofidis et Tim Merlier chez Alpecin-Fenix qui vont tous deux chercher un résultat de premier plan pour leurs équipes respectives.

VDP, tout ou rien

Surprenant Mathieu de temps en temps, lorsqu’il explose: il explose vraiment, quitte à se mettre carrément à l’arrêt (ou presque) en pleine course.

Il a refait le coup hier, un peu comme aux Mondiaux 2019 sous la pluie. Il avait également connu une grosse baisse d’énergie dans le final de la 5e étape de Tirreno-Adriatico récemment, même s’il a pu aller au bout pour chercher la victoire d’étape.

Peut-être des coups de fringale? Mathieu est un gros gabarit, sa consommation énergétique doit être élevée. Oublie-t-il parfois de s’alimenter en quantité suffisante? On ne s’alimente pas en cyclo-cross, les épreuves étant trop courtes pour ca. Mais sur route, il faut le faire. Mathieu a-t-il payé hier dans le final des efforts intenses sur les deux premières heures, alors que ca roulait vite? Pas impossible… surtout que la consommation d’énergie n’est pas la même par 25 degrés versus 10 degrés…

La bonne nouvelle pour Mathieu et les autres coureurs, c’est qu’on annonce un temps clément en Belgique dimanche prochain, et beaucoup plus frais que hier: 14 degrés maximum. Voilà qui devrait donner d’excellentes conditions de course pour les coureurs, mais aussi peut-être une course moins sélective ou la sélection devra venir de l’avant.

Vivre les Classiques

Julien Gagné: le meilleur est à venir!

Julien Gagné a rejoint depuis la mi-février son équipe St-Étienne Loire Ecsel. Il participait dimanche dernier à la classique DN1 Annemasse-Bellegarde, une des plus anciennes courses du calendrier national français puisque sa première édition remonte à… 1914!

J’ai pu prendre des nouvelles de mon ami Julien tout récemment, alors qu’il rentrait d’une sortie de 150 bornes de récup le lendemain de la classique.

La Flamme Rouge: pas trop rincé Julien?

Julien Gagné: non Laurent, ca va pas mal du tout. On voulait faire un gros bloc d’entraînement alors on a fait plus long aujourd’hui, après la course d’hier. Des bons kilomètres en banque!

LFR: Comment s’est passé Annemasse-Bellegarde pour toi?

JG: Disons simplement que je me la suis donné difficile! On m’avait prévenu: 25 kms après le départ, virage serré puis une belle bosse, il fallait être devant à ce moment. J’y suis arrivé 2e du paquet! Et à partir de là, j’ai couvert les tentatives d’échappée pour mon équipe. J’en ai un peu trop fait: j’ai couvert toutes les tentatives d’échappée pendant plus de 100 kms!! Je voyais que j’avais de bonnes jambes, j’étais agressif, mais j’ai été aussi un peu impatient probablement. Je connais encore mal les coureurs en DN1, ainsi que les équipes et les maillots. J’ai bien dû faire 40 attaques à plus de 650 watts! C’était bien, car ca enlevait de la pression à mes coéquipiers, mais ces efforts intenses et répétés m’ont fatigué et dans le final, les 15 derniers kms, la force me manquait un peu. J’ai tout de même terminé avec le 1er peloton, un peu plus d’une minute derrière le vainqueur. Somme toute, satisfait, une expérience positive qui me prouve que j’ai ma place au sein du peloton DN1, et que le meilleur est à venir.

LFR: tu trouves ca comment, les courses en DN1 en France?

JG: dimanche dernier, c’était ma 2e course à ce niveau. Le plus frappant, c’est la profondeur du peloton. En sénior 1-2 au Québec, t’a quand même un nombre plus limité de coureurs qui peuvent jouer la gagne. Ici, tu es 200 au départ, et du lot, 120 sont des costauds. L’an passé au Québec, je pouvais m’échapper et rester devant un bon moment; ici je m’échappe, d’autres s’échappent, mais ca revient après quelques kilomètres parce qu’il reste beaucoup de très bons coureurs derrière. Ca attaque tout le temps. Vraiment une autre dynamique.

LFR: le placement est important aussi, comme la tactique.

JG: oui, le placement surtout. En France, les routes sont différentes: beaucoup de virages, des rétrécissements, du mobilier urbain, des ronds-points, des dos d’âne, parfois des passages pavés, il y a beaucoup de pièges. Connaître les parcours aide beaucoup et je dois m’adapter à tout ca en course. Sinon, la tactique, c’est surtout de rester groupés nous les coureurs de l’équipe dans les phases critiques, et de se parler pour coordonner nos actions.

LFR: tu trouves tes marques au sein de ta nouvelle équipe?

JG: tout à fait! J’ai été bien accueilli ici, tout le monde est gentil et attentif avec moi, j’ai de la chance. Mon appartement est confortable, bien situé pour aller rouler. Je m’ennuie un peu du Québec et de mes amis par moment, mais globalement, tout se passe très bien. La nourriture est très bonne, on trouve de très bons produits dans les épiceries, mais tout est en petites quantités. Je m’ennuie des quantités qu’on trouve au Costco!

LFR: t’as pu découvrir ta région d’adoption à l’entrainement?

JG: oui, la variété des parcours disponibles m’a frappé, on trouve beaucoup de très beaux parcours, de beaux paysages et c’est diversifié dépendemment de la direction que tu prends le matin. J’ai roulé jusqu’ici dans les monts du Lyonnais, dans la région du Beaujolais, pas mal de bosses qui s’enchainent sans arrêt, c’est quasiment de la moyenne montagne tout le temps. J’ai aussi pu découvrir l’Ardèche, les monts du Pilat et la belle vallée du Forez.

LFR: on a eu peur pour toi, avec l’accident du 17 mars dernier au sein de ton équipe.

JG: oui, un événement vraiment malheureux, un groupe de jeunes coureurs s’est fait renverser par une voiture. Globalement les automobilistes sont courtois avec les cyclistes ici, et je pense que l’accident était un événement assez isolé. La pandémie a un impact aussi: on remarque qu’il faut éviter de rouler juste avant le couvre-feu, les automobilistes sont alors stressés de rentrer chez eux à temps, et ca peut devenir explosif.

LFR: et la condition?

JG: somme toute assez bonne. C’est sûr que l’absence de courses en 2020 parait, je me suis beaucoup entrainé mais c’est pas tout à fait pareil. Il faut que je me ré-habitue aux efforts de très haute intensité. J’y travaille.

LFR: connais-tu la suite de ton programme?

JG: avec la Covid-19 et la troisième vague ici en France, tout est plus compliqué, et il y a pas mal d’annulation de courses, donc c’est difficile de prévoir la suite de mon mois d’avril. Normalement, je devrais avoir une course le lundi de Pâques, après on verra selon la pandémie. Il y a 17 coureurs dans l’équipe, et l’équipe vise à donner la chance à chacun, selon les parcours.

LFR: à quand un retour au Québec?

JG: avec la pandémie et les quarantaines imposées, pas pour tout de suite ca c’est certain. L’équipe a un projet de retourner peut-être sur le prochain Tour de Beauce, prévu cette année en septembre. C’est probablement à ce moment que je pourrais retourner au Québec, pas avant.

LFR: merci Julien! Et à bientôt.

Le Tour de l’actualité

C’est n’est pas que la semaine sainte pour les Chrétiens du monde, c’est aussi la semaine sainte pour tous(tes) les passionnés(ées) de vélo puisqu’on est au coeur de la saison des Classiques flandriennes et que dimanche, ben c’est le Ronde!

On se régale! Surtout grâce à Wout et Mathieu, avouons-le.

1 – 75e édition de Dwars Door Vlaanderen (À travers la Flandre), c’est demain mercredi. Au menu 184 kms entre Roeselare et Waregem, par delà quelques monts surtout situés entre les kms 100 et 150. Les 20 derniers kms de la course sont plutôt roulants. On annonce un temps clément et peu de vent.

Wout absent, les regards se tournent vers Mathieu qui revient aux affaires après une petite pause, question de relancer le moteur en prévision de dimanche prochain. Le WolfPack Deceuninck se présente avec le champion du monde Alaf Polak, ca sera intéressant de voir où il en est et s’il peut suivre les attaques de Mathieu. La Deceuninck aura surtout à l’esprit de laver l’affront de Gand-Wevelgem où se fut la déconfiture complète, après un si beau GP E3.

You are only as good as your last performance…

Une panoplie d’autres coureurs seront à surveiller bien sûr, y compris les Ballerini, Lampaerts, Asgreen, Andersen, Trentin, Nizzolo, Benoot, Pidcock, Demare, Bettiol, Viviani, Turgis, Naasen et Van Avermaet.

Deux coureurs canadiens annoncés au départ, Houle et Perry chez Astana.

Ca devrait être très intéressant.

2 – Bouhanni. Ce n’est malheureusement pas la première fois que le gus fait parler de lui en moins bien. Cette fois-ci, c’est pour un sprint très irrégulier ou il a serré contre les barrières le coureur de la FDJ Jake Stewart.

Je sais pas vous mais moi, j’ai cru revoir Dylan Groenewegen et Fabio Jakobsen. Il s’en est fallu de très peu pour qu’on revive les mêmes scènes d’effroi.

Bouhanni a été disqualifié de la course, une sanction logique. Ceci étant, il me semble que l’UCI doit aller nettement plus loin dans cette affaire, et suspende le coureur pour une période significative. Greonewegen a écopé d’une suspension de neuf mois par l’UCI, rappelons-le. La commission disciplinaire de l’UCI doit se pencher sur son cas dans les prochains jours.

Ce genre de comportement est totalement inacceptable, point final. Il met la vie des coureurs en danger, ca suffit maintenant. Stewart n’a certes pas chuté, on se demande encore comment, mais le geste est, lui, le même que celui de Groenewegen.

3 – Ineos, la domination. Triplé de l’équipe britannique sur le récent Tour de Catalogne, avec A. Yates, R. Porte et G. Thomas.

Il faut dire que l’équipe Ineos s’était présentée avec une équipe de haut vol: outre ces trois là, on avait également Carapaz, Dennis, Rowe et Castroviejo.

J’ai surtout retenu la déconfiture des Movistar qui ont beaucoup dépensé d’énergie sur cette course, sans résultats au final: zéro victoire d’étape, et une 4e place « seulement » pour Valverde au classement général final. Pour une équipe qui jouait « à domicile » et qui se présente comme l’équipe espagnole phare, c’est maigre et certainement pas de quoi réjouir ses dirigeants.

Le Canadien Mike Woods termine 11e de l’épreuve, deux petites secondes devant un certain Sepp Kuss et après avoir terminé 2e de la 4e étape derrière le revenant Estevan Chaves. De quoi donner des assurances à Woods en prévision du prochain Tour du Pays Basque, une épreuve qui révèle souvent qui seront les coureurs devant sur les prochaines classiques ardennaises. Woods bien placé sur la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège? J’y crois! Il est, en tout cas, dans les temps.

Un autre coureur canadien qui revient, c’est le québécois Antoine Duchesne, après une saison 2020 en demi-teinte pour divers ennuis santé. Duchesne se prépare pour affronter le Giro en mai prochain, et monte doucement en puissance. Je suis très content pour lui.

4 – La suite sur La Flamme Rouge. Après trois mois de silence, le site est relancé même si la vitesse de croisière n’est pas encore atteinte.

Je tenais à vous remercier pour votre sollicitude à mon endroit durant ces mois de silence. Vous avez été une fois de plus nombreux à me demander des nouvelles, et je prendrai la peine de vous répondre tous et chacun au cours des prochains jours.

Je prends plaisir à lire vos commentaires ces jours-ci, et vous remercie pour leur qualité. Il y va de la crédibilité de ce site qui demeure un espace de liberté et d’indépendance totales. Je salue au passage le retour d’Alano39, toujours très pertinent dans ses interventions, ainsi que le commentaire laissé par Antoine Vayer il y a quelques jours, et qui m’a fait bien plaisir. Merci Antoine! J’en avais bien besoin.

Non, tu n’as pas changé. C’est toujours pondéré, documenté, nuancé sauf quand tu es vénère, avec ton style impeccable. Ne lâche pas la barre, tu es une vraie valeur stable, critique, passionnée. Tu te rappelles combien de fois tu as voulu bâcher ? Rires. Tu ne peux pas, c’est tout. Ecris. 

Antoine vayer, La flamme rouge, 25 mars 2021

Enfin, merci à Jean-Michel qui a laissé un commentaire sur ce site il y a environ trois semaines, alors que le silence se prolongeait. Son commentaire, positif et vrai, m’a rappelé mes responsabilités à l’égard de votre fidélité. Il a été déterminant, un déclic, dans mon retour.

Les derniers mois de silence n’avaient rien à voir avec une remise en question de ce site.

Gand-Wevelgem: les sprinters se font la belle

C’est le vent qui, hier, a joué les trouble-fêtes sur Gand-Wevelgem. Le vent et la Covid-19 puisque pas moins de deux équipes se voyaient refuser le départ en raison d’une éclosion en leur sein, soit Trek-Segafredo et Bora-Hansgrohe.

Rapidement, il y a eu des coureurs partout, bordures obligent. Tellement que par moment, c’était difficile de suivre l’évolution de la course et de savoir de quel groupe il s’agissait à la caméra.

C’est devenu très clair dans le final, après la 2e ascension du Mont Kemmel: 9 coureurs devant, après un forcing de Wout Van Aert épaulé par Matteo Trentin. Et du lot, pas moins de 7 sprinters! Bennett, Matthews, Trentin, Van Aert, Colbrelli, Nizzolo, Van Poppel, du beau monde avec de jolies pointes de vitesse, et épaulés par Kung et Van Hooydonck.

Pour la petite histoire, Nathan Van Hooydonck est le neveu d’Edwig, et Danny Van Poppel le fils de Jean-Paul (pour ceux qui connaissent l’histoire du cyclisme).

L’effort fourni dans le Kemmel a peu après condamné Bennett et Van Poppel, trop juste pour soutenir l’allure.

Ils étaient alors 7 devant, dont deux Jumbo-Visma, Van Hooydonck et Van Aert. C’est toujours intéressant ces situations où une équipe est en surnombre dans le final, tu te demandes comment ils vont la jouer!

Contrairement à AG2R-La Mondiale deux jours avant, les Jumbo-Visma n’ont pas manqué leur coup. Van Hooydonck a d’abord fait un pétard mouillé, question de voir qui avait les jambes. Il a ensuite longuement amené à bonne vitesse dans les derniers hectomètres, question de limiter les envies de décamper des autres, et Van Aert a terminé le travail, imposant sa fraicheur physique et sa puissance après une course de 247 kms, quand même.

Nizzolo et Trentin complètent le podium. Je pensais Matthews comme le plus dangereux pour Van Aert, mais il n’en fut rien, étant victime de crampes dans les derniers kms. 247 kms quand même, c’est une longue classique.

Mention encore très bien au français Anthony Turgis qui sort en contre dans les derniers kilomètres et qui résiste au retour de son groupe pour terminer 9e à moins d’une minute du vainqueur. À force d’essayer, il faudra que ça rigole un jour et Turgis passe manifestement un pallier en ce moment.

Le premier Deceuninck est seulement 14e, la faute très certainement à Bennett qui était devant avec le groupe de tête avant de s’éteindre, complètement cuit par le rythme soutenu dans le Kemmel, et aux prises avec des ennuis gastriques, apparemment.

Le Canadien Ben Perry termine 87e sur 90 coureurs classés, à plus de 11min de Van Aert. Il est allé au bout. Hugo Houle, malade plus tôt dans la semaine, a dû abandonner, question de se refaire la cerise avant la suite prévue ce mercredi sur À travers la Flandre.

Soulignons en terminant que l’équipe Jumbo-Visma réalise un doublé hier sur Gand-Wevelgem puisque c’est Marianne Vos qui l’emporte au sprint chez les femmes, elle-aussi faisant partie de la formation néerlandaise.

Le Ronde dimanche prochain!

On est dans le dernier droit avant la Grand Messe du cyclisme belge, le Tour des Flandres, prévue dimanche prochain. Avec sa victoire sur Gand-Wevelgem, Wout Van Aert s’inscrit comme un des grands favoris de l’épreuve, quelques mois après sa 2e place derrière un certain Mathieu Van Der Poel. Wout est belge!

Les deux éternels rivaux se retrouveront donc dimanche prochain pour un joli feu d’artifice, arbitré par quelques autres outsiders de premier ordre comme Alaphilippe, Andersen, et plusieurs autres.

GP E3: l’étau Deceuninck

Cyclisme 101 hier sur le GP E3 Saxo Bank.

Un régal.

Acte 1: le retour à un peu plus de 70 km de l’arrivée du peloton sur l’échappée matinale. À ce stade-ci de la course, tu te dis « c’est un peu tôt ».

Acte 2: Kasper Asgreen chez Deceuninck prend l’initiative avec une attaque solo à plus de 65 kms de l’arrivée. C’est loin ca! La pression se relâche sur ses équipiers, qui ont désormais un homme devant. C’est désormais aux autres équipes de chasser.

Acte 3: après 35 kms de chasse et à moins de 20 kms de l’arrivée, l’écart ne se réduit pas. Il grandit même! Du coup, on perd patience derrière: Van Aert met une mine dans la dernière ascension du jour, le Tiegemberg. La relance vient immédiatement de Mathieu Van Der Poel, qui en a aussi marre de voir Asgreen leur faire la peau devant. Mathieu relance si fort qu’il largue Van Aert qui vient de fournir un gros effort. Une erreur fatale selon moi.

Acte 4: surpuissant, Van Der Poel ramène le groupe de chasse sur Kasper Asgreen avec 12 kms à faire, mais il ramène aussi avec lui deux de ses équipiers chez Deceuninck, soit Florian Sénéchal et Zdenek Stybar, ainsi que deux AG2R – Citroen, Greg Van Avermaet et Oliver Naesen. Par moment, on a vu les Deceuninck se dépouiller pour rester au contact de Van Der Poel. Ils ont eu raison.

Acte 5: l’effet surprise maximum! Alors que leurs rivaux devaient surveiller Sénéchal et Stybar, c’est Asgreen qui repart à l’attaque à un peu moins de 5km de l’arrivée! Merde, il était pas rincé lui? Bien joué. À ce moment de la course, Asgreen n’a plus rien à perdre: c’est tout ou rien. Et il prouvait alors qu’il était sacrément costaud, une bête à rouler.

Acte 6: n’importe quoi! Greg Van Avermaet finit par allumer et tente un démarrage avec 3 kms à faire dans la course… Ca fait déjà au moins 2 bornes qu’Asgreen creuse l’écart devant. Le coureur belge est une fois de plus à contre-pied, l’histoire de sa carrière. AG2R avait deux représentants de l’échappée, et simplement les Deceuninck à surveiller, qui étaient aussi en surnombre. Les autres, tu t’en fous parce que même si Mathieu était parti solo, tu savais que la Deceuninck aurait chassé derrière.

Acte 7: Asgreen résiste et l’emporte avec 32 secondes d’avance sur Sénéchal qui vient faire un doublé logique pour Deceuninck, et Van Der Poel 3e qui prouve une fois de plus sa grande valeur. Le premier coureur AG2R – Citroen n’est que 4e, Naesen, avec Van Avermaet 6e. Un cuisant échec selon moi pour la formation française compte tenu de la valeur de leurs deux coureurs dans le final de la course.

Bref, la Deceuninck nous a servi une belle leçon du travail d’un collectif sur une course cycliste d’un jour. Mention très bien à Van Der Poel qui s’est bien battu. Il a peut-être commis une erreur, celle de se débarrasser de son éternel rival Van Aert un peu tôt. Ce dernier lui aurait été d’un précieux secours plus tard dans la course.

Le résumé de la course est ici.

Dimanche on enchaine avec la 83e édition de Gand-Wevelgem, dans les Flandres. Mathieu Van Der Poel est annoncé non-partant, mais Van Aert devrait y être. Logiquement, les sprinters ont leurs chances, il faudra garder à l’oeil la Deceuninck bien sûr avec notamment Ballerini et Bennett, mais aussi des coureurs comme Mads Pedersen (le tenant du titre), Jasper Stuyven, Arnaud Demare, Alberto Bettiol, Michael Matthews ou encore Giacomo Nizzolo.

Deux Canadiens annoncés au départ, soit Hugo Houle et Ben Perry pour Astana.

La couverture du cyclisme a changé

Le cyclisme a changé, la couverture du cyclisme a aussi changé.

Le magazine papier est en voie de disparition. Impossible, dans le monde d’aujourd’hui, d’être rentable sur cette voie.

Les véhicules porteurs, ce sont les sites Internet, Facebook, Twitter ainsi que les chaines YouTube. Parce que ça peut rapporter.

Récemment, YouTube surtout. Je suis estomaqué, depuis 12 mois, de voir le nombre de chaines YouTube fleurir proposant des analyses pré- ou post- courses. Tout le monde peut être spécialiste du cyclisme! Ca s’étend de Lance « has been » Armstrong avec « The Move » et « Butterfly Chris Horner » jusqu’à l’ado de 16 ans dans son sous-sol qui a décidé de mettre en ligne son analyse de la dernière course pro.

Certains de ces vidéos-programmes sont intéressants, mais ils sont peu nombreux. Le plus souvent, « Joe Toutlemonde » is out. On entend tout, et son contraire. Mais ca finit toujours par « Make sure you’d like this video by clicking on the button below« …

Sur Internet, on est à l’ère de la convergence. On nous sert les mêmes reportages, ou presque, sur nombre de sites. Les mêmes photos. Plus grand monde n’a les moyens d’envoyer leurs propres photographes sur les événements cyclistes, alors on achète de quelques gros joueurs comme Getty.

Les sorties de nouveaux produits sont savamment orchestrées sur les sites de nouvelles, question de maximiser le buzz partout dans le monde. On paye les sites « influenceurs », sous le masque de sites professionnels d’information. C’est devenu difficile de distinguer.

L’indépendance est malmenée. Je n’ai pas de problème avec le contenu sponsorisé, du moment où on le mentionne très clairement dès le début du reportage. Très peu de sites aujourd’hui le font. J’y vois un manque de professionnalisme et d’éthique.

Beaucoup de ces sites sont de plus en plus pollués visuellement par toute sorte « d’adds » qui te font la publicité de tout et de rien: des produits x, y, z sans lien avec le cyclisme, beaucoup de « top-7 trucs » (parce qu’aujourd’hui, même un top-10 c’est trop d’effort…), y compris des sites de rencontres (dating). C’est quoi, le rapport?

Beaucoup de sites ont même maintenant des vidéos qui démarrent de façon intempestive, automatique, sans avertissement. Dérangeant… le son avec!

Les articles sont de plus en plus courts, superficiels. 4-5 paragraphes et basta! L’attention du lecteur n’est de toute façon plus là. Peu de profondeur. Twitter l’a compris.

Mais tout n’est pas négatif!

On a de la chance en cyclisme, nous n’avons pas (encore) notre Donald Trump et ses fake news!

On trouve quand même encore certains sujets plus détaillés, et je dirais presque surtout sur les sites francophones, bien que certains sites anglophones en offrent de temps en temps. Le plus souvent, payant bien sûr, c’est à dire contenu réservé aux abonnées. Par exemple, L’Équipe propose encore assez régulièrement des dossiers en profondeur, je me souviens d’un récent sujet sur la santé mentale du peloton pro, fort intéressant et bien documenté. Il y a encore de la qualité, mais il faut la chercher plus fort. Et la payer, ce qu’on peut parfois faire à la pièce.

Il y a aussi d’autres aspects intéressants. Certains produits médias clairement sponsorisés offrent de beaux contenus, permettant de vivre le cyclisme « de l’intérieur ». J’ai récemment aimé ce vidéo de Wout Van Aert, sponsorisé par Agu sa bonneterie, parce qu’il m’a permis de mieux comprendre qui est Wout Van Aert et sa passion pour le cyclisme. À noter qu’Agu a eu le bon goût de placer son logo dès le départ du vidéo, exprimant ainsi clairement que ce contenu est sponsorisé. C’est ce qu’il faut faire selon moi, et nombre de ce type de vidéos n’affiche le sponsor qu’à la fin seulement.

On peut vivre le cyclisme davantage en « temps réel » aussi. 30min après la fin d’une course, tu as déjà en ligne un paquet de vidéos et d’articles te permettant de comprendre l’événement auquel tu viens d’assister: interviews de coureurs, vidéos d’équipes cyclistes vus de l’intérieur, vidéos embarqués dans les voitures des directeurs sportifs, etc. Tu vis presque l’émotion en temps réel et ça, c’est fort. Merci Marc Madiot!

Les sujets offerts sont moins analysés en profondeur certes, mais ils sont souvent plus variés ; ainsi, on peut aujourd’hui lire un peu sur le cyclisme féminin, sur le gravel bike, sur les ultra- et bien d’autres choses encore. On reste superficiel certes, mais sur un plus grand nombre de disciplines ou de sujets.

Enfin, tout s’est accéléré: l’espérance d’une nouvelle aujourd’hui sur un site est de moins d’une heure. Peut-être pas dans le vélo, mais on n’échappe pas à la tendance: il faut toujours avoir du nouveau contenu, plusieurs fois par jour. Les cadences sont infernales et pour suivre, forcément, tu rognes sur la profondeur et tu ratisses large.

Je suis curieux de savoir ce que vous en pensez!

Et demain, le sujet sera « La Flamme Rouge a-t-elle changée?! » Enfin, des réponses à vos questions sur les derniers mois.

Le cyclisme a changé

Nos récents échanges sur Milan SanRemo m’ont inspiré l’article d’aujourd’hui: le cyclisme a changé.

Comment?

Le calendrier est aujourd’hui plus long, plus international. De février à novembre, on trouve des courses de haut niveau. C’est important, car on peut s’entretenir (presque) à l’année. On peut se fatiguer davantage aussi, ne serait-ce que par les voyages qu’un tel calendrier implique.

La condition des coureurs est globalement moins variable. On le voit en particulier cette saison: Bernal et Pogacar, par exemple, les deux plus récents vainqueurs du Tour, étaient déjà sur l’avant-scène des Strade Bianche, et Pogacar a déjà gagné cette saison le Tour des Émirats arabes unis.

La condition des coureurs est moins variable parce qu’ils s’entretiennent à l’année. Contrairement aux coureurs des années 1970, 1980, 1990 voire 2000, plus d’inter-saison suivi d’une période de « rentrée »: on effectue simplement des « micro-coupures », souvent d’environ deux semaines, plusieurs fois par année et ca suffit. On revient ainsi plus rapidement au top, on reste sur le rasoir et on peut programmer les pics de forme à répétition durant l’année.

Les techniques d’entrainement ont donc évolué, et on y a adjoint davantage de musculation, de gainage, de plyométrie. Aujourd’hui, les coureurs sont plus complets. Pour preuve, Van Der Poel, Van Aert, Pidcock, pour ne nommer que ceux-là, sortent d’une grosse saison de cyclo-cross. Van Aert était récemment à l’entrainement à Tenerife et terminait ses séances sur le vélo par de longues courses à pied! D’autres étaient auparavant dans le Mtb (Bernal par exemple). Sans compter les liens entre la piste et la route: Ganna n’est-il pas quadruple champion du monde de poursuite et champion du monde du chrono ?

On tourne davantage les jambes qu’il y a 30 ans aussi. En partie parce que les vélos sont aujourd’hui équipés de 11 ou 12 vitesses, permettant un éventail plus grand de braquets. Les pros n’hésitent plus à monter des 29 voire des 32 dents, chose impensable il y a 30 ans. On allie plus qu’avant puissance et vélocité. On monte moins en force.

Les capteurs de puissance sont un outil ultra-utilisé à l’entrainement. On peut ainsi calibrer les séances au millimètre, et mesurer scientifiquement les progrès d’un athlète, qu’on suit à distance, peu importe sa localisation dans le monde. Les sensations demeurent importantes, mais elles sont relativisées à la lumière des watts qui eux ne trompent jamais. La dictature du FTP!

On offre un encadrement plus complet qu’avant; outre le traditionnel « soigneur-masseur », on a aujourd’hui des osthéo, des psychologues du sport, des médecins, des diététiciens, des cuisiniers, des spécialistes du sommeil aux chevet des coureurs, on offre de la cryothérapie, et d’autres techniques de récup.

Les équipes ne sont plus constituées de neuf coureurs, mais plutôt sept ou huit, selon l’épreuve. Cela change le cyclisme: on peut moins facilement contrôler la course, même si les oreillettes ont permis des gains. En cas d’abandon durant les courses par étape, l’équipe peut se retrouver à effectif très réduit, ce qui limite le rayon d’action si on a un maillot à défendre. On peut devoir recourir à des alliances. Pourquoi diable plusieurs coureurs d’autres équipes se sont récemment mis au service de Roglic sur la dernière étape de Paris-Nice?

On a vu un exemple éloquent de la difficulté de contrôler la course sur la 1ere étape du Tour de Catalogne avant-hier, alors que la Movistar a pris les choses en main en milieu d’étape pour disparaitre complètement dans le final. Loupé!

Globalement, les étapes sur les courses par étape sont moins longues, pour favoriser une course de mouvement. Les chronos sont moins longs aussi. Aujourd’hui, on trouve rarement des chronos de plus de 40 bornes ; il y a 30 ans, notamment à l’époque d’indurain, on avait souvent des chronos de plus de 75 bornes… de quoi creuser des écarts… d’autres diront de quoi bloquer la course.

Les chutes sont plus fréquentes, je pense surtout en raison des oreillettes: tous les directeurs sportifs demandent aux coureurs de remonter à l’avant au même moment. Le peloton est donc plus nerveux, n’importe quelle course est aujourd’hui chaudement disputée.

La pression médiatique est plus forte: outre le fait de devoir répondre aux journalistes, les coureurs doivent aujourd’hui soigner leur image sur les médias sociaux, question de pouvoir monnayer leur image d’ambassadeur du sport. Un Sagan, un Evenepoel, une Émily Batty l’ont compris. Certains monayent d’ailleurs très bien en dépit de résultats en demi-teinte; l’important, c’est d’être un bon ambassadeur.

Du coup, les enjeux de santé mentale n’ont jamais été si importants dans le peloton. C’était récemment Tom Dumoulin, et avant lui Marcel Kittel, Tyler Phinney ou encore Adrien Costa. La pression est forte, et au moindre faux pas, l’équipe te lâchera pour protéger son existence. Il n’y a plus de marge de manoeuvre. Certains craquent.

Bref, le cyclisme a beaucoup changé selon moi, et il existe probablement d’autres changements que je n’ai pas mentionné. Alors qu’on arrive au coeur de la saison cycliste 2021, il convient de garder tout ca à l’esprit pour comprendre ce qui se passe dans le peloton pro.

Retour sur Milan SanRemo

Merci à tous de vos commentaires sur Milan SanRemo, que ce soit ici sur le site ou sur la page Facebook de LFR.

Plusieurs d’entre vous ont semblé apprécier le final très incertain de la course, et l’attaque surprise de Jasper Stuyven.

Et je suis d’accord!

Comme j’ai écris dimanche « Saluons sans réserve l’intelligence de Jasper Stuyven, qui a eu la lucidité de partir au bon moment, et les jambes aussi.« 

Et d’accord avec vous tous: Stuyven est un vainqueur légitime bien sûr. Il a eu raison, il a gagné.

Je continue toutefois de croire que les grands favoris n’ont pas pris leurs responsabilités et que la course aurait pu être autrement plus animée tant le plateau était de qualité.

Pourquoi, par exemple, laisser Ganna imposer son rythme dès le pied du Poggio? À 82 kilos, je doute que le colosse italien aurait pu demeurer avec les meilleurs puncheurs du monde dans une pente variant entre 3 et 5%. Il faut l’accélérer, sa carcasse!

Mais au train, il était dans son domaine et a pu imposer un rythme très soutenu qui a compliqué les affaires de bien du monde, et fait celles de Caleb Ewan. Je l’avais écris avant la course, avec un VDP qui attaque au pied du Poggio, la course aurait été très très différente, même si ce dernier avait sauté plus haut. Même Mathieu l’a reconnu!

Pourquoi les équipiers de Ganna chez Ineos (Pidcock, Kwiatkowski) ne sont-ils pas entrés en action une fois son relais terminé? Parce qu’ils n’avaient pas les jambes pour le faire me direz-vous? Ben si t’as pas les jambes, tu le dis (on est au niveau WorldTour je vous rappelle). Imaginez un instant que Ganna se soit présenté au pied de la descente du Poggio sans avoir fourni l’effort qu’il a fait samedi dernier… c’était peut-être lui la meilleure carte d’Ineos pour tenter le coup du kilomètre! Je vous rappelle qu’il est quadruple champion du monde de poursuite…

C’est peut-être Ganna qui était le plus costaud samedi.

VDP ? Niet. Il ne peut pas toutes les gagner certes. Il a droit à des coups de moins bien, c’est certain. Mais il a eu les ressources pour suivre sur le haut du Poggio, derrière Alaphilippe et Van Aert. Quelle était sa tactique? Je ne sais pas.

Pour Caleb Ewan, l’occasion était rêvée en haut du Poggio, mais il lui aura manqué cruellement un équipier en bas de la descente. Il a fait ce qu’il a pu, et a remporté le sprint du paquet. De quoi être un peu amer.

Sagan, Matthews, Colbrelli, Turgis ont bien joué leurs cartes en tant que sprinters.

En fait, si on regarde la composition du premier groupe sur la ligne, sur les 17 coureurs présents, on a 14 équipes représentées. En gros, tout le monde (ou presque) était isolé. Ce qui explique probablement la fin de course.

Je souligne enfin le manque d’originalité des coureurs: pourquoi ne pas tenter un truc dans la Cipressa? Ca aurait d’abord le mérite de créer un joyeux bordel. Je croyais qu’un VDP tenterait peut-être quelque chose de plus loin samedi, le type nous ayant démontré qu’il n’a pas froid aux yeux. La Cipressa, ca peut être une belle rampe de lancement: le premier kilomètre est à près de 6%, et c’est plus long que le Poggio (6km au lieu de 3,8). Et si tu fais le forcing à cet endroit, tu peux voir des sprinters lâchés derrière, ce qui limiterait la volonté de certaines équipes de rouler jusqu’au pied du Poggio…

Bref, insaisissable Milan SanRemo. Certains la gagnent rapidement dans leur carrière, d’autres courent après le succès à SanRemo toute leur vie. Merckx l’a gagné 7 fois en 10 participations! Et c’est peut-être le… vent (de dos samedi dernier) qui explique le plus la course que l’on a vu: c’est toujours très compliqué de faire la différence vent de dos.

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