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Un Giro trop difficile ?

La 94e édition du Giro d'Italia s'élance samedi de Venaria-Reale, près de Turin, par un contre-la-montre par équipe de 22 kilomètres. Ca sera le coup d'envoi d'un Giro très difficile, trop, peut-être ? Présentation.

Le parcours

Au menu de Messieurs les coureurs, 3 496 kilomètres à parcourir en 21e étapes, selon la formule. La distance est tout à fait comparable à celle du Tour de France 2011 qui comporte 3 471 kms. 

Par contre, le Giro propose des étapes plus inégales puisque pas moins de neuf étapes comportent 200 bornes ou plus, contre seulement cinq sur le Tour. C'est que le Giro joue avec les extrêmes cette année: de longues étapes certes, mais aussi plusieurs étapes en ligne assez courtes: pas moins de six présentent 160 bornes ou moins (contre 4 sur le prochain Tour).

Plus encore, 6 des 9 étapes de 200 bornes ou plus sont des étapes accidentées sur le Giro, contre seulement deux sur le prochain Tour de France. Et on compte pas moins de 7 arrivées en altitude, contre 4 sur le prochain Tour de France.

D'où un commentaire généralisé de la communauté cycliste: c'est un Giro usant, difficile et favorable aux grimpeurs que les organisateurs ont dessiné en 2011, notamment avec le souci de souligner dignement le 150e anniversaire de l'unité italienne.

La course sera lancée dès le 3e jour avec l'étape vers Rappalo qui présente un final accidenté. De quoi placer un baroudeur en rose pour… un jour, la 5e étape étant elle-aussi très accidentée, casse-patte, spectaculaire avec les Strade Bianche et donc susceptible de bouleverser le classement général. Si aucun coureur ne gagnera le Giro au cours des 6 premières étapes, certains pourraient déjà le perdre…

Les choses sérieuses commenceront lors de la 7e étape avec l'arrivée en altitude au Montevergine di Mercogliano, 1260m d'altitude. Une première occasion de voir quels sont les hommes en forme pour le titre.

On remet ca deux jours plus tard avec l'arrivée en haut de l'Etna, en Sicile. On gravira d'ailleurs deux fois l'Etna au cours de cette étape dans le jardin de Vizenco Nibali qui sera évidemment très motivé. 

Après trois étapes plus faciles (10, 11 et 12e), on arrive dans le vif du sujet avec pas moins de cinq étapes dantesques. La 13e étape arrive en altitude au Grossglockner en Autriche. Le lendemain, c'est l'apothéose: 210 bornes avec, dans le final, le Monte Crostis (15 bornes à une moyenne de 9%) suivi du Zoncolan qui n'est plus à présenter. Et on rempile le lendemain vers Val di Fassa avec… 230 bornes à encaisser et trois cols de plus de 2000m dans les derniers 60 kms ! Mais ce n'est pas tout : les coureurs devront affronter, lors de la 16e étape, un chrono en côte long de 12,7 kms vers Nevagal, soit une montée présentant certains passages à plus de 10% voire, dans le final, 14%. Pour ceux qui tiendront encore debout, les organisateurs ont pensé placer la plus longue étape, longue de… 250 kms, lors de la 17e étape vers Sondrio avec, au km 170, le passage du Passo del Tonale, à plus de 2000m d'altitude. Gentil. 

Face à ce terrible enchainement, entrecoupé cependant par une journée de repos la veille du chrono, on peut se demander si les organisateurs n'ont pas poussé un peu trop loin les efforts demandés aux coureurs et si cela n'incite pas ces derniers à avoir recours au dopage, question d'encaisser le choc…

Il restera encore deux arrivées en altitude, soit lors de la 19e étape (210 bornes tout de même) vers Macugnaga et lors de la 20e étape vers Sestrière, avec un passage au Colle Delle Finestre, véritable sente en montagne et qui pourrait faire beaucoup de dégâts, les organismes étant épuisés du copieux menu servis dans les jours précédents. Le dernier chrono de 33 kms le dernier jour devrait être révélateur de ceux qui auront récupéré de ceux qui seront cramé d'un Giro aussi difficile.

Les favoris

Rappelons que le champion sortant, Ivan Basso, a curieusement choisi de ne pas disputer le Giro cette année, axant toute sa saison sur le Tour de France. Si le pari est risqué, il pourrait être payant si… Contador se voit interdire le départ par le TAS…

Alberto Contador. Ne sachant pas encore s'il pourra disputer le Tour, Contador s'est fixé l'objectif de gagner un 2e Giro après sa victoire en 2008. Devant un parcours aussi montagneux, Contador ne peut que se réjouir puisque cela convient à ses qualités. Mature, il possède également d'excellentes facultés de récupération. C'est le favori #1.

Vicenzo Nibali. Le vainqueur de la Vuelta 2010 sait qu'un Italien doit gagner le Giro pour devenir un "campionissimo". Il sait maintenant encaisser trois semaines de course mais honnêtement, je ne le vois pas rivaliser avec l'explosivité de Contador en montagne, et notamment lors des arrivées en altitude.

Joaquim Rodriguez. Le petit coureur espagnol a un bon coup à jouer sur ce Giro montagneux, étant doté d'un excellent rapport poids/puissance. Je le vois sur le podium à Milan.

Roman Kreuziger. Le grand joker de ce Giro. L'homme est très en forme et son résultat en Romandie n'est pas représentatif de son état actuel de forme. Avec l'équipe Astana à son service, un podium est possible à Milan j'en suis sûr.

Denis Menchov. Après Contador, c'est l'homme le plus titré sur les grands tours, avec deux Vuelta (2005 et 2007) et un Giro (2009). Comment dans ce contexte l'exclure des favoris ? Il sait qu'il ne participera pas au Tour, son équipe Geox n'ayant pas été retenue, et mise donc tout sur le Giro. Il pourra également compter sur Carlos Sastre pour l'aider voire pour brouiller les cartes en montagne.

Michele Scarponi. Le coureur enchaine les grands résultats depuis plusieurs mois, de façon un peu surprenante d'ailleurs. Certaines de ses démonstrations laissent songeur. Scarponi sera une réelle menace sur ce Giro et un podium est sans aucun doute à sa portée… s'il ne va pas à la faute. Si un scandale de dopage éclate sur ce Giro, ce pourrait bien être lui.

Danilo DiLuca. Vainqueur du Giro 2007, disqualifié en 2009, les meilleures années du play-boy italien sont derrière lui. Mais il pourra assurément aider Rodriguez et une place dans les 10 premiers n'est pas impossible pour lui, son punch dans le dernier km des ascensions demeurant sa principale force.

Les sprints

La lutte devrait être intéressante avec la présence de Mark Cavendish, Allesandro Pettachi ainsi que Tyler Farrar.

La montagne

On devrait y voir les John Gadret, Emanuelle Sella, José Rujano, Domenico Pozzovivo, Brice Feuillu et David Arroyo s'illustrer.

D'autres coureurs à surveiller

Machado. Porte. Pinotti. Spilak. Wegmann. Smzyd. Lovkvist. 

Le Canadien

Mike Barry chez Sky.

La question

Stefano Garzelli gagnera-t-il une étape ?! 

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Des nouvelles du Giro

12 Commentaires

  1. Batrick P

    Je vois deux défauts à ce Giro.
    – Les étapes dures de montagne sont trop concentrées. Il serait mieux je crois d'accepter qu'une course de trois semaines étalent ses difficultés sur… trois semaines, que le classement général se fasse sur la totalité de l'épreuve; l'étape de l'Etna sera certainement très utile.
    – Il manque la valorisation de la qualité de rouleur pour le classement général, par le biais d'un contre-la-montre de 60 à 80 km plat comme la main.
    Attention aux résumés, par exemple une arrivée au sommet comme celle de Macugnaga est porteuse de beaucoup moins de possibilités d'attaque parmi les protagonistes du général que celle de San Pellegrino Terme précédée des raidards du Passo di Granda.
    Si je regrette pour la valorisation du site que l'arrivée sur la route du Grossglockner ne se fasse pas au sommet, le mieux aurait été depuis le nord par les deux passages à 2500 puis le final au Franz-Joseph-Hohë, j'avoue avoir été étonné de l'audace consistant à proposer le terrible enchainement Monte Crostis – Zoncolan (qu'on pourrait à l'extrême faire précéder du Paso Cason di Lanza!). Je suis cependant perplexe quant à la volonté et à la capacité de faire respecter la régularité de la course, via la question des poussettes.

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  2. Batrick P

    Andrea Noe est au départ!

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  3. Etienne

    Hors contexte, mais un mot sur Clara Hughes dans le prochain tour de l'actualite ? (tour de Gila)

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  4. Oui, en effet, plus qu' étonnant ce Scarponi !

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  5. schwartz patrick

    Une fois de plus, un tel Giro sans aide chimique, je n'y crois pas ! les journées de repos ne serviront pas à dire bonjour à la petite famille mais à vidanger la vieille hémoglobine …

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  6. max

    Outre la 3e semaine bien vilaine, il y a beaucoup d'étapes vallonnées avec des bosses dans le final: si ça doit arriver au sprint dans ces étapes là, je vois pas trop quel puncher pour tirer son épingle du jeu… est-il intéressant pour les favoris de grapiller du temps sur ce genre d'arrivée? ou seront-elles pour les seconds couteaux?
    En outre, avec un tel parcours attention aux échappées fleuves, aux défaillances des favoris, et donc aux outsiders sur le podium. En espérant que ça ne favorise pas l'attentisme, et que tout ne se joue pas sur le zoncolan…

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  7. Batrick P

    Ce risque d'attentisme saute aux yeux. Il eut fallu éloigner les grosses étapes les unes des autres. La géographie italienne le permet.

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  8. max

    Une question (déjà posée mais mais je trouve plus la réponse): comment ça marche le chrono par équipe pour le pool? on gagne les points de la victoire pour chaque coureur? ou c'est l'ordre de passage sur la ligne?

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  9. thierry mtl

    Au Québec, en plus d'être disponible par la RAI sur vidéotron, le Giro est aussi diffusé live sur le réseau Sportsnet (Même en HD).  C'est tout un progrès canadien.

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  10. Batrick P

    A propos du sujet de l'article, la difficulté du Giro, une chose est sûre: il est plus accidenté que le Tour qui arrive!
     

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  11. thierry mtl

    Deux possibilités : une course attentiste et trop défensive ou une surprise en échappée de groupe.  
    Contador, le favori, ne devrait que suivre les roues et regarder ce qui se passe.  Il n'est pas celui qui doit faire sauter la course ou prendre le rose trop vite.  S'ils attendent la dernière montée pour attaquer, Contador sera imbattable.

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