Même plus confiance dans l’AMA…

Seul, comme je me sens seul aujourd’hui. Je me pose même la question: est-ce que ca vaut la peine de continuer La Flamme Rouge dans ces conditions?

Depuis 15 ans sur ce site, je dénonce sans relâche le dopage dans le cyclisme, cette gangrène de notre sport qui lui fait perdre sa crédibilité, et qui vole les athlètes sains. Je continue de croire que plus on parle de dopage, plus il sera dénoncé, et plus d’athlètes le rejetteront.

Jusqu’ici, je me disais surtout que l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) travaillait aussi dans ce sens, pour la juste cause.

Et bien ce n’est même plus le cas…

Hier, l’AMA a réhabilité en son giron l’Agence russe antidopage (Rusada), reconnaissant par le fait même que cette dernière est de nouveau conforme à l‘égard du code mondial antidopage.

Bref, la Russie est de retour!

Je suis écoeuré par cette décision. É-c-o-e-u-r-é.

La Russie n’a même pas reconnu les conclusions du rapport McLaren qui établissait clairement un dopage étatisé dans ce pays! La Russie ne s’est pas conformé non plus aux autres critères établis par l’AMA elle-même en 2015 lors de sa suspension, critères établissant les conditions de son retour. Et notamment l’accès, pour les autres labos, aux échantillons prélevés sur les athlètes russes entre 2011 et 2015.

En quoi croire aujourd’hui?

Fier du CCES

Partout toutefois, des voix s‘élèvent pour dénoncer cette décision de l’AMA, que seule la corruption au sein des douze membres du jury ayant pris la décision peut expliquer.

Parmi ces voix, celle de Travis Tygart, directeur de l’Agence antidopage américaine (Usada) et grand pourfendeur de Lance Armstrong. Cette voix est forte, très forte, même à l’international.

Parmi ces voix également, celle de la Norvégienne Linda Helleland, vice-présidente de l’AMA, qui a donc fait preuve d’un grand courage pour aller contre la décision de sa propre organisation.  Elle a déclaré “Aujourd’hui, nous avons échoué à l’égard des sportifs honnêtes dans le monde.“ Helleland était jusqu’ici perçue comme une candidate à la succession du britannique (tiens donc…) Craig Reedie, actuel président de l’agence. Faudra voir ce qui restera de sa candidature après ça…

Parmi ces voix, celle de Dominique Laurent, présidente de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), une agence qui a fait beaucoup contre le dopage dans le passé, avant de voir ses budgets – et donc son champ d’action – amputés.

Parmi ces voix, celle de Beckie Scott, l’ex-fondeuse canadienne, qui a eu l’immense courage de ses convictions en claquant la porte du Comité de révision de la conformité de l’AMA il y a cinq jours, ne pouvant pas supporter cette éventualité devenue aujourd’hui réalité. Beckie Scott sait de quoi elle parle, elle est devenue championne olympique en 2002 à Salt Lake City par… la poste, après la disqualification pour dopage de deux athlètes russes qui avaient terminé aux 1ere et 2e places de l‘épreuve…

Enfin parmi ces voix, celle du Centre Canadien d‘Éthique dans le Sport (CCES) dont je suis aujourd’hui très fier. Dans un premier temps, le CCES avait imploré l’AMA, il y a quelques jours, de reporter la prise d’une décision à l‘égard de la Russie à plus tard cet automne.

Hier, le CCES a émis un autre communiqué courageux dénonçant cette décision. Le CCES écrit: “Il est temps pour tous ceux et celles qui croient aux valeurs du sport et qui les placent avant les intérêts politiques et économiques d’exiger publiquement une réforme du sport international.”

J’exige une réforme du sport international!

L’indépendance de l’AMA

Le premier item de cette réforme doit être une revue de l’indépendance de l’AMA. Financée en bonne partie par le CIO, le président de l’AMA étant lui-même membre du CIO, il est très clair que les problèmes partent de là. Je suis convaincu que la décision inexplicable d’hier découle en grande partie des liens existants entre CIO et AMA

Il faut absolument et rapidement que l’AMA devienne un organisme totalement indépendant du CIO et des fédérations nationales.

Il faut également s’attaquer au financement de la lutte contre le dopage, les budgets ayant été réduits au cours des dernières années, malgré l’ampleur des crises, et notamment du scandale Lance Armstrong.

Il faudra enfin continuer de moderniser le code mondial antidopage, ceci afin de l’ajuster aux nouveaux produits d’une part, mais aussi aux nouvelles techniques d’autre part, notamment à l‘égard des Autorisations pour Usage Thérapeutique (AUT). Pourquoi ne pas viser des percées, notamment à l‘égard du passeport biologique étendu aux autres sports?

Je rejoins totalement Travis Tygart dans son communiqué hier: “The road to the new, stronger WADA must start now. And let’s be clear: absolutely nothing will be off the table for how we, the anti-doping community, begin the work of reforming WADA.”

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