Tous les jours, la passion du cyclisme

 

L’enfer des blessures

Je réalise que j'ai eu de la chance: depuis 1986, soit en 25 saisons pleines de cyclisme, je n'ai jamais connu de grosses blessures. Peu de chutes. Aucune fracture. Aucune tendinite. Quelques petits bobos ici et là, mais rien de bien marquant. Rien pour me tenir éloigné des semaines durant de ma petite reine.

Peut-être est-ce de la chance. Peut-être aussi est-ce le fait d'une relative bonne position sur le vélo. Peut-être enfin est-ce le fait d'une prise de risque toujours calculée. Je ne sais pas.

C'était jusqu'ici. Depuis vendredi dernier, une vive douleur aux fléchisseurs gauche de la hanche me prive de vélo. L'origine ? Aucune idée: la douleur est apparu à mon travail, alors que je n'avais pas touché à mon vélo depuis 36h !

Voilà seulement que je mesure tout le drame des coureurs blessés qui ne peuvent donc pratiquer leur métier en de bonnes conditions et ainsi assouvir leur rêve et leur passion. Le drame dans les blessures, c'est la frustration, celle de devoir prendre son mal en patience, le corps ayant besoin de temps pour bien guérir. Pour moi, la frustration est à son comble: la condition physique était, la semaine dernière, excellente, et il fait enfin beau et chaud au Québec après le pire printemps en presque 30 ans. Privé de ma dose quotidienne d'endorphine, c'est ma conjointe qui subitement trouve la maison bien petite à force de me voir tourner en rond. Putain de saloperie de merde que cette maudite blessure aux fléchisseurs de la hanche !

Anyway, ce soir, je n'ai pu tenir davantage: je suis allé rouler. Une heure. Quelques bons efforts. Ca passe ou ca casse. On verra demain l'état dans lequel je serai. Pour l'instant, ca tient.

Aussi, ce soir, je pense à tous mes collègues cyclistes, quel qu'ils soient, au prise avec des blessures. Je pense notamment à Romain Sicard (Euskaltel), au prise avec un sérieux problème à un genou et qui le prive de vélo en ce moment, lui qui est à l'aube seulement d'une belle carrière professionnelle après un titre de champion du monde U23. 

Je pense aussi à Guillaume Boivin chez SpiderTech dont le début de saison a été retardé en raison d'une blessure lui-aussi. Ca doit être très difficile de voir ses équipiers courir en Europe sans lui à essayer de faire un nom à cette équipe canadienne, après sa très belle 3e place aux Mondiaux U23 sur route à l'automne dernier. J'espère qu'il aura sa revanche plus tard dans la saison.

Je pense enfin à William Goodfellow (Bodysol-Lotto) qui devra subir une opération à l'aine pour un problème récurent à cet endroit. Pas facile de stopper ainsi brutalement en pleine saison et à quelques jours du début d'une période si importante pour le cyclisme québécois avec le début des Mardis cyclistes de Lachine suivi du Tour de Beauce et des Championnats canadiens.

Les blessures sont une véritable saleté dont personne n'est à l'abri, même si certains ont probablement une meilleure constitution que d'autres. Je pense par exemple à Eddy Merckx, un homme qui a été relativement épargné par les blessures, du moins au meilleur de sa carrière. Ce n'est qu'après 1975 où les choses se sont détériorées, probablement en raison d'un organisme alors fatigué. Merckx lui-même a toujours affirmé qu'il aurait dû abandonner le Tour 1975 après avoir été victime d'un coup de poing donné par un spectateur dans l'ascension du Puy de Dôme. 

D'autres ont été servi: on pense évidemment à Laurent Fignon, mais aussi à Stephen Roche ou à Bernard Hinault. À leur manière, ils sont tous revenus pour terminer leur carrière sur une belle note.

Je suppose que la force des grands sportifs est également là : savoir se relever de telles épreuves pour revenir plus fort encore. À tous les blessés du cyclisme, c'est ce que je nous souhaite de tout coeur.

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L’actualité commentée

  1. Thierry Lemaire

    Encore plus spectaculaires, la hanche de Floyd Landis et la clavicule de Tyler Hamilton
    Bon rétablissement

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  2. Marc

    Sans oublier Greg Lemond qui avait été mépris pour un dindon lors d’une chasse avec son frère, à croire que son frère aurait des ambitions sur la vice-présidence!

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  3. Daniel

    Un dénommé Armstrong, je crois.

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  4. Batrick P

    "L'enfer, c'est les autres", qu'il écrivait; le regard des autres, l'image qu'on veut bien lui donner, la pression qu'on s'impose, si j'ai bien compris. Ici, l'accident de vélo, ou le handicap passagé sur blessure, ce peut être soi-même, le regard de soi sur soi, l'image qu'on veut bien se donner, la pression se mettre. Dans l'adaptation à l'inaction physique forcée comme mal majeur sur lequel tu insistes, sur des êtres habitués à l'hyperactivité physique, il y a, aussi, une part de libre-arbitre. Il y a du jeu, on peut vivre autrement, vivre et pas survivre.
    Tout dépend bien entendu de la gravité de la blessure, la fracture de la rotule qui immobilise six mois n'est pas celle de la clavicule, pénible-je-peux-vous-le-dire et dans de nombreux cas rendant complètement impossible la continuation d'un Tour de France, restons lucide, mais permettant tout de même la remontée rapide sur home-trainer, d'abord sur un bras. Il y a surtout la question de la réversibilité, la plupart du temps assurée, mais pas toujours. Sur laquelle on peut résilier, grandir, on a un bel exemple chez nous avec Dominique Bard; il y en a d'autres. Gardons-donc le mot "enfer" pour quelques cas très rares mais malheureusement existants. Pour rester dans le sport, et dans le sport dans le vélo, Roger Rivière a vécu l'enfer, Kaï Reuss je ne sais pas, Carlo Tonon a vécu l'enfer, il s'en est suicidé. Ce serait leur manquer de respect que d'utiliser abusivement ce mot. Marco Pinotti va souffrir, va gamberger, mon ami aussi, mais ce ne sera pas un enfer. Je crois.
    Merci pour ton article.

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  5. Paul

    Han ???

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  6. zboy

    J'viens de sortir de 5 semaines complètement off, le dos barré pour rien sur le vélo.  J'suis essouflé en montant les marches et la météo ne m'aide pas à remonter la condition…alors j'me dis, une de scrap en 25 ans, c'tu bien grave ?!! Sur mon humeur, oui, en tout cas…

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  7. Un billet sur ce thème Jean-Sébastien ? 
    Ca me ferait en tout cas bien plaisir de rouler avec toi cette saison: ca serait bien la première fois que j'aurais une chance de te larguer ! Parce que Dieu que tu m'as fait souffrir sur le GP de Charlevoix il y a quelques années, mon salaud !

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  8. zboy

    oui je vais pondre de quoi bientôt, à ma sauce bien sûr…et en passant, ma blonde me lâcherais présentement, qu'elle en profites, ça va changer…!!!

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