Entrevue avec Olivier Brunel-Raynal, testeur de produits cyclistes

OBJ’ai récemment eu le plaisir d’entrer en contact avec Olivier Brunel-Raynal, testeur de produits cyclistes pour des sociétés comme Time ou encore Veloflex. Petite entrevue avec Olivier pour vous faire découvrir un métier peu connu, mais important, du cyclisme.

La Flamme Rouge : bienvenue Olivier sur La Flamme Rouge et surtout, merci de prendre le temps de participer à cette petite entrevue.

Olivier Brunel-Raynal : Merci Laurent, je suis heureux de pouvoir contribuer à La Flamme Rouge dont je suis un fidèle lecteur.

LFR : Olivier, comment devient-on testeur? Sur le palmarès?

OBR : En fait, les essais terrain participent aux validations fonctionnelles et durabilité des produits et les testeurs doivent donc répondre à certains critères spécifiques. Dans le processus de sélection, il y a aussi une part de chance, avec TIME ca s’est passé par le biais d’une connaissance qui était en relation avec le responsable technique qui cherchait de nouveaux testeurs pour le développement des roues. J’ai commencé ce travail avec TIME il y a 10 ans, avec les premiers tests. Avec VELOFLEX, j’avais pris l’initiative de tester la résistance à la crevaison sur un lot de plus de 30 boyaux que je leur ai transmis pour information et quelques mois plus tard ils m’ont recontacté pour tester les premiers prototypes de boyaux développés spécifiquement pour la classique Paris Roubaix chez les pro. Disons en terminant que mon profil cycliste, c’est « cyclosportif ULTRA » puisque je parcours environ 40 000 kilomètres par an.

LFR : Ayant moi même déjà testé des vélos, il faut développer une certaine sensibilité pour remarquer les petites différences. Cette sensibilité s’acquiert essentiellement avec l’expérience je suppose?

OBR : Je pense que la sensibilité est avant tout une disposition naturelle qui peut aussi se développer avec l’expérience et l’optimisation de sa position sur le vélo de manière à être détendu et mieux ressentir les choses. Mais un « bon » testeur se doit de combiner trois qualités : il doit d’abord « solliciter » les composants dans la plus large gamme d’usage possible, il doit être ensuite capable de bien ressentir le comportement du vélo et enfin, il doit bien retransmettre et communiquer ses analyses.

LFR : Dois-tu respecter des protocoles bien déterminés pour tester les produits qu’on te confie?

OBR : TIME et VELOFLEX ont une démarche très professionnelle, selon le type de test. Parfois, je dois remplir un questionnaire et respecter un protocole très précis. D’autres fois, je suis libre de faire remonter ce qui me semble le plus déterminant. J’ai même souvenir d’un test en aveugle ou TIME m’avait fait rouler sur un vélo, soit disant de série, mais qui avait en fait une nouvelle fibre carbone. Ils voulaient avoir mes impressions sans m’influencer. TIME m’incite aussi à rouler sur des vélos d’autres marques pour mieux comparer et je participe a tous les essais marques qui se déroulent dans la région.

LFR : Engages-tu ta responsabilité lorsque tu testes des produits? Qu’advient-il par exemple si ton évaluation n’a pas capté certains points?

OBR : Sur la plupart des essais, TIME combine les retours de plusieurs testeurs pour avoir une analyse statistique et c’est surtout valable pour les tests de ressentis ou il y a de grandes différences de perception. Dans certains cas, il y a un « testeur pilote » qui a sans doute une plus grande responsabilité. J’ai souvenir, par exemple, d’un test en 2014 assez stressant ou on avait eu une semaine intense sans le droit à l’erreur. C’est dans ce type de situation qu’on prend conscience de la qualité et de la motivation des équipes techniques comme de l’intérêt d’avoir une fabrication locale qui permet de réagir beaucoup plus efficacement.

LFR : Un testeur donne sa rétroaction verbalement ou par écrit?

OBR : Je fais un rapport mensuel sur tous les composants en test et je rédige un rapport spécifique pour chaque campagne de tests de produits. Mais il y a aussi beaucoup d’échanges directs avec les ingénieurs de TIME chez qui je me rends régulièrement pour échanger sur le déroulement des tests et pour qu’ils puissent analyser les composants (observations et mesures en laboratoire). Avec VELOFLEX, on procède essentiellement par échange de courriels et je leur renvoie les produits pour analyse après les tests. Je me suis rendu à l’usine de VELOFLEX située à coté de Bergame à 2 reprises déjà pour mieux comprendre leur processus de fabrication et échanger avec les ingénieurs.

LFR : Que peux-tu nous dire sur les récents tests que tu as réalisés? Verrons-nous de nouveaux produits révolutionnaires apparaître prochainement?

OBR : Je suis tenu à une certaine discrétion sur les essais mais ceux qui roulent avec moi observent régulièrement des composants exotiques sur mon vélo et/ou des vélos en test de courte durée. Si les vrais avancées technologiques du type de la fourche AKTIV sont rares, il y a par contre tous les ans un nouveau modèle à tester et souvent des évolutions sur les composants ou les matériaux. En plus de la « partie visible » des nouveaux modèles qui sont présentés au public, il faut savoir qu’il y a de nombreuses petites modifications destinées à améliorer la performance, l’ergonomie, la durabilité dont on entend rarement parler. Je roule pour l’instant sur un SKYLON avec une selle, des pédales et cales, une tige de selle, un jeu de direction, un câblage interne, une peinture et des boyaux qui sont tous des prototypes qui équiperont peut être… ou pas… la gamme 2017.

LFR : On parle beaucoup, cette saison, des nouveaux pneus et boyaux Vittoria à base de graphène, réputés quasi-increvables. Tu en penses quoi?

OBR : Une analyse benchmarking est prévue avec des essais laboratoire et terrain bientôt, c’est dans mon programme de tests en 2016. Mais avant ce test, il y a plusieurs essais qui ont été jugés plus importants pour VELOFLEX et au vu du programme très chargé, je ne pense pas les tester avant cet été. Nous pourrons nous en reparler!

LFR : Chez Time, qu’as-tu pensé du Skylon, toi qui a dû tester de nombreux cadres dans ta vie?

OBR : TIME à une politique de renouvellement de sa gamme sans doute moins dynamique que certains concurrents mais en contrepartie chaque nouveau modèle est en rupture forte avec son prédécesseur. Dans la gamme TIME il y a 3 modèles qui s’adressent à des profils de cyclistes complémentaires, du cyclo avec le FLUIDITY et l’IZON au coursier avec le SKYLON. Ce dernier apporte un vrai gain en terme d’efficacité, de polyvalence, de pilotage tout en étant plus accessible (comprenez plus facile à vivre) que son prédécesseur le ZXRS. Équipé de la fourche AKTIV, c’est un vélo au comportement exceptionnel qui est beaucoup plus polyvalent que son look pourrait laisser penser et qui me correspond bien même si je suis plus un « diesel » qu’un coursier. Donc pour moi c’est le meilleur…jusqu’au prochain modèle !

LFR : Et chez Veloflex, quels sont les produits qui se démarquent côté pneus et boyaux?

OBR : Toute la gamme est construite autour de deux composants clés et partagés entre les différents modèles : la carcasse tissée de fils de polyamide et la bande de roulement en caoutchouc naturel. Les pneus et boyaux partagent en particulier les mêmes composants ce qui donne aux pneus un comportement très proche des boyaux en terme de rendement, confort et tenue de route. Les différents modèles de la gamme VELOFLEX se différencient ensuite essentiellement par les diamètres et les coloris à quelques nuances près qui peuvent toucher l’épaisseur et le motif de la bande de roulement et de la bande anticrevaison. La gamme s’est enrichie l’année dernière de boyaux 27mm, sans parler des évolutions continues sur la structure pour améliorer le confort et le rendement, qui ne sont pas « marketées » auprès du public. Les pneumatiques en 22&23mm sont mieux adaptés aux parcours montagneux, les 25mm les plus polyvalents et les 27mm pour les routes en très mauvais état, peut-être du type de celles que vous pouvez retrouver au Québec ! Personnellement, j’ai un faible pour les boyaux Roubaix l’été et les Vlandereen l’hiver !

LFR : Merci Olivier de ces détails, et à bientôt !

OBR : J’espère effectivement qu’on aura l’occasion de rouler ensemble en 2016 et je souhaite une bonne saison cycliste a tous les lecteurs de La Flamme Rouge.

5 Commentaires

  • Marten
    Soumis le 16 février 2016 à 6:09 | Permalien

    Photo prise au col de St Jean entre Laborel et Sédéron. J’espère y monter au mois de mai.

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  • Soumis le 16 février 2016 à 6:37 | Permalien

    Merci! je ne savais pas que ce metier existait ! La Flamme Rouge comme je l’aime…ce que l’on ne voit , ni ne dit ailleurs!

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  • Patrick
    Soumis le 16 février 2016 à 7:10 | Permalien

    Marten, et la montée versant sud est plus belle encore par Izon la Bruisse. Des lieux magnifiques pour le vélo. Izon la Bruisse où une tragédie du Maquis a eu lieu début 1944.

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  • regis78
    Soumis le 16 février 2016 à 4:46 | Permalien

    Ouah !!! 40 000 Km/an, je suis bluffé !!!

    Intéressante cette interview, perso j’aurai du mal à percevoir, quantifier les différences mais c’est un métier n’est-ce pas.

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  • Marten
    Soumis le 18 février 2016 à 5:56 | Permalien

    Merci pour le tuyau, Patrick!

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