Dopage de masse: quelles solutions?

Je fais écho à l’article publié hier sur le site-ami Trimes, un site s’intéressant en premier lieu au triathlon.

Cet article parle du dopage dans le triathlon, dont nombre d’épreuves s’adressent aux amateurs qui y viennent en très grand nombre.

Trimes rapporte que des études récentes montrent que 20% des coureurs amateurs sur certains triathlons – c’est un participant sur cinq! – seraient dopés. Apparemment, les raccourcis du type « tous dopés » et qui minent la crédibilité du sport cycliste de haut niveau commenceraient à apparaitre dans le triathlon et toucheraient même les athlètes amateurs.

Trimes a raison – et nous l’avons souvent dit sur ces colonnes – de rappeler qu’il est faux de prétendre que tous les athlètes se dopent. Ce à quoi il faut rajouter que parmi les dopés, tous ne se dopent pas de la même façon! Certains – souvent les meilleurs, donc les plus riches – ont accès à des protocoles et des produits dopants autrement plus sophistiqués que le néo-pro qui émarge à 40 000 euros par an…

Trimes cherche des solutions à ce problème apparemment grandissant dans le triathlon. Parmi celles évoquées, on note que les médias devraient aussi insister sur les « athlètes à la mentalité béton qui se soumettent à des programmes très contraignants de lutte contre le dopage dans une optique de sport propre« . Le problème, c’est qu’ils ne sont vraiment pas nombreux, du moins en cyclisme: peu osent publier leurs données, leurs analyses sanguines. Lance Armstrong, évoquant son retour en 2009, avait annoncé à grande voie qu’il publierait toutes ses données physiologiques, sous contrôle médical indépendant, permettant de faire taire toutes les critiques à son endroit; il s’était vite ravisé et rien n’a été fait, bien entendu… Dans ce contexte, comment être totalement sûr de la probité des athlètes? Le passeport sanguin, en vigueur dans le cyclisme, demeure pour le moment confidentiel…

Trimes suggère aussi de mieux cibler les tricheurs potentiels. Là, je suis tout à fait d’accord et c’est notamment là un des buts du passeport biologique en cyclisme. J’ai également souvent affirmé que les calculs de puissance sont suffisamment précis – pas exacts mais suffisamment précis – pour servir  ce but d’identifier les coureurs générant trop de puissance, et ainsi les avoir à l’oeil.

Trimes souligne que l’argent est le nerf de la guerre, comme ailleurs. Comment ne pas être d’accord? Dans ce contexte, Trimes souligne que la lutte contre le dopage « doit venir des instances qui font le plus d’argent avec le sport« . Là encore, comment ne pas être d’accord? Le hic, c’est que ces compagnies qui font le plus d’argent avec le sport – IronMan certes, mais aussi la Ligue Nationale de Hockey, la NBA, la NFL, etc – ne voudront pas ternir l’image de leur produit si lucratif en s’attaquant au dopage… On a vu ce que ça a donné dans le baseball, et le football américain n’ose pas regarder sous la couverture de peur de ce qu’il y trouverait…

La solution selon moi passe par les instances internationales: refuser d’accorder des licences, des sanctions, à ces événements si les contrôles ne sont pas suffisamment en grand nombre. En cas de refus, pas de sanction, de reconnaissance officielle de l’événement, ni de contribution de ces épreuves à des classements généraux sur l’ensemble de la saison. Les compagnies seraient libres de créer leurs propres événements certes, sans offrir de garantie quant à la probité des athlètes. Le discrédit sur ces ligues privées pourrait être rapide selon moi si leurs épreuves sont constamment l’objet de soupçons, par rapport à d’autres aux contrôles plus stricts. Je préférerais en tout cas, en tant qu’athlète, m’inscrire dans une épreuve sanctionnée et dont on assure une certaine propreté des participants via de nombreux contrôles antidopage, que dans une autre épreuve « free for all » ou c’est du n’importe quoi!

Enfin, l’idée de jouer sur l’aspect psychologique en invitant tout le monde à faire pipi dans le pot sans dire lesquels de ces pots seront testés est bonne, mais difficilement gérable sur une épreuve comme la cyclosportive La Marmotte ou on a 7 500 participants (je sais que c’est aussi le cas de nombreux triathlons). Ca en fait, des pots de pipi à stocker!

Chose certaine, la réflexion est intéressante et cet article a la lucidité de montrer que le dopage, ce n’est pas qu’un problème présent dans le cyclisme, mais dans beaucoup d’autres sports, notamment d’endurance. Le cyclisme a l’immense mérite de s’y attaquer, ce qui lui vaut aussi une mauvaise presse à intervalles réguliers, bien malheureusement.

4 Commentaires

  • Eric
    Soumis le 22 janvier 2015 à 2:40 | Permalien

    Comment peut-on croire que le dopage n’existerait que dans le vélo? Ce n’est pas la discipline qui fait que les athlètes se dopent ou pas. Il y a des causes au dopage, qui sont la nécessité de gagner pour gagner sa vie (ou tout simplement satisfaire son égo chez les amateurs). Partout où ces causes existent, le dopage existe: dans le triathlon, au ping pong, en formule 1, aux échecs…
    Ce n’est pas propre au sport. Dans l’entreprise, le dopage est absolument généralisé, par le recours aux multiples cafés et jusqu’à la cocaïne et autres drogues (c’est curieux d’ailleurs de voir comment il est admis dans ce cas…).
    Si tu veux supprimer le dopage, il faut supprimer la nécessité de gagner. Oui, je parle bien d’un changement de société. Tout le reste est aussi vain que de construire des morceaux de digue pour empêcher la mer de passer…

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  • Veille au grain
    Soumis le 22 janvier 2015 à 9:14 | Permalien

    D’accord sur de nombreux points. Pris en compte de la mesure de puissance pour orienter les contrôles : oui.

    Mais cela doit être fait avec de la rigueur et pas selon les analyses d’Antoine Vayer.

    Lire à ce sujet l’excellente critique de Philippe Achard dans le courrier des lecteur du dernier « Sport Et Vie »

    Extrait:

    « Pour un même individu, les puissances réalisables ne sont pas les mêmes entre un effort de 30′ (type Port de Bales ou Plat d’Adet) et un effort prolongé de 50′ (type Chamrousse). La physiologie indique un écart pouvant aller jusqu’à 5%, soit 20 watts à ce niveau de performance, bien au-delà des écarts que vous interprétez. »

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  • Vincent C
    Soumis le 22 janvier 2015 à 6:02 | Permalien

    Tout passe par la criminalisation du dopage et le reversement du fardeau de la preuve.

    Alors que le nombre de victime du dopage est immense, plus que l’on en pense soit les autres coureurs, les sponsors, l’équipe, les organisations et finalement les spectateurs qui sont floués, notre système favorise le droit des accusés au détriment des victimes.

    On l’a vu avec Lyne Bessette qui s’est battue et qui se bat encore pour faire reconnaitre tout le tord que Jeanson a fait. Et le nombre de fois qu’on entends que les dopés salissent l’image du cyclisme, que le geste du dopage à une portée bien plus grande qu’on le conçoit.

    Le système pénal et criminel, dans l’état actuel des choses, offre une large protection à quiconque est accusé d’un crime : présomption d’innocence, droit à l’avocat(e), droit à un procès juste et équitable, droit d’être jugé par ses pairs dans le cas d’un crime grave. De surcroît, la Charte des droits et libertés s’ajoute à tout cela pour assurer qu’au nom de la justice, on ne se permette pas de bafouer les droits fondamentaux d’un(e) accusé(e).

    Des dispositions semblables existent déjà dans notre système de justice où le fardeau de preuve est à l’accusé et non à la couronne. Pensez notamment aux dispositions de la Loi sur l’impôt et le revenu.

    Ce genre de disposition éviterait les dérapages où la notion du doute raisonnable cafouille comme le cas du coureur et l’eau de Malartic.

    Pour finir, je ne crois pas que les instances comme l’UCI et les fédérations devraient avoir certains pouvoirs sur le dopage car ils sont à la fois juge et parti. Ils ont le devoir et la mission de développer le sport et de le réguler. Le développement rime avec image et à tout prix, on ne veut jamais ternir cette image. Les instances ne feront jamais table rase dans le dopage au nom de garder en état le cyclisme. Juge et parti donc. Qui veut passer au pilori la vedette de son sport qui fait rapporter de l’argent à tous?

    Alors, non, ça prend une entité indépendante, l’AMA étant toute désignée. Elle devrait avoir les pouvoirs de ciblés les coureurs au lieu des fédés qui veulent protéger leurs coureurs comme l’Espagne. Cela éviterait la corruption à tout point.

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  • Simon
    Soumis le 26 avril 2016 à 2:22 | Permalien

    Le tri, comme tous les sports d endurance, est touche par le dopage.
    Pourquoi sans doute plus ?
    L essor récent provoque notamment par les JO 2012 et l esthétique télévisuelle a amené de nombreux jeunes et des amateurs de tous âge à s y essayer. Au vu de l evolution de la vitesse et des performances constatées, les charges d entraînement sont à L évidence plus importantes, ceci est difficile à tenir sans un certain nombre de substances qui améliorent L efficacité dans les trois disciplines.
    Les magazines, la fédération, les épreuves présentent le plus souvent le côté performances et non le loisir plaisir. Ainsi peut on lire des articles sur l alimentation avec des apports autour de 2 000 calories alors que la page d a coté présente un plan d entraînement à plus de 3 000 calories … Comment expliquer L écart autrement que par les produits …
    Pour préserver L essor de licenciés et pratiquants, le tri est peu contrôle et de nombreux cyclistes y viennent pour cela…
    C est donc une responsabilité partagee par tous les acteurs et pas seulement les sportifs qui souhaitent progresser dans un sport plaisant, ou il y a peu de blessures et ou l ambiance est vraiment sympa.

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