Affaire Jeanson: que penser de cette nouvelle entente?

Notre collègue Guy Maguire de Veloptimum a été parmi les premiers à annoncer la nouvelle, "celle d’une entente conclue entre la cycliste québécoise Geneviève Jeanson et l’United States Anti-Doping Agency (USADA) qui prévoit, en sanction contre son test positif à l’EPO lors du Tour de Toona en juillet 2005, une période d’inéligibilité de deux ans qui prendra donc fin le 25 juillet prochain. C’est une entente cordiale puisque l’USADA avait d’abord demandé une suspension à vie de l’athlète féminine puisque son contrôle positif en juillet 2005 constituait une forme de récidive, ayant déjà été impliquée les années précédentes dans des histoires présumées de dopage. Rappelons par exemple son exclusion pour taux d’hématocrite trop élevé le matin de l’épreuve sur route des Mondiaux d’Hamilton en 2003 et l’affaire du contrôle anti-dopage manqué lors d’une Flèche Wallonne un peu plus tard. L’entente stipule qu’en aucun cas, il s’agit d’un aveu de culpabilité de la part de Mme Jeanson. Il s’agit simplement d’un réglement cordial permettant d’éviter un long procès. Mme Jeanson souligne que toute cette histoire lui drainait beaucoup d’énergie et qu’il s’agit donc d’une bonne solution lui permettant de tourner la page. On veut la croire. Mme Jeanson mentionne enfin avoir collaboré avec un chercheur belge pour essayer de comprendre l’inexplicable. Selon ce chercheur, l’analyse détaillée du phérogramme suggère la présence dans l’urine de Mme Jeanson de protéines naturelles qui ressemblent à l’EPO. Le test de dépistage d’EPO rendrait donc un faux positif dans son cas. Alors, que penser de ce nouveau rebondissement dans une saga qui défraie la chronique depuis fort longtemps dans le milieu du cyclisme québécois ? D’une part, on peut raisonnablement penser que l’USADA a agi un peu à la légère dans ce dossier, n’allant pas au fond des choses. Il aurait été intéressant, par exemple, de confronter l’hypothèse de Mme Jeanson et de son chercheur à l’examen des faits et à recueillir l’avis des plus grands spécialistes – notamment ceux qui ont mis au point les méthodes de détection de l’EPO – à ce sujet. On peut également penser que l’USADA possédait des preuves suffisantes pour sanctionner l’athlète au passé trouble en matière de dopage, étant en présence d’un contrôle positif à l’EPO. Quels sont alors les motifs de l’USADA pour un tel règlement ? Bizarre… L’USADA serait-il débordé par les cas Hamilton et Landis ? D’autre part, les nouveaux éléments apportés par Mme Jeanson pour essayer de blanchir son nom sont selon nous largement lacunaires. Il reste beaucoup d’éléments à éclaircir, notamment les taux d’hématocrite très élevés enregistrés lors des Mondiaux de 2003 ou de la Flèche Wallonne (seulement l’échantillon A était hors limite UCI précisons-le) l’année suivante. Si son taux d’hématocrite est naturellement élevé, rien de plus simple à prouver en donnant accès à ses historiques sanguins. Nous persistons à croire qu’il faut que Mme Jeanson rende publics ses dossiers médicaux passés afin que des spécialistes indépendants -hématologues par exemple – puissent donner leur avis. Enfin, il reste toute l’affaire Duquette à élucider, une affaire encore en cours au Québec et dont nous n’avons eu malheureusement que peu de nouvelles depuis fort longtemps. Il est clair que l’affaire Duquette est une autre épée de Damoclès pendue au dessus de la tête de Mme Jeanson et qu’il conviendrait d’élucider rapidement si elle veut vraiment banchir son nom de tous soupçons. Enfin, ce règlement entre l’USADA et Mme Jeanson laisse croire qu’elle envisage très sérieusement un retour à la compétition très bientôt. Rien d’étonnant à cela, les cyclistes étant d’abord dopés (sans jeu de mots) à l’effort physique total et, lorsqu’ils atteignent le haut niveau, à l’euphorie des victoires, à la reconnaissance du public et la gloire qui viennent avec. Regardez les tous, ils veulent tous revenir à la compétition après leurs suspensions: Hamilton, Perez, Mancebo (qui avait pourtant annoncé sa retraite pure et simple du sport après avoir été écarté du Tour l’an dernier pour son implication dans l’affaire Puerto), Millar, etc. Aussi, nous pensons que les chances sont grandes pour que Mme Jeanson annonce dans les prochains mois un retour à la compétition. La grande question demeure et c’est bien ca le plus emmerdant: coupable ou non ? Dans les situations louches à l’égard du dopage comme celle de Mme Jeanson, nous avons toujours adopté, à La Flamme Rouge, une ligne de pensée assez sévère, estimant que 99 fois sur 100, les cyclistes ne nous ont pas donné de raisons de leur faire confiance au cours des 15 dernières années. Beaucoup d’éléments sont très troublants dans les affaires de Mme Jeanson et nous estimons donc qu’on peut raisonnablement mettre en doute son innoncence. Ceci étant dit, nous pensons fermement que la situation n’est pas irrécupérable si elle était vraiment innoncente. Il ne s’agit alors que de rendre publics ses dossiers médicaux et d’expliquer avec vraissemblance ses liens avec le Dr. Duquette.

4 Commentaires

  1. Cosmos
    Soumis le 29 novembre 2006 à 4:07 | Permalien

    Oui mais si Jeanson produit des protéïnes semblablent à l’EPO après un effort “violent”, ne semble-t-il pas logique qu’elle sera encore contrôlée positive dans le futur? Pourquoi ne fait-elle pas toute la lumière sur cette particularité au lieu d’attendre un nouveau contrôle positif?? Ça me semble illogique… à moins bien sûr que cette histoire de production de EPO à l’effort violent ne soit que de la BS.

    Et en effet, très bizarre cette suspension à vie transformée en suspension de 2 ans.

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  2. Jérôme
    Soumis le 29 novembre 2006 à 7:41 | Permalien

    La suspension de Geneviève Jeanson fait suite à l’analyse d’un échantillon d’urine prélevé par une chaude soirée du 25 juillet 2005. Cet échantillon aurait dû être réfrigéré immédiatement; il a plutôt été conservé à la température ambiante pendant près de 2 jours. De l’urine gardée au chaud de cette façon se dégrade très rapidement; c’est un bouillon de culture ou les éléments qui le forment se décomposent et se recombinent…

    Il semble donc que l’USADA préfère conclure ”à l’amiable” plutôt que de s’enliser à tenter de prouver la validité du test, tâche difficile, voire impossible, vû la négligence avec laquelle l’échantillon a été conservé suite au prélèvement.

    Quant à Jeanson, elle s’en sort écorchée mais vivante. Cette entente lui permet de se tourner vers l’avenir. Lui reste maintenant une autre importante décision à prendre, celle de se distancer de cet entraîneur autour duquel flotte de nombreux nuages sombres…

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  3. Marc
    Soumis le 29 novembre 2006 à 9:43 | Permalien

    Je suis d’accord avec Cosmos. Le même argument/questionnement est valide pour le cas de Tyler Hamilton. Si effectivement il y a des raisons naturelles et/ou génétiques qui expliqueraient les résultats de ses tests anti-dopage, logiquement, ça devrait toujours se répéter, non?!? Comment peut-il expliquer qu’à partir de 2007 qu’il ne testera plus positif? Tout a fait déplorable…

    Ce qui m’agace dans le dossier de Jeanson c’est d’abord la position de la fédération cycliste américaine qui lui a accordé une licence. Malheureux qu’ils n’ont pas supporté la position ferme des autorités canadiennes et québécoises. S’ils avaient refusé de lui émettre une licence, des réponses claires auraient été requises et une investigation complète aurait eu lieu. Pourquoi est-ce qu’un(e) cycliste demanderait une licence dans un pays où il n’est pas résident si ce n’est que pour bénéficier d’un traitement plus favorable? Les fédérations cyclistes mondiales doivent agir de paire et travailler ensemble dans la lutte anti-dopage.

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  4. Soumis le 30 novembre 2006 à 9:50 | Permalien

    Ce serai bien beau de revoir Genviève sur un vélo (Sans André Aubut que l on devrai interner dans un institut). Il est toutefois risqué de toujour afirmé son innocence car Le plaidoyer du Dr. Duquette lui est bien claire.’‘Le 13e chef d’accusation,contre Duquette , traitait du dossier médical de Geneviève , dans lequel le Dr Duquette avait « négligé d’inscrire la médication administrée à cette dernière dont notamment de l’Eprex et de la Marcaine, cette médication ayant été administrée à une reprise comme test diagnostique… » Le syndic Me Jacques Prévost avait pris un moment après la lecture du 13e chef de la plainte pour préciser qu’on mentionne « une seule administration d’Eprex, mais je suis en mesure de faire la preuve que cette administration a été faite à maintes reprises ».
    Une fois le procès du Doc Duquette terminé et connus du publique et des fédérations, vas t on laisser Genviève prendre le départ d’une course de vélo ou bien le clan Jeanson réussira t il a la blanchir du Doc ‘’Mabuse’’ Duquette?Tout est possible…Mais bon…J ose croir que la vérité sortiras enfin de ce procès.
    Pourquoi ne pas simplement avouer avant que tout cela n’éclate et par ses aveux avoir un peu de sympatie de la part du publique et des autres cyclistes.
    Bonne chance Geneviève .

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