Un ouvrage vraiment remarquable : Cyclisme et optimisation de la performance


Nous vous présentons aujourd’hui une analyse-critique du livre « Cyclisme et optimisation de la performance » de l’auteur Frédéric Grappe, entraîneur de l’équipe cycliste professionnelle La Française des Jeux et maître de conférence à l’UFR-STAPS de Besançon, publié en 2005 aux Éditions De Boeck (Belgique).

Première surprise, dès la réception de l’ouvrage : son poids! C’est que le livre est en effet un tome de 448 pages réparties en 22 chapitres. Deuxième surprise, lorsqu’on passe à l’étape du feuilletage : l’ouvrage contient énormément de figures (en moyenne 3 par double-page!) et son organisation rappelle tout de nos livres universitaires, notamment avec ces imposantes références bibliographiques d’articles scientifiques à la fin de chaque chapitre. Plus de doutes possibles, ce livre est bel et bien différent de tous ceux que nous avons lu jusqu’ici sur l’entraînement cycliste.

Nos premières lectures confirment totalement nos premières impressions. Loin d’être un ouvrage de vulgarisation, ce livre pourrait très bien servir de manuel de référence pour un cours universitaire de premier cycle en éducation physique! Normal on suppose, son auteur est lui-même un universitaire… Si ce livre demande donc un effort de compréhension, jamais cependant le coureur cycliste n’est entièrement laissé à lui-même, notamment grâce à ces petits encadrés présents dans de nombreux chapitres et intitulés « conséquences pour le cycliste » visant à faciliter cette compréhension tout en opérationnalisant concrètement les concepts présentés.

Les 22 chapitres du livre s’articulent selon 6 grands axes – soit l’axe biomécanique, l’axe physiologique, l’axe « suivi du cycliste », l’axe psychologique, l’axe « technico-tactique » et l’axe « technologique » -, tous visant un seul but, celui de l’amélioration de la performance du coureur cycliste. Le titre des chapitres donne un bon aperçu du contenu du bouquin :

Chapitre 1 : Analyse des principaux déterminants de la performance en cyclisme
Chapitre 2 : Le métabolisme énergétique au cours de l’exercice
Chapitre 3 : Utilisation de la perception de l’effort comme outil d’estimation de l’intensité de l’exercice
Chapitre 4 : Adaptation du cycliste aux charges d’entrainement
Chapitre 5 : Bases scientifiques et pratiques de l’interval training
Chapitre 6 : Effet de la durée et du type d’exercice sur la relation puissance-VO2
Chapitre 7: Rendement mécanique de la locomotion à bicyclette
Chapitre 8 : Biomécanique du pédalage
Chapitre 9 : Effets induits par le changement de position sur la bicyclette sur les variables biomécaniques, physiologiques et perceptives
Chapitre 10 : Optimisation de la fréquence de pédalage en fonction des différentes conditions de course
Chapitre 11 : Analyse électromyographique du pédalage en fonction du type d’exercice en cyclisme
Chapitre 12 : Limites de l’utilisation des bicyclettes ergométriques pour l’évaluation en laboratoire
Chapitre 13 : Effets induits par la modifications des appuis du bassin et des pieds sur la performance en endurance et en sprint
Chapitre 14 : Optimisation de la technique de pédalage
Chapitre 15 : Résistance totale qui s’impose au déplacement en cyclisme
Chapitre 16 : Amélioration de la performance en clm
Chapitre 17 : Modélisation de la performance en cyclisme
Chapitre 18 : Analyse de la performance de Lance Armstrong sur le Tour de France 2001
Chapitre 19 : Préparation à une randonnée montagneuse : exemple de l’Étape du Tour 2002
Chapitre 20 : Le suivi biologique du coureur
Chapitre 21 : La cohésion de groupe comme moyen d’optimisation de la performance individuelle en cyclisme
Chapitre 22 : Paroles de coureurs

Évidemment, tous les chapitres ne seront pas du même intérêt pour le lecteur et variera selon son activité : coureur, entraîneur, ingénieur, médecin du sport, etc. Quelques chapitres nous ont apparu particulièrement remarquables pour les coureurs que nous sommes, soit les chapitres 3, 4, 5, 10, 14, 16, 17, 18, 19 et 21.

Les chapitres 3, 4 et 5 en particulier présentent un grand intérêt puisque Grappe y développe son approche de l’entraînement, approche qu’il préconise avec les coureurs de l’équipe La Française des Jeux. Établissant les relations entre la puissance maximale aérobie (PMA) et la fréquence cardiaque (en % de la fréquence cardiaque maximum) mais aussi avec les sensations subjectives des coureurs (fatigue centrale et nerveuse, mal de jambes, ventilation, souffrance, etc.), l’auteur est parvenu selon nous à décrire comme nul autre les zones d’intensité d’entraînement si chères aux coureurs. L’auteur présente également quelques modèles de séances spécifiques et de programmes d’entraînement en vue d’un objectif spécifique (il utilise les exemples suivants : championnats de France sur piste, course aux points, américaine ou poursuite individuelle des championnats du monde, Paris-Roubaix (très intéressant!), championnats du monde sur route et les clm du Tour) tirés des coureurs de son équipe pro. Le lecteur n’aura qu’à ajuster la puissance, la durée et la distance (très bien décrites) des exercices en fonction de ses capacités, 450 watts au seuil n’étant pas à la portée de tout le monde!

Le chapitre 5 présente différents patrons d’interval training ainsi que leur justification, articles scientifiques à l’appui. Là encore, l’analyse est très intéressante et toujours richement illustrée des séances effectuées par les coureurs de La Française des Jeux.

Le chapitre 16 est un grand cru et contribuera sans doute à améliorer nos performances dans les clm l’an prochain! On y propose en effet des exercices spécifiques à faire sur le vélo et en musculation, des trucs pour la gestion de l’intensité de l’exercice et pour l’échauffement ainsi que des analyses des performances de coureurs pros lors de clm individuels et par équipes. Le tout richement illustré encore une fois des séances réalisées par les coureurs de La Française des Jeux.

Les chapitres 17 et 18 intéresseront tout le monde puisqu’on y présente la modélisation des performances en cyclisme avec une application au cas Armstrong sur le Tour 2001. Grappe joue ici dans les plate-bandes du spécialiste français en la matière, Antoine Vayer, mais ne fait aucune allusion à ses travaux, ce qui nous a surpris. Quoi qu’il en soit, les analyses sont éclairantes quant à la performance des meilleurs cyclistes mondiaux… avec un chiffre à retenir, 27 km/h, qui constitue la vitesse moyenne atteinte dans les cols par les tous meilleurs grimpeurs mondiaux. Ça fait rêver!

Enfin, le chapitre 21 est une perle d’originalité puisque l’auteur y présente une analyse de l’effet de la cohésion d’une équipe sur les performances individuelles. Jamais n’avions-nous lu un tel chapitre et l’importance de l’esprit d’équipe, de la cohésion du groupe pour favoriser la performance individuelle ressort clairement. Très intéressant.

Bref, ce bouquin nous apparaît déjà être un ouvrage indispensable pour tous ceux qui veulent améliorer leurs performances en cyclisme. C’est également un bouquin de référence nous apparaissant absolument essentiel pour tous les entraîneurs sérieux en cyclisme. S’il demande un effort de lecture, si certains chapitres pourront être jugés trop techniques (chapitres 7, 8, 11 et 13 par exemple), on est néanmoins convaincu qu’il vaut l’investissement car à 52 euros (75$CAN), c’est un excellent rapport qualité-prix.

Notre seule critique générale à l’égard de ce livre est l’absence de références aux articles scientifiques publiés par le spécialiste québécois de l’entraînement par intervalles, Guy Thibault. On a peine à croire que l’auteur ignore les travaux de ce dernier, Thibault publiant régulièrement dans des revues françaises telles Le Cycle…

Une autre critique de ce livre est disponible ici.

2 Commentaires

  1. Roger
    Soumis le 28 septembre 2005 à 1:31 | Permalien

    Et moi qui croyait dur comme fer que les français s’entrainaient au rouge, au fromage et à la baguette de pain et que seul un certain L.A. avait percé les secrets de l’entrainement scientifique.
    Quelle désillusion!!

    VA:F [1.9.22_1171]
    Rating: 0 (from 0 votes)
  2. the coach
    Soumis le 29 septembre 2005 à 12:49 | Permalien

    27 km/h en montée ou plutôt 27m/min de vitesse ascentionnelle pour se prétendre grimpeur professionnel ?

    VA:F [1.9.22_1171]
    Rating: 0 (from 0 votes)

Fouillez nos archives!