Quelques précisions sur le cas Armstrong…

Merci de vos commentaires sur ce qu’il convient désormais d’appeler “l’affaire Armstrong”. Certains d’entre eux nous ont interpellé et nous y réagissons ce soir.

1 – les échantillons analysés étaient bel et bien ceux d’Armstrong. Si le labo de Chatenay Malabry procédait effectivement par codes d’enregistrement, le journal L‘Équipe a, par son enquête, trouvé le moyen de jumeler ces numéros à des dossiers médicaux sur les coureurs, dossiers portant les mêmes numéros. En jumelant deux sources donc, ils ont été en mesure de prouver hors de tout doute que les échantillons analysés – et positifs – sont bel et bien ceux d’Armstrong.

2 – Daniel Baal n’a jamais “couvert” les fautes des cyclistes de l‘équipe Festina. Il faut lire à ce sujet son livre récemment publié, un livre de grande valeur (Dans les coulisses du cyclisme professionnel). S’il avait été effectivement mis en examen, ce n’est pas dans l’Affaire Festina mais bien dans le procès de Richard Virenque pour infraction à la loi antidopage. Et s’il avait mis en examen, c’est que le juge disposait de ce seul moyen pour qu’il participe aux confrontations avec Bruno Roussel. Il ne faut pas tout mélanger.

3 – un lecteur nous écrit que “rien, absolument rien ne prouve le dopage contre LA”. Justement oui. Le labo de Chatenay Malabry a bel et bien prouvé la présence d’EPO dans 6 échantillons (6!) d’urine appartenant à un coureur du Tour 1999, coureur par après identifié grâce à l’enquête de L‘Équipe comme étant Lance Armstrong. Il est donc prouvé hors de tout doute qu’il s’est dopé. Le reste n’est que procédure et seulement procédure. Effectivement, il ne pourra y avoir de contre-expertise et conséquemment, le contrôle positif ne pourra probablement pas avoir de valeur pour sanction, mais le test demeure bel et bien positif. Qui oserait nier ce dopage lorsque 6 échantillons sont positifs ? Les probabilités sur 6 échantillons sont que la contre-expertise retournerait probablement des résultats tout aussi accablants. Et il est désormais à souhaiter que le labo procédera à l’analyse des échantillons des Tours suivants…

4 – rien n’indique que les échantillons utilisés avaient été ouverts auparavant car il y en avait peut-être plusieurs. Et même s’ils avaient été ouverts, pourquoi remettre en question la bonne foi de scientifiques indépendants du monde du cyclisme ne cherchant qu‘à faire leur boulôt du mieux qu’ils peuvent dans leur labo et qui, à priori, ne connaissait pas le nom du coureur à qui appartenaient ces échantillons ?

5 – “Pourquoi Armstrong?” est une question que plusieurs se posent. La réponse tient selon nous en grande partie dans un mot : arrogance. Notamment parce qu’il a toujours déclaré “je fais mon métier, faites le vôtre si vous croyez que je me dope ; c’est à vous de prouver que je me dope” (et sur ce point, il a depuis 2 ans été copieusement servi!). Armstrong est en effet le premier champion cycliste à avoir autant parlé du dopage pour le nier, et toujours en bloc, malgré les soupçons – parfois convaincants – qui s’accumulaient derrière. Tous les autres grands champions du Tour ont évité ou ont été très discrets sur le sujet voire même, dans le cas d’Anquetil, ont carrément parlé ouvertement du sujet. Armstrong a quant à lui préféré défier le public, les médias et le monde du cyclisme sur ce terrain, multipliant les déclarations provocantes (“à vous de prouver que je me dope si c’est ce que vous croyez”, etc.) et lui amenant pas mal d’ennemis. Ce comportement d’Armstrong à l‘égard du dopage est en accord avec sa personnalité, ayant lui-même avoué marcher à la rancoeur et à la revanche dans ses bouquins. Cette personnalité a fait de lui un coureur peu aimé dans le peloton pro en Europe, peu aimé du public européen voire même distant avec ses propres équipiers (n’a-t-il pas affirmé qu’on ne peut être leader et ami en même temps?).

6 – pourquoi la publication de ce dossier maintenant ? On répondra par une autre question : pourquoi y voir matière à polémique en remettant en question la bonne foi des responsables de cette enquête ? Il est en fait probable que le dossier n’a été prêt pour la publication que récemment et que L‘Équipe, sachant que c‘était un grand “scoop”, l’a publié aussitôt que possible. Car si le dossier était prêt depuis un moment et que L‘Équipe avait vraiment voulu jouer dur et méchamment avec Armstrong, elle aurait probablement diffusé l’enquête en plein Tour de France, espérant ainsi déstabiliser le champion américain sur le plan sportif et ainsi le priver d’un 7e sacre.

7 – Armstrong était-il le seul à utiliser de l’EPO en 1999 et probablement à se doper toutes ces dernières années ? Bien sûr que non ! À ce sujet, la grande majorité du peloton professionnel loge à la même enseigne, bien évidemment. Mais Armstrong, contrairement aux autres, gagne davantage, permettant de faire plus de tests sur son compte et l’exposant ainsi plus à ce genre d’affaire. De surcroît, il gagne en défiant le monde entier, affirmant vaincre sans recours au dopage, une forme de provocation pour beaucoup de gens. Quoi qu’il en soit, on trouve usurpé de parler d’acharnement contre Armstrong car c’est oublier bien vite les cas Hamilton, Gaumont, Millar, Perez, VDB, Musseuw, etc.

8 – L‘émission Le Point ce soir à Radio-Canada était consacrée à une entrevue très intéressante avec Pierre Ballester, un des deux auteurs du livre L.A. Confidentiel.

7 Commentaires

  1. Le JR
    Soumis le 24 août 2005 à 9:54 | Permalien

    ‘’L’équipe’’ qui s’est tu pendant 6 ans. Ça se comprend quand on sait qu’avec l’organisation
    du Tour de France, ce sont les mêmes intérêts financiers. L’américain qui part pour de bon.
    Maintenant, on ouvre les valves, une fois la poussière du TDF 2005 retombée. Les Français,
    avec des coureurs moyens, fallait bien qu’ils rugissent un jour contre celui qui s’est
    approprié la suprématie de leur sport.
    Petite vengeance contre le meilleur de tous les dopés. Rien de moins. Et ceux qui s’acharnent
    sur lui, on ose croire qu’ils ont du sang de français qui leur coule dans le ‘’body’’. Jalousie ? Envie ?
    Et quand on prend des échantillons au hasard, on s’organise pas pour qu’il y en ait 6 sur 12
    appartenant à cet emmerdeur d’américain qui nous fait la leçon à vélo.
    De la qualité des échantillons après 6 ans au ‘’fret’’ maintenant. On repassera.
    Des chialeux, des geignards ces Français si les projecteurs ne sont pas branchés sur eux.

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  2. toutouille26
    Soumis le 24 août 2005 à 10:00 | Permalien

    a part moreau je vois pas de grosses chaudieres en france…
    effectivement on aurait pu lire: le mensonge l’équipe

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  3. erickk
    Soumis le 24 août 2005 à 10:14 | Permalien

    Avec tout le respect que j ai pour LFR avec qui je partage les valeurs de probité dans le sport (on serait les derniers ?), je dois quand même déclarer que je continue à remâcher ma déception. Non pas que L.A que j’ai toujours défendu ici contre vents et marées soit pas propre, mais plutôt qu’on n’a pas pu prouver “hors de tout doute” sa tricherie. Car les faits sont là, procédures invalides, échantillons peu fiables, ce qu’il y a à souligner est la volonté de détection à postériori. Ca a peut etre pas marché pour Robocop, ca marchera sûrement pour des étoiles montantes (Popo, Valverde, Cuneggo je vous jette des noms en pature).

    Ca nous prendrait un entraineur courageux (ou vengeur) refile a l AMA une seringue provenant de la pharmacie de la Disco…

    Moi ce qui me fait frémir du bout de mes (peu de) connaissances du monde du coaching, ce sont des affirmations du style “on l’a transformé en rouleur” (pour un grimpeur) ou “le rouleur (/ ou de classique) est flamboyant dans les cols”. Car au dela de l’attitude arrogante d’un L.A. que dire d’une victoire de Hincapie cette année ???

    Tiens, ca me rappelle quand je trafique mes coureurs dans Cycling Manager. Plaisanteries à part, l’ignominie pour moi c’est de sortir ce scandale apres le tour, une fois la retraite de L.A. (échantillon prêt en 2004 ! dixit JF Lamour). C est LA qu’on s apercoit les limites du sport spectacle, quand les organisateurs sont intimement lié avec un important quotidien sportif… mariage dangereux.

    Tout comme certains présidents de fédération sont dans le monde de la pharmacie (je ne citerais pas de nom mais il est canadien).

    Pourquoi Armstrong ? Mais parce qu’il n’a JAMAIS pris parti pour l’antidopage, j’ai une mémoire d’éléphant, et il me reste encore en travers la gorge son attitude avec Basso ou Siméoni. Alors c’est pas le bras levé de Cunego ou les yeux doux pour Basso qui effaceront tels souvenirs…

    Pro-Armstrong, oui, crétin, non.

    erick

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  4. nick
    Soumis le 24 août 2005 à 11:07 | Permalien

    Certes, de telles révélations 6 ans après… On peut s’en poser, des questions. Bernard Thévénet : “Si c’était un scoop si mportant, pourquoi attendre si longtemps pour le dévoiler ?”

    L’Equipe fait partie d’ASO alors on attend la retraite du Texan pour se racheter une virginité en révélant qu’il s’est dopé ? Après une longue enquête exclusive. Bravo L’Equipe. Bien sûr, les modalités dans lesquelles LA est convaincu de dopage ne remettent pas en cause le fait qu’il ait pris de l’EPO. Ce sont 2 choses différentes. Ah, enfin ! Il s’est fait pincer. Et tant pis si c’est par L’Equipe et pas par le Monde, L’express ou Ballester. C’est un fait, voilà tout (s’il est avéré bien sûr).
    Contrairement au Monde, on peut pas dire que le quotidien sportif ait cherché à y voir clair dans le cas Armstrong ces 7 dernières années.

    Amusant, l’édito de Claude Droussent (“ancien” de Vélo magazine, qui lui aussi fait partie de la maison), qui relayait un certain malaise, le 25 juillet dernier. Ce jour-là, je me suis dit : “Tiens ! ils se réveillent ?” Bizarre. C’est pas l’organe de promo du Tour, L’Equipe ? Oui, pourquoi ?

    Je me demande ce que va pouvoir dire Gilles Comte dans Vélo magazine de septembre. Je ne suis pas spécialiste, comme Antoine Vayer, de la “physiologie” cycliste. Mais je me rappelle certains articles dudit Vélo magazine qui, VO2 max et puissance en watts à l’appui, qui justifiaient les performances d’Armstrong et qui “conseillaient” si ma mémoire est bonne, à Jan Ullrich de tourner plus vite les jambes pour mieux rivaliser avec Lance. D’après LeMond, qui dit augmentation de la fréquence de pédalage dit dette d’oxygène. Et donc dit EPO ? Avec les paramètres utilisés, on obtenait exactement l’inverse des conclusions d’Antoine Vayer.
    En gros, à Vélo magazine (du groupe L’Equipe) on pousse Jan Ullrich à prendre de l’EPO pour suivre Armstrong. Et après, on dit qu’il nous a menti et qu’il a pris de l’EPO, qu’on a été abusés depuis belle lurette, etc. Ah la presse ! J’ai dû faire une erreur quelque part.

    Toutouille a raison, le scoop de l’année, ça aurait dû être : Le mensonge de L’Equipe.

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  5. toutouille26
    Soumis le 24 août 2005 à 11:33 | Permalien

    je rectifie qd meme
    1) ullrich se charge
    2)la velocite la force le poids l’air …n’ont rien a voir avec la puissance :beaucoup ont des puissances inhumaines
    3)pas forcément inhumaines: j’ai entendu qqun qui disait que dans 50 ans on courra peut etre le 100 metre en 9sec50 sans se doper;
    comparer l’entrainement de moncoutié connu pour etre dilettante et ce qu’ils font pour entrer dans le GIGN et on sse dit qu’on a quand meme de la marge
    (de la a developper 500watts a arcalis apres 6 heures et 7 cols pendant 25 min …y a quand meme de la marge…)
    disons que si le velo n’etait pas devenu ce qu’il est devenu en 1990 on pourrait croire que…
    3)velo mag n’est pas si horrible que ca : j’ai un numero de 1998
    ou ils denoncent le dopage et tirent la sonnette d’alarme dans l’edito..
    mais c’est vrai que ca puait un peu leurs couvertures avec virenque millar museuw etc

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  6. Soumis le 25 août 2005 à 3:44 | Permalien

    Hier, dans l’emission le téléphone sonne sur France Inter, Virenque ne comprennait pas pourquoi aller soulever une affaire comme ca. Il faut dire que lui n’a toujours pas compris que se doper était de l’escrocerie.
    L’uci dit qu’il n’y aura pas de sanction car pas de contre expertise car il n’y a pas d’échantillon B.
    Mais avec 6 contrôles, cela fait des échantillons B C D E et F?
    Ce doit être suffisant même au bal des faux cul.

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  7. Walken
    Soumis le 25 août 2005 à 10:40 | Permalien

    D’accord avec LFR sur le sujet “pourquoi avoir attendu”. C’est un autre problème, que les pro-Armstrong utilisent pour voir des complots (les performances de l’extra-terrestre nous donnaient l’impression d’être en plein X-Files depuis 99, mais ce sont eux maintenant, les premiers à accepter de croire aux “miracles”, qui se mettent à douter de tout).
    Mais l’équipe n’a pas attendu 6 ans comme le déclarent certains, car les tests urinaires permettant de détecter l’EPO ne dateraient que de 2004. De plus, le labo n’a pas fait ces tests pour confondre les coureurs, mais pour comparer avec l’efficacité des tests de l’époque.
    Tout ce que pouvait dire le labo, c’est que la moitié des échantillons appartenaient au même coureur, il ne restait plus qu’à mener l’enquête pour savoir quel était ce coureur…

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