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Paris-Nice: où Contador l’a-t-il perdu?

Le cyclisme moderne se court au millimètre.

Après 1 290 kilomètres de course, quatre petites secondes séparaient Geraint Thomas, vainqueur de l’épreuve, d’Alberto Contador, 2e du général.

Contador a couru avec panache et courage sur cette édition de la Course au soleil, surtout durant la dernière étape dimanche vers Nice où il a essayé plusieurs fois de renverser la course, quitte à partir de loin.

Peu de grands leaders prennent aujourd’hui ce genre de risques, leur équipe et eux préférant plutôt assurer une 2e place (et les points WorldTour qui y est associée) plutôt que de tout risquer pour gagner. Voilà notamment pourquoi j’aime Alberto Contador.

On peut se poser la question: où diable Contador a-t-il perdu ce Paris-Nice?

Sur le prologue dès l’entrée en la matière, où Contador, seulement 27e à 16 secondes de Matthews, lâche déjà 9 secondes à Geraint Thomas?

Où sur la route de Commentry lors de la 2e étape, où il perd quatre secondes supplémentaires sur Thomas?

Sur la non-ascension du Mont Brouilly, qui aurait peut-être été une occasion pour lui de faire la différence (bien que je n’y crois pas trop, cette montée étant trop courte pour créer de réels écarts).

Dans la Madone d’Utelle, où il n’a pas su se débarrasser de Geraint Thomas et qui lui vole une seconde à l’arrivée?

Où enfin sur les bonifications, qui attribuaient 3, 2 et 1 seconde aux trois premiers des sprints intermédiaires, et 10, 6 et 4 secondes aux trois premiers des étapes en ligne de la course? Le décompte des bonifs accumulées va plutôt à la faveur de l’Espagnol, avec des gains totaux de 3 secondes sur Thomas (7 secondes de gagnées pour Thomas en cours d’épreuve, contre 10 pour Contador).

Bilan? On pourrait soutenir que Contador a perdu ce Paris-Nice en début d’épreuve, d’abord sur le prologue, ensuite sur la 2e étape.

Cela témoigne à quel point le cyclisme se joue désormais à rien du tout. Il faut être vigilant partout, tout le temps.

Enfin, autre élément important, l’équipe. Contador a-t-il été trop isolé en montagne lors des deux dernières étapes? Chose certaine, outre Majka, son équipe n’a pas pu être très efficace pour l’accompagner lors des phases critiques du final de ces étapes. Thomas a pour sa part pu compter sur un Sergio Henao impressionnant, surtout dans la descente de la moyenne corniche dimanche vers Nice. Avantage Sky, pas l’ombre d’un doute là-dessus, par rapport aux Tinkoff.

De quoi réfléchir en vue du prochain Tour de France, que Contador a défini comme son objectif #1 en 2016…

Je suis très intéressé à connaître votre opinion sur ce sujet, à savoir quand Contador a-t-il perdu ce Paris-Nice?

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12 Commentaires

  1. Patrick

    Quelque chose m’a interpellé devant l’écran. Certes, Thomas est plus rouleur que grimpeur. Au contraire de Hénao. Mais Thomas était mal sur les hauteurs d’Eze. Contador allait fort, et il est très bon rouleur. Porte est excellent rouleur. Tous étaient à fond. Gallopin est rejoint beaucoup plus tard, il donne un peu, Willems aussi. Et voilà que Thomas reprend du temps, beaucoup de temps dans les faux plats descendants. A un point, donc, difficilement explicable. Entre les groupes, il y avait une quinzaine de secondes. Sur les vues d’hélico, on voit des motos entre les groupes. Je crains Laurent que la réponse soit là, que Contador a perdu la course par la présence de ces gros 2 roues à moteur.
    On dira: suspicion interdite! Je réponds: pourquoi?
    En substance, Guimard disait: comme le vent, les montées, les descentes, les autres coureurs, les motos sont, de fait, un élément de la course à, comme tous les autres, tirer profit au maximum. Tous les coureurs l’ont intégrés. Il est possible que Thomas ait été sur ce point le plus fort.

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  2. alain39

    Ce n’est pas Contador qui perd mais l’équipe Sky qui gagne.
    Ils ont joué à merveille des forces de Thomas et ce dernier a réussi à sauver les meubles avec le soutien de Henao. Sans lui et Gallopin il perdait et je persiste à penser que Gallopin a fait un mauvais calcul au plan sportif mais assez judicieux au plan points UCI. Par chance il a réussi à rester dans le top 10 et son équipier a gagné. A charge de revanche car dans ce métier rien n’est donné gratuitement.
    On revient sur un des fondamentaux de ce sport à savoir que le cyclisme est un sport individuel qui se pratique en équipe. Sans grande équipe difficile d’être un grand leader.
    C’est simple mais souvent oublié.
    Contador a été victime du parcours avec l’annulation d’une étape qui lui convenait et de la force de frappe des Sky que son équipe n’a pas réussi à briser. Ils ont été bons mais il manquait un petit rien pour battre les Sky.
    Cela dit cette victoire montre les limites actuelles de Thomas qui sans une équipe surpuissante, un Henao au top niveau (à mon sens il pouvait gagner Paris Nice notamment si l’étape de montagne n’avait pas été annulée) et l’abri des motos aurait fini dans les 5 premiers au mieux et encore. il n’aura pas toutes les fois cette concordance d’événements favorables et Sky en est conscient.
    On oublie aussi le rôle des motos sur les fins de course et l’abri qu’elles procurent. Quand une course se joue à quelques secondes cette aide supplémentaire fait basculer la victoire. C’est dommage au plan sportif mais les coureurs l’ont parfaitement intégrés et il incombe aux organisateurs de remettre un peu d’ordre. Notamment sur des courses comme MSR où les motos sont trop proches des coureurs sur le Poggio et peuvent fausser la course.
    Car pour les finisseurs le Poggio reste l’avant dernier endroit où faire la différence le dernier étant l’attaque surprise au km si aucune équipe n’est pas bien représentée pour mener la chasse.

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  3. Chouchou

    Par principe je ne refais pas les courses. Le leader de l’épreuve gère ses poursuivants et agit en fonction de leurs réactions. Ce qu’a su faire l’équipe Sky pour Thomas sur ce Paris-Nice tout comme l’avait fait Contador sur la Vuelta 2014 où il s’était contenté de suivre la roue de Froome lorsqu’il attaquait sur les cols et le contrer dans le dernier km lorsque Froome était épuisé.
    Contador a souvent été isolé dans le final des courses, ça avait été le cas sur le Giro 2011 qu’il avait quand même remporté, et sur son dernier Giro, contre l’armada Astana, qu’il gagne encore.
    Mais le Contador de ce paris-Nice est tombé sur une excellente équipe Sky qui a un collectif efficace.
    Une pensée pour Malka qui était 9ème au départ de l’avant dernière étape et qui perd son top 10 en se sacrifiant pour Contador.

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  4. thierry (mtl) bécyk

    Chez Tinkoff, Sagan et Contador sont mal entourés. Ils sont souvent seul dans les derniers kilomètres. C’est particulièrement évident pour Sagan. Il est systématiquement isolé et ce sera pénible pour lui dans les classiques alors que Trek, Etixx et Sky auront plusieurs hommes à l’avant.

    Même Majka a explosé relativement tôt dimanche. Chez la SKY c’est le contraire. Ca roule à deux ou à trois jusqu’à la fin (sans compter les motos….). Henao était même plus fort que Thomas.

    Oleg Tinkoff est allé au bout de ses ressources financières consacrées au vélo. Et avec la fin de l’équipe cette années, il n’a pas investi dans des coureurs de soutien supplémentaires. Faut faire avec ça pour 2016.

    Chez la Sky, c’est tout le contraire. Avec Kerrisson qui a de « nouvelles méthodes d’entraînement » dans son sac, on a pas fini de s’améliorer. Il le dit clairement, ses coureurs vont dépasser les performances des années EPO. Il nous explique pourquoi, afin qu’on nous ne soyons pas trop surpris…

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  5. alain39

    Van Avermaert gagne Tirreno devant Sagan.
    J’avais au moins donné le second.
    Pour une seconde. Il pousse le professionnalisme très loin dans la deuxième place.
    Blague à part c’est incroyable et commence plus à relever de la malchance que de sa seule façon de courir. Il tourne avec une précision de métronome autour de la victoire.
    Sagan va bientôt en claquer une belle car il est en forme et dimanche prochain il sera l’homme à surveiller dans le Poggio. Il doit attaquer pour gagner et comme il n’a rien à perdre et que les jambes sont là il doit le faire. Si personne n’anticipe en s’isolant avant le Poggio la montée va être très tactique et tout se jouera sur le dernier km du Poggio pour Sagan. Il va falloir être très tranchant.
    Super chrono de Le Bon qui fait 2. Il va être en forme sur les classiques flamandes et un super soutien pour Demare. Il concrétise tout son potentiel.
    Ce Tirreno est à oublier au plan sportif mais fort heureusement il couronne un beau vainqueur qui cette année vient de casser le sortilège qui l’abonnait aux deuxièmes places.
    Enfin cocorico avec Pinot qui finit 5eme de ce Tirreno et premier des cadors des grands tours juste devant Nibali. Il est en forme Pinot et son travail sur les chronos est en train de payer. Doucement mais sûrement il s’améliore et prend de la densité pour viser des podiums et des victoires. Il sera à suivre sur les ardennaises. On regrette l’absence de l’étape de montagne car Pinot avait les moyens de gagner ce Tirreno. Longtemps que l’on n’avait pas vu un leader français à pareille fête sur Tirreno.
    Vivement dimanche.

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  6. Guy Bergeron

    Au 1er janvier 2016, Contador avait perdu Paris-Nice comme il va perdre le Tour de France. SKY, Tinkoff et Astana ont sensiblement le même budget mais la façon de le dépenser semble quelque peu différente. Chez Sky le patron est dans l’auto et non sur un vélo et il embauche des coureurs dédiés à l’équipe en premier ( samedi 4 SKY avec Thomas dans la dernière ascension ). Chez Tinkoff, deux gros salairea à payer donc moins de place dans la caisse pour engager des lieutenants de grande qualité et un propriétaire qui a de drôle de façon de motiver ces coureurs. Chez Astana, Vinokourov est loin d’être un Brailsford.

    Dans le cyclisme 2016 où l’équipe compte de plus en plus, les SKY sont les leaders depuis leur apparition en 2010 par leur méthode d’entrainement rigoureux et leur « dévouement » à la cause.

    Après il y a les équipes comme Etixx qui sont plus concentré sur les courses d’un jour ou sur les sprints ou celles qui recrute les juniors en espérant que leur talent se matérialise et qu’il reste avec eux.

    SKY eux joue pour gagner et non pour participer.

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  7. Noirvélo

    Alberto a perdu Paris Nice « partout et nulle part » ! sur ces 1290 km de course tout pouvait arriver ! il a perdu pour 4 secondes parce qu’il était juste un tout petit peu moins bon sur Thomas sur la totalité de ces huit jours …Nous pouvons échafauder n’importe quels scénarios, analyser à la loupe, au microscope, il y a eu un des deux qui a été meilleur que l’autre (on ne sait pas vraiment pourquoi!)mais Pinarello (par exemple) pourra axer sa pub sur le fait que son bike a été plus aérodynamique que le « Spe » en lui prenant  » QUATRE SECONDES SUR 1290 KM !!! »
    Bien sûr Alberto a perdu avec panache mais Geraint a gagné avec le courage de celui qui gagne avec l’énergie du désespoir ( car à un moment il était vraiment mal), on ne peut le nier !!! j’ai beau avoir une préférence pour Alberto, je reconnais le sensationnel combat de deux guerriers qui n’ont rien laché jusqu’au bout, mettant aux oubliettes « actives » tous les autres protagonistes du combat et les « si & on » des analystes d’ « après guerre » …

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  8. Noirvélo

    Et c’est pourquoi j’aimerais toujours et uniquement les Classiques, car la gestion de course est minime par rapport à une course par étape …Les décisions que tu prends ne te donnent pas droit à l’erreur (ou si peu!). Dans un final, c’est « quitte ou double » … Au départ 200 pirates le couteau entre les dents pour 250 bornes interminables et maudites trop souvent, chacun a plus ou moins sa chance (pour peu que le DS soit intelligent), après, question de panache, de courage et de vice … Les lendemains de Classiques ne servent qu’à panser les plaies de la veille, pas à sortir la calculette pour affûter les armes des batailles suivantes d’une guerre d’une ou de trois semaines … ahhhh? jamais deux, et pourquoi jamais deux semaines, au fait ? …

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  9. alain39

    @bergeron. Pas totalement d’accord avec cette analyse qui omet de prendre en considération que Sky a depuis des années cette capacité à transformer ses coureurs en champions tous terrains. Ce fut le cas de Wiggo, puis Froome, Porte et maintenant Thomas. Tous ont un point commun ils sont arrivés chez Sky avec un palmarès très mince et après quelques années pros.
    Au niveau budget c’est pas neutre puisque ça réduit les investissements. C’est cette faculté à créer très rapidement des champions qui singularise Sky. Les autres achètent des coureurs déjà au top et donc plus chers.
    Le bémol est que le filon semble un peu s’essouffler car depuis Froome il faut reconnaître que le nouveau Froome n’est pas encore identifié. Et puis il y a eu des achats comme Poels qui n’ont pas été donnés.
    La force de Sky est à mon sens à ce niveau.

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  10. Patrick

    Wiggins attaque Sharapova. Lui, soit il a gagné le Tour (entre autres) sans rien prendre et il est un immense champion, soit il est un immense salaud.

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  11. CiBruK

    Bonjour,
    La course de fait au fur et à mesure des journées. C’est lors du dénouement que les jeux se sont faits. C’est sur la dernière étape que Contador ou que Sky gagne… Car il s’agit bien d’un duel entre un champion de caractère et une machine collective.
    J’ai lu un détail qui me semble important dans la victoire de Thomas. L’équipe SKY avait logiquement prévu les attaques de Contador. Elle avait anticipé le fait qu’elle perdrait du terrain dans les montées.
    Son plan était simplement de recoller dans les descentes, ce qu’elle a fait à merveille. C’était très impressionnant dans le long faux plat descendant jusqu’au col d’Eze.
    Pour pouvoir le faire, il lui fallait épargner les gros rouleurs dans la cote de Peille. De fait, elle n’a pas suivi Contador et s’est assurée de les garder au sein du peloton.
    Le détail en question ? Thomas avait prévu un plateau de 54 dents en cas de besoin après le col d’Eze.
    Je pense que les gros rouleurs des chez Sky, étaient également montés gros devant… A 120 tours minutes, les Tinkoff devaient certainement plafonner en vitesse de croisière, limités par un développement trop court…
    Je suis aujourd’hui persuadé que ce coup tactique, que Sky a su anticipé, et non l’équipe Tinkoff, est l’élément qui coûte la victoire à Contador car si ils ne recollent pas avant le col d’Eze, l’issue me semble inéluctable.

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  12. Noirvélo

    @ CiBruK
    Très intéressant ton post et très crédible! et, s’il s’avère exact, le mot stratégie n’est pas un mot futile dans le monde du vélo ; un détail qui fait la différence et qui donne à 4 secondes une importance royale…

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