La Convention internationale contre le dopage dans le sport

La grande nouvelle du jour, mais qui passe un peu inaperçue bien malheureusement, est l’adoption à l’unanimité par la Conférence générale de l’UNESCO de la « _Convention internationale contre le dopage dans le sport_ »:http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=30253&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html, premier instrument de portée juridique et intergouvernementale visant l’éradication du dopage. Explications.

Plusieurs chartes, conventions et codes visant la lutte contre le dopage existent. Les principaux sont la _Charte internationale de l’éducation physique et du sport_ (Unesco, 1978), la _Charte européenne contre le dopage dans le sport_ (Conseil de l’Europe, 1984), la _Charte internationale olympique_ (CIO, 1988), la _Convention contre le dopage_ (Conseil de l’Europe, 1989), le _Code antidopage dans les activités sportives_ (1992, Conseil des Communautés européennes) et, plus récemment, le _Code mondial antidopage_ (AMA, 2004).

Le problème, c’est qu’aucun de ces instruments n’est universel, n’a de portée juridique touchant le droit public contraignant et n’a de légitimité intergouvernementale. Le CIO, par exemple, est une organisation à caractère non-gouvernemental et dont les dispositions ne s’appliquent qu’aux disciplines olympiques, d’ou problèmes à la fois quant à son pouvoir sur les États et quant à certains sports hors de la famille olympique. L’AMA est pour sa part une « fondation de droit privé suisse »:http://www.wada-ama.org/fr/dynamic.ch2?pageCategory.id=256 qui repose sur « le soutien et la participation d’organisations intergouvernementales, de gouvernements, d’administrations et d’autres organismes publics et privés engagés dans la lutte contre le dopage dans le sport »:http://www.wada-ama.org/fr/dynamic.ch2?pageCategory.id=253, mais pas tous. Cette organisation n’a pas de pouvoir sur les États et n’a que le statut d’une « organisation consultative » au sein de la Conférence des parties, l’organe souverain de la Convention et majoritairement constitué de représentants de pays. En gros, l’AMA peut donner des avis, suggérer des moyens, travailler à l’uniformisation de la lutte contre le dopage à l’échelle internationale, mais n’a pas d’autorité sur les États.

On le comprendra bien, aucune charte actuellement existante ne pouvait donc fournir aux États de cadre légal dans la lutte contre le dopage voire contraindre ces derniers à uniformiser leurs pratiques en la matière, faute de légitimité. Selon « le document de l’UNESCO »:http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=30253&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html, « _A problème mondial, réponse mondiale_ » et tel est le défi relevé par la nouvelle Convention qui fournira aux gouvernements « _un cadre légal pour une harmonisation internationale des efforts dans la lutte contre ce fléau qui bafoue les valeurs éthiques et sociales du sport et met en péril la santé des sportifs_ ». En gros, c’est comme si tous les états-membres de l’ONU venaient d’adopter une résolution qui confère alors le pouvoir aux Nations-Unies d’agir. Dans le cas présent, les États ont adopté, au sein d’une organisation onusienne, une charte contre le dopage, donnant donc des outils aux pays pour intervenir légalement. C’est un grand jour, surtout que la nouvelle charte place l’éducation et la formation des sportifs quant aux dangers du dopage au coeur de son texte, ajoutant un bel élément d’espoir pour un sport propre dans l’avenir.

Cette nouvelle charte entrera en vigueur sitôt qu’elle aura été ratifiée par au moins 30 Etats membres. L’objectif est évidemment qu’elle soit ratifiée avant les Jeux Olympiques d’hiver qui se tiendront à Turin, en janvier 2006.

On ne saurait passer sous silence *le rôle central du Canada* dans la lutte contre le dopage à l’échelle internationale (nous en sommes fiers!). Si le siège social de l’AMA est à Montréal et que son président est Canadien, ce n’est pas tout à fait par hasard puisque le Canada est hautement crédible en la matière. Exemplaires dans le traitement des sportifs dopés (les sanctions sont lourdes au Canada), notre pays avait déjà été l’hôte, à Ottawa en septembre 1988 (aux lendemains de l’affaire Ben Johnson, véritable choc au pays), de la Première Conférence mondiale permanente contre le dopage dans le sport, conférence qui avait aboutit à l’élaboration de la Charte internationale olympique. Le Canada a également tenu un rôle important dans l’adoption de la nouvelle charte aujourd’hui, étant un des 9 pays qui apportèrent une contribution financière nécessaire au projet de Convention (ces pays sont l’Australie, le Canada, le Danemark, la Finlande, l’Islande, le Japon, la Norvège, la Nouvelle Zélande et la Suède… non, pas les États-Unis… ni la France et encore moins l’Italie et l’Espagne, les Nations les plus touchées par le dopage dans le cyclisme).

Pour en savoir plus, voici la petite histoire de la lutte contre le dopage, histoire largement inspirée « des documents de l’UNESCO »:http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=15857&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html ainsi que de l’intéressante rétrospective des affaires de dopage dans le cyclisme publiée dans Vélo Magazine du mois de septembre.

*IIIe siècle avant notre ère*, Jeux Olympiques de l’Antiquité : selon l’AMA, les concurents avaient déjà recours à des champignons et des plantes pour stimuler leurs performances.
*1904*, JO de St-Louis, épreuve du marathon olympique : Thomas Hicks remporte l’or grâce à de l’œuf cru, des injections de strychnine et du brandy.
*Années 1920* : premières interdictions du dopage, mais aucun contrôle n’est mis sur pied.
*1960*, JO de Rome : décès du cycliste Knud Enemark Jensen.
*1967*, Tour de France : décès de Tom Simpson au Mont Ventoux.
*1975* : internement psychiatrique d’Eric de Vlaeminck, présumément dû à l’utilisation de substances dopantes.
*1978* : adoption par l’UNESCO de la _Charte internationale de l’éducation physique et du sport_. On insiste sur « _la sauvegarde des valeurs éthiques et morales »_ et sur la protection de l’éducation physique et du sport contre « _toutes les dérives_ », telles que « _la violence, le dopage et les excès commerciaux_ ».
*1984* : le Conseil de l’Europe adopte la _Charte européenne contre le dopage dans le sport_ qui recommande la mise en œuvre des règlements antidopage, des programmes éducatifs et des laboratoires d’analyse et de recherche.
*1988* : affaire Ben Johnson lors des JO et affaire Pedro Delgado sur le Tour de France. Première Conférence mondiale permanente contre le dopage dans le sport (Ottawa, Canada), conférence qui aboutit à l’élaboration de la _Charte internationale olympique_.
*1989* : le Conseil de l’Europe adopte la _Convention contre le dopage_, ratifiée à ce jour par 40 états.
*1992* : le Conseil des Communautés européennes adopte le Code antidopage dans les activités sportives, document d’information et de sensibilisation destiné à alerter les acteurs du monde sportif sur les responsabilités de chacun face au problème du dopage.
*1998* : affaire « Festina » sur le Tour de France qui révèle toute l’étendue du dopage sanguin.
*1999* : affaire « Pantani » sur le Giro. Fondation de l’Agence Mondiale Anti-dopage (AMA).
*2001* : « blitz » de San Remo sur le Giro.
*2002* : affaire « Rumsas » sur le Tour de France.
*2003* : Table ronde des ministres du Sport au siège de l’UNESCO à Paris. Cette table ronde a réuni 360 participants de 103 pays. On y propose l’idée d’une nouvelle convention. L’idée est entérinée lors de la 32e session de la Conférence générale de l’UNESCO, en octobre de la même année. Début des travaux des représentants de 95 pays.
*2004* : affaire « Manzano », affaire « Millar », affaire « Hamilton », affaire « Perez » dans le cyclisme. Adoption par l’AMA d’un _Code mondial antidopage_ lors de la conférence de Copenhague. Ce code constitue le premier instrument qui harmonise les règlements concernant le dopage dans tous les sports et dans tous les pays. 81 gouvernements ont à ce jour signé la Déclaration de Copenhague, par laquelle ils s’engagent à mettre en application le Code.
*2005* : affaire « Musseuw », affaire « Armstrong » dans le cyclisme. Adoption par l’UNESCO de la Convention internationale contre le dopage dans le sport.

2 Commentaires

  • Vinnnch
    Soumis le 23 octobre 2005 à 11:40 | Permalien

    Bonjour,

    a propos de dopage, et de commentaires ahurissants a ce sujet, je vous conseille, si vous ne l’avez pas encore lue, la magnifique declaration de Bode Miller, le skieur americain a ce sujet dans l’Equipe :

    http://www.lequipe.fr/Ski/20051021_125617Dev.html

    Ca a au moins le merite d’etre clair… 😉

    VA:F [1.9.22_1171]
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  • Vinnnch
    Soumis le 23 octobre 2005 à 11:40 | Permalien

    Bonjour,

    a propos de dopage, et de commentaires ahurissants a ce sujet, je vous conseille, si vous ne l’avez pas encore lue, la magnifique declaration de Bode Miller, le skieur americain a ce sujet dans l’Equipe :

    http://www.lequipe.fr/Ski/20051021_125617Dev.html

    Ca a au moins le merite d’etre clair… 😉

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