Dopage: je ne comprends pas l’incompréhension

De nombreuses réactions aux deux cas de dopage qui secouent le cyclisme au Québec témoignent d'une certaine surprise et d'une certaine incompréhension. 

C'est une réaction que je ne comprends pas !

Trois ans après les aveux de Geneviève Jeanson, n'avons-nous pas tiré des leçons de cette triste histoire ?

Il me semble que les constats sont très clairs:

1 – le dopage dans le cyclisme touche tous les niveaux de pratique: professionnels bien sûr, mais aussi coureurs amateurs, des Maitres (plus de 30 ans) jusqu'au rang juniors, ainsi que cyclosportifs. Les quinze dernières années nous ont prouvé cela à maintes reprises.

2 – le dopage, c'est aussi au Québec. Il y a eu plusieurs cas dans le passé, le plus triste étant celui de Geneviève Jeanson.

3 – l'accès aux produits dopants est facile, notamment avec les moyens modernes de communication et de distribution dans un monde globalisé.

4 – l'attrait du dopage, dans un sport d'endurance aussi exigeant que le cyclisme, est et demeurera très élevé, probablement plus que pour les athlètes d'autres sports reposant davantage sur l'habileté ou l'adresse, voire se déroulant sur des périodes de compétitions beaucoup plus courtes. 

5 – certains professionnels se dopent pour pouvoir gagner des courses, donc gagner de l'argent et de la gloire. Ils se dopent aussi et surtout pour gagner ou garder leur place, pour obtenir des contrats de travail. Ils se dopent enfin par pression des sponsors, de leur encadrement voire du milieu.

Certains jeunes coureurs en dessous du niveau pro, qu'ils soient juniors ou U23, se dopent aussi pour avoir des contrats, mais surtout pour progresser dans l'échelle. À 22 ans, Arnaud Papillon espérait surement passer au niveau supérieur, par exemple chez SpiderTech pour pouvoir courir en Europe. 

Certains coureurs Maîtres se dopent pour épater la galerie, pour parfois vivre à la hauteur de leur réputation d'antan voire pour compenser pour une préparation défaillante ou pour les sensations que ça procure, tout simplement.

Dans tous les cas, y compris en dehors du cyclisme, on se dope dans le but de se valoriser par rapport aux autres. 

6 – tous les coureurs, quel que soit le niveau de pratique, ne sont pas dopés ! Il convient donc de ne jamais généraliser.

7 – le cyclisme n'est pas le le seul sport entaché par le dopage. On se dope dans beaucoup d'autres sports, voire dans beaucoup de sphères de l'activité humaine.

Les bonnes nouvelles… chez les pros

Bref, pour moi, ces constats sont du domaine du connu, du statique. Revenir encore sur ces points est une perte de temps. Passons au dynamique, ce qui change. Et là, il y a plusieurs bonnes nouvelles.

1 – le cyclisme a fait plus que n'importe quel sport en matière de lutte contre le dopage au cours des dix dernières années. Les coureurs cyclistes professionnels sont les athlètes les plus testés du globe. Ceci étant, ce n'est pas un argument recevable pour laisser croire que les nouveaux scandales sont des cas isolés, puisqu'il y a régulièrement de nouveaux scandales !

2 – à la lumière de la saison professionnelle 2011, le dopage chez les pros a probablement récemment régressé, laissant croire que les efforts des dernières années portent fruit. Ceci étant, il ne faut pas baisser les bras et la vigilance est de mise, de même que les investissements en recherche de nouveaux moyens de dépistage.

Les moins bonnes nouvelles… dans les catégories en dessous des pros

1 – malgré ce qu'on essaie de nous faire croire, les jeunes générations de coureurs pros et pas encore pros ne sont pas forcément moins dopées. On retrouve, parmi les cas positifs récents, de jeunes coureurs formés dans l'ère post-Festina. 

2 – peu a été fait aux échelons inférieurs pour augmenter la lutte contre le dopage au cours des dix dernières années. On a certes augmenté un peu le nombre de contrôles lors des grands événements amateurs, mais ça demeure nettement insuffisant à l'échelon local.

3 – le financement de la lutte contre le dopage à tous les niveaux de pratique demeure un problème. 

Quelques solutions 

Au niveau professionnel, beaucoup a déjà été fait. D'autres projets de l'UCI, comme le "no needle policy" ou celui d'interdire à vie aux dopés de travailler dans le milieu cycliste après leur carrière de coureur, une suggestion que j'avais déjà formulée dans mon texte daté du… 5 décembre 2005 (!!!), vont dans la bonne direction. D'autres pourraient être entrepris, comme de rendre obligatoire la présence de médecins indépendants dans toute équipe World Tour, médecins en charge du suivi biologique, de tests inopinés et de la surveillance des médicaments en circulation. Les équipes ne seraient pas d'accord, comme elles ne sont pas d'accord avec le projet de suppression des oreillettes ? N'est-ce pas le rôle des autorités que celui d'imposer les règles, surtout celles visant à préserver la crédibilité et l'image du sport ?

Au niveau inférieur, beaucoup reste à faire. Deux suggestions, évoquées dans mon texte il y a quelques jours:

1 – que la FQSC ne délivre de licences de coureur cycliste qu'aux personnes ayant suivi une formation en ligne sur le dopage. Cette formation serait à reprendre chaque année. Pas de formation, pas de licence, c'est aussi simple que ca. Si on veut faire de la prévention par l'éducation, voilà un moyen simple et efficace de rejoindre tous les coureurs, où qu'ils soient, dans le confort de leur maison. Surtout les plus jeunes. Et la vaste majorité des gens ont désormais accès à internet.

2 – suggérée par un ami et reprenant l'idée d'augmenter le coût de la licence pour financer la lutte contre le dopage aux niveaux inférieurs évoquée dans mon texte il y a quelques jours, inclure, dans l'achat d'une licence de course, un contrôle anti-dopage. Ce contrôle serait réservé au titulaire de la licence, mais administré au hasard de l'année cycliste, sans avertissement préalable. L'achat de votre licence vous garantit donc que vous serez testé au moins une fois durant la saison, vous avez payé pour ! Ce contrôle coûte 250$ ? Très bien, la licence devient 250$+les autres frais. Trop cher ? La vaste majorité des cyclistes amateurs roulent sur des vélos dernier cri. De plus, ce montant additionnel pourra être justifié par le fait qu'il vous garantit des compétitions plus équitables et qu'il vous revient en quelque sorte. Et qu'il défend la crédibilité du cyclisme, votre sport. 

Il y a surement beaucoup d'autres solutions visant la lutte contre le dopage aux niveaux inférieurs à celui professionnel et qui pourraient être rapidement entreprises. Je vous invite à partager sur La Flamme Rouge vos idées en laissant un commentaire ci-bas. 

Il est selon moi grand temps d'aller de l'avant, de prendre action. Les fédérations ont un rôle capital à jouer dans la lutte contre le dopage aux échelons inférieurs. L'inaction serait catastrophique pour l'avenir même du sport, en particulier au Québec, et la garantie probable de se retrouver encore au même point qu'aujourd'hui dans quelques années. 

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