Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Vendée globe: c’est un départ!

Une fois tous les quatre ans, La Flamme Rouge traite d’un autre sport que le cyclisme.

Cette exception est pour une course qui me passionne, car une extraordinaire aventure sportive et humaine: le Vendée Globe, surnommé « L’Everest des mers ».

Le concept est simple: le tour du monde à la voile, sans escale et en solitaire, via le Cap de Bonne-Espérance, le Cap Leeuwin et le Cap Horn.

Dément. Comme l’était le premier Tour de France à vélo, en 1903.

Record à battre: 83 jours de mer, par Michel Desjoyeaux en 2008-2009. Plus de 80 jours donc à se battre contre les éléments, contre les mers du Sud, déchaînées, avec des creux impressionnants et, parfois, leurs icebergs. La nuit, le froid, la solitude…

Certains n’en reviennent pas, comme Nigel Burgess (1992-1993) ou le Canadien Gerry Roufs (1996-1997).

Dément je vous dis.

Il y a assurément, dans ce Vendée Globe, des idées, des concepts qui sont les mêmes que ceux qui ont poussé Henri Desgrange à créer le Tour de France, en 1903: l’homme contre la nature, le courage, l’endurance, la maitrise de la peur, le goût de l’exploit, la persévérance, la rigueur, l’inconnu aussi.

Et si ce départ du Vendée Globe serait l’occasion pour nous tous de justement repenser la formule du Tour de France? Ne s’est-il pas éloigné, au fil des années, des valeurs que voulait y voir Desgrange? Ne serait-il pas devenu trop « assisté », limitant sa capacité à en faire une grande aventure sportive et humaine? Les coureurs du Tour ne seraient-ils pas trop pris en charge, voyageant avec masseurs, cuisiniers, mécanos, voire parfois cryothérapie et tout le bordel? Comment se rapprocher des valeurs initiales du Tour de France dans le monde d’aujourd’hui, technologiquement avancé? N’hésitez pas à partager vos idées!

Quoi qu’il en soit, je trouve vraiment extraordinaire le courage de ces 20 marins (dont une femme) qui partent aujourd’hui des Sables-d’Olonne pour ce tour du monde. Certains y voient de l’inconscience. Je leur réponds que c’est faux, ces marins se sont préparés durant des mois voire des années pour affronter cette course: c’est tout sauf de l’inconscience! C’est simplement la volonté de se lancer un grand défi et de revenir aux sources: l’homme seul contre la nature. L’alpinisme touche également de près à ce concept et je reste sans voix face à l’exploit de Reinhold Messner en 1980, qui a gravit en solitaire et sans apport extérieur d’oxygène l’Everest. Il faut vraiment des couilles pour ces genres d’exploit qui repoussent les limites de l’être humain chaque fois.

Tout savoir sur le Vendée Globe 2012-2013

44 500 kms autour du globe. Départ aujourd’hui des Sables-d’Olonne, à 13h02.

26 km/h, la vitesse moyenne la plus rapide à ce jour.

20 marins au départ, dont Samantha Davies (la seule femme), Bertrand de Broc, Mike Golding, Marc Guillemot, Jean Le Cam et Vincent Riou (seul ancien vainqueur à être au départ cette année)

Trois caps à franchir: Bonne-Espérance (sud de l’Afrique), Leeuwin (Australie) et Horn (sud de l’Amérique du Sud).

Anciens vainqueurs: Titouan Lamazou (1989-1990), Alain Gauthier (1992-1993), Christophe Auguin (1996-1997), Michel Desjoyeaux (2000-2001 et 2008-2009) et Vincent Riou (2004-2005).

Bateaux monocoques de 60 pieds de long (18,28 mètres), mat de 27 mètres. 10 voiles à bord. Les bateaux n’ont pas de toilettes à bord, pour limiter le poids.

Quarantièmes rugissants: mers du Sud, entre le 40e et le 50e parallèle. Vents violents, mer formée. Des points GPS de passage obligatoires sont imposés pour empêcher les marins de « couper court » en descendant trop au Sud, et donc de s’exposer à des tempêtes et avaries. À certains moments de la course, les marins en difficulté ne sont accessibles qu’après plusieurs heures d’avion! Seuls au monde, vous dites?

7 heures par jour de sommeil, par tranches variant de 30min à 1h30. Durant le sommeil, les bateaux sont barrés par un pilote automatique. Trouver le sommeil est cependant un défi sur ce genre d’épreuve.

5000 calories par jour, ration quotidienne des marins. Nourriture lyophilisée bien sûr.

Dopage: des tests avant et après compétition sont administrés. Le dopage est cependant un risque inconsidéré sur ce genre d’épreuve, les marins ayant besoin de leur lucidité et leur jugement en tout temps. Aucun avantage à user de dopage sanguin. À la limite, des « wake-up » pourraient être utiles et les marins ont évidemment une trousse médicale élaborée à bord, afin de pouvoir s’auto-soigner en cas de besoin.

Une tonne de matos embarqué à bord, que le marin doit pouvoir bouger en 20min environ de façon à équilibrer le bateau.

Routage au sol interdit, les marins doivent calculer leur route depuis leur bateau.

Le mot de la fin, celui de Marc Guillemot, 3e en 2008-2009: « C’est important de partir mais aussi de revenir. Le petit plus, c’est de finir avant le deuxième!« .

Visite guidée d’un bateau au départ.

Partager

Précédent

Boily, Boivin chez Cannondale

Suivant

Le monde selon Lance

  1. Marc-André

    Tout à fait d’accord. Le cyclisme professionnel manque de faire la promotion ce genre d’épreuve construite sur les valeurs initiales du cyclisme.

    0
    0
  2. BP

    Alors, Laurent (bon article, tu devrais être journaliste), Marc-André, d’accord pour une étape du Tour de 450 kilomètres en autonomie, deux autres pour un Genève – Nice comme vous l’entendez?

    0
    0
  3. Le marasme dans lequel est tombé le cyclisme pro est si important qu’aucune mesurette, aucune réforme à la petite semaine ne pourront l’en sortir. Il y a quelques années déjà, je préconisais l’arrêt pur et simple de toute compétition cycliste durant une période suffisamment longue pour que le peloton se régénère et puisse repartir sur des bases saines.
    Sans aller jusque là, l’idée de faire courir les courses selon de nouvelles règles pourrait redonner cette virginité durablement perdue depuis 1998. A savoir:
    – Plus d’oreillettes
    – Une assistance en course réduite à celle de l’organisation
    – Aucune voiture d’équipe suiveuse
    – Course en auto-suffisance
    – Allongement et durcissement des courses
    Voilà qui redonnerait du sens au métier de coureur professionnel, non ?

    0
    0
  4. Sonia

    Bonne fête Laurent! Et bon voyage! xx 🙂

    0
    0
  5. Le cyclisme a aussi sa Race across America, et quelques autres…et on en parle pas…Ni le Paris Strasbourg en marche a pied, vieille epreuve fantastique qui n’ interesse bien malheureusement aucun media.
    Le cyclisme a bien trop avance dans le business pour reculer. Une solution serait peut-etre de faire sauter les cloisons entre VTT, piste, route et creer de nouvelles epreuves ou moderniser les anciennes? a suivre..

    0
    0
  6. BP

    Je conteste. Sans aller jusqu’à la RAM, reconstruire le Tour de France sur des parcours éliminant les équipiers, réduire l’autonomie, le rendrait aussi plus profitable financièrement.

    0
    0
  7. Vous ne pensez pas que pour une telle épreuve, ils n’ont pas quelques produits interdits dans les coffres ?

    0
    0
  8. mikael

    Superbe épreuve, et joli parallèle avec le TdF.

    Pour moi, concernant le Tour de France, la course à pris le pas sur le défi humain, ce qui n’est pas (encore, mais cela viendra) le cas sur le Vendée Globe.

    Ce n’est pas une critique.

    Un TdF à l’image de ceux du début du siècle précédent ne m’intéresserai pas (pas d’assistance et obligation de se débrouiller seuls, notamment pour les réparations, avec le nécessaire sur soi, routes non privatisées, points de passages obligatoires mais itinéraire libre…). Ce que m’intéresse c’est le défi physique et l’affrontement/la course qui en découle, pas l’aventure (louable soit-elle) et l’aléatoire d’un groupe de cyclistes livrée à eux-mêmes, surtout dans un environnement complètement maîtrisé aujourd’hui, et ou la performance n’est qu’un paramètre parmi beaucoup d’autre.

    Même si, au final, les deux se respectent.

    Je suis admiratif de ces marins, parce qu’il affronte l’inconnu et s’impose une aventure extraordinaire. Je suis admiratif des coureurs du TdF, parce qu’ils relèvent le défi physique le plus dur au monde.

    « Le dopage est cependant un risque inconsidéré sur ce genre d’épreuve, les marins ayant besoin de leur lucidité et leur jugement en tout temps »

    Les psychotropes n’altèrent pas forcément la lucidité et le jugement, ils agissent sur le système nerveux. La nicotine et la caféine sont pour moi des dopants, même s’ils ne sont pas (ou plus) considéré comme tel par l’AMA.

    0
    0

L’auteur de ce blog encourage tous les lecteurs à laisser un commentaire en réaction à l’article du jour, cela contribue à enrichir le propos. Vous pouvez contribuer à la qualité de ce site en utilisant un langage décent, poli et respectueux d’autrui, et en étant pertinent et concis envers le sujet traité. L’auteur peut modérer les commentaires, et se réserve le droit de censurer sans avertissement les commentaires considérés hors sujet, diffamatoires, irrespectueux d’autrui, portant atteinte à l’intégrité d’une personne ou encore haineux.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.