Vélos du ProTour: une guerre commerciale sans merci

Ca joue dur entre les compagnies de vélo depuis quelques années pour obtenir une place au sein d’une équipe du ProTour. Durant l’intersaison par exemple, deux compagnies prestigieuses ont perdu leur place au profit de géants qui offrent aux consommateurs une gamme plus élargie de vélos: l’équipe Liquigas roulera en 2007 sur Cannondale plutôt que sur Bianchi et l’équipe Quick Step roulera sur Specialized plutôt que sur les vélos TIME. "Il faut d’ailleurs absolument voir ce petit film sur le camp d’entrainement des Quick Step, bien fait par Specialized":http://www.specialized.com/bc/home.jsp?a=b&minisite=10029. Avec le retour de Cannondale, les trois géants américains du vélos sont donc de nouveau tous rassemblés sur le ProTour puisque Trek poursuit son aventure avec Discovery. L’autre géant, Giant, reste fidèle à l’équipe allemande T-Mobile. Ces géants du cyle ont compris que pour vendre et conquérir de nouvelles parts de marché, même en Europe, il faut être représenté au plus haut niveau, question d’être visible, notamment sur le Tour. Une des ascensions les plus fulgurantes ces dernières années n’est-elle pas celle de Trek, une compagnie inexistante dans le vélo haut de gamme il y a à peine 10 ans et aujourd’hui omniprésente? À l’opposé, plusieurs compagnies prestigieuses et établies depuis plusieurs décennies ne sont plus capables de rivaliser avec ces géants. Merckx, par exemple, a quitté les équipes professionnelles de premier plan depuis quelques années déjà, incapable de faire des offres aux équipes ProTour financièrement à la hauteur de celles faites par les géants du cycle. DeRosa ne sponsorise plus d’équipes du ProTour non plus, là aussi jugeant que c’est trop cher. La compagnie de Cusano Milanino s’est rabattue sur l’équipe continentale Europe Aqua&Sapone. Bianchi ne sera plus en 2007 dans le peloton pro. D’autres compagnies s’ajoutent à cette liste: Battaglin, Olmo, Moser, Gios, etc., toutes disparues du peloton pro au cours des quinze dernières années. Seul Pinarello et Colnago parviennent à se maintenir au sein du ProTour actuellement. Pourtant, ces compagnies avaient compris, dès le départ, l’importance pour le succès commercial d’être présent au plus haut niveau. Bianchi n’a-t-elle pas établi sa réputation grâce aux exploits de Fausto Coppi et Felice Gimondi? De Rosa grâce à Eddy Merckx? Gios grâce à Roger de Vlaeminck ? Merckx grâce à 7-Eleven et Deutsche Telekom ? Moser grâce à l’équipe Gatorade de Gianni Bugno ? Alors, comment comprendre leur comportement récent ? Nous sommes convaincus à La Flamme Rouge que les vieilles compagnies jouent actuellement la carte de la réputation. Ces compagnies font le calcul que leur nom est désormais bien établi, un peu comme Ferrari ou Porsche pour l’automobile. Elles estiment probablement que seule un peu de publicité dans les grandes revues de cyclisme suffira à les tenir sur le haut du pavé. Nous sommes également convaincus, à La Flamme Rouge, que le calcul est mauvais et que ces compagnies éprouveront, dans les prochaines années, beaucoup de difficultés. D’une part, si leur réputation peut encore les servir en Europe où les pratiquants sont connaisseurs, elle ne leur est que de peu d’utilité dans le marché nord-américain, un marché tout neuf peuplé de pratiquants ignorant pour la plupart l’histoire du cyclisme. D’autre part, les géants que sont Trek, Giant, Cannondale ou Specialized offrent désormais d’excellents produits, équivalents aux marques prestigieuses, pour la moitié du prix. Comment justifier alors l’achat d’un DeRosa ou d’un Pinarello lorsque le budget doit demeurer raisonnable ? Quel autre argument de vente ces compagnies peuvent-elles désormais avancer autrement que celui de jouer la carte du prestige et du rêve ? Enfin, la compétition est très vive du côté des nouveaux arrivants: juste sur la scène du cyclisme au Québec, des compagnies comme Guru, comme Argon 18, comme Louis Garneau, comme DeVinci ajoutent à l’offre de vélos. Bref, dans un monde où tout va vite, où la consommation est souvent le reflet d’une impulsion et où le pratiquant changera plus régulièrement de vélo qu’avant lors de l’époque de l’acier, quasiment indestructible, l’exploitation d’images de coureurs qui gagnent – des coureurs comme Armstrong, comme Boonen, comme Valverde, comme Bettini – nous apparaît déterminante pour vendre des vélos. Nous ne serions pas surpris de voir certaines compagnies prestigieuses de vélo disparaître dans les années à venir ou, dans le meilleur des cas, se faire tout simplement acheter par les géants du cycle. L’âme de ces vélos pourra-t-elle alors rester la même?

2 Commentaires

  • Eric Fruttero
    Soumis le 8 janvier 2007 à 8:48 | Permalien

    > Gios grâce à Roger de Vlaeminck ? <

    Et Thurau sur son Gios avec le maillot Ijsboerke, seul dans la Haute-Levee du LBL 1979…

    Noune de Diou, la (super) CLASSE !!!…

    Allez Ulle !..
    (sigh)

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  • Eric Fruttero
    Soumis le 8 janvier 2007 à 8:48 | Permalien

    > Gios grâce à Roger de Vlaeminck ? <

    Et Thurau sur son Gios avec le maillot Ijsboerke, seul dans la Haute-Levee du LBL 1979…

    Noune de Diou, la (super) CLASSE !!!…

    Allez Ulle !..
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