Une très mauvaise journée…

Nous sommes tristes aujourd’hui : “Il Cato”, le toscan Michele Bartoli, a en effet annoncé sa retraite des pelotons aujourd’hui. Voilà donc un grand champion des années 1990 qui nous quitte, et qui sera très regretté.

Bartoli, c’est en effet un des plus beaux palmarès sur les Classiques des dernières années, avec Jalabert et Musseuw (Bartoli n’a cependant jamais été contrôlé positif…). Ses plus belles victoires sont sans conteste aucune le Tour des Flandres 1996, ses deux Liège-Bastogne-Liège (1997 et 1998), sa Flèche Wallonne 1999 acquise sous la neige et ses deux Tour de Lombardie (2002 et 2003). À ces victoires sur les épreuves phares du calendrier, il faut rajouter deux classement général de la Coupe du Monde (1997 et 1998), un championnat d’Italie en 2000, deux étapes sur le Giro (1994 et 1998) ainsi que deux podiums sur les Championnats du monde (1996 et 1998).

Son plus grand regret (et le nôtre) sera d’être passé à côté d’un titre de champion du monde à deux reprises, soit en 1996 et en 1998, alors qu’il était archi-favori pour l’emporter. C’est Musseuw et Camenzind qui l’avaient emporté en 1996 et 1998 respectivement, deux coureurs qui seront convaincus de dopage quelques années plus tard… Il faut également ajouter que Bartoli fit souvent les frais (plus souvent qu’à son tour en tout cas) des politiques toujours complexes de la Squadra Azzura. Frustré des années durant par l’hégémonie de Chiappucci et Bugno, puis par celle de Pantani, Cipollini et Bettini, puis enfin par celle du sélectionneur lui-même Franco Ballerini (un ancien adversaire évoluant sur le même registre que lui…), Bartoli aura eu une carrière malheureuse sous le maillot azzuro. Ce tableau ne serait être complet sans mentionner le fait qu’il aura lui-aussi contribué à cette mauvaise relation avec l’équipe d’Italie, notamment en adoptant une attitude peu justifiable envers son ex-équipier Bettini pendant au moins un an, refusant de voir que Bettini était désormais son égal voir parfois meilleur que lui.

Quoi qu’il en soit, Bartoli quitte un peu à la manière d’un Cyrano de Bergerac, c’est à dire en emportant avec lui son panache inégalé. Quel régal en effet de le voir surgir du peloton dans La Redoute au moyen d’une accélération foudroyante qui laissait littéralement sur place tous les autres! Au départ de la Doyenne pendant des années, il n’y avait d’ailleurs que cette question : quand Bartoli attaquerait-il ? D’une fragilité apparente puisque d’un physique presque frêle, Bartoli possédait en lui une grande force intérieure à défaut d’une grande puissance. Là ou les autres passaient en force, il passait en souplesse et en finesse, attendant son heure pour lancer l’attaque fatale, attaque qui allait forcément survenir là ou on l’attendait le moins, d’ou son surnom d’Il Cato, “le Chat”.

Bartoli était également le plus beau des stylistes depuis Stephen Roche tant par sa position (il fallait voir le différentiel hauteur de selle / hauteur du guidon sur son vélo…) que par son coup de pédale qui étaient exemplaires sur un vélo. Avec Bartoli, on avait toujours l’impression que faire du vélo était facile, ce qui est, incontestablement, la marque des très grands.

Michele Bartoli? La grande classe italienne à son état pur. Bon repos, “Il Cato”! Tes attaques dans La Redoute, lorsque tu déposais tout le monde sur 400m d’accélération sèche, nous manqueront terriblement… Tu auras été, avec Pantani, notre exemple et notre inspiration pendant près d’une décennie et celui qui aura le plus façonné notre position actuelle sur le vélo.

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