Un nouveau collaborateur…

La Flamme Rouge étend progressivement son influence pour mieux répondre à notre ambition, celle de vous parler tous les jours de cyclisme sans pour autant vous voiler la face sur les dessous de ce sport magnifique. Notre excellent collègue et ami Raphael Watbled collabore déjà avec nous depuis quelques temps pour le classement VéloChronique (on essaie de l’embrigader pour obtenir de lui d’autres textes, sans succès à ce jour!). Voilà qu’un autre collaborateur occasionnel – et un peu spécial – se joint à nous pour la saison 2006 : Erik Lyman. Présentation et entrevue avec ce coureur pas ordinaire…

*Le retour de l’enfant terrible du cyclisme québécois*

Erik Lyman, c’est un peu le Franck Vandenbroucke du Québec : talentueux, mais aussi imprévisible en course, rebelle, anticonformiste voire, pour certains, borné. Chose certaine, il ne laisse personne indifférent. Espoir du cyclisme canadien et vainqueur à plusieurs reprises d’importantes courses professionnelles aux États-unis à la fin des années 1990, son élan est stoppé net par un contrôle positif aux stéroïdes alors qu’une place sur l’équipe canadienne des JO de Sydney était dans la balance. Suspendu 4 ans, cette période a sans l’ombre d’un doute permis au coureur comme à l’homme derrière d’acquérir une grande maturité ainsi qu’une nouvelle indépendance face au sport puisqu’il en profite pour compléter des études universitaires en traduction. Cette période lui permet surtout de réaliser le plus important : son énorme passion du cyclisme, de ce sport qui lui a apporté « _beaucoup plus de joies que de peines_ ». Il signe un retour remarqué dans le peloton québécois en 2005, remportant une étape de la Green Mountain Stage Race et terminant 3e d’une étape des Mardis cyclistes de Lachine. En 2006, il sera le capitaine de route d’une nouvelle formation professionnelle québécoise, « l’équipe Calyon-Litespeed »:http://www.geocities.com/velonouvelle/art/6/1jan/Velop23.html, dont le programme est essentiellement tourné vers d’importantes courses professionnelles aux États-Unis.

Devenu aujourd’hui à la fois homme de lettres et de kilomètres comme nous, vivant dans la même région l’Outaouais que nous et partenaire occasionnel de nos entraînements, La Flamme Rouge a décidé de faire confiance à Erik Lyman qui deviendra, en 2006, un collaborateur occasionnel de notre site. Parce qu’il ne suffit pas de seulement dénoncer le dopage et de sanctionner les coupables. Parce que tout le monde a le droit à une deuxième chance, surtout si c’est l’occasion de mieux comprendre les rouages intimes et d’avancer dans notre compréhension de ce sport. Loin de nous parler que de dopage, Erik nous partagera essentiellement, dans ses chroniques, ses expériences de courses aux États-Unis, nous permettant non seulement de découvrir ces épreuves mais aussi de les vivre avec lui de l’intérieur.

*La Flamme Rouge* : Erik, peux-tu nous parler un peu de ta nouvelle équipe, Calyon-Lightspeed (ADLPV), de ses objectifs, de son calendrier de courses et de ses coureurs ?

*Erik Lyman* : L’équipe cycliste Calyon-Lightspeed est une équipe continentale dont l’objectif premier est le développement de jeunes athlètes. lle est composée en quasi-totalité de coureurs de la catégorie espoirs (U23). Ce sont des jeunes qui ont démontré du sérieux, de l’implication et de belles qualités, dans les catégories junior et/ou chez les 23 ans et moins. Ils ont tous le potentiel, dans une mesure différente, de faire une carrière professionnelle dans l’America Tour, voire dans le Pro Tour.

Par conséquent, nous ne cherchons pas le rendement sportif à tout prix, tout de suite. Le président de l’équipe, ainsi que les membres du CA, ont clairement définis les attentes face aux coureurs. Ces derniers sont informés qu’être coureur cycliste professionnel comporte plusieurs éléments qui dépassent largement la notion de performance sportive, et que leur réussite au sein de l’équipe et du peloton passera par l’intégration de ces éléments.

Évidemment, nous avons aussi des objectifs sportifs, individuels et d’équipe. Donc, sans prétention, nous viserons de bons résultats dans l’America Tour (UCI), le National Racing Calendar (Circuit professionnel américain), le Tour de Beauce et les Championnats canadiens espoirs (U23).

Notre calendrier est conçu de manière équilibrée, de façon à respecter la progression de coureurs Espoirs et pour certains, le calendrier scolaire. De plus, nous allons aussi prendre part à quelques courses internationales, de manière à ce que les jeunes aient un avant goût des différents niveaux de cyclisme proposés par l’UCI.

Dans un autre ordre d’idées, l’équipe via un partenariat avec le Club Les Espoirs de Laval, a mis sur pied un programme de parrainage des athlètes des autres catégories. Donc, chaque athlète de l’équipe sera le parrain d’un jeune coureur ou d’une jeune coureuse de ce club. C’est une façon très efficace et simple de créer un lien avec les champions de demain, et de développer une attitude responsable chez les athlètes professionnels d’aujourd’hui. Tout le monde y gagne.

*La Flamme Rouge* : Quel sera ton rôle précis au sein de l’équipe ?

*Erik Lyman* : Je suis le capitaine de route de l’équipe. Mon rôle est de créer un environnement sportif propice à l’épanouissement des individus et à la réalisation de la mission de l’équipe. L’alimentation, la préparation mentale, les objectifs individuels, la tactique, le comportement en course et hors course, l’éducation, le respect des adversaires, des commissaires, des organisateurs et des commanditaires sont les éléments sur lesquels je prévois mettre l’accent.

Il ne faut pas perdre de vue qu’à titre d’équipe continentale, nous devons avoir un rendement sportif, mais nous devons aussi assurer le développement des jeunes coureurs. À ce titre, notre mission est claire : le rendement des athlètes sera évalués en fonction de leur mise en application des critères énumérés ci haut.

*La Flamme Rouge* : Et d’un point de vue strictement personnel, quels sont tes objectifs en 2006 ?

*Erik Lyman* : Mon objectif premier est d’être un bon modèle. Je désire donner de bons outils aux jeunes pour qu’ils soient prêts à affronter la vie cycliste professionnelle. De plus, je veux m’assurer de ne pas trop négliger ma famille.

Sur le plan sportif, je vais privilégier certaines courses dont le Tour of Toona, la Green Mountain Stage race, le Championnat canadien de critérium, le Tour de Beauce et l’Univest Grand Prix. Tout ça, bien sûr, sans perdre de vue que le plaisir et le dépassement personnel sont au cœur de ma réussite.

*La Flamme Rouge* : Le sprint demeurera en 2006 ton arme privilégiée ?

*Erik Lyman* : J’ai confiance que l’équipe saura tirer son épingle du jeu lors d’arrivées groupées, soit en peloton ou en échappée. Il est évident que j’entends faire ma part pour contribuer à notre succès, et que je n’hésiterai pas à mettre la « 11 » si cela peut me permettre d’aider l’équipe et ramener un bouquet à ma fiancée.

*La Flamme Rouge* : On te sent encore très ambitieux sur le plan personnel, mais on sent aussi une volonté chez toi d’apporter quelque chose aux jeunes coureurs de ton équipe et, de façon plus générale, au cyclisme. Qu’est ce qui a changé chez Erik Lyman ces dernières années ?

*Erik Lyman* : Je ne suis pas ambitieux du tout. Je ne rêve pas de Jeux Olympiques, et c’est en ce sens que j’affirme ne pas être ambitieux, pas plus que je considère faire un retour. Dans le retour, il y a une notion de continuité que je n’endosse aucunement. Le passé appartient au passé.

Je pratique le cyclisme pour des raisons bien différentes qu’à la fin des années 1990. Je crois que j’ai prouvé à plusieurs, dont moi, que je pouvais rivaliser avec les meilleurs, que ce soit au niveau continental ou international hors Pro Tour, à ce moment de ma vie. Aujourd’hui, je cherche plutôt un ensemble, un équilibre. Et puis, pour l’enthousiasme perçu par La Flamme Rouge, je crois qu’il est là. Mais, il ne faut pas confondre passion et ambition.

*La Flamme Rouge* : Et le cyclisme a-t-il changé selon toi ces dernières années ? Après tout, tu en as été assez loin pendant une période qui t’a peut-être permis de prendre du recul face à ce sport ?

*Erik Lyman* : Le cyclisme, selon moi, a changé. Est-ce dû à mon recul ou à un réel changement? Difficile d’y répondre. Par contre, je constate que le cyclisme se cherche une identité et une crédibilité auprès du public. Je crois que le Pro Tour/Continental Tours ainsi que les efforts mis sur la prévention et la détection en matière de dopage sportif en sont de bons exemples.

À l’échelle québécoise, je constate aussi de réels changements. Des changements positifs. Je crois que les jeunes coureurs sont de mieux en mieux encadrés et qu’ils ont de belles perspectives de carrière. En ce sens, Charles Dionne est en tête du peloton. Il arrive à pleine maturité. Il devrait démontrer son plein potentiel dans les années à venir. On entendra aussi parler des Martin Gilbert, François Parisien et compagnie, puisqu’ils sont de la cuvée qui devrait éclore prochainement. D’autres sont plus jeunes, et ils auront l’occasion de faire leur classe et de travailler leur attitude. J’ai pleinement confiance dans la génération montante.

*La Flamme Rouge* : Tu aurais pu quitter le milieu du cyclisme avec amertume après les événements que l’on connaît. Te revoilà pourtant. La passion et l’envie étaient trop fortes?

*Erik Lyman* : En fait, je dois préciser qu’avec du recul, c’est l’amertume qui a mené à mon contrôle positif. En fait, j’étais fatigué, sans but réel et pas encadré. J’étais amer du fait que tout miser sur le vélo me rendait vulnérable.

Donc, d’une certaine façon, la suspension m’a permis de me consacrer sérieusement à mes études universitaires en traduction, de vivre l’expérience du marché du travail et de prendre conscience que la vie sur le vélo, ça n’a pas de prix. Il faut parfois souffrir pour comprendre.

En ce qui a trait à l’envie et la passion, je dirais plutôt : passion et dépassement personnel. Ce sont les deux éléments qui décrivent mes motivations à faire du cyclisme.

*La Flamme Rouge* : En lecteur régulier de notre site, tu ne peux pas ignorer nos positions assez claires sur le dopage. Aussi, certains lecteurs pourront se surprendre de notre collaboration. Tu leur répondrais quoi ?

*Erik Lyman* : Je suis un amoureux du cyclisme et des mots, tout comme La Flamme Rouge. La collaboration me semblait naturelle.

Toutefois, je suis conscient que cela peut surprendre, voire choquer certains lecteurs et certaines lectrices de La Flamme Rouge, mais suis convaincu qu’à travers cette collaboration nous saurons bâtir un lien de confiance qui remettra les choses en perspective.

*La Flamme Rouge* : Est-il justifié, selon toi et devant tous ces cas de dopage en Europe comme au Canada, que le public se méfie des champions cyclistes ?

*Erik Lyman* : Je crois qu’il est évident que le cyclisme connaît une très mauvaise presse, particulièrement depuis 1997. Donc, à la lumière de ce qu’on peut lire sur le vélo, je dirais que oui, cela est justifié.

Par contre, lorsqu’on parle vélo, il y a la course, la course aux tricheurs, et la course aux scoops. Tous ces éléments font en sorte que le public peut difficilement croire dans ce sport, et surtout de se fonder une opinion critique. Il faut lire du rêve, des histoires de réussites et de dépassement personnel.

C’est pourquoi j’invite les amoureux de vélo et les néophytes à faire preuve d’esprit critique face aux histoires de dopage. Derrière tous les drames sportifs, il y a des êtres fragiles, désireux de réussir, d’être reconnus et d’être aimés. C’est ce qu’il faut retenir, à mon avis.

*La Flamme Rouge* : Revenons à tes chroniques cette année sur notre site. Peux-tu donner à nos lecteurs une idée de l’angle sous lequel tu comptes faire tes chroniques cette année ? Doit-on y voir une sorte de « journal de course » comme on en voit sur d’autres sites comme CyclingNews ou plutôt quelque chose de radicalement différent ?

*Erik Lyman* : Je compte trouver mon style et mon ton. Je ne désire pas imiter CyclingNews. Je parcours les magazines de cyclisme depuis la moitié des années 80, je vais faire un amalgame de tout ce que j’ai aimé. Ça sera sûrement un croisement entre les styles européens et américains. C’est donc à suivre.

Plus concrètement, mon objectif est de commenter l’actualité cycliste continentale. À l’aide de commentaires, d’analyses, de propos recueillis, de citations, de photos et de courtes entrevues, j’ambitionne de faire découvrir aux lecteurs de La Flamme Rouge les drames, les acteurs et les enjeux, bref, la saison 2006 de l’America Tour, du National Racing calendar et du circuit canadien.

6 Commentaires

  • stephane
    Soumis le 15 mars 2006 à 6:07 | Permalien

    On lira Éric avec grand intérêt. Bonne chance à toute l’équipe.

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  • Daniel Bedard
    Soumis le 17 mars 2006 à 5:40 | Permalien

    Bonne chance Erik.
    Je suivrai avec un intérêt particulier les résultats de l’équipe étant donné le grand influance de leader que tu as déjà sur des jeunes comme Joel,Charly et les autres. Au plaisirs de te lire très bientôt.
    Sportivement,
    Daniel Bedard
    Président
    Espoirs Laval

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  • Marc Dufour
    Soumis le 20 mars 2006 à 2:58 | Permalien

    L enfant terrible du cyclisme Quebecois!!! franchemenT Y en as des pas mal plus terrible que ca!!
    Tout de meme Éric fait nous rire un peu..A Bientot .Marc…

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  • Sylvain Roy
    Soumis le 22 mars 2006 à 2:26 | Permalien

    En passant, c’est pas sa deuxième chance, c’est sa troisième. Bonne chance à ses coéquipiers et à La Flamme Rouge. Je lirai Éric avec grand intérêt.

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  • Hugo Ledoux
    Soumis le 22 mars 2006 à 3:10 | Permalien

    Je suis aussi d’accord que chacun a droit à une seconde chance, sauf qu’ici, comme le souligne Sylvain (commentaire précédent), on semble oublier que c’est sa troisième chance : il a été contrôle positif 2 fois. La première au milieu des années 90 en France (suspension de quelques mois), et qques années plus tard au Québec pour stéroïdes (2ième fois, donc sanction plus sévère…).

    Et je ne veux rien enlever à Erik, mais de dire que qu’il était un espoir du cyclisme canadien et que les JO de Sydney était dans la balance, je trouve que vous poussez un peu fort… De quel genre de balance on parle ici? Le genre qui inclut le top 25 des coureurs canadiens?

    Je souhaite quand même bonne chance à la nouvelle équipe!

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  • Alexandre Bernard
    Soumis le 22 mars 2006 à 9:26 | Permalien

    Bonjour,

    disons que le dopage demeure toujours un sujet épineux mais je crois que nous avons chacun notre point de vue alors je vais m’abstenir car je crois que cela n’amènerait rien à la discussion !

    De mon côté, j’aimerais voir une équipe canadienne percer et avoir du succès car dans les dernières années, le cyclisme américain a été en pleine expansion tandis que du côté canadien, ce fut plutôt stagnant !

    Dans un autre ordre d’idée, disons qu’il est facile de critiquer nos pairs mais s’il y a une chose que j’ai appris au cours de mes années sur route, c’est qu’il y en a que très peu qui peuvent se permettre de parler en connaissance de cause !

    Je vais également suivre avec intérêt les commentaires d’Érik !

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