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Si ce n’était qu’une affaire de moyennes…

Notre texte quant au programme de course de Lance Armstrong en 2005 a doucement dérivé vers le dopage – l’affaire Musseuw aidant – et a suscité beaucoup de réactions qui nous ont permis de prendre le pouls de notre lectorat. Nous en sommes ravis.

Un commentaire nous pique un peu plus que les autres, parce qu’il revient périodiquement dans l’actualité et fait même souvent l’objet d’un débat : celui de comparer les moyennes horaires afin de déceler un « effet EPO ». On ne dira jamais assez que la comparaison d’une époque à une autre est très difficile, voire impossible. Beaucoup de facteurs entrent en jeu, allant de l’équipement à la météo, en passant par la qualité des routes, l’encadrement des coureurs, etc. Une seule comparaison nous apparaît aujourd’hui tenir la route, celle du record de l’heure traditionnel sur piste : Boardman en est depuis 2000 le détenteur, avec 49,441 km, soit à peine… 11 mètres de mieux qu’Eddy Merckx en 1972 ! Et encore, il faudrait calculer l’avantage que procurait à Boardman un vélo un peu plus léger de même qu’une combinaison pénétrant mieux dans l’air, tout comme un gabarit légèrement plus petit que celui du grand Eddy…

Nous nous risquerons toutefois à une seule comparaison pour illustrer notre propos qui est de soutenir l’idée que les moyennes ont bel et bien augmenté depuis une quinzaine d’années. Nous prendrons pour ce faire le dernier clm du Tour, qui nous apparaît révélateur car situé en fin d’épreuve, après 3 semaines harassantes de course. Si un effet EPO pourrait être visible, c’est bien lors de cette épreuve solitaire chronométrée qui présente aussi l’avantage d’éviter les problèmes reliés à la présence d’un peloton (comme la tactique de course par exemple), etc. Dans le chrono, c’est à fond les manettes pour les meilleurs et seuls l’équipement voire la météo (si on néglige la qualité de la route) peuvent fausser les calculs.

Pour augmenter la justesse de la comparaison, nous prendrons un même circuit, celui du Lac de Vassivière qui présente l’avantage d’avoir été l’hôte du dernier chrono sur le Tour en 1985 (avant l’EPO), en 1990 (tout juste avant ou durant les premiers essais) et en 1995, en plein dedans. Ces années présentent l’avantage d’être toutes séparées de 5 ans, ce qui est pratique pour la comparaison. Les distances sont de surcroît à chaque fois comparables (à peu de choses près), soit respectivement 45.7, 45.5 et 46.5 km. La météo fut, à chacune de ces étapes, favorable, avec du soleil et peu de vent, sauf peut-être en 1990. La technologie utilisée par les coureurs fut également assez comparable entre 1990 et 1995. En 1985, les coureurs ne disposaient pas d’un guidon de triathlète, ce qui rend la comparaison moins satisfaisante. Mais à chaque fois, les coureurs pouvaient utiliser les roues lenticulaires, les cadres plongeants, les casques profilés, les lunettes et les combinaisons de type « skin-suit ». Enfin, ces étapes ont toutes été remportées par de grands champions, dont 2 font partie du club sélect des triples vainqueurs du Tour.

La moyenne du vainqueur est celle qui sera comparée. En 1985, Greg LeMond s’imposait à la vitesse moyenne de 43.637 km/h. Hinault terminait 2e, à 5 secondes. En 1990, c’est Erik Breukink qui gagnait, à la moyenne de 44,270 km/h. Peu de différences donc entre 1985 et 1990, même si on a roulé de plus en plus vite sur le circuit. Greg LeMond, présent en 1990, terminait 5e du chrono, à 57 secondes de Breukink. Il mettait donc, en 1990, 46 secondes de plus qu’en 1985 pour parcourir le circuit, peut-être en raison du vent qui l’avait contraint, en 1990, à partir sans roue lenticulaire.

En 1995, c’est « Big Mig » Miguel Indurain qui a gagné cette étape, à la moyenne horaire de… 48,465 km/h, soit plus de 4 km/h de plus que Breukink 5 ans avant. L’augmentation de la moyenne sur la même période de 5 ans, mais entre 1985 et 1990, a été inférieure à 1 km/h… Indurain aurait donc laissé LeMond (et Hinault!) minable sur cette étape, roulant à presque 5 km/h de moyenne plus vite! Autre point de comparaison, Indurain terminait 4e de l’étape en 1990, avec un temps de 1h03min20sec ; 5 ans plus tard, il franchissait une distance supérieure de 1 km en 57min34sec, soit pratiquement 6 minutes de moins!!! Toute une progression…

Nous ne pouvons évidemment pas conclure que ces différences sont l’effet d’un dopage sanguin à l’EPO. Ces comparaisons, rappelons-le, demeurent boîteuses et de ce fait, discutables. Il est par exemple surprenant de constater que l’introduction du guidon de triathlète n’a pas eu un effet plus marqué entre 1985 et 1990 (faut-il y voir une preuve du champion exceptionnel que fut LeMond?). Mais ce qui est certain, c’est qu’on roule aujourd’hui beaucoup plus vite qu’au cours des années 1980 et qu’une rupture nette s’est produite au début de la décennie des années 1990. Les capacités aérobiques et anaérobiques des coureurs ont été décuplées, leurs facultés de récupération aussi. LeMond disposait peut-être de 550 watts de puissance comme Indurain, mais l’Américain ne pouvait pas maintenir ce régime sur une aussi longue période de temps que l’Espagnol…

Il nous apparaît enfin difficile de comparer les moyennes sur l’ensemble du Tour, 21 ou 23 jours de course présentant trop de situations pouvant affecter la moyenne (sens du Tour, météo, difficulté du tracé, etc.). En dépit de cela, il convient tout de même de mentionner que les tours remportés par Lance Armstrong sont les plus rapides de l’histoire. Seul celui remporté par Pantani en 1998 s’immisce dans ce palmarès. La Grande Boucle est-elle moins difficile qu’avant? On l’ignore, mais ce qui est certain, c’est que les moyennes record établies par Armstrong sont également rendues possibles grce à une homogénéïté plus grande des conditions physiques dans le peloton. Aujourd’hui, on se présente à 25 voire 40 coureurs au pied du Mur de Grammont dans le final du Ronde alors qu’il y a 15 ans, Sean Kelly s’y présentait avec 4 types dans sa roue!

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Lettre à Johan Musseuw

12 Commentaires

  1. Francois Gaudreau

    La vitesse est un indice, certes…

    Ce qui est plus intéressant à regarder, c’est la puissance nécessaire pour produire cette vitesse. La relation entre la vitesse et la puissance pour la générer est une relation exponentielle.

    Breukink en 1990 a généré environ 4.5% plus de puissance moyenne (en supposant qu’il a à peu près la même carrure que Lemond) que Lemond en 1985 mais on peut attribuer ça au progrès technique (le guidon de triathlon compte pour beaucoup).

    Indurain quant a lui a du générer plus 36% de plus de puissance que Lemond en 1985. Plus de 36% car Miguel est un grand gaillard qui offre plus de surface de résistance dans l’air.

    36%, ça c’est un chiffre qui en dit long. Il faut regarder le travail et non la vitesse.

    Analytic cycling offre un plusieurs outils de calcul intéressants

    http://www.analyticcycling.com/ForcesPower_Page.html

  2. Francois Gaudreau

    La vitesse est un indice, certes…

    Ce qui est plus intéressant à regarder, c’est la puissance nécessaire pour produire cette vitesse. La relation entre la vitesse et la puissance pour la générer est une relation exponentielle.

    Breukink en 1990 a généré environ 4.5% plus de puissance moyenne (en supposant qu’il a à peu près la même carrure que Lemond) que Lemond en 1985 mais on peut attribuer ça au progrès technique (le guidon de triathlon compte pour beaucoup).

    Indurain quant a lui a du générer plus 36% de plus de puissance que Lemond en 1985. Plus de 36% car Miguel est un grand gaillard qui offre plus de surface de résistance dans l’air.

    36%, ça c’est un chiffre qui en dit long. Il faut regarder le travail et non la vitesse.

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  3. Francois Gaudreau

    La vitesse est un indice, certes…

    Ce qui est plus intéressant à regarder, c’est la puissance nécessaire pour produire cette vitesse. La relation entre la vitesse et la puissance pour la générer est une relation exponentielle.

    Breukink en 1990 a généré environ 4.5% plus de puissance moyenne (en supposant qu’il a à peu près la même carrure que Lemond) que Lemond en 1985 mais on peut attribuer ça au progrès technique (le guidon de triathlon compte pour beaucoup).

    Indurain quant a lui a du générer plus 36% de plus de puissance que Lemond en 1985. Plus de 36% car Miguel est un grand gaillard qui offre plus de surface de résistance dans l’air.

    36%, ça c’est un chiffre qui en dit long. Il faut regarder le travail et non la vitesse.

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  4. Andy Lamarre

    Très bonne étude, mais la question est “est-ce que la moyenne de vitesse va continuer a augmenter”. La meilleure fçon serait de faire cette étude serait de regarder tous les records de l’heure depuis les derniers 25 années en trouvant une règle de calcul pour, les améliorations des vélos utilisés, les piste ou le record a été essayé, le vent de cette journée et la corpulance de l’hatlète. Mais il est vrai que la moyenne de toutes les course vas de plus en plus en augmentant. Il y a 25 ans, lorsque je courrais, une moyenne du contre la montre était aux alentours de 41-42 kmh, aujourd’hui elle se maintient aux alentours de 46-48 kmh (pour hatlètes amateurs), et je suis sure que la pluspart des amateurs d’aujourd’hui n’utilisent pas l’EPO pas plus que moi je me servait de drogue lorsque je courrais. Peut être le plus gros avantage est que l’on connait le corps humains mieux aujourd’hui que dans mon temps, car dans mon temps on y allait au piff, ce que ne se fait plus aujourd’hui. Encore une fois félicitations sur l’étude du sujet. Bonne années a tous et bonne route pour 2005.

  5. Andy Lamarre

    Très bonne étude, mais la question est “est-ce que la moyenne de vitesse va continuer a augmenter”. La meilleure fçon serait de faire cette étude serait de regarder tous les records de l’heure depuis les derniers 25 années en trouvant une règle de calcul pour, les améliorations des vélos utilisés, les piste ou le record a été essayé, le vent de cette journée et la corpulance de l’hatlète. Mais il est vrai que la moyenne de toutes les course vas de plus en plus en augmentant. Il y a 25 ans, lorsque je courrais, une moyenne du contre la montre était aux alentours de 41-42 kmh, aujourd’hui elle se maintient aux alentours de 46-48 kmh (pour hatlètes amateurs), et je suis sure que la pluspart des amateurs d’aujourd’hui n’utilisent pas l’EPO pas plus que moi je me servait de drogue lorsque je courrais. Peut être le plus gros avantage est que l’on connait le corps humains mieux aujourd’hui que dans mon temps, car dans mon temps on y allait au piff, ce que ne se fait plus aujourd’hui. Encore une fois félicitations sur l’étude du sujet. Bonne années a tous et bonne route pour 2005.

  6. Andy Lamarre

    Très bonne étude, mais la question est “est-ce que la moyenne de vitesse va continuer a augmenter”. La meilleure fçon serait de faire cette étude serait de regarder tous les records de l’heure depuis les derniers 25 années en trouvant une règle de calcul pour, les améliorations des vélos utilisés, les piste ou le record a été essayé, le vent de cette journée et la corpulance de l’hatlète. Mais il est vrai que la moyenne de toutes les course vas de plus en plus en augmentant. Il y a 25 ans, lorsque je courrais, une moyenne du contre la montre était aux alentours de 41-42 kmh, aujourd’hui elle se maintient aux alentours de 46-48 kmh (pour hatlètes amateurs), et je suis sure que la pluspart des amateurs d’aujourd’hui n’utilisent pas l’EPO pas plus que moi je me servait de drogue lorsque je courrais. Peut être le plus gros avantage est que l’on connait le corps humains mieux aujourd’hui que dans mon temps, car dans mon temps on y allait au piff, ce que ne se fait plus aujourd’hui. Encore une fois félicitations sur l’étude du sujet. Bonne années a tous et bonne route pour 2005.

  7. Cyclick

    Est-ce qu’Indurain a déjà été choppé pour usage d’EPO ? Je me souviens qu’il a déjà été testé positif à la caféine (!), mais jamais à l’EPO, non ? Un grand champion il a été, un modèle de régularité, un VO2 Max exceptionnel, est-ce assez pour avoir un beau palmares comme le sien, ou l’EPO a quelque chose à voir dans tout ça ? Musseuw tombe ces temps-ci, s’il fallait que ca arrive à Indurain aussi, ayayaye… Il me semble intouchable non ?

  8. Cyclick

    Est-ce qu’Indurain a déjà été choppé pour usage d’EPO ? Je me souviens qu’il a déjà été testé positif à la caféine (!), mais jamais à l’EPO, non ? Un grand champion il a été, un modèle de régularité, un VO2 Max exceptionnel, est-ce assez pour avoir un beau palmares comme le sien, ou l’EPO a quelque chose à voir dans tout ça ? Musseuw tombe ces temps-ci, s’il fallait que ca arrive à Indurain aussi, ayayaye… Il me semble intouchable non ?

  9. Cyclick

    Est-ce qu’Indurain a déjà été choppé pour usage d’EPO ? Je me souviens qu’il a déjà été testé positif à la caféine (!), mais jamais à l’EPO, non ? Un grand champion il a été, un modèle de régularité, un VO2 Max exceptionnel, est-ce assez pour avoir un beau palmares comme le sien, ou l’EPO a quelque chose à voir dans tout ça ? Musseuw tombe ces temps-ci, s’il fallait que ca arrive à Indurain aussi, ayayaye… Il me semble intouchable non ?

  10. petitbonhommeenmousse

    évidemment qu’Indurain n’a pas été contrôlé positif à l’EPO, les contrôles sont arrivés bien après sa retraite. D’ailleurs, il a quitté la compétition juste au moment où les contrôles sanguins ont été instaurés…

  11. petitbonhommeenmousse

    évidemment qu’Indurain n’a pas été contrôlé positif à l’EPO, les contrôles sont arrivés bien après sa retraite. D’ailleurs, il a quitté la compétition juste au moment où les contrôles sanguins ont été instaurés…

  12. petitbonhommeenmousse

    évidemment qu’Indurain n’a pas été contrôlé positif à l’EPO, les contrôles sont arrivés bien après sa retraite. D’ailleurs, il a quitté la compétition juste au moment où les contrôles sanguins ont été instaurés…

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