Réponse à Stef

Stef a laissé un commentaire en réaction à mon récent “Tour de l’actualité“ qui m’interpelle quant au traitement que je réserve sur ce site aux affaires de dopage. Dans ce texte, je réagissais à l’annonce de la suspension à vie de Geert Leinders, ancien médecin Sky et Rabobank, ainsi qu’aux soupçons planant sur Mario Zorzoli, médecin en chef à l’UCI et impliqué dans la lutte contre le dopage (du moins en apparence).

Stef évoque un traitement à deux vitesses, évoquant mon autre texte “L‘étrange histoire de l’eau de Malartic“ ou j’affirmais qu’il était d’une part difficile de voir clair dans cette histoire et, d’autre part, que l’explication avancée par la famille du jeune athlète positif m’apparaissait crédible.

Alors, traitement à deux vitesses qui reposerait – c’est sous-entendu – sur un manque de jugement, voire un parti-pris?

Clairement, non.

J’estime qu’il ne faut pas tout mélanger. J’estime qu’il ne faut pas dénoncer à l’aveugle les situations de dopage. J’estime qu’il ne faut pas dénoncer pour dénoncer. J’estime qu’il faut plutôt user de jugement dans chaque nouvelle histoire.

Pour Stef mais aussi pour tout le monde, voici quelques éléments qui ont guidé mon jugement et ma prise de position dans ces deux histoires.

D’une part, l’histoire Leinders-Zorzoli s’inscrit dans le milieu du cyclisme professionnel, pas du cyclisme junior. Il y a tout de même des différences importantes, et on peut raisonnablement croire que l’usage du dopage est plus répandu au sein du milieu pro plutôt que dans le milieu junior, même de haut niveau.

D’autre part, il convient de prendre connaissance de cet article parlant d’une équipe de recherche de l’Université de Trois-Rivières qui développe une méthode pour connaître la quantité et la nature des drogues illicites consommées dans un certain secteur grâce au contenu des… eaux usées. Il est donc tout à fait possible – n’en déplaise à certains – de trouver des substances dans l’eau usée qui ne devraient pas y être. L’eau de Malartic est peu traitée chimiquement. Comment exclure dans ce contexte l’explication avancée par la famille du jeune coureur? Plus encore, l’histoire de l’eau de Malartic ne m’apparait pas être un problème spécifique à Malartic, mais peut être beaucoup plus répandu qu’on ne le croit. Il serait super-important d’aller au bout de l’histoire car une telle situation pourrait peut-être se répéter avec d’autres athlètes s’ils consomment de l’eau contenant des traces infimes de substances illicites (je vous rappelle également que les appareils de détection sont aujourd’hui capables de déceler des quantités infimes parmi les urines).

Je rappelle également que je n’ai pas affirmé que ce jeune coureur junior ne s‘était pas dopé: ma première phrase de l’article mentionne clairement que j’estime qu’il est difficile de trancher dans cette histoire. J’affirme simplement qu‘à mes yeux, l’explication avancée par la famille est plausible.

Enfin, la domination de l‘équipe Sky en 2012 a été outrageuse. L’histoire des 20 dernières années nous a démontré que dans ces cas, l’explication fut rarement celle qu’on a bien voulu nous faire croire (le travail, la préparation pour Lance Armstrong, le programme “marginal gains” chez Sky). Les accusations à l’endroit de Leinders et Zorzoli proviennent de témoignages d’anciens coureurs – dont Rasmussen – consignés par la très crédible USADA. Dans ce contexte, et à la lumière des 20 dernières années, je pense prendre peu de risques en dénonçant comme je l’ai fait la situation au niveau du cyclisme professionnel.

Pour preuve, d’autres personnes, et pas les moindres, pensent comme moi: on n’a qu‘à prendre connaissance des récentes déclarations de Floyd Landis, qui soulève bien des questions quant à la transformation d’un Bradley Wiggins d’un grimpeur moyen à un grimpeur extraordinaire justement au moment ou Leinders travaillait chez Sky. Il est bien placé pour distinguer ce qui est crédible de ce qui ne l’est pas, et n’a aucune raison aujourd’hui de mentir.

Quoi qu’il en soit, comptez sur moi pour ne jamais dénoncer à l’aveugle ou “par principe” une situation liée au dopage. J’estime qu’il faut chaque fois faire preuve de jugement, considérer le contexte, ceci afin de ne pas se livrer à des affirmations gratuites pouvant porter préjudice à certaines personnes.

8 Commentaires

  1. Nicolas
    Soumis le 25 janvier 2015 à 7:55 | Permalien

    Je suis bien d’accord on peut pas mettre sur le meme plan les deux histoires.

    En attendant que penser de la victoire de Diaz au tour de san luis et de son equipe Funvic?

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  2. René
    Soumis le 25 janvier 2015 à 7:58 | Permalien

    Je suis d’accord avec toi qu’il ne faut pas accuser tout ce qui bouge. Ce n’est pas parce qu’on donne le bénéfice du doute à l’un que c’est un système à deux vitesses.

    Je ne comprend pas le lien entre les eaux usées et l’eau potable. La présence du substances illicites dans les eaux usées démontre une consommation de ces substances dans un secteur donné, pas qu’on retrouve ces substances dans l’eau potable. En général on déverse les eaux usées dans un cours d’eau en aval du point où l’on puise l’eau potable pour éviter de la contaminer.

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  3. Vincent C
    Soumis le 25 janvier 2015 à 12:49 | Permalien

    « Quoi qu’il en soit, comptez sur moi pour ne jamais dénoncer à l’aveugle ou “par principe” une situation liée au dopage. J’estime qu’il faut chaque fois faire preuve de jugement, considérer le contexte, ceci afin de ne pas se livrer à des affirmations gratuites pouvant porter préjudice à certaines personnes. »

    Là, j’te suis pas. Par principe on devrait tout dénoncer: y’a pas de petit dopage plus acceptable qu’un autre.

    Le contexte tant qu’à lui est souvent tordu par les parties prenantes et les médias. Donc exit le contexte, on aura jamais la « vraie version »

    Et troisièmement, « porter préjudice »? Et quid du préjudice au sport et à tout les autres intervenants et participants? Juste l’affaire de Malartic, peut-être des villes seront plus frilleuses de sponsoriser le Tour d’Abit à cause de celà. Je l’ai déjà dit, les dommages collatéraux au dopage sont plus important et les préjudices les sont aussi par ricochet.

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  4. Régis
    Soumis le 25 janvier 2015 à 3:44 | Permalien

    Salut,l eau potable l est beaucoup moins que ce que les autorités essaient de nous faire croire,
    en Belgique, l eau de rivières polluées est traitée et ensuite mélangée a de l’eau souterraine,
    les traitements ont pour but de la rendre plus potable mais ce ne sera jamais de l eau de source… Les hormones ne sont pas toujours détruite et pas toujours analysées.
    a plus

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  5. Fore
    Soumis le 26 janvier 2015 à 4:13 | Permalien

    Laurent écrit « la transformation d’un Bradley Wiggins d’un grimpeur moyen à un grimpeur extraordinaire justement au moment ou Leinders travaillait chez Sky »

    ???

    On n’a pas vu le même film ! Wiggins est passé d’absolu NON-GRIMPEUR à capable de suivre les meilleurs (mais pas les tout-meilleurs) soudainement au Giro puis au Tour 2009. Malgré cette transformation plus que douteuse il n’a jamais été un grimpeur « extraordinaire »

    Par contre, il est devenu un rouleur quasi imbattable, car sa puissance au seuil a gagné environ 5% en 2009 aussi et qu’il a à mon avis la meilleure position sur le vélo de clm depuis Boardman, et un SCx qui doit approcher les 0,20, ce qui est phénoménal.

    Par ailleurs, perte de 10% de poids corporel, également en 2009 comment, on se le demande, ajoutée à l’amélioration de la puissance, ça donne le tour 2012, à 32 ans, à comparer à ses résultats au tour 2007, à 27 ans, pleine maturité physique, chez Cofidis

    1ère étape de montagne : grupetto à 39 minutes
    2ère étape de montagne : grupetto à 29 minutes
    clm d’Albi : 5ème à 2 minutes de Vinokourov

    Bref, si Wiggins a commencé à se doper sérieusement, c’est en 2009, et peut-être sans attendre Leinders…

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  6. Soumis le 26 janvier 2015 à 8:44 | Permalien

    @Fore,
    Bradley Wiggins n’a pas gagné le Tour en 2009… d’accord avec toi, il s’est bien amélioré cette année là, mais rien de comparable tout de même avec son année 2012 ou il a enchainé les victoires partout, tout le temps jusqu’aux JO, gagnant au contre-la-montre et déposant tout le monde en montagne, sauf peut-être Froome 🙂
    @Vincent,
    Je suis bien d’accord avec toi: il n’y a pas de dopage plus acceptable qu’un autre. Dans ce dossier, là n’est pas la question. La question est plutôt « y-a-t-il eu dopage? ». C’est donc à cette question qu’il faut d’abord répondre avant de dénoncer, de condamner. Et je demeure convaincu qu’une eau du robinet contaminée à des doses infimes de produits illicites est possible.
    @René,
    La première étape pour que l’eau propre soit contaminée, c’est que l’eau usée, avant traitement lorsqu’il y en a, le soit. Or, la preuve est démontrée. Donc si l’eau usée peut être contaminée par des substances ayant passé par le corps humain, l’eau propre peut l’être aussi.

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  7. Joe
    Soumis le 26 janvier 2015 à 6:59 | Permalien

    @Nicolas; L’équipe Funvic, c’est du rigolo ! Espérons qu’ils se feront choppés bientôt.

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  8. johny
    Soumis le 3 février 2015 à 11:40 | Permalien

    Concernant l’équipe de recherche de l’UQTR. De puis presque 25 ans, il y a environ 5 mémoires de maitrise par année sur la détection de drogues et médicaments dans les eaux usées. C’est tellement vieux que c’est drôle. On appelle ca du gros hype scientifique. Bravo UQTR, bonne equipe de PR…

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