Tous les jours, la passion du cyclisme

 

Le visage statistique du cyclisme sur route au Québec

Qui pratique la compétition en cyclisme sur route au Québec ? Combien sommes-nous de coureurs ? Quelles sont les catégories les plus populaires ? Le cyclisme sur route au Québec est-il en croissance ou, au contraire, en déclin ?

Ce sont toutes des questions intéressantes pour lesquelles on peut trouver dans le récent rapport annuel (2007-2008) de la Fédération Québécoise des Sports Cyclistes (FQSC) certains éléments de réponse.

La Flamme Rouge vous propose ce soir un bref portrait démographique (ma spécialité) du cyclisme sur route au Québec ainsi que des coureurs qui l’animent.

Commençons par le plus important: le portrait sera forcément incomplet. Je suis en effet totalement tributaire des données incluses dans le récent rapport annuel de la FQSC. Dans certains cas, on ne pourra pas aller bien loin dans les commentaires. Le petit portrait se veut également le plus objectif possible et n’est d’aucune façon une tentative quelconque, consciente ou inconsciente, de diviser la communauté cycliste au Québec. Ce petit portrait n’a pas non plus été fait avec un prisme "pro-régions" ou "pro-Montréal" pas plus qu’avec un prisme "pro-cyclisme sur route" versus "pro-vélo de montagne" mais plutôt avec le simple désir de refléter le plus justement possible l’état de la situation. S’il ne sera question que de cyclisme sur route, c’est que La Flamme Rouge porte exclusivement sur cette discipline du cyclisme.

Certaines comparaisons seront également faites avec des données de la Fédération Française de Cyclisme (FFC). Bien sûr, c’est une comparaison boiteuse: il aurait été préférable d’opposer aux données de la FFC celles de l’Association Cycliste Canadienne (ACC), son pendant au Canada. Je n’ai malheureusement pu trouver de données sur le site de l’ACC, son dernier rapport annuel publié remontant à… 2005. J’aurais également aimé comparer les chiffres de la FQSC avec les données de la Royale Ligue Vélocipédique Belge, mais aucune donnée n’était disponible sur leur site. Enfin, il m’apparaît intéressant de comparer le Québec à la situation française simplement pour donner un point de comparaison, rien de plus.

J’ajoute enfin qu’il ne faut pas voir dans cet article une quelconque critique du travail effectué par la FQSC. Il ne faut pas voir non plus dans les comparaisons effectuées avec la FFC une quelconque critique des efforts fournis par chaque fédération.

Le cyclisme sur route en progression, le vélo de montagne diminue légèrement

La FQSC comptait 8657 membres individuels en 2007-2008. Si on rapporte ce nombre à la population moyenne au cours de la période afin d’établir un taux, mesure classique en démographie, cela donne un taux brut de "licenciés FQSC" de 1,124 pour mille personnes dans la population. Si on considère que les 101 079 licenciés en France correspondent à la définition de la FQSC de "membres individuels", cela porterait le taux brut en France à 1,634 pour mille. On peut y voir une sorte de mesure du taux de "pénétration" de la compétition cycliste licenciée dans la population générale. Nul doute qu’à travers ce prime imparfait (il ne tient également pas compte des différences de structure par âge de la population des deux régions), la FFC disposerait d’un bassin de licenciés proportionnellement plus large que la FQSC, héritage possible de l’histoire beaucoup plus longue du cyclisme en France, et donc d’une "popularité du sport" probablement plus importante.

Si on s’intéresse maintenant au volet "route et piste" du sport cycliste, les adhérents FQSC de ce secteur étaient au nombre de 3115 en 2007-2008, soit 36% de tous les licenciés FQSC. En France, le volet "route et piste" comptait, en 2007, 70 400 adhérents, représentant 69,7% de tous les licenciés FFC. C’est donc une proportion nettement plus importante qu’au Québec, témoignant des différences de clientèle des deux fédérations. Le volet "vélo de montagne" conserve une grande place à la FQSC, peut-être en raison du développement plus récent du cyclisme au Québec qui surferait donc davantage sur la mode "vélo de montagne" que la France. Dans ce pays, le sport cycliste s’est d’abord et avant tout développé sur piste et sur route au début du siècle dernier… Les traditions sont donc différentes. Un possible effet "Marie-Hélène Prémont" n’est également pas à exclure!

Malgré la popularité du volet "vélo de montagne" à la FQSC, il est intéressant de noter que c’est pour le secteur "route et piste" que la progression est la plus forte. Le nombre de licenciés de ce secteur était en effet en progression de 7,8% entre 2006-2007 et 2007-2008. En comparaison, le volet "vélo de montagne" a connu, durant la même période, une baisse de 3% de ses effectifs au sein de la FQSC.

La hausse observée pour la route et la piste s’explique en grande partie par une forte progression du nombre de "licenciés d’un jour", aussi appelés "licences d’événements". Cette formule permet à des cyclistes d’obtenir une licence "d’un jour" pour une course spécifique. Il est possible qu’elle attire également des cyclistes amateurs désirant "essayer" la course cycliste l’espace d’un jour.

Quoi qu’il en soit, la récente variation à la hausse du secteur route et piste est encourageante. Tendance lourde ou phénomène passager ? La hausse observée étant en grande partie attribuable aux licences d’événements, une catégorie volatile par définition, et n’ayant malheureusement pu trouver sur le site de la FQSC des rapports annuels antérieurs, difficile d’aller plus loin dans l’analyse et de la contextualiser. Sous l’hypothèse que le vélo de montagne serait plus populaire chez les jeunes et la route chez les plus vieux, pourrait-on voir dans l’évolution récente des deux volets une conséquence du vieillissement progressif de la population ?

Un coureur licencié FQSC sur trois appartient aux catégories Maitre

Fait intéressant, environ un coureur sur trois possédant une licence de course FQSC en cyclisme sur route appartient aux catégories Maître et a donc 30 ans ou plus. En comparaison, les Séniors 1-2, catégorie dans laquelle se concentre généralement l’élite, ne représentaient qu’environ 17% du total. Considérant que certains Séniors 1-2 ont 30 ans ou plus, la réelle proportion de Séniors 1-2 de moins de 30 ans est probablement inférieure à ce chiffre. Les cadets et juniors représentaient environ 18% du total et les jeunes coureurs (Bibittes, Pee-Wee, Minimes) 29%, ce qui est intéressant puisqu’ils incarnent la relève de la discipline.

En vélo de montagne, c’est très similaire, les coureurs des catégories Maître représentant environ le tiers des effectifs. Pas de doute donc, les coureurs de 30 ans et plus constituent une importante clientèle de la FQSC, même si ces derniers n’iront plus aux Jeux Olympiques ni au Tour de France!

La route attire davantage de femmes que le vélo de montagne

Côté rapport hommes/femmes, ces dernières (319) représentaient environ 22% de tous les licenciés "route et piste" de la FQSC en 2007-2008. Fait intéressant, le pourcentage équivalent en vélo de montagne était de 15% seulement, malgré le fait que la discipline soit plus jeune. Il faut croire que le cyclisme sur route et piste est plus attrayant pour les femmes que le vélo de montagne, probablement au grand bonheur de Messieurs les cyclistes sur route!

Il faut cependant nuancer ce portrait: on retrouve chez les Maîtres du secteur route et piste seulement… 6% de femmes. Pour l’agence de rencontre, il faudra attendre encore un peu… Cette proportion passe cependant à… 37% – soit plus d’un coureur sur trois – pour les catégories Pee-Wee, Minimes ou Cadets en route et piste (il n’est que de 21% en vélo de montagne pour les mêmes catégories). Effet Jeanson, Bessette ou Lemieux ? Difficile à dire… Ces jeunes filles pratiquant la compétition sur route poursuivront-elles dans les catégories supérieures ? Espérons le, cela voudrait peut-être dire que le cyclisme féminin au Québec – très populaire ces 10 dernières années – aurait une bonne relève potentielle. On peut aussi rappeler que c’est une femme qui a remporté l’édition 2008 du pool de cyclisme La Flamme Rouge!

Un volet "élite" important au Québec

Côté athlètes excellence, élite et relève, on comptait environ 82 athlètes ayant ce statut à la FQSC en 2007-2008, soit environ 1% de tous les licenciés. Ils étaient environ 650 à la FFC, soit 0,6% de tous les licenciés. Parle-t-on des mêmes coureurs ? Ce n’est pas évident, chaque pays pouvant classer ou définir son élite de façon différente. Considérant que l’élite constitue le sommet de la pyramide, la proportion ne surprendra toutefois pas.

Surprenant Saguenay-Lac St-Jean!

Parmi les membres FQSC (il faut ici ajouter aux coureurs les commissaires, entraineurs, organisateurs, dirigeants, mécanos, chauffeurs, soigneurs, etc.), plus du tiers proviennent de la grande région de Montréal (Laval, rive-sud, Bourassa, Lac St-Louis inclus). Considérant le bassin de population de cette région, ce n’est pas une surprise. En tout, c’est près de 700 licenciés qui vivent dans cette région, dont près de 300 simplement sur la rive-sud, véritable fourmilière du cyclisme au Québec.

Avec près de 250 licenciés représentant 13% de tous les membres FQSC, la région de Québec possède également un beau bassin de cyclistes prenant part à des compétitions sur route. La région du Saguenay Lac St-Jean, très au nord de la ville de Québec et donc une région plus difficile pour la pratique du cyclisme, l’hiver étant long, se distingue à mon avis avec près de 200 licenciés, pour près de 10% du total. Impressionnant pour une région éloignée et dont le bassin de population est proportionnellement plus faible ! En comparaison, l’Estrie (86), l’Outaouais (72) ou encore les Laurentides (122) font moins bonne figure à ce chapitre.  

Proportionnellement plus d’équipes cyclistes en France

Côté clubs et équipes affiliés, on comptait 161 clubs cyclistes au Québec en 2007-2008. C’est 9 de plus que l’année précédente, là encore un bon signe. En France, le nombre de clubs était de 2476, soit nettement plus qu’au Québec. En supposant que ces données sont comparables, on peut dire qu’on comptait environ 54 membres FQSC pour chaque équipe au Québec contre environ 40 licenciés FFC pour chaque équipe en France. Autrement dit, on retrouve en France davantage d’équipes pour chaque licencié. Héritage là encore du passé pour les cyclistes français, certains clubs français ayant une longue tradition (ACBB, Paris Cycliste Olympique, etc.) ? C’est possible.

Près de la moitié des courses FQSC étaient, en 2007-2008, des courses sur route ou piste

Côté épreuves, la FQSC a chapeauté 291 événements en 2007-2008, dont un peu moins de la moitié (141) étaient des événements relevant du secteur "route et piste". La FFC a chapeauté environ 12 000 événements en 2007 et je ne peux préciser combien d’entre eux relevait du secteur "route et piste". C’est peut-être là que les différences sont les plus grandes, le nombre d’événements (tous secteurs confondus) étant plus nombreux en France qu’au Québec. Une simple mesure serait le nombre d’événements par 100 licenciés: ce ratio est de 11,9 en France comparé à 3,4 au Québec. Loin d’y voir une mesure des efforts de chaque fédération, il faut plutôt y voir là encore un reflet probable de l’histoire du cyclisme, de son degré d’ancrage dans la culture respective de chaque région.

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  1. Bonjour Laurent,

    Bonne analyse de notre Rapport annuel.

    Fait important à comprendre, les chiffres du Rapport annuel sont la saison 2007. Notre année financière débute le 1er avril et se termine le 31 mars et le présent rapport date donc pour 2007-2008.

    Ainsi, pour faire une analyse des chiffres 2008, vous pourrez aller voir le rapport d’activités à l’adresse suivante : http://www.fqsc.net/apropos/PV.htm

    Finalement, sur cette page web, vous pourrez trouver les rapports annuels depuis notre période 2003-2004.

    J’en profite également pour souligner aux lecteurs que ce week-end, dans le cadre de notre assemblée générale annuelle, nous aurons notre commission d’orientation pour obtenir le pouls de nos membres face à la saison 2008 et être à l’écoute de ceux-ci pour orienter la saison 2009.

    Deux défis importants pour 2009 : le développement de la relève et le développement du volet cyclosportif pour la sécurité de nos cyclistes sur les route.

    Bonne lecture

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  2. Louis

    Je crois que le Saguenay-Lac-Saint-Jean a un bon passé cycliste avec le Tour du Saguenay-Lac-Saint-Jean et le Grand-Prix international du Canada 2003 et un présent fort: Coupe des Nations U23, ÉVA, Pierre Lavoie, Devinci, Coupe du Monde XC à St-Félicien ainsi que plusieurs Coupes Québec. C’est peut-être ce qui explique la popularité du cyclisme dans cette région. Il faut souligner le bon travail des gens qui s’y s’investissent, notamment des passionnés comme Pierre Lavoie et Roger Fillion, organisateur de la Coupe des Nations.

    Il ne faut pas non plus oublier qu’au Saguenay-Lac-Saint-Jean les parcours y sont variés, pour tous les genre et toutes les difficultés, même si la qualité de la chaussée laisse parfois à désirer.

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  3. Faut pas oublier qu’on est vraiment hot au Saguenay-Lac-Saint-Jean en fait! 😛

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  4. Merci Sylvain de ces précisions.

    Les rapports annuels étaient bien cachés: il fallait aller dans « à propos » puis dans « comités » pour trouver des liens à droite de la page. Il serait peut-être plus pertinent de classer ces documents sous la rubrique « documents » puisqu’elle existe…

    J’invite évidemment les lecteurs de ce site qui résident au Québec de participer à l’Assemblée générale annuelle de la FQSC. C’est l’occasion d’avoir un mot à dire sur l’organisation même du cyclisme sur route au Québec.

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  5. Marc

    On ne peut passer sous silence l’excellent travail des dirigeants de l’Association des Cyclistes Vétérans du Québec (ACVQ). Ces gens sont des passionnés du sport et sans eux, le cyclisme sur route – catégorie maîtres, n’aurait pas progressé à la même vitesse. Leurs efforts nous assurent également des courses de meilleures qualités et avec une sécurité accrue.

    Une entrevue sur La flamme rouge avec son président pourrait être très intéressante pour les lecteurs.

    Je profite de l’occasion pour remercier tous les bénévoles qui s’engagent dans l’organisation des courses provinciales. Sans vous, je ne pourrais pas pratiquer ma passion.

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  6. Mitch

    Je suis moyennement d’accord avec les commentaires de la flamme rouge, surtout à propos du vélo de montagne qu’il était supposé mettre de côté.

    Première chose, il est important de préciser que oui, il ya 250 licenciés à québec sur route mais tant qu’à sommer, ajoutons ceux de Chaudière-Appalache (71). Ce qui donne la moitié de la grande région de Mtl.
    Mais aussi, il y a plus de 1050 membres juste à Québec en Vélo de montagne. Je crois que là, on peut effectivement parler de fourmilière. Et Québec est loin d’avoir le bassin de population de Montréal.

    Il n’y a pas d’effet MHP malheureusement. Preuve, il y a une baisse! On parle plutôt de mode, de cyclage!!

    La hausse si importante de licenciés en route et piste provient principalement de la popularité que connait actuellement les cyclosportives. Et faut savoir que dans les années précédentes, il n’était pas obligatoire de prendre une licence d’un jour pour y participer!!! Donc selon moi, cette hausse est quelque peu volatile.

    Pour la montagne, c’est un peu la même chose. Les raids d’une journée ou marathon connaissent une popularité incroyable. Le raid vélo mag avait un peu plus de 700 participants cette année ainsi que le bras du Nord. Événements payant pour la fédération. Puisque ces deux raids se situent dans la région de québec, ca explique en partie le nombre de licences élevées.

    Changement de sujet, La flamme rouge s’entraine pour la marmotte?? Je vous conseille de faire quelques raids (genre de CLM individuel) pour s’habituer aux efforts intenses de plus de 4-5h et apprendre à s’alimenter correctement. Ainsi, le bras du Nord (moyennement technique) avec la cote à ti-oui (500m d’ascension sur 5 km sur chemin avec roche bougeante)serait un bon défi!! Je vous mets au défi de le faire en bas de 6h!

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  7. Trudo

    Je seconde Mitch pour la suggestion à Laurent. Je fais quelques raids et cette année j’ai fait la demi-marmotte. Les raids sont très similaires côté effort. Longue montée, un peu de roulant et pas de grosses sections techniques qui font peur aux routiers. Par contre la vraie Marmotte la durée est près du double d’un raid. Jamais fais le brun du nord. Un jour certainement. J’ai fais Vélomag, Mont-Valin et Transgaspésien.

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  8. Patrick B

    Hey, les gars du Nouveau Monde, vous colonisez l’Oisans début juillet ou on trouve des marmottes et des demi-marmottes par-delà le Saint-Laurent?

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