Rodriguez logiquement

La logique l’a emporté hier sur la Flèche Wallonne : bien positionné au pied de la dernière ascension du Mur de Huy, Joaquim “Purito” Rodriguez, le petit grimpeur chez Katusha, a accéléré à mi-pente grâce à une condition physique exceptionnelle en ce moment. Personne n’a pu le suivre et Rodriguez s’est imposé somme toute assez facilement. L’ancien numéro un mondial (en 2010) décroche sur la Flèche Wallonne la plus belle victoire de sa carrière professionnelle.

Albasini, chez Green Edge, est un surprenant 2e. Le 3e est cependant plus connu: Philippe Gilbert. Ce dernier confirme que sa condition est à la hausse. Dommage que ce regain de forme survienne au sortir des Classiques!

En bref, c’est un podium proche de celui de l’an dernier, à la nuance près qu’on a joué à la chaise musicale.

La course

Final animé où on a pu voir un Andy Schleck un moment devant, préparant le terrain pour son frère Franck qui a finalement crevé au plus mauvais moment, tout près du pied du Mur de Huy.

Mais c’est surtout l‘échappée de deux hommes à 7 kms de la fin de la course qui a retenu mon attention, puisque ces deux hommes étaient Nordhaug et… le Canadien Hesjedal. Ils ont su résisté au retour du peloton jusqu’au pied du Mur de Huy, une sacré perf qui prouve que Hesjedal présente actuellement une excellente condition. Il a un bon coup à jouer sur LBL et son équipe Garmin devrait le protéger.

Les autres surprises

Vanendert, 4e. Daniel Martin, 6e, qui pourra élaborer une belle tactique d‘équipe avec Hesjedal pour dimanche prochain. Nibali, 8e. Van Den Broeck, 10e, lui aussi pouvant composer un tandem avec Vanendert en prévision de dimanche prochain. Nocentini a par ailleurs confirmé sa bonne condition avec une 12e place hier.

Les Français passent à travers

Pas de coureurs français avant la 19e place occupée par un coureur peu connu de Saur-Sojasun, Julien Simon. Brice Feuillu est 28e et Romain Bardet 29e.

Flèche Wallonne: enfin Rodriguez?

76e édition de la Flèche Wallonne aujourd’hui entre Charleroi et Huy.

Au menu des coureurs, 194 kms à parcourir, trois ascensions du célèbre Mur de Huy et aussi trois belles bosses dans les derniers 15 kms.

Côté météo, ce sera frais, pluvieux et surtout, venteux. Le vent pourrait être l’invité surprise de cette édition et pourrait faire en sorte que l‘épreuve se résumera à une course de côte dans la dernière ascension du mur.

Les favoris

Sans l’ombre d’un doute, Joaquim Rodriguez. Le coureur de Katusha est en grande condition et a terminé 2e des deux dernières Flèche Wallonne. Il sera motivé demain et aura une forte équipe autour de lui, pouvant compter notamment sur Oscar Freire, lui aussi en top condition.

Philippe Gilbert, en net regain de forme et le vainqueur défendant. Son équipe BMC est aussi redoutable, avec un Greg Van Avermaet qui pourrait jouer les trouble-fête.

Jelle Vanendert, chez Lotto-Belisol.

Les RadioShack, qui veulent sauver une campagne des classiques assez moyenne jusqu’ici. Chris Horner et Franck Schleck sont leurs cartes-maîtresse.

Alejandro Valverde. Il a le punch nécessaire et s’est déjà imposé sur l‘épreuve en 2006.

Les coureurs à surveiller

Rigoberto Uran, leader chez Sky pour l’occasion. Mais attention aussi à Peter Nordhaug, récent 6e du Tour du Pays Basque.

Tous les Rabobank, eux aussi à la chasse pour sauver une campagne de Classiques assez mauvaise jusqu’ici. Gesink sera probablement un peu court cependant.

Rinaldo Nocentini, en bonne condition pour AG2R en ce moment.

Vicenzo Nibali, qui peut faire mal dans le final grâce à ses qualités de grimpeur.

Les Canadiens

Un seul, Hesjedal, mais il est à surveiller puisqu’on l’a vu à son avantage sur l’Amstel. La course lui convient bien, surtout le final. Il avait terminé 9e de l‘épreuve en 2010, sa meilleure saison jusqu’ici.

Flash back

La Flèche Wallonne 1999 et la victoire de “Il Cato”, un des grands stylistes de l’histoire du cyclisme, Michele Bartoli.

À la télé depuis le Québec

Pas sur RDS, mais Liège-Bastogne-Liège sera retransmis en différé dimanche prochain à compter de midi sur RDS2. Pour la Flèche Wallonne, il faudra donc compter sur internet!

De la culture du conflit d’intérêt

De nos jours, le conflit d’intérêt est présent partout.

De toute évidence, nombreuses sont les personnes pourtant chargées de lourdes responsabilités, parfois publiques, qui font preuve de peu de jugement dans la conduite de leurs affaires.

On en a un exemple éloquent dans le cyclisme avec la nouvelle affaire Galimzyanov, ce coureur russe de l‘équipe Katusha qui a été contrôlé positif à l’EPO lors d’un test hors-compétition le 22 mars dernier. Rappelons que Galimzyanov s’est adjugé, cette année, la 1ere étape du récent Circuit de la Sarthe.

Le dossier est désormais devant la Fédération de cyclisme russe. Cette fédération est présidée par Igor Makarov, qui est par ailleurs, ô hasard, le propriétaire de l‘équipe Katusha. Cette même équipe Katusha a évidemment rapidement émis un communiqué se dissociant totalement des agissements de son coureur qui aurait, comme d’habitude, agit seul.

Gros malaise donc. D’un côté, on peut penser que Makarov aura à coeur de préserver l’image de son équipe Katusha et de minimiser l’affaire. Comment penser qu’il pourrait aller au fond des choses? La situation l’exigerait peut-être: ce n’est pas le premier cas de dopage au sein de l‘équipe Katusha au cours des 18 derniers mois…

De l’autre, Makarov doit agir comme le législateur, enquêter sur l’affaire avec crédibilité et éventuellement punir Galimzyanov pour son contrôle positif.

Une telle proximité des rôles engendre forcément des problèmes.

Tant que ce genre de position ambiguë sera tolérée dans le cyclisme, je crois qu’il s’agira d’un frein à la lutte contre le dopage. Et la garantie qu’une rupture avec le passé, notamment auprès des jeunes coureurs débarquant dans le milieu professionnel, n’est pas possible.

Les résultats du week-end

1 – Amstel Gold Race: elle nous aura tenu en haleine jusqu‘à la toute fin! Le vainqueur, Enrico Gasparotto, est celui qui aura su attendre le plus longtemps avant de lancer son accélération en vue de la ligne. Gilbert est parti juste au pied du Cauberg, trop loin pour ses jambes du moment. Puis ce fut Sagan, lui aussi un peu trop court.

Vanendert et Sagan complètent le podium.

Parmi les 10 premiers, 6 étaient au Tour du Pays Basque…

À noter la belle 15e place du Canadien Ryder Hesjedal qui revient donc en forme juste à temps pour la Flèche Wallonne et LBL, deux courses qui lui conviennent bien.

On retiendra de la course quelques beaux moments dans le final: les attaques de Voeckler, de Terpstra et surtout celle de Freire qui, je l’ai cru, a failli être la bonne.

On retiendra surtout un nom: Romain Bardet, le jeune coureur néo-pro de l’AG2R. Il a passé sa journée devant et avait encore assez de jus pour insister dans les 15 derniers kms. À 21 ans, en voilà un qui fait de bons débuts chez les pros et qui se pose de suite comme un des bons espoirs français pour la suite. Bardet a terminé l’an dernier 2e de Liège-Bastogne-Liège Espoirs et a remporté une étape du Tour de l’Avenir. Excellent grimpeur, bon rouleur, Bardet a déjà le “coffre” pour être présent dans le final d’une grande classique. Pas mal du tout et il faudra voir s’il peut confirmer sur la Flèche Wallonne ou LBL dimanche prochain.

2 – Belle victoire de Ryan Roth, le Canadien chez SpiderTech, sur le difficile Tro Bro Leon en France ce week-end. Le Québécois Guillaume Boivin termine 3e. Voilà qui montre sans l’ombre d’un doute que les coureurs SpiderTech ont le coffre pour réaliser de belles performances sur le circuit européen, le Tro Bro Leon étant le “petit” Paris-Roubaix de la saison. Son surnom est d’ailleurs “L’enfer de l’Ouest” !

Le Tro Bro Leon réussit à SpiderTech puisque l’an dernier, c’est Will Routley qui avait terminé 2e de l‘épreuve.

Roth s’impose en revenant dans les tous derniers kms sur Eric Berthou, un coureur de Bretagne-Schuller, qui avait – croyait-on – course gagnée en sortant des derniers secteurs non-pavés. De façon surprenante, Roth affirmait à l’issue de la course ne pas être “très satisfait de sa condition physique actuelle”. Ouf! On a de la marge!

3 – Francisco Mancebo a gagné le difficile Tour de Battenkill aux États-Unis. Le Québécois Bruno Langlois est le meilleur canadien, 9e. À noter que le coureur d’Ottawa, Aaron Fillion, a terminé avec le premier gros groupe à franchir la ligne, 11 minutes après le vainqueur. Il ne sera pas facile à suivre dans le Parc de la Gatineau d’ici quelques semaines celui-là!

Et comme d’habitude sur le Tour de Battenkill, les abandons ont été très nombreux.

4 – AprèsLevi Leipheimer, c’est au tour de Tony Martin de s‘être fait renversé par une voiture lors d’une sortie d’entrainement. Transporté inconscient à l’hôpital, Martin souffrirait de fractures au visage et serait toujours hospitalisé. Décidément, c’est la série noire pour l‘équipe Omega-Pharma-Quick Step, mais les récentes victoires de Tom Boonen viendront compenser tout ça j’en suis sûr!

5 – Intéressant vidéo sur le service course de l‘équipe RadioShack Nissan.

6 – Merci de vos commentaires suite à mon petit texte “Planté!“ la semaine dernière. Ca va un peu mieux, mais les sensations sont loin d‘être bonnes en ce moment. Mais j’y travaille et je vous tiens au courant!

Ceci étant, loin de moi l’idée de vouloir insulter certains malades de l’asthme lorsque j’ai employé l’expression cycliste “braquets d’asthmatiques”. Mon principal partenaire d’entrainement souffre d’asthme et je peux vous dire que par moment, lorsqu’il envoie du lourd, c’est moi qui fait l’asthmatique derrière…!

Planté!

J’aime aussi le vélo pour ça: en l’espace de quelques minutes, vous êtes fixés. Vous savez si vous êtes dans un grand jour ou si vous êtes plantés.

Et hier, j‘étais planté. Vraiment planté.

Les pires sensations en un an.

Dans ces conditions, le vélo tourne vite à la galère: le souffle court, la panne de jambes, même les braquets d’asmathiques sont difficiles à amener. Votre corps tout entier est mal sur le vélo. Rien à faire, aucune position n’est la bonne. La misère. Et puis après quelques kilomètres dans ces conditions, c’est le moral qui flanche.

Il faut dire que j’ai des circonstances atténuantes: gros mal de gorge depuis lundi, et une grosse fatigue aussi. De toute évidence, mon corps combat un virus, probablement le même que celui qui contraint actuellement mes deux enfants à prendre des antibiotiques.

Mais après 3 jours sans vélo, et par une météo plutôt clémente, je n’ai pas résisté à l’envie de faire un petit test. Short and sweet. Au programme, trois belles bosses à avaler “plein pot”, et une heure d’entrainement maxi.

Ben le “plein pot”, ça n’a pas duré longtemps!

Et puis il y a ce putain de mal au bas du dos, côté gauche. Pas sur la colonne vertébrale, juste à côté. Pas vraiment gênant à l’effort, mais sensible après. Ca irradie jusque dans la cuisse gauche par moment.

Dans ces occasions, il ne faut pas hésiter à revoir la planif. Je suis dans une semaine de repos de toute façon. On prend donc ça relax, off the bike, demain. On verra samedi comment on se sent au lever.

Oui, j’aime le vélo parce qu’il a ceci de bien: il impose à chacun d’entre nous à la modestie. La frime, sur un vélo, ne dure jamais très longtemps et gare au ridicule pour celui qui ne peut assumer ses paroles une fois sur le vélo, lancé à plus de 40km/h.

Modeste, je ne l’ai jamais autant été que ce soir. L‘état de grâce et, plus encore, la Haute Route sont bien loin!

Voeckler… façon Boonen!

C’est tout un numéro que Thomas Voeckler a réalisé hier sur la Flèche Brabançonne disputée dans des conditions météo très défavorables, avec pluie continuelle et vent.

Voeckler a en effet attaqué à 35 kms de l’arrivée et a fini solo, plus d’une minute devant ses plus proches poursuivants.

Façon Boonen donc. Lui, et les autres. Clair, net, sans ambiguité.

On savait Voeckler en bonne condition puisqu’il avait terminé 8e du Ronde il y a 10 jours. Mais de là à s’imposer de la sorte devant un plateau tout de même relevé (Gilbert, Sagan, Van Avermaet, A. Schleck, etc.), je n’y croyais pas.

Chose certaine, Voeckler nous prouve, par cette victoire, qu’il a définitivement franchi un important palier l’an dernier alors qu’il réalisait un grand Tour de France. Voeckler se pose comme le meilleur coureur français du moment, avec Sylvain Chavanel, et se pose surtout comme un coureur capable de rivaliser avec les meilleurs mondiaux. Depuis Virenque et Jalabert, on n’avait plus vu cela chez les coureurs français.

Et le duo Voeckler – Chavanel n’est plus seul. D’autres coureurs français se distinguent au plus haut niveau depuis environ 12 à 18 mois: Moncoutié, Gadret, Dupont, Coppel, Rolland, Fedrigo, Turgot, Casper, Ladagnous, Roy, Pinot, Jerome, Dumoulin, Geslin, etc.

On a souvent dit, il y a quelques années, que les français ne gagnaient plus au niveau international parce qu’ils étaient davantage contrôlés pour le dopage que les autres. Maintenant qu’ils s’illustrent de nouveau, comment doit-on interpréter ces résultats? Hausse des pratiques dopantes chez les français? Baisse chez les autres? Les deux?

Je vous avoue franchement que je m’y perds mais que j’opte tout de même, par optimisme, pour l’hypothèse d’une baisse des pratiques dopantes dans tout le peloton. Certains signes, notamment une baisse des puissances enregistrées l’an dernier en fin de course, pointent aussi dans cette direction.

Chose certaine, les coureurs français qui gagnent, je m’en réjouis aussi beaucoup parce qu’avec eux, on a souvent droit à un cyclisme d’attaque qui me plait.

Paris-Roubaix 1988

Vous êtes nombreux à laisser vos commentaires sur la perf de Boonen dans Paris-Roubaix.

Comme vous, je pense que le match Cancellara-Boonen eut été sublime. J’aurais aimé voir Boonen tenter de répondre à l’allure démentielle que peut adopter un Cancellara sur les pavés! Et à ce petit jeu, je pense sincèrement que c’est Cancellara qui aurait eu le dessus.

Évidemment, la victoire de Boonen, comme toute victoire acquise avec une certaine domination, doit toujours être considérée avec prudence. Le directeur sportif de Boonen est en effet Patrick Lefevere, pas un tendre en matière de dopage.

Pas tendre, c’est Roger de Vlaeminck qui l’a été à l’endroit de Boonen, estimant que ce dernier s’est imposé face à une opposition “très faible”. C’est vrai que Boonen n’a pas trouvé devant lui beaucoup d‘équipes organisées. Il y avait Flecha chez Sky, Pozzato chez Farnese (isolé) ainsi que Ballan chez BMC, et c’est à peu près tout. Les Garmin et les Rabobank n’avaient pas de grands leaders, et les RadioShack étaient décapités sans Cancellara. Personne de vraiment dangereux chez Lotto, GreenEdge, Katusha, Vacansoleil et FdJ non plus. Bref, de Vlaeminck n’a pas eu tort sur ce coup-là.

Ceci étant, j’ai trouvé les propos du Gitan mesquins à plusieurs reprises, notamment lorsqu’il affirme que Boonen doit encore gagner Milan SanRemo et le Tour de Lombardie pour devenir “aussi bon que lui”. Mouais. Le Gitan a certes beaucoup gagné, notamment des courses que Boonen a peu de chances de gagner comme L-B-L, la Flèche Wallonne ou encore le Tour de Suisse. Mais Boonen a aussi été champion du monde et a ramené le maillot vert à Paris sur le Tour de France 2007…

Ce qui est sûr, c’est qu’il est toujours très délicat de comparer les champions de diverses époques tant les contextes ont changé. De Vlaeminck aurait mieux fait de situer Boonen par rapport aux autres coureurs de son époque. Et dans ce contexte, Boonen est assurément parmi les grands champions de son temps.

Quoi qu’il en soit, voici un des meilleurs vidéos de cyclisme que je connaisse, un vidéo avec lequel j’ai grandi. Il s’agit d’un compte-rendu de Paris-Roubaix 1988 (gagné par Dirk DeMol) mis en scène par CBS et narré par Phil Liggett, à l‘époque de sa grandeur (sans les superlatifs démesurés).

Il est intéressant de regarder la scène à la 21e minute, lors de l’entrée de l‘échappée dans la Tranchée d’Arenberg. On mesure à quel point le pavé a été réparé depuis!

Fouillez nos archives!