Le syndrome de la montagne ?

Très bien, M. Foglia, le syndrome de la montagne. Et surtout, merci de votre intérêt dans La Flamme Rouge.

Le syndrome de la montagne, je connais. Ce n’est pas la première fois que vous l’évoquez. Je suis un lecteur régulier de vos chroniques, depuis un moment déjà.

Mais je parlais bien d'un autre syndrome, que j'ai appelé syndrome Pierre Foglia.

Le syndrome Pierre Foglia, c’est quant on souffre justement du syndrome de la montagne et qu’on a la chance d’avoir des indices externes nous permettant d'envisager qu'on est sur une montagne. Le syndrome Pierre Foglia, c’est quant on ne tient pas trop compte de ces indices externes et qu’on persiste à ne pas considérer l’hypothèse que peut-être, on est sur une montagne.

Des exemples d’indices ? Une mise hors course pour taux d’hématocrite trop élevé par exemple. Ce n’est pas une preuve de recours à un dopage sanguin bien sûr, mais de quoi soulever des doutes, surtout dans le contexte où l’efficacité limitée des tentes hypoxiques avait déjà été démontrée, notamment par Christophe Bassons.

Des absences à certains contrôles aussi, impensables à ce niveau. Une certaine Flèche Wallonne. Là encore, pas de quoi être certain d’un usage de produits dopants, mais de quoi soulever un doute raisonnable.

Des déclarations aussi, notamment de Lyne Bessette, voire de proches du milieu. Vous avez raison : s’il fallait croire tout ce qu’on nous dit… Mais ces déclarations constituaient un élément de plus pointant dans une direction.

Bref, le syndrome Pierre Foglia, c’est quand on souffre du syndrome de la montagne et qu’on ignore les signaux extérieurs qui nous auraient permis, peut-être, de considérer qu’on était sur une montagne.

J'ai choisi votre nom évidemment en lien avec l'Affaire Jeanson. La Flamme Rouge porte sur le cyclisme, et l'Affaire Jeanson est le plus gros scandale de dopage à avoir secoué le cyclisme au Québec jusqu'ici. Le dit-syndrome mériterait le nom de bien d'autres personnes j'en conviens, notamment dans la sphère politique, mais c'est un autre sujet. 

Remarquez que vous m’avez facilité le travail. Extrait d’une entrevue à la radio de Radio-Canada avec l'animateur Michel Désautels le 4 octobre 2007 à propos des aveux de dopage de Mme Jeanson (le verbatim est ici) :

Michel Désautels : Est-ce que ça vous a pas renvoyé, Pierre Foglia, à votre appui ? Jusqu’à la fin vous avez été du dernier groupe qui a soutenu Jeanson lorsqu’elle répétait que non, non, non, j’en ai jamais vu, on ne m’en a jamais proposé, j’en ai jamais pris, etc. Je sais même pas comment ça fonctionne ?

Pierre Foglia : Les précisions c’est pas important ça, j’ai pas été du dernier groupe, j’ai été du premier. Le premier était très petit. On était deux à croire ça. Oui on l’a cru jusqu’à la fin, Tu le crois, tu le crois ! Le monde dit : tu dois être vexé ? Pas une seconde. Il me semble que c’est assez évident pourquoi. La dope, de tout ce que j’ai vu, ça fait longtemps que je suis dans le vélo, et toutes les situations de doping que j’ai vues, où moi je voyais que la personne était dopée que son entourage le voyait pas. C’est très simple la dope : c’est une marche en montagne. T’es sur une montagne, en haut, et tu dis : ah, y’a une montagne là, y’a une montagne là, y’a une montagne là, celle-là, celle-là, celle-là mais toi tu le sais pas que tu es sur une montagne. C’est tout à fait normal. Plus t’es collé dessus moins tu vois la montagne sur laquelle tu es, et c’est sûr que je te parle comme si j’étais pas journaliste. Mais évidemment que là, j’ai une faute… parce que je suis journaliste, j’aurai dû faire une job… comme journaliste, j’ai fait une très mauvaise job. Ok. Mais j'étais pas vraiment journaliste, j'étais pas mal groupie là-dedans. C’est sur que c’est l’vélo, c’est mon sport de passion, c’est… j’suis là-dedans à fond moi, j’embarque, j’vois une course, j’capote tsé, j’suis au Tour de France pis j’sacre parce que je peux pas voir la course comme j’voudrais la voir… c’est un sport de passion, j’suis là-dedans, j’ai toujours vécu ça et dans le cas de Jeanson… cette fille sur un vélo… elle m’a fait tripper fort et j’ai complètement oublié que j‘étais journaliste.

(…)

Robert Frosi : C’est fini. Elle a avoué ! T’avoir promené en bateau pendant des années.

Pierre Foglia : Je suis un naïf. Si je suis pas un naïf dans toute cette histoire-là j’suis un con ! Mais je suis forcément naïf au boutte. Mais t’a raison. Ok, j’peux pas dire autre chose que t’as raison. C’est correct mais tu connais pas le milieu du vélo. Moi le milieu du vélo je le connais depuis Marinoni. Je suis des courses depuis toujours. C’est un monde d’affrontements. C’est un monde de passion. C’est un monde de coups de poings sur la gueule à la fin des courses. C’est un monde de chicanes comme en Corse. Je sais pas pourquoi c’est comme ça, je l’ai pas analysé mais c’est comme ça. J’ai vécu ça depuis tout p’tit. Depuis que je me suis intéressé au vélo.

Où je veux en venir ? Simplement que ce qui me surprend, moi, des récents événements dans le cyclisme au Québec, c'est qu'on puisse encore se surprendre que ça arrive, même chez nous. Beaucoup avoue leur surprise, leur incompréhension dans le contexte où ça se passe dans leur cour, et non parmi les grands du World Tour. N'est-ce pas un aveu de naïveté à quelque part ? Il me semble qu’après 15 ans de scandales à répétition dans le monde du cyclisme, même sur les cyclosportives – surtout sur les cyclosportives ! – on devrait avoir compris. On devrait se douter, désormais, qu’il est possible, voire probable, qu’on est sur une montagne, au Québec où n'importe où, à n'importe quel niveau.

Qu'en est-il des indices ? Toutes les affaires passées, de l’Affaire Lyman à l’Affaire Jeanson. N’avons-nous rien appris de ces malheureux événements qu’il faille encore se surprendre d’un dopage, aussi sanguin, au Québec ? On devrait même pouvoir reconnaître d'autres indices qui pourraient nous laisser croire qu'on est sur une montagne. Je sais, grâce aux capteurs de puissance et les méthodes que Portoleau et Vayer ont largement validé, combien de watts il me faudrait générer pour m’imposer au sommet de Maple Road à la Coupe des Amériques… Attention, je ne dis pas que ceux qui me précèdent sont dopés, je n’en sais strictement rien et le plus probable est qu'ils soient simplement meilleurs que moi. Mais des nouveaux cas de dopage, même à l'EPO, dans des pelotons Seniors 1-2 voire Maîtres ou Juniors ne me surprennent plus.

Bref, à mon avis, nous n’en sommes plus à nous surprendre et à chercher à comprendre, nous en sommes au stade d’agir. C’est ce que Louis Garneau a compris. Je n'ai lu aucune déclaration de sa part mentionnant autre chose que de la déception. Plus encore, il a immédiatement réagi en déclarant qu’il va effectuer dès l’an prochain au sein de son équipe à la fois de la prévention mais aussi davantage de contrôles, quitte à les payer de sa poche. Il n'a pas hésité, non plus, à demander l'aide de la police pour démasquer les réseaux de fournisseurs. Je dis bravo. On avance. D’autres doivent emboiter le pas, malheureusement avec des moyens limités. Il y a peut-être des choses à faire, peu couteuses. J’en ai proposé quelques unes.

En terminant, sachez que j'ai emprunté votre nom simplement pour faire comprendre mon propos, rien de plus. Je ne cherche aucunement à faire de l'audimat via ce site, encore moins à porter atteinte à la réputation de quiconque. Comme vous avez vous même publiquement avoué vous être trompé sur le cas de Mme Jeanson, ce qui est d'ailleurs tout à votre honneur, j'ai pris la liberté d'illustrer mon propos de votre exemple passé. Il est évident que j'aurais pu emprunter le nom d'autres personnes.

Allez, faute avouée à moitié pardonnée. Merci de vos papiers ("Tout seul en tête", je m'en souviens encore…), ils ont toujours été une inspiration pour moi et m’ont souvent servi de modèles pour ce blog.

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