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La grande imposture

La Flamme Rouge poursuit sa série, entamée il y a plusieurs semaines, de diffuser chaque mardi une analyse-critique d’un ouvrage de cyclisme publié en 2009. Cette semaine, au tour du livre "La grande imposture" qui présente un entretien sous forme de questions/réponses entre David Garcia, journaliste sportif et auteur du livre contreversé "La face cachée de L’Équipe", et Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport bien connu et auteur du très complet "Dictionnaire du dopage".

En un mot: j’ai aimé. Pourquoi ?

D’une part, parce que c’est un livre qui se lit facilement. Divisé en huit chapitres, ce livre de 200 pages est organisé en questions/réponses. On en lit quelques unes un soir, quelques autres le soir suivant, et ainsi de suite.  

D’autre part, et c’est le plus important, parce que ce livre nous permet d’accéder à l’avis d’un homme éclairé sur les questions de dopage et donc de nous instruire sur ces questions. Rappelons premièrement que Jean-Pierre de Mondenard fut médecin chargé des contrôles antidopage sur le Tour de France dans les années 1970 avant d’en être écarter par Félix Lévitan parce que, selon ce dernier, "il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire". C’est que M. de Mondenard avait eu la mauvaise idée de faire respecter le protocole antidopage et n’avait pas tardé à trouver des irrégularités, notamment concernant le coureur Gerben Karstens.  

Deuxièmement, illustrons par un exemple l’éclairage qu’apporte ce livre. Dans le chapitre intitulé "vrai cancer, faux miracle", le médecin de Mondenard explique que si le cancer des testicules de M. Armstrong était très sérieux (le cancer s’était métastasé) et qu’Armstrong a fait preuve de courage dans sa lutte contre cette maladie, il n’en demeure pas moins que ce cancer était le plus facile des cancers à guérir. Autrement dit, si vous devez choisir un cancer particulier parmi tous les cancers, choisissez le cancer des testicules (si vous êtes un homme bien sûr !!!), les chances d’y survivre sont supérieures à 90%.

Autre intérêt du livre, la franchise de Jean-Pierre de Mondenard, quelqu’un qui visiblement dit ce qu’il pense sans aucune langue de bois. Aucune complaisance donc, juste son avis directement formulé et reposant sur plus de 30 ans d’études et de publications reconnues sur le dopage sportif. C’est sans détour aucun que de Mondenard traite tour à tour, en autant de chapitres, de la "protection" par l’UCI dont a bénéficié M. Armstrong, de l’entourage médical de M. Armstrong, des produits suspects souvent retrouvés dans l’entourage de ses équipes, des complaisances de certains médias ainsi que des dessous de ses performances. Des sujets bien connus donc, mais sur lesquels M. de Mondenard jette un éclairage d’expert bien informé. 

Pour conclure, c’est un ouvrage qui s’adressera à un public déterminé à ne pas se voiler la face par rapport à Lance Armstrong et aux casseroles du cyclisme. Acheter ce livre, c’est à mon sens faire preuve de courage puisque si j’estime que, contrairement à M. Lévitan, toute vérité est bonne à dire, il n’en demeure pas moins que toute vérité n’est pas toujours facile à entendre. Et si on ne pourra jamais vraiment savoir s’il s’agit de LA vérité, l’indépendance, l’absence d’intérêt, la rigueur et le professionnalisme de Jean-Pierre de Mondenard lorsqu’il s’agit de traiter de dopage dans le sport est probablement notre meilleure garantie qu’on s’en approche au plus près.

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Le Tour 1971

  1. plasthmatic

    Il s’appelle (s’appelait) Dimitri De Fauw. 28 ans. Il a dit stop le vendredi 6 novembre.
    Effet dévastateur de la conscience morale … Quand d’autres semblent « s’arranger » de beaucoup moins … Le monde à l’envers. Et une vie en l’air.

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  2. Roger13

    J’avais déjà lu pas mal de choses extrêmement intéressantes écrites par Mondenard. Mon jugement très positif sur l’auteur m’a fait me précipiter sur le livre dès sa parution. Et j’ai été très déçu.

    La rigueur dont il fait montre habituellement me semble ici un peu entre parenthèses. Quelques exemples pris pêle-mêle : Dans le chapitre « Vrai cancer faux miracle » il explique qu’on se remet en général très bien du cancer des testicules en disant qu’il ne s’agit pas d’une opinion mais d’un fait (page 38). Or plus loin il dit qu’il n’existe aucune statistique reliant le stade de début de traitement au pronostic et que l’avis des médecins est influencé par leur expérience perso. Donc du fait on passe ici à l’opinion… Et en plus, on ne sait pas vraiment à quel stade en était le cancer d’Armstrong.
    Qu’en est-il de l’effet de la chimio sur les muscles ? Et en particulier le muscle cardiaque ? Et même si on guéri, beaucoup de médecins soutiennent qu’on en garde des séquelles. Cette question n’est pas discutée.

    Il n’apparaît pas dans son livre que l’EPO marque une nouvelle époque ayant bouleversé la hiérarchie contrairement aux précédentes façons de se doper. Pour lui Armstrong était déjà le meilleur. Je n’en suis personnellement pas convaincu. D’accord sur le perfectionnisme d’Armstrong (qu’il pose comme la cause principale de ses victoires) mais il prend Ulrich comme comparaison. Or excepté Ulrich qui est quand même spécialement pas sérieux sur la question, il doit bien exister d’autres excellents coureurs à la fois perfectionnistes comme Armstrong. Il dit que le fait pour Armstrong d’avoir disposé d’un hélicoptère lui permettant de gagner 2 heures de bonne récupération vaut mieux que toutes les cures d’EPO. C’est peut-être vrai mais j’aurais aimé avoir des précisions sur la validité d’une telle affirmation qui est ici assénée sans la moindre démonstration. Si cela est vrai, ça remet largement en cause les 20 % de gains de puissance que l’EPO procurerait selon certains médecins. Il est vrai que ce chiffre de 20 % paraît très exagéré quand on songe que certains amateurs régionaux ne sont qu’à quelques minutes du record de Pantani sur l’Alpe d’Huez. Mais j’attendais de la part de Mondenart plus de détails et de discussion sur un point où mes convictions ne sont pas définitives.
    Enfin il suggère à la fin du livre, une éventuelle méthode de dopage que les autres n’auraient pas comme raison supplémentaire à la suprématie de l’américain. C’est quand même un peu contradictoire avec la thèse précédente (où l’avantage tiendrait essentiellement du perfectionnisme et du potentiel physique naturel). Mais il n’apporte aucun élément et je reste sur ma faim.

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  3. Batrick P

    Bien lu, bien dit. Comme ça, je n’ai pas besoin de me dépenser à dire quelque chose d’assez proche. Merci encore à de Montdenard pour ces nombreux excellents articles du temps où il écrivait pour Sport et Vie.

    Si on vous dit Pollentier, un réflexe pavlovien vous fera probablement penser à la poire. Avec son dopage, quel putain de coureur.
    Si on vous dit Karstens, celui qui connait pas mal le vélo pensera aux classiques et semi-classiques flandriennes, aux étapes de grands tours et aux 6 jours. Pourtant, il y a une affaire Karstens rigoureusement identique à l’affaire Pollentier. A l’arrivée de Paris-Tours je crois. De Montdenard était le médecin, il a été viré par les instances en place.
    A Armstrong, le réflexe aurait pu être « certificat médical anti-daté », une triche à la hauteur de celle de Polentier – Karstens; pire à mon sens, du fait de la différence de l’engagement personnel dans le risque.

    Trois coureurs, trois triches, trois destins.

    J’aimerai bien lire une bonne interview de Michel Pollentier.

    Il y a d’autres exemples, comme Landis, Rasmussen, Virenque, Basso, Millar. Rappelons à ceux qui sont dans l’erreur que ces trois derniers n’ont « avoués » que le strict minimum lorsqu’ils étaient complètement coincés (Basso d’avoir seulement eu l’intention d’utiliser une auto-transfusion). Même niveau de dopage prouvé, maximum très probablement (même si pas de dopage sanguin prouvé chez Landis), mais alors, quelles différences de traitement!

    Frank Vandenbroucke est devenu une vedette sur ce site y compris pour certains qui demandent de la prison ferme pour les prises de dopant, quand Landis ou Rasmussen sont considérés comme d’ignobles individus et sont systématiquement moqués.

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  4. regis

    Superbe livre que je n’acheterais certainement pas, car il ‘apporte rien de nouveau sauf celui de faire du sensationnel sur un coureur très connu.
    J’attends avec impatience les livres des docteurs XXX sur le dopage dans le foot, le tennis, le patinage artistique, le poker, le billard ……

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  5. Batrick P

    Tu lui reproches de l’avoir écrit? Moi, je le remercie.
    En existe-t-il sur d’autres sports, je m’en fiche un peu? Sur le foot et le tennis, on doit pouvoir trouver, mais et toi et moi faisons partie des non-acheteurs potentiels qui sont beaucoup trop majoritaires pour qu’il y en ait beaucoup; je fais partie du marché pour le dopage dans le vélo et si j’assume de contribuer à en faire vivre de Montdenard, je dénie à quiconque le droit de me le reprocher.
    Maintenant, les excellents articles de de Montdenard dans Sport et Vie ont eux traité de tous les sports durant de nombreuses années. Je sais de quoi je parle, je les ai tous lus. Et j’affirme que ce gars a plus fait pour la lutte anti-dopage que la totalité d’entre nous, et certainement plus que l’auto-proclamé « soldat de l’antidopage » Guillaume Prébois et la vente de ses bracelets « vrai cycliste ».
    De Montdenard aurait gagné de l’argent à écrire? Cela ne me pose aucun problème (tout comme cela ne m’en posait pas avec Prébois, l’ai-je plusieurs fois répété aux aveugles). Je doute qu’il ait beaucoup gagné.

    Joli titre pour celui-là: http://www.amazon.fr/LAutre-Tour-France-leau-claire/dp/2912366747/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1259095367&sr=1-1

    A Roger13.
    Lis bien la 4ème de couv’. La présence de son équipier Fabio est bel et bien occultée (il est aussi exclu de la photo, on a du lui demander de se cacher à ce moment là!).
    Et l’étude de la phrase de Boonen par une interprétation exclusive de la difficulté du parcours en la distinguant de la vitesse est fallacieuse à un point qui ne fait pas honneur au travail de l’éditeur.

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  6. alain39

    Et pendant ce temps le feuilleton Astana continue.
    Cette fois ci l’UCi demande une garantie bancaire au lieu et place de la garantie gouvernementale.
    Cette situation explique très clairement le situation très spécifique de cette équipe à mi chemin entre une équipe nationale et une équipe pro.
    La demande de l’UCI ne peut que paraitre fondé pour tout juriste puisque seule une garantie bancaire à 1er demande permet d’être certain de toucher les sommes lorsque le débiteur est défaillant.
    Une garantie gouvernementale est plus aléatoire et ce d’autant plus lorsqu’elle émane d’une dictature qui a maintes fois renié ses engagements.
    Sans parler de la mise en oeuvre qui est plus compliquée puisque à l’encontre d’une entité souveraine et non une simple entité de droit privé.
    En résumé cette équipe est depuis avril en cessation de paiements pour insuffisance de cash.
    L’état ne voulant pas investir les fonds ils avaient trouvé le subterfuge de la garantie gouvernementale pour éviter de sortir les sommes nécessaires.
    Cette demande de garantie bancaire est donc tout à fait justifiée elle aurait toutefois dû être faite il y a plusieurs mois.
    En résumé, juridiquement parlant, Astana aurait dû être liquidée en juin 2009 ce qui veut dire que les résultats du tdf sont faussés.
    Cette liquidation aurait eu à mes yeux la saveur d’une justice « divine » car nous savons tous que cette équipe est une véritable institution du dopage et a un passif en la matière long comme un jour sans pain.
    Mais non l’UCI a jugé bon de la sauver et depuis lors nous vivons un véritable vaudeville.
    L’amateurisme de l’UCI est flagrant et aujourd’hui encore ces demandes justifiées perdent toute crédibilité eu égard leur carcatère tardif.
    Une catastrophe; je me demande comment on peut faire pour être aussi mauvais et ainsi se trouver dans une situation aussi inextriquable.
    Paraphrasant une citation de Einstein je dirai: que pour avoir une représentation de l’infini il suffit de penser à l’incompétence de l’UCI.

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  7. Dave

    Patrick, Rasmussen est Landis sont raillés parce qu’ils ont bousillé deux éditions successives du TdF et menti comme des sales gosses (et ils continuent…). Landis a même versé dans l’espionnage minable via son manager.

    VdB inspirait plus la pitié et n’a pas atteint à l’honorabilité du « monument » national (le TdF), voilà pourquoi les réactions sont très différentes, rien d’étonnant, comme dans la vraie vie, il n’y a souvent qu’un cheveu entre le gentil et le salaud…

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  8. Batrick P

    Landis, Rasmussen, des salauds? Peut-être. Personnellement, je ne peux être certain.
    Millar, Basso, des gentils? Idem.
    Pollentier, un diable? Thévenet, un honnête homme?

    Je n’aime pas les discours qui mélangent opinion personnelle (partie 1) et dénonciation cynique de l’opinion publique (partie 2), opinions affichées identiques.

    La « vraie vie », elle est ce qu’on en fait.

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