Jeanson : quel dommage…

On apprend la nouvelle ce matin sans l’avoir vu venir : « la championne québécoise Geneviève Jeanson met fin à sa carrière »:http://www2.canoe.com/sports/nouvelles/archives/2006/01/20060119-054005.html après avoir été suspendue à vie par l’Association Cycliste Américaine. Pourquoi américaine ? Parce que Jeanson détient une licence américaine d’une part et, d’autre part, elle a été piquée positive à l’EPO suite au prologue du dernier Tour de Toona en juillet dernier en Pennsylvanie. Et ca, on l’ignorait jusqu’ici.

Quelle déception ! Quel gâchis ! Et bien malheureusement, voilà une nouvelle qui nous donne en quelque sorte raison. Rappelez-vous en effet tous les articles que nous avons publié sur les affaires Jeanson depuis le lancement de ce site fin août 2003 ainsi que du débat interminable que nous avions eu avec un certain M. Perrault qui ne voulait rien croire quant à l’usage possible de produits dopants par Mme Jeanson… Comprenez-nous bien : on en retire aucune gloire aujourd’hui, triste de voir une fois de plus l’image du cyclisme ternie et la fin de la carrière d’une authentique championne. Car si l’usage de produits dopants semble aujourd’hui ne plus faire aucun doute, cet élément aussi ne fait aucun doute: c’était une championne.

Même si elle prend sa retraite et dit « ne plus rien vouloir savoir du monde du cyclisme », Jeanson semble toutefois vouloir entreprendre un combat pour laver son honneur. Un combat très difficile, le même que Tyler Hamilton, le même que Roberto Heras et tant d’autres… Et sur ce terrain, « ce sera une bataille scientifique et juridique »:http://www.geocities.com/velonouvelle/art/6/1jan/P19.html bien plus que sportive.

Évidemment, la question demeure aujourd’hui: s’est-elle réellement dopée? « Elle s’en défend évidemment »:http://www.geocities.com/velonouvelle/art/6/1jan/P19B.html, affirmant même qu’elle aurait un organisme « spécial » qui rendrait de faux-positifs lors des tests. Ce n’est pas totalement impossible mais nous croyons fermement que c’est hautement improbable. Et l’erreur capitale de Jeanson aura été de toujours cacher ses paramètres physiologiques que tout le monde lui réclame depuis l’affaire d’Hamilton. Si elle possède réellement un organisme différent de celui du commun des mortels, c’est le cas depuis sa naissance. Dès ses débuts en compétition, elle a été régulièrement suivie médicalement voire testée. Si elle possedait un taux d’hématocrite naturellement élevée, voire autre chose de spécial, les médecins le sauraient d’une part et il n’y a d’autre part aucune honte à rendre publiques ces informations…

Bien malheureusement, l’accumulation des affaires depuis 2003 est accablante pour la cycliste de Lachine. Rappelons ici « les principaux événements »:http://www.geocities.com/velonouvelle/art/6/1jan/P19C.html:

1 – *octobre 2003* : Jeanson est interdite de départ pour la course sur route des Championnats du monde à Hamilton en raison d’un taux d’hématocrite dépassant la limite autorisée. L’explication de la principale intéressée tournera beaucoup, à l’époque, autour de l’usage d’une tente hypoxique.

2 – *quelques mois plus tard*, on apprend l’affaire Duquette, cet orthopédiste de Montréal qui aurait administré de l’EPO à Jeanson plus tôt dans sa carrière (si tôt qu’en 2001). Après avoir avoué (sous pression apparemment), Duquette tentera de retirer ses aveux, ce que le Collège des médecins lui interdira. L’affaire est toujours en cours et la couronne a souvent affirmé détenir des preuves « irréfutables » que le Dr. Duquette a bel et bien administré de l’EPO à la cycliste. Autrement dit, un autre cauchemar pas encore terminé pour Jeanson.

3 – *avril 2004*, Flèche Wallonne en 2004. Le scénario d’Hamilton se répète: elle est testée le matin de la course, probablement parce qu’elle figure sur la « liste noire » de l’UCI. La bombe éclate dans un premier temps : test positif pour l’échantillon A, c’est à dire un taux d’hématocrite trop élevé une fois de plus. Curieusement, l’échantillon B infirmera le premier résultat. Jeanson est finalement autorisée à prendre le départ de l’épreuve. Déstabilisée par cette affaire, et on la comprend, elle fait une course moyenne. Manque de chance, son dossard est tiré au sort avec 6 autres filles pour un test anti-dopage après la course. Son équipe ne la prévient pas (on critiquera copieusement par après son encadrement pour ne pas l’avoir prévenue) et elle omet (volontairement?) de se présenter au contrôle. L’Association Cycliste Américaine, la fédération ou elle s’est réfugiée après avoir refusé de fournir à l’ACC et à la FQSC des documents médicaux qu’ils exigaient pour lui délivrer sa licence, lui sert un avertissement qui rendra tout offense ultérieure bien plus grave.

4 – *janvier 2006* : l’Association Cycliste Américaine rend son verdict suite à l’affaire du Tour de Toona : suspension à vie en raison d’un test positif de dépistage de l’EPO. Elle annonce la fin de sa carrière dans la foulée.

Tous ces événements constituent tant d’éléments n’allant malheureusement que dans une direction, celle qu’elle a bel et bien fait usage d’EPO au cours de sa carrière. Les tests sont là, les verdicts aussi tout comme une lourde accumulation des affaires. Son clan avance qu’il est impossible de tester négatif à l’EPO une soixantaine d’heures après avoir tester positif comme ce fut le cas au Tour de Toona. Nous répondons qu’il suffit de bien moins de temps pour cela: on se dilue rapidement le sang au moyen d’un soluté de sodium en intraveineux dans le bus, le volume sanguin augmente et on est prêt pour le contrôle. Probablement en usage tous les jours dans le cyclisme professionnel…

Bref, encore une fois, on laisse dans cette affaire beaucoup d’illusions car cette histoire touche le cyclisme d’ici, un cyclisme près de nous. Jusqu’ici, les affaires de dopage sanguin étaient concentrées en Europe au sein du peloton des top-professionnels qui nous apparaissent toujours un peu comme des extra-terrestres, des êtres humains loin de nous. Plus maintenant. Avec cette histoire, c’est le doute qui s’installe quant aux performances des cyclistes élites qu’on voit pédaler sur le Mt Royal, au Green Mountain Stage Race voire au GP de Charlevoix… Notre élite cycliste du Québec, à laquelle appartenait Jeanson, n’est désormais plus totalement au-dessus de tout soupçon… et on peut croire qu’ils ont du moins accès à des produits dopants sophistiqués s’ils le veulent.

Quelques mots à Geneviève, en terminant.

Geneviève, on y a cru. On y a cru tellement. Dès les premiers instants ou nous t’avons vu: c’était lors d’un championnat provincial au Mont Orford que tu as survolée chez les juniors il nous semble. Peu de gens étaient présents, encore moins sur le parcours. Mais on y était avec mon frère, venus à vélo depuis Sherbrooke, et on t’a encouragé à chacun de tes passages, découvrant ton nom et ta grâce.

On y a cru lors des Mondiaux de Verone, en 1999. Double championne du monde! On y a cru encore plus lorsque tu confirmais quelques mois plus tard à la Flèche Wallonne. Une grande victoire, acquise en haut du Mur de Huy, au terme d’une montée sèche. Tu en as fait ta spécialité, comme en atteste tes victoires sur le Mt Royal.

On y était d’ailleurs aussi, sur le Mt Royal, en mai 2003. Et on n’avait d’yeux et de voix que pour toi et Lyne.

Le Québec avait trouvé une grande championne cycliste, capable de remporter le Tour féminin, le Giro et les grandes Classiques. Les passionnés de cyclisme allaient vivre de belles années et l’effet Jeanson serait positif pour le développement du cyclisme sur route au Québec.

Puis il y a eu Hamilton. L’espoir d’Hamilton pour une grande victoire. Le clm d’abord, ou nous t’avons regardé plein d’admiration t’échauffer à quelques pas de nous. Jamais n’aurions-nous osé aller te parler, respectant chaque seconde de ta préparation finale et trop content de pouvoir ainsi t’approcher. Tu étais parmi l’élite mondiale. Tu étais l’élite mondiale.

Et, deux jours plus tard, cette suspension. Ta descente aux enfer. Notre descente en enfer. Comme lors de l’affaire Festina. Comme pour notre cher Pantani. Pourquoi diable tous les grimpeurs connaissent-ils le même sort nom de Dieu ?

Et depuis, toutes ces histoires qui nous ont tant fait douter. Alors nous nous sommes posés des questions. Des tonnes de questions. Certaines sont aujourd’hui encore sans réponse et nous vivons mal avec ces interrogations toujours présentes. Le doute ronge. Nous croyons avoir répondu à beaucoup d’autres, fort de nos lectures approfondies sur le cyclisme et son fléau, ce putain de dopage présent partout. Nous sommes aujourd’hui moins naifs, et donc plus fort dans nos convictions. Aussi, permets-nous aujourd’hui de rester campés sur notre position mais en te disant ceci: on espère de tout coeur que tu parviendras à laver ton honneur en démontrant hors de tout doute que tu ne t’es jamais dopée, si tel est le cas. Le plus sincèrement du monde Geneviève, on te souhaite bonne chance dans cette nouvelle course.

8 Commentaires

  • FREDO
    Soumis le 19 janvier 2006 à 10:27 | Permalien

    De mon plein gré à mon insu!
    Je n’en ai jamais pris!

    Est-ce qu’il sera possible un jour qu’un cycliste (homme ou femme) soit capable de dire la “vérité”!
    À commencer pas MOSSIEUR LANCE avec son argument “massue” :
    j’ai failli mourir : pensez-vous que je serais assez fou pour prendre un produit qui puisse nuire à ma santé!

    Misère, c’est dommage pour Geneviève Jeanson mais on aimerait de sa part une “certaine franchise” que, bien sûr, on n’obtiendra sans doute jamais!

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  • Alakazoo
    Soumis le 19 janvier 2006 à 3:59 | Permalien

    Petites corrections sur le fil des événnements…

    L’affaire Duquette est survenu avant Hamilton et la suspension à vie date de janvier 2006 bien sûr et non 2005.

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  • Marco
    Soumis le 19 janvier 2006 à 7:47 | Permalien

    Correction pour FREDO: Quoique peu fréquent, certains coureurs ont déjà avoués s’être dopés. Le cas le plus célèbre étant probablemetn celui de David Millar.

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  • Rafaël
    Soumis le 20 janvier 2006 à 1:52 | Permalien

    “C’était une authentique championne”… Qu’en pense Antoine Vayer ?

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  • Soumis le 20 janvier 2006 à 9:51 | Permalien

    Discussion avec un hématologue du HMR: est-ce physiquement possible que Jeanson ait un taux de globules rouges aussi élevé sans l’aide de l’EPO? La réponse: c’est IMPOSSIBLE.

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  • didier girsch
    Soumis le 20 janvier 2006 à 9:58 | Permalien

    cher laurent,il n’y a qu’une question qui se pose:quand se feront ils prendre,tous probablement meme tom b. que j’admire;le gateau est là,sur la table,il n’y a qu’à se servir et personne pour surveiller,mais nous ferions tous pareil!!! en europe,enfin en france mais ailleurs,c’est sans doute pareil,des juniors se font prendre en regional,alors..

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  • Charles Kohler
    Soumis le 21 janvier 2006 à 5:12 | Permalien

    Il est ou Aubut?

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  • BeGooD
    Soumis le 23 janvier 2006 à 7:51 | Permalien

    C’est malheureux ! Mais ce qui m’enerve le plus c’est que Aubut a disparu tout a coup….quelle connard, pardonne l’expression mais c’est vraiment le cas selon moi.

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