Il ne faut pas tout mélanger

Merci de vos nombreux commentaires ces derniers jours. Le sujet du dopage continue de susciter de vives réactions. Certains pourront trouver qu’on en parle trop sur ce site. Malheureusement, le cyclisme est réduit aux affaires de dopage depuis plusieurs mois maintenant, une situation que nous avions prédite l’an dernier devant l’inaction de l’UCI à prendre le taureau par les cornes. D’autres scandales sont-ils encore à venir? Assurément, mais les choses semblent avoir commencé à bouger aux niveaux des autorités, et c’est tant mieux même si c’est encore timide.

Quelques réponses à vos commentaires:

1 – on le ré-affirme, il y a une nuance très importante entre le suivi longitudinal français et les contrôles anti-dopage innopinés de l’UCI. Le suivi longitudinal français n’est pas parfait, mais c’est un excellent pas dans la bonne direction selon nous. Effectivement, peu de coureurs français ont été pris via ce système, mais on pense que c’est parce que le dopage a considérablement diminué parmi les coureurs de l’Hexagone. Des preuves? Elles sont évidentes: les Français ne gagnent plus. Quel est le dernier Français à avoir gagné une grande étape de montagne sur le Tour? Virenque, qui n’est plus à présenter question dopage et qui courait en Belgique, question notamment d‘échapper à ce fameux suivi longitudinal (remarquez que Virenque n’avait jamais couru pour une équipe étrangère avant 1998; après, c’est exactement l’inverse!). Quel est le dernier Français à s‘être imposé sur un grand chrono ? Probablement Jalabert aux Mondiaux. Et lui aussi courait à l‘étranger.

Le suivi longitudinal français semble efficace, car il porte sur les paramètres physiologiques et non les produits. Ainsi, pas besoin de mettre au point des méthodes de détection des nouveaux produits ou même de les connaître: c’est leurs effets sur le corps humain qui est recherché.

2 – Doit-on se surprendre de voir des coureurs québécois âgés de plus de 30 ans faire des moyennes élevées sur des clm de 40 bornes ? Non. D’une part, cette distance est rarement couverte en clm, si ce n’est dans le Défi Gaston Langlois. Lorsqu’elle l’est, les moyennes avoisinent généralement les 40km/h, rarement beaucoup plus. Elles dépassent très rarement les 43-44km/h. Il y a une sacré marge avec le niveau pro ou il n’est pas rare de voir des moyennes supérieures à 50km/h sur plus de 50 bornes. Les comparaisons sont également souvent boiteuses, les parcours étant variés. Le parcours du Défi Gaston Langlois est sans grand relief ; celui des récents Mondiaux était musclé, très bosselé. Il ne faut donc pas tout confondre et tout réduire à de simples comparaisons de moyennes, d’une portée limitée selon nous. C’est pour cette raison que les calculs sophystiqués de puissance mis en oeuvre par nos collègues français, notamment Frédéric Porteleau, porte toujours sur des cols bien précis, dont on peut connaître l’exacte difficulté et ou les effets d’aspiration voire de conditions météo (vent, etc.) sont plus réduits.

3 – T-Mobile annonce en effet que leurs coureurs devront être suivi par des médecins de l’Université de Fribourg et renoncer à engager des médecins personnels. Voilà d’excellentes nouvelles selon nous, qui va exactement dans le sens de nos propositions – formulées l’an dernier – pour lutter contre le dopage. Il faut tenir la ligne dure auprès des coureurs qui n’ont pas prouvé, au cours des 10 dernières années, être dignes de confiance. Il faut leur imposer des règles strictes pour l’obtention de leur licence. Il y va de la crédibilité du sport, qui doit être restaurée au delà désormais des considérations souvent soulevées par les coureurs, notamment le respect à la vie privée.

4 – À notre connaissance, Bassons ne s’est pas prononcé, du moins récemment, quant à l’usage de produits dopants au sein des coureurs français actuellement en activité. Tout au plus fait-il des analyses par rapport à lui-même. Et rappelons, comme le souligne à juste titre un lecteur, que Bassons a été un très gros moteur du peloton. Ses tests d’effort étaient équivalents à ceux d’Hinault au meilleur de lui-même. Looser, Bassons ? Évidemment non. C’est plutôt tout l’inverse: intelligent. Il a su respecter les valeurs intrinsèques du sport, et ce à tous les niveaux de compétition. Il s’est élevé contre l’hypocrisie générale, ce qui est admirable et qui témoigne d’une force de caractère assez importante. Et il aura eu le courage de prendre la seule décision qui était possible compte tenu de sa ligne de conduite, celle de tout arrêter alors qu’il était pourtant au début de sa carrière. Quand on connaît l’investissement pour simplement passer pro, on imagine à quel point cette décision a dû être difficile pour ce coureur.

5 – Un lecteur les évoque, nous en avons fait depuis fort longtemps notre ligne de conduite personnelle en compétition cycliste, voire sur LFR en général:

Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune!
N‘écrire jamais rien qui de soi ne sortît
Et modeste d’ailleurs, se dire: mon petit,
Soit satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles!
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis à vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d‘être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul!

Quels beaux vers qui pourraient inspirer la lutte contre le dopage!

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