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Cyclisme nord-américain: « Des temps instables et très difficiles » – Adam Roberge

Je vous fais part, depuis quelques mois, de mon inquiétude à l’endroit du cyclisme sur route nord-américain, qui manifestement n’est pas en grande forme. Disparition du Tour de Californie, disparition du Tour du Saguenay, disparition des équipes pro les unes après les autres, la dernière en date étant Floyd of Leadsville, après à peine un an d’existence. Cette équipe présentait quelques coureurs canadiens prometteurs, donc Carlson Miles de la région d’Ottawa. Quelles options restent-ils à ces jeunes coureurs pour poursuivre leur développement au Canada et aux États-Unis?

Chez les Maitres, les courses disparaissent aussi.

Sale temps pour le cyclisme sur route.

Je publie aujourd’hui une courte entrevue avec un coureur touché directement par cette situation, le coureur U23 Adam Roberge (22 ans) de chez Elevate-KHS cette saison, triple champion canadien du chrono chez les espoirs et membre de l’équipe canadienne qui est allée, en août dernier, sur le Tour de l’Avenir. Un bel espoir du cyclisme canadien!

La Flamme Rouge : Adam, ton avis sur l’état du cyclisme nord-américain à ce jour, surtout de la perspective d’un coureur U23?

Adam Roberge : Écoute Laurent, je ne vais pas y aller par quatre chemins : ça va vraiment mal!

LFR : Dans quel sens?

AR : Il y a 3-4 ans Laurent, beaucoup de bons coureurs pouvaient gagner leur vie ici en Amérique du Nord sur des équipes nord-américaines, et en participant à des épreuves nord-américaines. Aujourd’hui, il reste presque plus d’équipes, les courses disparaissent, et il reste peu de coureurs capables, aujourd’hui en Amérique du Nord, de vivre du sport cycliste. Pas plus compliqué que ca.

LFR : D’accord, mais pourtant on a les Hugo Houle, Antoine Duchesne, Guillaume Boivin et Mike Woods au plus haut niveau. Pis les GP de Québec et Montréal.

AR : Tu as raison, ces coureurs donnent une vraie visibilité pour le Canada au niveau World Tour, puisque Israel Cycling Academy va rejoindre le World Tour en 2020 et c’est une excellente nouvelle. Mais cette situation cache une crise par derrière, celle que vivent les coureurs espoirs comme moi et les coureurs juniors prometteurs. En gros, comme débouché actuellement, il reste l’équipe Rally. Avec le retrait de Floyd, que va faire un Carlson Miles par exemple? Je pense qu’une fois Hugo, Antoine, Guillaume et Mike à la retraite, ca va être le néant. On le sentira surtout dans 5, 10 ans d’ici.

LFR : C’est dommage car il y a une belle génération de coureurs prometteurs pour le cyclisme sur route canadien, dont toi, Zuko, Cataford, Côté, Chrétien, Gervais…

AR : Bien d’accord avec toi. Zuko et Pier-André ont la chance d’être ou de rejoindre Rally, c’est bon pour eux. Chez Elevate-KHS, on a James Piccoli qui va rejoindre en 2020 le World Tour avec Israel Cycling Academy, je suis super content pour lui. Mais pour les autres, c’est difficile. Vraiment difficile en ce moment.

LFR : Tu as participé au Tour de l’Avenir fin août. Une expérience utile selon toi?

AR : C’est certain! C’est différent de courir en Europe, par exemple sur le Tour de l’Avenir. C’est nerveux, les gars veulent se montrer pour passer pro, ça roule vraiment vite, il y a aussi la montagne, bref, une autre game. Je suis reconnaissant à la Fondation Hamilton 2003 et Luc Despins en particulier pour avoir mis sur pied financièrement ce projet, car Cycling Canada n’a pas de budget pour ça. Pour mieux performer, ça pourrait prendre des courses de préparation là-bas avant le Tour de l’Avenir, et également arriver bien à l’avance afin de bien s’acclimater, pour passer au « beat » européen.

LFR : Il y a quelques années, David Boily terminait 2e du Tour de l’Avenir…

AR : Je sais oui. Une grosse performance! Je ne sais pas si les gens le réalisent!

LFR : Merci Adam, on garde le contact.

AR : Certain. À bientôt!

Suivez les vlogs d’Adam sur YouTube, le dernier étant ci-bas. Et je poursuivrai prochainement sur ce dossier avec de nouvelles entrevues avec les grands acteurs du cyclisme sur route d’ici.

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#becauseiamnext.

10 Commentaires

  1. noirvélo

    Les budgets , l’argent … Financer une équipe cycliste , coute cher , très cher et ça rapporte tant que ça ? Je pense que ça peut encore un peu tenir en Europe mais rien n’est moins sûr … Les trois grands Tours et l’ensemble des Classiques , oui , il y a encore un peu de spectacle pour peu que les grosses armadas laissent encore des miettes aux petites équipes …. qui essayent de se « faire voir » sur les petites et moyennes courses …appelées ultérieurement à disparaitre ! suis-je à peu près clair ?

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  2. noirvélo

    Et puis , dans une société de plus en plus chère, le vélo et l’équipement (fringues ) dans un bon niveau de gamme ne sont pas en reste ! Lorsque tu roules aussi en hiver !
    Tout est lié , malheureusement !

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  3. Wolber

    Ça peut encore tenir en Europe car dans le fond hormis la France, l Italie, la Belgique et l Espagne nulle part ailleurs le cyclisme a vraiment été populaire.

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  4. Tchmil

    Retour en arrière en effet en un temps express! Il y a 20 ans, à l’aube des années 2000, je ne sais même pas s’il n’y avait pas plus de chances du côté américain. La seule issue pour les plus vaillants serait de rejoindre les équipes de division nationale en Europe, mais là encore ce sont des sacrifices et surtout un bon réseau à avoir.
    Maintenant seul un mécène comme Mr Adams peut donner un espoir pour ceux qui passent à travers les épreuves, mais à quel prix. C’est dire si la situation est difficile quand beaucoup repose sur la volonté d’une personne. Pourquoi ne pas développer une équipe d’espoirs et juniors canadiens, associés à d’autres nationalités (israéliens) pour pouvoir courir en Europe et donner une vraie identité à ce projet qui serait aussi celle de son créateur ? N’y a t-il pas des entreprises canadiennes intéressées sur le moyen terme à investir là-dessus? J’en doute.
    Après ce n’est pas mon argent, juste un rêve et le cyclisme est une « affaire » comme une autre, mais ça serait intéressant d’avoir l’avis de Mr Adams sur la situation du cyclisme canadien…

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  5. Tchmil

    …Et Américain puisque, comme pour beaucoup d’autres secteurs, leur sort semble lié.

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  6. mica

    Volber: tu as raison, mais dans ta courte liste ou le cyclisme est vraiment populaire on peut rajouter les pays bas.

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  7. noirvélo

    Wolber,
    je pensais aussi à l’Angleterre qui fait preuve de pas mal d’enthousiasme (CM dans le Yorkshire), les pays scandinaves (Danemark , Norvège , Suède) des pays qui ont tout de même de « bons moyens » financiers . Et puis l’émergence des pays de l’Est, Slovaquie , Slovénie ,des pays qu’il faut aider , parce que les courses du Moyen et Proche Orient ne déplaçant pas les foules, font plutôt office d’épreuves d' »entrainement » au « chaud » quand chez nous il fait froid … Pour ce qui est du développement du vélo sous ces latitudes, je n’y crois pas un seul instant !!!

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  8. noirvélo

    A propos des difficultés (presque toujours financières!) je note le récent arrêt de la revue TOP VELO et de l’actuel ACHETEUR CYCLISTE , des magazines réputés dont le contenu est de temps en temps « discutable » comme il se doit , mais là n’est pas le sujet , on parle de la disparition de vecteurs important de l’information cycliste .

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  9. Wolber

    Bien sûr , des efforts sont faits dans de nombreux pays…
    J ai souvenir du Tour Of America , couru par Hinault , à l époque en hypothéquant Paris Roubaix, puis du Tour de …Trump, de la Leeds Classic, du GP des Amériques, de toutes ces tentatives pour faire exister un cyclisme ailleurs qu en Europe depuis 35 ans , toutes disparues aujourd’hui .

    Le cyclisme aussi est tellement ancré dans des lieux sacrés que les épreuves les plus récentes paraissent « fades » et ressemblent souvent à des épreuves de plus.
    Les « Strade Blanche » est peut être la seule épreuve recente possédant déjà « une légende » et à cet égard une rentabilité dans un pays de tradition cycliste.

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  10. Muddler

    Moins de coureurs, plus de cyclosportifs. Quand j’ai débuté il y a une quarantaine d’années on était très peu en région mais il y avait d’assez gros pelotons de coureurs aux courses provinciales. On croisait très peu de cyclos à l’entraînement, aujourd’hui c’est le contraire, le vélo est quand même très populaire.

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