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Comprendre l’Affaire Puerto

Nouveau rebondissement – malheureux – dans l’Affaire Puerto aujourd’hui: le juge espagnol Antonio Serrano a décidé de classer le dossier "sans suite", mettant un terme juridique à toute cette histoire.

C’est pour moi l’occasion de faire le point sur cette affaire, ceci afin d’en comprendre tous les impacts.

L’Affaire Puerto, c’est vraissemblablement le plus gros scandale de dopage de l’histoire du cyclisme. Cette affaire avait débuté le 23 mai 2006 avec l’arrestation du Dr. Eufemiano Fuentes, un médecin oeuvrant dans le monde du cyclisme et suspecté d’être l’artisan d’un vaste système de dopage chez les coureurs cyclistes professionnels. Peu de temps avant, des perquisitions effectuées dans des appartements anonymes de Saragosse et de Madrid avaient permis la saisie de quantité de poches de sang congelées, de plasma sanguin, de stéroides, d’hormones de croissance, d’EPO, de matériel médical comme des centrifugeuses ainsi que d’ordinateurs contenant des fichiers présumés de clients.

Si l’affaire a commencé doucement, c’est dans l’antichambre du Tour de France 2006 qu’elle pris vraiment de l’ampleur, rattrapant les grands favoris de l’épreuve en cette première année sans Lance Armstrong : Jan Ullrich, Ivan Basso et, dans une moindre mesure, Fransceco Mancebo. Tous trois seront privés de départ et Basso avouera quelques semaines plus tard avoir effectivement été un client du Dr. Fuentes dans son intention – notez bien le mot, intention – de se doper. Basso jure toujours ne jamais s’être dopé mais seulement en avoir eu l’intention. Je n’en crois personnellement pas un mot, son Giro 2006 étant trop faste pour cela et son équipe d’appartenance du moment étant la CSC de Bjarne Riis, un homme qui a déjà vu une seringue dans sa vie.

Dans le cas d’Ullrich et de Mancebo, ces coureurs auront choisi une autre stratégie, celle de prendre immédiatement leur retraite du peloton. Depuis, Ullrich s’est enfermé dans un certain mutisme, non sans avoir pourtant promis qu’il parlerait "un jour". On attend toujours ce jour… Mancebo, quant à lui, est revenu dans le peloton continental espagnol depuis deux saisons, sans grand résultat. Il traine sa misère… n’ayant rien d’autre à faire que de pédaler. Quant je vous dis que ce sont les coureurs qui ont besoin du Tour, pas l’inverse…

D’autres noms de coureurs avaient circulé en 2006 pour leur possible lien avec le Dr. Fuentes: Contador, Valverde et Hamilton sont les plus connus. Si les soupçons sont forts, ils n’auront jamais pu être suspendus comme Basso puisque Fuentes fonctionnait par nom de code (Basso fut trahi par le nom de son chien!).  En l’absence d’aveux, impossible donc de les suspendre, démontrant bien que la seule règle intelligente à suivre pour un coureur soupçonné de dopage est de nier tout en bloc, une stratégie qu’utilisent actuellement Cancellara, Frank Schleck et Contador.

L’Affaire Puerto a déjà été classé "sans suite" une première fois en mars 2007. Le Conseil Supérieur des Sports en Espagne, sorte de ministère des sports, avait alors fait appel de cette décision avec l’appui de l’UCI et permis la réouverture de l’enquête judiciaire, toujours instruite par le même juge Serrano. C’est ce juge qui, aujourd’hui, classe pour la deuxième fois le dossier Puerto "sans suite". Pourquoi ?

Parce que selon le juge Serrano, les lois en vigueur en Espagne en 2006, soit au moment de l’affaire, ne permettent pas d’aller plus loin. Aucune loi anti-dopage n’existait alors en Espagne. Si de l’EPO a bel et bien été retrouvé dans les poches de sang congelées, les quantités ne constitueraient pas une menace pour la santé, privant le juge de l’opportunité de porter cette cause comme un problème sanitaire. C’est donc le cul-de-sac et une conséquence évidente du laxisme de l’Espagne en matière de dopage, laxisme qui a toutefois été corrigé timidement par l’introduction, en novembre 2007, d’une loi anti-dopage. Comment se fait-il qu’en France le dopage fasse l’objet de lois en limitant la circulation et l’usage depuis presque 10 ans déjà ? Cyclisme à deux vitesses vous dites ?

Quoi qu’il en soit, le Conseil Supérieur des Sports a déjà annoncé qu’il porterait de nouveau la décision en appel, cette fois devant une audience nationale compétente pour les situations complexes. L’UCI, l’AMA et le CIO ont également fait part de leur intention d’appuyer toute initiative visant à la ré-ouverture du dossier Puerto. C’est évidemment la bonne chose à faire selon moi, surtout compte tenu des nouveaux rebondissements, dont le possible lien entre l’Affaire Puerto et les coureurs Fabian Cancellara et Frank Schleck.

Mon intuition ? L’Affaire Puerto est effectivement le plus gros scandale de dopage de l’histoire du cyclisme et a toujours le potentiel de faire tomber les Valverde, Contador, Schleck, Cancellara et probablement bien d’autres encore, jusqu’à 50 coureurs professionnels ayant probablement été clients du Dr. Fuentes, dont peut-être (probablement ?) Lance Armstrong lui-même et toute l’armada américaine qui n’avaient probablement pas choisi Gérone comme camp de base pour rien… Il faut aller au bout de cette histoire, tout en traquant sans relâche les nouveaux Dr. Fuentes de ce monde dont nombre se terrent probablement encore en Espagne mais aussi en Italie, en Autriche et dans les pays de l’Est.

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12 Commentaires

  1. alain39

    Brillante analyse à laquelle j’adhère complètement.
    Quelque chose me dit que cette affaire n’est pas terminée.
    A croire que le retour de Armstrong a précipité le mouvement en poussant les labos à faire des tests plus poussés et en incitant les juges espagnols à tenter une nouvelle fois de classer le dossier puerto.
    A n’en pas douter si d’aventure puerto se dénoue tous les vainqueurs de grandes courses vont se trouver suspendus et le cysclisme espagnol sera exangue. idem pour les équipes CSC, Astana qui verront une large partie de leur effectif partir en fumée. Quid alors de leurs directeurs sportifs et du futur des sponsors qui vont peut être alors se désintéresser d’investir dans un sport qui nuit à l’image de marque.
    Nous sommes à l’aube de nouveaux scandales et nul ne peut en définir les conséquences exactes.

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  2. didier

    bonjour

    un petit quelque chose me tracasse,

    comment se fait il que d’autres sports, probablement aussi vérolés, s’en sortent;

    je pense au foot, bien sur, mais comme cela a été écrit au tennis , basket et rugby, voire hand , natation, judo ou athlé.

    ils sont bien sur irréprochables,mais surtout comment se fait il qu’il n’y ait pas de fuites ,de plaintes, de dénonciations

    et qu’on ne vienne pas me parler de complot du silence ou de présomption d’innocence,

    soit il n’y a pas de tests,
    soit c’est très bien verrouillé et organisé,

    donc retour à la question de départ: pourquoi les cyclistes ?

    sont ils vraiment si bêtes, ou exagèrent ils , vu la difficulté de ce sport, ça pourrait s’envisager ?

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  3. louis

    jésus manzano qui au départ a tout balancé au juge dit
    avoir vu quand il allait chez fuentès des footeux des tennismans des athlètes et j’en passe…il est bon de rappeler que l’espagne a tout gagner sur la scène internationnale de la a dire que l’on a a faire a un dopage d’état??????? pour ce qui est d’amstrong un mail
    d’un de ses anciens équipiers explique dans le détail comment les poches de sang était transportées dans le tour 2004…le peuple espagnole n’est pas dupe une manif de rue réclamait la vérité sur l’affaire puerto..
    la seule certidude dans tout ça c’est que l’on connait
    déja le vainqueur du tour 2009 il est américain il a 37ans…vive le sport..

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  4. Patrick B

    Personnellement, je pense que le fait que le cyclisme révèle des cas de dopages est une bonne choses et qu’en ce sens il « s’en sort » mieux que que le foot, le rugby, etc… (mais pas que l' »athlé »).
    Et comme je crois toujours qu’il y en a qui ne prennent rien ou peu (je sais, c’est subjectif, et ça ne me plait pas si j’apprend que sur les courses amateurs, un de mes concurrents triche en prenant même peu), alors oui ces cyclistes ont intérêt à ce que des têtes tombent.
    Quant au lien avec la fuite de sponsors, existe-t-il?
    Pour ne pas oublier le cyclisme, on parle beaucoup trop des vedettes. Bettini n’a rien fait de la saison, alors tournons les projecteurs vers, tiens, Christian Pfannberger.

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  5. alain39

    Et alors qu’a t’il fait ce fameux Pfannberger.
    Je me doute que tu ne jettes pas ce nom en pâture sans avoir quelque chose d’intéressant à nous dire.
    Pour les reste tout à fait d’accord, les carences de certains sports ne doivent pas nous égarer. La triche et le dopage sont à combattre.
    La retraite soudaine de Bettini soulève plus de questions que sa vedettarisation. Il s’eclipse de façon anticipée et ce sans donner de bonne raison.
    J’ai du mal à ne pas faire un lien avec des potentiels soucis de dopage (santé ou plus grande pression des contrôles).
    Son comportement tout au long du CM a été étonnant notamment toutes ces gesticulations en courses et cette sorte de parade faite lors du dernier tour.
    Tout ceci était incongru et sonnait faux.

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  6. Tiphaine

    Pendant qu’on tape joyeusement sur le cyclisme, parfait bouc émissaire, on ne regarde pas ailleurs. Le cyclisme pour les spectateurs, c’est gratuit.
    Et puis, dans l’affaire Puerto, c’est de deux-cents noms de sportifs, dont une part de cinquante coureurs cyclistes, dont il a été question. On n’a jamais su quels étaient les autres « sportifs », on a cité Nadal, Alonso, des footballeurs, etc., mais rien depuis, rien de comparable avec ce que ça a entraîné dans le vélo…
    Dans la conscience collective, l’affaire Puerto doit uniquement être assimilée au cyclisme, point.

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  7. Patrick B

    Conclure ses interventions par « point » n’est pas une grande preuve d’ouverture!

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  8. Tiphaine

    « point » ce n’est pas à comprendre pour moi, mais pour ceux (qui ???) qui ont tout intérêt à ne pas se pencher sur les autres clients du Dr Fuentes…

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  9. thomasmatic

    armstrrong est trop intelligent pour avoir choisi fuentes
    il a surement choisi l’espagne pour la facilité à se doper la bas, surement pas pour prendre le medecin de tout le peloton!
    je crois d’ailleurs qu’il avait plusieurs medecins reputés pour etre des rois de la seringue (voir LA confidentiel)
    ceci dit vu que les controles se resserrent on risqu d’arriver bientot à un cyclisme plus humain…

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  10. Patrickmathic

    Tant que les points ne sont pas systémathic

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  11. JOCELYN

    Pour essayer de répondre à Didier, oui le vélo c’est très dur, mais la betise n’est pas loin non plus. Après guerre (j’ai des temoignages fiables…..)le vélo était limite un sport de voyou,pratiqué par des gars qui sortaient pour la plupart des basses couches de la société, un sport individuel, l’appat du gain,(plus d’argent a gagner qu’a l’usine) de nombreuses courses localent, des baguarres fréquentes aux arrivées, un sport vivant en autarcie, d’ou petites magouilles, dopage, mafia (tiens, ç’était un fléau ça) impunités, voila je crois pourquoi en partie on en est la aujourd’hui , alors que des sports dirigés de façon plus pro, plus matures, se sont blindés contre toutes attaques (Foot, Tennis formule1 etc..)Quand on sait que des directeurs sportifs encore en activité étaient des « chaudières » dans les années 70 et 80…On est pas près de s’en sortir…….enfin « on » ceux qui revent d’un sport propre, loyale, pour « couillu » (ça c’est pour Tiphaine..)Les autres, ils s’en foutent, ils veulent les jeux du cirque. Sont-ils plus nombreux?

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  12. Tiphaine

    T’es un gars !

    Voir « Les mauvaises routes » de Pierre Naudin, un bouquin de 1959 réédité chez Denoël en 89, mais je ne sais pas s’il l’est toujours…

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