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Cinq Canadiens en Europe en 2009

Ca ne s’est jamais vraiment vu avant: en 2009, pas moins de 5 coureurs canadiens feront partie du peloton professionnel européen et participeront donc sur des bases régulières aux épreuves du calendrier mondial. C’est évidemment une source de grande satisfaction pour le cyclisme canadien et La Flamme Rouge vous propose une petite découverte de ces cinq coureurs avec un commentaire sur les attentes réalistes qu’il convient d’avoir pour eux. Respectons les usages, allons-y du plus vieux au plus jeune… 

Michael Barry, 33 ans, équipe Columbia-HighRoad

Cycliste issu de la région de Toronto, Michael Barry est le plus aguerri des coureurs pro canadiens en dépit du fait qu’il n’a jamais remporté de grandes courses au Canada chez les séniors (aucun titre de Champion canadien, pas de victoires au Tour de Beauce, etc.). Passé pro chez les américains de Saturn en 1998 après quelques saisons d’apprentissage au VC Annemasse en banlieue genevoise et une 8e place aux Mondiaux U23 en 1996, il rejoignait en 2002 la prestigieuse équipe US Postal et donc nul autre que Lance Armstrong. Souvent victime depuis de la sélection impitoyable au sein de cette équipe, il n’a jamais pris part au Tour de France, réservé à l’époque aux équipiers composant la garde rapprochée du champion texan. 

Michael Barry s’est alors développé une réputation d’excellent équipier, réputation qu’il forga notamment sur les routes de la Vuelta au service de Roberto Heras. Gagnant très peu de courses, ses transferts chez T-Mobile en 2007 puis chez Columbia-HighRoad en 2008 témoignent à quel point Michael Barry jouit d’une réputation enviable dans le peloton pro en Europe. 

Souvent imprévisible, coureur intelligent, le meilleur résultat de sa saison 2008 aura été une excellente 9e place dans la course sur route des JO de Beijing, à 16 secondes du vainqueur l’Espagnol Samuel Sanchez. Inexistant depuis le début de la saison, on ne l’attendait pas à ce niveau en Chine et cette performance sauva, en quelque sorte, sa saison 2008.

En 2009, à 33 ans, Michael Barry est à placer dans la catégorie des "under-achiever" selon moi, c’est à dire des coureurs qui ont un plus grand potentiel que ce que leurs résultats montrent. Pour une saison réussie en 2009, Michael Barry devra mieux performer dans les courses d’un jour accidentées comme la Flèche Wallonne ou la Classica San Sebastian. Il devra être enfin sélectionné pour le Tour de France, il est capable selon moi de jouer un rôle sur les étapes accidentées du Tour en plus d’aider Cavendish et Kirchen à faire des résultats. Le temps presse désormais pour Barry…

Svein Tuft, 31 ans, Garmin-Chipotle

À 31 ans, Svein Tuft est la révélation canadienne de 2008: vainqueur du difficile Tour de Beauce, champion national contre-la-montre, champion Pam-Am du contre-la-montre et surtout, surtout, ce titre de vice-champion du monde du contre-la-montre acquis à Vérone derrière un Bert Grabsch intouchable ! Quel rouleur ! Remarquez qu’on le savait déjà ici au Canada: son titre de champion canadien de la discipline en 2008 était son… 4e en carrière ! Tuft semble cependant avoir franchi un pallier en 2008, s’adjugeant désormais des courses sur route également.

En 2009 et à 31 ans, Tuft n’a cependant pas de temps à perdre. Son registre n’est probablement pas les grands tours de 3 semaines qu’il n’a jamais fait: difficile dans ce contexte de savoir s’il saurait "tenir la distance". Tuft peut cependant être très utile à son équipe sur les Classiques d’avril voire surtout sur les petites courses à étapes d’une semaine environ comme le Tour de Romandie, Paris-Nice ou encore le Dauphiné. Solide rouleur, il pourrait permettre à son équipe d’obtenir une bonne visibilité en s’adjugeant le maillot de leader tôt dans les courses. C’est ce qu’on lui souhaite en 2009 ! Il aurait également fait un excellent poisson-pilote dans le dernier kilomètre pour un sprinter de premier plan… si seulement l’équipe Garmin en avait un !  

Ryder Hesjedal, 28 ans, Garmin-Chipotle

Arrivé au cyclisme par la voie du VTT, Ryder Hesjedal est passé pro sur la route en 2004 au sein de l’équipe US Postal, peut-être un peu grâce à Michael Barry. Évoluant alors comme ce dernier au sein d’une équipe bourrée de talent et donc privé de Tour de France, il se bâtira lui-aussi une réputation de spécialiste des autres grands tours, devenant un solide équipier. À l’aise en terrain accidenté mais aussi rouleur respectable, c’est ainsi qu’Hesjedal participa ces dernières années au Giro (2005), à la Vuelta (2006) avant de doubler Giro – Tour en 2008, excusez un peu. L’année précédente, en 2007, c’est lui qui priva Svein Tuft d’un… 5e titre de champion canadien du contre-la-montre!

On peut penser qu’Hesjedal a acquis la confiance de Christian Vande Velde (il a lui-aussi doublé Giro-Tour en 2008) chez Garmin-Chipotle et qu’il sera de retour sur le Tour de France en 2009. Son programme publié sur son site web l’annonce d’ailleurs comme partant à la fois sur le Giro et le Tour. Avant, il peaufinera sa condition notamment sur la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège qui présentent des terrains qui doivent convenir à sa morphologie à la Frank et Andy Schleck. De bonnes performances sur ces Classiques d’avril ainsi qu’une victoire d’étape au Giro ou, mieux encore, sur le Tour, seraient la consécration pour lui.

Quelques vidéos très intéressants sont par ailleurs disponibles ici sur son site web.

Dominique Rollin, 26 ans, Cervelo Test Team

La carrière professionnelle de Dominique Rollin suit une ascension logique et régulière depuis plusieurs années déjà. Formé au VC Roubaix puis passé pro chez les américains de Kodak Gallery (2007) et Toyoto-United (2008), il doit certainement en partie son enrôlement dans l’équipe de Carlos Sastre en 2009 à sa superbe victoire dans des conditions climatiques difficiles au Tour de Californie en 2008, battant au passage un George Hincapie pourtant en préparation pour les Classiques d’avril. Plus tôt en carrière, Rollin s’est forgé un beau palmarès sur des courses longues et difficiles, notamment sur la Classique Louis Garneau au Québec, sur Paris-Mantes ou encore comme en témoigne son titre de champion canadien acquis sur le difficile parcours de Québec en 2006.

Contrairement à Barry ou Hesjedal, le registre de Rollin nous apparait être les courses d’un jour, en particulier les Classiques d’avril. Il faut en ce sens se réjouir de le voir compter sur un équipier comme Magnus Backstedt au sein de Cervelo, cet ex-vainqueur de Paris-Roubaix pouvant ainsi partager son expérience des Classiques avec lui. Rollin est une force de la nature selon moi, un coureur qui n’a rien à envier à un Tom Boonen par exemple. Surnommé "The Horse" par ses équipiers de Toyota-United l’an dernier en raison de sa capacité à pousser un cheval-vapeur (environ 700 watts) pendant une minute, on peut penser qu’il ne manquera à Rollin en 2009 que la connaissance du terrain et la science du placement pour bien réussir sur des courses comme le Het Volk, Gand-Wevelgem, Paris-Roubaix ou encore l’Amstel. Encore jeune, Rollin a en ce sens encore droit à l’erreur en 2009 même si on lui souhaite quelques solides performances, pour qu’il puisse se faire plaisir et se rassurer.

Christian Meier, 24 ans, Garmin-Chipotle

Champion canadien sur route en 2008, Christian Meier ne cesse de m’impressionner depuis plusieurs années déjà tant son potentiel semble grand. Personne n’a vraiment encore une idée précise de ses limites ! Issu d’une famille allemande, Meier a été élevé à la dure sur une ferme du Nouveau-Brunswick, étant habitué jeune à se lever tôt et à travailler aux tâches que requieraient l’exploitation familiale. Visiblement disposant d’une bonne tête sur les épaules, dur au mal, réaliste dans ses attentes, Meier donne l’impression qu’il a tout ce qu’il faut pour réussir. Son engagement par Garmin-Chipotle est donc un investissement pour cette équipe voire peut-être une sacré bonne aubaine…

Meier s’établira à Gérone, fief des coureurs nord-américains en Europe, pour la saison 2009. Connaissant déjà l’Europe et ses règles de vie, son adaptation ne devrait pas poser de problème. Son programme de courses devrait passer par le Tour Down Under, le Tour Med, Paris-Nice, le Critérium international, l’Amstel, la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, après quoi c’est plus incertain. Si Garmin a la sagesse de ne pas le "cramer" en 2009 (ca semble être le cas puisque aucun grand tour n’est à son programme), Meier devrait être mis dans d’excellentes conditions pour apprendre sereinement et sans pression son métier de coureur pro cette année. En ce sens, les attentes à son égard sont peu élevées en 2009, mais je demeure convaincu qu’il saura nous surprendre à plus d’un égard. 

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En vrac

  1. Roger Filion

    Bonjour,

    Michael Barry a gagné le Championnat canadien des moins de 23 ans à Chicoutimi en 1996 (année du déluge) sur un circuit extrêmement difficile.

    Après une chasse dans les 3 derniers tours (17 km du tour), Barry a rejoint l’échappé et a terminé au fil d’arrivée avec Steve Rover et Eric Wolberg dans une finale, qualifié par Pierre Hamel, des plus enlevante jamais vue de sa part. Rover avait gagné après avoir subit des attaques répétées des deux Ontariens dans les 3 derniers kilomètres.

    Barry avait terminé en 3e position mais premier des moins de 23 ans.

    Sportivement.

    Roger Filion
    Organisateur des Championnats canadiens 1996.

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  2. Marmotte

    Excellent article. Franchement très intéressant même pour ceux qui suivent l’évolution de ces coureurs depuis plusieurs années. Merci !

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  3. Guillaume

    Très bon article, mais je crois que Magnus court avec Garmin et non Cervélo!?!?!?

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  4. Michel

    il y a Vincent Veilleux en Europe aussi je crois

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  5. Marc

    Bonsoir Laurent

    Excellent article sur nos Canadiens.

    Même si il n’est pas encore dans le peloton professionnel, Simon Lambert Lemay fera parti l’an prochain d’une équipe amateur de premier plan soit Davo Lotto Davitamon en Belgique, équipe école de Lotto Davitamon.Je crois bien qu’il suit les traces de son bon copain Rollin et qu’il fera sa place chez les grands.

    Voila, La Flamme rouge est toujours excellente et continuer votre bon travail

    quelques liens
    http://davolotto.be/
    http://veloptimum.net/SimonLambertLemay.html

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  6. Inconnue

    Aujourd’hui, les filles font partie même de la société et elles font aussi de la compétition au niveau internationale. Deplus, elles sont memebre des équipe UCI en europe. Une réalité nqui fait surface en 2009!

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  7. Patrick B

    Bonjour Inconnue.
    Dernièrement, l’un d’entre nous demandait à ce qu’on ne se « cache pas derrière un pseudo ». Je n’ai rien exprimé en ce sens, et d’ailleurs je m’en moque un peu. Je préfère juste que chacun s’exprime toujours sous le même pseudo, histoire de fixer un peu les uns et les autres. Bon, celui-là, il trouvera ton pseudo un peu provocateur.
    Même s’il donne une information sur toi.
    Je me réjouis qu’une deuxième fille (au moins) rejoigne la petite société des commentateurs de la Flamme.

    Filles qui ont toujours fait « partie de la même société », au sens large du mot société. Pardon. J’ai quand même compris le sens de tes mots, qui portent sur l’émancipation de la femme.

    Bon, l’allusion est claire: on ne parle pas assez du vélo féminin au plus haut niveau sur la Flamme, à commencer par Laurent qui se défendra lui-même s’il en éprouve le besoin ou l’envie.

    Qu’il y ait évènement dans le sens où, tu me l’apprends merci, elles sont à nouveau membres des équipes UCI en Europe, est une information qui peut lancer des échanges. Promis, je vais m’y intéresser. Un peu, a priori.

    Un peu, seulement?
    Ben oui, je l’avoue. Bien que je ne l’occulte pas, il ne m’attire pas vraiment.
    Je crois en connaitre la raison: le niveau y est bien moindre à celui du cyclisme masculin. Ce dont je suis sûr.
    Alors, je réfléchis: mon intérêt pour le sport féminin (de haut niveau) par rapport au sport masculin (de haut niveau) est-il, pour un même sport, fonction du niveau de l’un et de l’autre?
    Et bien oui. Avec pour exemples le tennis, l’athlétisme et la natation, trois sports que globalement je suis un peu, et presque autant au niveau féminin qu’au niveau masculin (ce dernier restant plus élevé mais en ces trois occurences beaucoup moins que dans le vélo ou encore le football).

    Il y a quelques mois, Plasthmatic nous avait dirigé sur un très joli reportage de Julie Krasniak. Si quelqu’un retrouve le lien…

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  8. aplg

    julie krasniak, c’était peut-être ici :
    http://www.cyclismag.com/article.php?sid=4276
    et que devient steve bauer ?

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  9. Patrick B

    Bien, cette entrevue. Le reportage dont je parlais était audio-visuel.

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